« Camarades » de la compagnie Les Maladroits, Le Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette, à Paris

Camarades-Compagnie-Les-Maladroits © Damien Bossis © Damien Bossis

Cherchez la femme !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

« Camarades » s’intéresse aux débats et combats des années 1960 et 1970 : un ambitieux projet de marionnettes dont l’on regrette de parfois perdre le fil. Un petit recadrage nous permettrait d’apprécier pleinement la qualité de l’interprétation, de la manipulation et l’ingéniosité des trouvailles.

Dans Frères, Les Maladroits racontaient avec sensibilité et talent une histoire intime de la guerre d’Espagne et de la Retirada, de petites histoires magnifiques dans une grande histoire tragique. Camarades se présente comme le nouveau volet d’un triptyque sur les luttes et les utopies. Cette fois, il débute avec les bombardements de la Seconde Guerre mondiale et nous entraîne dans le sillage d’une certaine Colette, jusque dans les années 1970 entre San Francisco et Saint-Nazaire. La fresque s’étend donc sur deux continents et une décennie. Elle est monumentale.

Pour l’animer, en deux temps trois mouvements, les manipulateurs nous font voyager. Ainsi, une ville nouvelle surgit, puis des blocs de cité universitaire ou encore un quartier noir de San Francisco. Sollicitant notre imagination, ils accomplissent des prouesses. La représentation est par ailleurs portée par leur allant d’interprètes. Ils se métamorphosent tout autant que les objets, en passant du statut de chef d’État à celui de ménagère, d’homme à femmes, de grincheux gaulliste à jeune manifestant.

Camarades-Compagnie-Les-Maladroits © Damien Bossis
© Damien Bossis

Ces éléments traduisent bien l’élan et la rapidité de ces années-là. Cependant, pris dans le tourbillon, le personnage de Colette met du temps à s’imposer. Le corolaire ? Tant de luttes sont traitées que la moitié du spectacle se passe avant qu’on en distingue un thème central : le droit des femmes à s’engager, parler, disposer d’elles-mêmes. C’est dommage, d’autant que la mise en scène accentue cette impression. Colette n’est en effet jamais présente sur scène, ce sont les répliques et les corps de ses interlocuteurs qui la font exister.

La pièce manquante

L’idée est belle. Elle nous donne parfois l’impression que Colette est cachée parmi nous, voire qu’elle s’est planquée dans notre faculté à la rêver. Mais elle traduit aussi le refus des quatre interprètes dramaturges de figer sa figure en lui donnant des traits spécifiques. Le personnage apparaît donc bien souvent comme une série de fragments composés de leurs fantasmes sur les engagements des années 1960, comme en témoigne une sorte d’épilogue. Toutefois, on peine à la suivre dans sa course effrénée. On peine à y croire.

Il suffirait de presque rien, d’un léger recadrage pour que Camarades soit le portrait d’une extraordinaire femme ordinaire, ainsi que l’instantané d’une époque. 

Laura Plas


Camarades, de la compagnie Les Maladroits

Conception et interprétation : Benjamin Ducasse, Hugo Vercelletto-Coudert, Valentin Pasgrimaud et Arno Wögerbauer

Site de la compagnie

Durée : 1 h 10

À partir de 10 ans

Le Mouffetard-Théâtre des arts de la marionnette • 73, rue Mouffetard • 75005 Paris

Du 8 au 20 octobre 2019, du mardi au vendredi à 20 heures, le samedi à 18 heures et le dimanche à 17 heures

De 13 € à 20 €

Réservations : 01 84 79 44 44