François Hien © Nicolas Ligeon

Entretien avec François Hien, auteur, acteur, metteur en scène, documentariste

« Actualiser une révolte historique en la confrontant aux problématiques contemporaines » 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Metteur en scène d’« Olivier Masson doit-il mourir ? » au Théâtre des Célestins, réalisateur du film « Après la fin », auteur du roman « Les Soucieux » (à paraître en avril aux éditions du Rocher), François Hien s’est fait un nom en quelques années seulement dans la région lyonnaise. Une explosion.

Quel artiste êtes-vous ?
François Hien : Au début, j’ai fait des études de cinéma en Belgique. Je me suis spécialisé dans le montage, qui m’a appris à construire des récits, à charpenter une narration, à être attentif au rythme. Je suis assez vite devenu réalisateur de documentaires mais les difficultés de diffusion m’ont progressivement détourné de ce format. Parallèlement, éclatait l’affaire Baby-Loup qui a rencontré chez moi une envie d’écriture. Cela a donné une pièce, La Crèche.

Vous vous inspirez donc de faits divers médiatiques pour écrire vos pièces ?
F.H. : Tout d’abord, une précision : je décentre toujours mon propos dans l’espace et dans le temps, par rapport à l’actualité. Pour La Crèche, j’ai fait mes repérages à Montreynaud dans la région stéphanoise, où j’ai d’ailleurs rencontré le Collectif X qui y était en résidence. Nous ne nous sommes plus quittés depuis. Plus tard, avec Nicolas Ligeon, nous avons créé la compagnie L’Harmonie Communale. Ce nom, de même que le titre de mon mémoire de philosophie – Contribution à une désescalade –, disent ce qui m’anime : étudier sur un plateau les différents éléments d’un conflit social qui paraît inextricable et faire entendre les différents points de vue.

Si vos pièces semblent sortir du même moule, il en est tout autrement de vos documentaires. Après la fin ressemble davantage à un patchwork philosophique où vous apparaissez à la première personne…
F.H. : J’ai de grosses capacités de travail et les rythmes de production ne me permettent pas de créer autant que je voudrais. J’ai réalisé Après la fin après la naissance de mon fils, car il devenait nécessaire que je relocalise mon activité afin d’être auprès de lui. Je peux écrire chez moi entre deux spectacles. Je reste cinéaste mais mon vrai métier, c’est le théâtre, plus précisément la création de spectacles avec mes camarades du Collectif X. Du théâtre de plateau, à l’ancienne. L’auteur fait partie de la distribution.

D’autres créations à venir ?
Deux films sont dans les tuyaux, mais ce qui m’occupe le plus actuellement, c’est le projet avec l’Opéra de Lyon sur la révolte des Canuts, Échos de la fabrique. Une fresque théâtrale écrite comme un travail d’enquête, élaborée avec des amateurs au cours d’ateliers. Ce qui m’intéresse, c’est d’actualiser cette révolte historique en la confrontant aux problématiques contemporaines. 

Propos recueillis par Trina Mounier


Olivier Masson doit-il mourir ?
Théâtre des Célestins du 14 au 25 janvier 2020
Théâtre La Mouche (Saint-Genis Laval) le 10 mars 2020

La Crèche
Théâtre du Point du Jour le 30 mars au 4 avril 2020

Projection de Après la fin
Théâtre des Célestins le samedi 25 janvier à 15h

Programme détaillé des représentations, projections, lectures et conférences ☛


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ La Crèche, de François Hien, par Trina Mounier

Marion-Rampal-Pierre-François-Blanchard © Martin Sarrazac

Entretien avec Marion Rampal et Pierre-François Blanchard, à propos de leur album « Le Secret »

« Une liberté de forme et de ton extraordinaire »

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Son dernier album était consacré au blues. Le nouveau nous propose des mélodies françaises. Nous retrouvons Marion Rampal, Protée de la musique actuelle, avec Pierre-François Blanchard.

Vous venez de sortir Le Secret en duo, chez MusicOvations. Votre précédent album en commun, Main Blue, chez e-motive, avait été enregistré en trio avec la batteuse, compositrice et chanteuse Anne Paceo. Pour Le Secret, qui de vous deux porte la responsabilité de ce nouveau minimalisme ?

