« Alphonse », de Wajdi Mouawad, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

Alphonse © Michel Cavalca Alphonse © Michel Cavalca

Corinne Méric vibrante d’intensité

Par Élise Ternat
Les Trois Coups

À l’initiative du Théâtre Nouvelle Génération, la quatrième édition du festival Régénération présentée ces jours-ci a de quoi faire sortir le public lyonnais de sa torpeur hivernale. En effet, durant ces neuf jours, pas moins de cinq nationalités représentées par douze compagnies sont mises à l’honneur à travers un ensemble de créations qui brillent tant par leur qualité que par leur diversité. Et le festival quant à lui est un concentré de chaleur et d’énergie. Parmi le programme proposé notre œil de critique s’est arrêté sur la présentation d’« Alphonse », texte de Wajdi Mouawad, mis en scène par la Cie Bande d’art et d’urgence : un moment précieux.

La petite scène du T.N.G. accueille une cinquantaine de spectateurs enfants et adultes pour leur livrer l’histoire d’une disparition. Alphonse n’est pas rentré de l’école, et, alors que tout le monde le cherche, celui-ci marche sur une route de campagne, à moins que ce ne soit qu’un rêve… Cette pièce conte avec humour et profondeur l’histoire d’une disparition dans l’invisible, dans la nuit, sur le chemin des pâtissiers disparus, où se trouve Pierre‑Paul‑René, double imaginaire du petit garçon… Toujours sur le fil entre rêve et réalité.

Sur le plateau, quelques éléments composent un décor noir et blanc en apparence minimaliste : une chaise, un tableau en ardoise. L’espace de jeu est délimité par des lignes recouvertes de morceaux de papier calciné et, dans un coin, des gravillons blancs sont déposés sur le sol. Une voix déchire alors l’obscurité : c’est celle d’Alphonse, incarné par Corinne Méric, jeune femme au visage doux et juvénile, au physique androgyne, à la chevelure courte et rousse.

Toute une galerie de personnages apparaissent sous les traits de la comédienne, qui, malgré la difficulté de l’exercice, sait rendre vibrant d’intensité chacun des nombreux portraits qu’elle incarne : la famille d’Alphonse, le voisin, Walter, Judith et les autres, donnant ainsi à voir les liens unissant le petit garçon à son entourage. Toujours justes, les protagonistes ne cessent de convaincre et d’émouvoir.

La densité de l’écriture de Wajdi Mouawad est aisément identifiable. En effet, Alphonse est un texte bavard, pas forcément simple d’accès pour le jeune public. C’est un « texte à tiroirs » peut-on dire, où les chemins se croisent et se séparent, offrant une grande quantité de possibles, un nombre impressionnant de directions. Le va-et‑vient entre le monde d’Alphonse, la réalité des choses et les témoignages qui abondent à son sujet est permanent. La mise en abyme semble perpétuelle : le petit garçon s’engouffre dans son imaginaire, l’imaginaire de l’enfance, l’invisible du rêve, de la nuit, à moins que ce ne soit celui de la mort, la mort de l’enfance…

Une vraie réussite

Enfin, en matière visuelle et sonore, cette pièce est une vraie réussite. Les éclairages ne cessent de créer du sens au sein de l’espace de jeu, donnent à voir des zones d’ombre, mettent en lumière des personnages oniriques, des formes tracées à la craie sur un tableau devenu bureau d’écolier, ou bien masquent des éléments pour mieux suggérer l’épaisseur de la nuit. Le spectateur se retrouve tour à tour plongé dans un immense couloir, une route de campagne ou encore dans une grotte.

À l’image des situations qui se transforment et se dévoilent toujours entre rêve et réalité, les éclairages et l’emploi des accessoires nous font ainsi glisser d’un monde à l’autre toujours dans la pénombre. Les sonorités du dedans, de l’extérieur, tel que le bruit des gravillons, ou encore les échos créent également les espaces, racontent et font évoluer la pièce au gré de son déroulement dans une parfaite cohérence.

Alphonse est un moment touchant, où se côtoient justesse de jeu, talent et sensibilité. Corinne Méric et la Cie Bande d’art et d’urgence ont su faire de ce texte un moment de théâtre qui remue le spectateur, le renvoie à lui-même, à sa part d’Alphonse, cet imaginaire de l’enfance enfoui en chacun. 

Élise Ternat


Alphonse, de Wajdi Mouawad

Cie Bande d’art et d’urgence • 22, rue de l’Annonciade • 69001 Lyon

Conception et jeu : Corinne Méric

Mise en jeu : Magali Chabroud

Scénographie : Stéphanie Mathieu

Univers sonore : Éric Dutriévoz

Lumière : Stéphane Descombes

Vidéo : Érick Priano

Costume : Anne Dumont

Administration : Franck Peyhugonin

Diffusion : Geneviève Bussière

Photos : Michel Cavalca

Contact : Corinne Méric | 06 81 74 10 38 ou corinne.meric@wanadoo.fr

Franck Peyhugonin | 06 86 46 92 53 ou chargedeprod@free.fr

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

www.tng-lyon.fr

Métro et tram : Valmy

Réservations : 04 72 53 15 15

Samedi 9 janvier 2010 à 18 heures dans le cadre du festival Régénération du 5 au 13 janvier 2010

Durée : 1 h 15

14 € | 11 € | 9 €

Alphonse sera prochainement joué au Théâtre des Clochards-Célestes du 28 janvier au 6 février 2010