Marion Rampal : Main Blue est un projet personnel. Le Secret provient d’un travail en commun, commencé il y a longtemps avec Pierre-François. Au fil du temps, on s’est rendu compte de notre curiosité partagée pour les airs classiques. Un long parcours à la recherche de mélodies a commencé et le pari est né de les faire entendre autrement, dans une approche « moderne ». Par goût de la poésie française, il nous a semblé judicieux d’associer à Verlaine, Fauré, Chausson, d’autres œuvres plus proches de nous mais avec un fort caractère « d’époque », comme chez Fontaine, Varda, Barouh.

Pierre-François Blanchard : Ce désir commun était là depuis longtemps, mais est resté souterrain quelques années, comme pour mieux prendre le temps.

Piano-voix, c’est une formation courante et pourtant votre album est singulier. Vous conviendrez peut-être même qu’il est déroutant par l’éclectisme des textes et des compositeurs, ainsi que par votre interprétation, au moins vocale. Quels sont les choix esthétiques qui vous ont guidés ?

M. R. : Dès le début de notre travail avec Pierre-François, j’avais en tête The Newest Sound Around de Jeanne Lee et Ran Blake. Un disque d’une liberté de forme et de ton extraordinaire. Nous nous sommes interrogés sur ce qu’on avait reçu en partage, notre héritage musical et poétique. On y trouve les chemins de Pierre Barouh, d’Archie Shepp, les études classiques, les expériences de théâtre, les œuvres qui nous ont marqués, les histoires familiales – mon arrière-grand-père, élève de Fauré, a composé des mélodies superbes dans les tranchées.

Le piano et la voix sont très libres dans le Secret. C’est une approche franchement libertaire du son et de l’accompagnement, sans vouloir faire « n’importe quoi ». Notre pari est de rapprocher Spleen et Blues, morgue et gouaille des cabarets berlinois ou parisiens, comme autant de correspondances entre toutes ces modernités. Mon pari de chanteuse, c’est de dire « Je peux chanter tel morceau très fort, comme dans la rue, comme au cabaret, et tel autre, qui me semble intime, délicat, comme Chet Baker, chuchoté au micro ».

P-F. B. : Outre le choix de répertoire, nous avons effectué de vrais choix esthétiques. En effet, avant de revisiter une œuvre, nous nous en imprégnons profondément pour en saisir toutes les subtilités interprétatives. Ensuite, nous l’analysons d’un point de vue musical : couleur dominante, différentes couches, trames harmoniques, lignes contrapuntiques. Comment elles s’articulent, quels horizons elles dessinent. Ces lignes se révèlent comme de subtiles invitations à la dérive, à la digression attentive. Des portes ouvertes, d’étranges miroirs, au travers desquels il faut oser s’aventurer mais toujours en tirant un fil sensible. C’est ce que permet le rapport radicalement libertaire au temps et au son que nous avons perçu dans le jazz ou le blues de Miles Davis, Jeanne Lee, Keith Jarrett, Archie Shepp.

Marion, on connaît votre long compagnonnage avec l’immense artiste qu’est Archie Shepp. Le vôtre est plus récent, Pierre, mais il est également intense. Comment caractériseriez-vous son apport dans le Secret ?

M. R. : Au départ, nous rêvions d’inviter Archie sur la longue mélodie « La Mer est plus belle » de Debussy. Finalement on a commencé à travailler « Prison » et très vite Archie a voulu apprendre l’ensemble de la mélodie, des accords, le poème de Verlaine. On a beaucoup arpenté le morceau, puis déployé un blues plus libre où je cite un morceau créole louisianais. J’ai toujours vu Archie travailler quotidiennement des « fondamentaux », au saxophone et au piano (Mozart, Coltrane, Strayhorn) et des standards. C’était extraordinaire de le voir si fasciné par cette œuvre de Fauré.

P-F. B. : Archie Shepp était captivé par cette œuvre. Il l’a étudiée pour mieux ensuite se l’approprier et improviser. Deux mois après l’enregistrement, nous continuions d’échanger à propos de la richesse de cette œuvre, sa grande ambiguïté harmonique, (entre le mineur et le majeur), si proche du blues finalement. C’est un honneur et un bonheur immense que d’avoir pu nous aventurer avec lui sur cette mélodie, et de sentir que notre démarche pouvait le séduire autant que nous.

Raúl Barboza participe également à cet album. Qui avez-vous invité : l’infatigable défenseur du chamamé, l’orfèvre d’un instrument populaire, ou le militant d’une musique du métissage et du partage ?

M.R. : Raúl est un peu chamane. Il a une approche instinctive de l’improvisation. Il joue, il chasse, il tente des choses surprenantes. C’est un magnifique orfèvre du partage. Un raconteur d’histoires incroyables. Pour moi, la musique n’est jamais première. J’aime les histoires, et avec Raúl, il y a tellement d’histoires qui se racontent.

P-F.B. Pour moi, le rapport de Raúl à la musique est autre. Son approche est presque mystique, d’une modernité incroyable. Il ne joue pas de l’accordéon. Il fait chanter les oiseaux, parle avec les esprits et nous raconte plein d’histoires. Lorsque je propose une partition à Raúl, il la refuse systématiquement et me dit : « Avec vous, je pars à la pêche ». Cela raconte magnifiquement son geste à nos côtés et comment il prend sa « place » au sein du duo.

Qui dit « secret », suppose l’existence d’un message caché. Pouvez-vous lever au moins un coin du voile sur ce que dissimule ce Secret et ce qu’il peut révéler aux « auditeurs diligents » ?

M. R. Pour moi, le secret c’est de toujours me demander, face à un morceau, si j’ai le droit de le chanter, comment je peux le faire vivre aujourd’hui et quel imaginaire je peux transmettre en le chantant. À partir de là, tout est permis. Le secret appartient à chaque auditeur. On vous dit « Voilà, c’est comme ça qu’on vit notre musique, on vous confie ce disque, faites attention ! ».

P-F. B. : J’imagine souvent que j’interroge le compositeur pour lui demander le secret de l’œuvre qu’il a écrite. Quelle est son histoire cachée, la raison intime qui en a provoqué l’écriture ? Comment il aurait improvisé dessus, à quel endroit, et de quelle façon ? Afin que l’âme de la mélodie ne soit jamais trahie, mais que nous puissions mieux dériver, improviser.

Marion-Rampal © Jean-François Picaut

© Jean-François Picaut

Comment situez-vous cet album par rapport à votre parcours passé et en quoi préfigure-t-il vos projets à venir ?

M. R. Je me suis beaucoup plongée dans le blues et la soul en gardant toujours une curiosité pour le classique et le cabaret. Avec le Quatuor Manfred, par exemple, je chante Kurt Weill, Hollaender, Eisler. Ce regard vers la musique française est une parenthèse pour moi, mais aussi une étape de grande introspection sur mon chant, ma langue et la dramaturgie des chansons. Je pense que je continuerai ces dérives du côté du classique. Je me mets au défi en ce moment de penser mes nouvelles chansons plus en cohérence avec tous ces « mondes », mais surtout de mieux déployer mon interprétation.

J’écris et on répète un nouveau répertoire avec Pierre-François, Anne Paceo, Sébastien Llado, Matthis Pascaud. J’ai appelé ce projet « Texo », je tisse. J’aime croiser, entremêler toutes ces influences. La singularité de chaque style réside dans le mélange, l’alliage esthétique et culturel qui le compose. Retourner de temps à autre au répertoire génère beaucoup d’exigence et d’humilité dans les formes qu’on écrit. J’aurais adoré écrire « Décadente » ou « Les Berceaux », c’est sublime. Quel plaisir, au moins, de pouvoir les chanter !

P-F. B. : J’ai toujours eu un amour inconditionnel pour la mélodie. Tant dans la musique classique que dans la chanson. Notre duo était l’occasion rêvée de revisiter toutes ces mélodies, en élaborant un langage artistique commun. Ce disque est l’aboutissement de notre parcours, mais je sais aussi qu’il ne sera pas le dernier, il s’inscrit dans une démarche artistique sensible.

Mon amour pour le blues, inconditionnel lui aussi, ne s’en est que mieux porté, à travers le trio Main Blue de Marion (et bientôt son futur quintette), les projets Music Is My Hope & Home de Raphaël Imbert, et le quartette d’Archie Shepp. À titre plus personnel, je souhaite prochainement former un trio (piano, clarinette, violoncelle) autour de mes compositions, apporter un soin poussé à l’écriture, en espérant (humblement) m’être imprégné de toute cette extraordinaire densité, et subtilité d’écriture rencontrées dans les mélodies de ce disque. Comme compositeur, j’aimerais faire un projet exclusivement autour du thème des berceuses, originales et traditionnelles. Un autre trait d’union donc. 

Propos recueillis par
Jean-François Picaut


Le Secret, par Marion Rampal et Pierre-François Blanchard

Site 

Tournée

  • Le 1er décembre 2019, Festival Jazz sur la Ville, La Mesonà Marseille
  • Le 8 février 2020, Chapelle de Boondael, à Bruxelles
  • Le 28 février, Église anglicane, à Hyères
  • En juillet, Salon Le Secret, à Lyon
  • Le 6 août, Salon Le Secret, avec Raul Barboza, Juliette Salmona, Thomas Savy, Musiques et Patrimoine du Mont-Blanc, à Saint-Gervais
Francois-Gabory

Entretien avec François Gabory, président du Chainon manquant, à propos de la 28e édition

« Le Chainon Manquant, l’un des premiers diffuseurs de France »

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

François Gabory préside le Chainon Manquant, festival de spectacle vivant à la fois professionnel et grand public, qui s’installe au cœur de Laval (Mayenne) du 17 au 22 septembre. Au programme : 69 spectacles (danse, théâtre, jeune public, arts de la rue, arts du cirque, musique et humour), avec de jeunes talents venus de la France entière.

Pourquoi votre festival est-il incontournable à la rentrée ?

Durant six jours consécutifs, nous proposons une photographie de la création actuelle dans les grandes disciplines des arts vivants, dans une vingtaine de lieux à travers l’agglomération de Laval. Ces spectacles intègrent par la suite une tournée sur le Réseau Chainon, ce qui génère, chaque année, la programmation de plus de 1 000 représentations sur tout l’Hexagone, positionnant le Chainon comme l’un des premiers diffuseurs de France.

Donc, c’est effectivement le festival de la rentrée pour de nombreux programmateurs. Venir au Chainon donne la possibilité à des artistes de faire tourner leur spectacle, avec jusqu’à une quarantaine de dates. Jeanne Cherhal, repérée par les Pays de la Loire, avait même signé pour 80 représentations. Précieux outil pour faciliter la diffusion dans les lieux de proximité, c’est le seul festival qui permet de telles retombées, après Avignon.

Mais Le Chainon est également ouvert aux spectateurs avides de découvertes. Notre public accepte de prendre des risques car nous n’avons pas vraiment de têtes d’affiche. L’aspect « grand public » est important pour permettre aux artistes de s’exposer, de travailler sur la réception.

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« Vendredi », de La Fabrique fastidieuse © Christophe Reynaud de Lage

En quoi ce festival est-il novateur ?

Fondé au milieu des années 1980 par des responsables de structures de spectacles, le Réseau Chainon s’est forgé sur deux principes fondamentaux : le repérage artistique et le développement économique d’un circuit culturel équitable et solidaire.

Cette volonté de mise en réseau de professionnels débouche naturellement en 1991 sur le festival du Chainon Manquant, c’est-à-dire la création d’une plate-forme artistique permettant aux artistes de présenter leur projet et aux diffuseurs de repérer et d’échanger autour de la qualité des projets présentés pour bâtir leur programmation.

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« Le Bruit des choses », de Touttim

Le Festival du Chainon Manquant a donc été conçu comme un maillon. Les artistes y trouvent l’opportunité de soumettre leur travail au regard des programmateurs qui, eux, y trouvent des ressources. Et la boucle est ainsi bouclée !

Au cœur de la dynamique professionnelle, vous avez pour ambition de révéler la création. Concrètement, comment y parvenez-vous ?

À chaque printemps, les Fédérations du Chainon convient des centaines de professionnels (adhérents ou non adhérents) à découvrir la création de leur territoire. Nos neuf Région(s) en Scène(s) représentent l’ADN de la programmation, puisque elles sélectionnent un tiers des spectacles programmés au festival.

Pour la 4e année consécutive, vous organisez le Prologue, le week-end précédent.

Il s’agit d’un parcours artistique permettant de (re)découvrir des spectacles présentés lors des précédentes éditions du Chainon Manquant et qui, depuis, parcourent le Réseau Chainon, comme Pour que tu m’aimes encore, d’Élise Noiraud ou Soliloques, de la Compagnie Singulière (lire la critique ici). Cette décision politique permet d’ancrer l’identité du Chainon dans toute l’agglomération.

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« Pour que tu m’aimes encore », Élise Noiraud DR

De quoi êtes-vous le plus fier ?

De la durée. C’est une gageure de faire durer un projet collectif de cette nature, de promouvoir et partager la découverte de façon bénévole – car tous les adhérents sont des bénévoles. En somme, c’est une démarche militante et altruiste. Les principes sur lesquels nous nous reposons (coopération, mutualisation, circulation) reviennent d’ailleurs en force, dans de nombreux domaines.

Enfin, le format n’a pas changé, avec environ 70 propositions artistiques, dont plus de la moitié en musique, cirque et humour. En revanche, le rayonnement s’intensifie au cœur des territoires pour prolonger l’expérience et la partager avec tous les publics.

Une nouveauté cette année ?

Une soirée « Ultra-bal » au Square de Boston, pour danser le samedi de 18 h 30 à 1 heure. Pour encore plus de convivialité. 

Propos recueillis par
Léna Martinelli


Le Chainon manquant 2019

Du 17 au 22 septembre 2019 à Laval et Changé

Site : www.lechainon.fr

6 € et 8 € par spectacle en journée

8 € et 10 € par spectacle à partir de 20 heures

Réservations :

  • En ligne sur le site
  • Billetterie du festival (square de Boston / Point info) du mercredi 18 au samedi 21 septembre, de 11 heures à 19 heures
  • Office du tourisme (84, avenue Robert‑Buron, 02 43 49 45 26) du lundi au samedi de 9 h 30 à 18 heures, le dimanche de 10 heures à 13 heures
  • Centre d’information jeunesse (place du 18 juin, 02 43 49 86 55) lundi, mardi et jeudi de 14 heures à 18 heures, mercredi de 14 heures à 19 heures, vendredi de 11 heures à 15 heures
  • Librairie M’lire (3, rue de la Paix) lundi de 14 heures à 19 heures, du mardi au samedi de 9 h 30 à 19 heures
Lorraine de Sagazan

Entretien avec Lorraine de Sagazan, pour « L’Absence de père » d’après « Platonov » d’Anton Tchekhov, Nuits de Fourvière à Lyon

« Faire dialoguer la pièce et son auteur avec les spectateurs d’aujourd’hui »

Par Juliette Nadal
Les Trois Coups

Depuis 2015, Lorraine de Sagazan explore avec sa compagnie La Brèche les moyens d’une rencontre entre les œuvres, les spectateurs et les comédiens par la recherche d’un jeu très incarné, où réel et fiction fusionnent. Sa dernière création se déroule à l’École nationale des arts et techniques du théâtre (ENSATT) à Lyon, dans le cadre des Nuits de Fourvière.

Vous créez votre troisième spectacle. Quelle place tient « l’Absence de père », d’après « Platonov » dans votre parcours artistique ?

La Brèche est une jeune compagnie née en 2015, qui a déjà créé Démons de Lars Norén et Une maison de poupée d’Ibsen. À chaque fois, nous nous sommes demandé comment raconter les êtres à travers les histoires intimes, et, à travers ces histoires intimes, comment accéder à une échelle plus large, sociétale.

Que ce soit Norén, Ibsen ou Tchekhov, ces auteurs permettent le réalisme. Ce qui m’intéresse, c’est d’aller du réel à la fiction, et aussi de voir comment la fiction éclabousse nos vies. Je cherche à créer un trouble entre le réel et la fiction. Je cherche précisément à capter cette sensation de proximité entre le réel et la fiction. Dans chacun des spectacles, il y a donc beaucoup d’improvisations et d’incursions du réel. Pour l’Absence de père, nous avons travaillé sur l’héritage. Nous avons questionné nos pères. Pendant les répétitions, j’ai demandé au groupe de raconter des souvenirs qui ont laissé des traces. Il s’agit de comprendre Tchekhov à travers nos vies. Pour moi, comme le disait Tchekhov, je ne fais pas de politique, mais je veux dire aux gens : « voyez comme vous vivez mal ».

Cette pièce est une adaptation de Platonov. Pourquoi adapter cette œuvre russe du XIXe siècle ?

La question de l’adaptation est délicate en France, où le texte est sacralisé. Il n’y a pas cette gêne ailleurs, où on se sent beaucoup plus libre par rapport à l’œuvre d’origine. Nous avons retravaillé la pièce, mais en fait, c’est toujours dans le souci de respecter son sens, la démarche de l’auteur, ce qu’il a voulu dire.

Absence de père-Platonov-Tchekhov-Lorraine-de-Sagazan  © Pascal Victor

« L’Absence de père » d’après « Platonov » – Mise en scène de Lorraine de Sagazan © Pascal Victor

Au cours du travail, je considère les débordements, les accidents qui arrivent en répétition comme un moyen d’y accéder. Je fais des montages, des collages. Cela me paraît essentiel, surtout quand on monte un texte d’une autre époque et écrit dans une autre langue. Il ne faut pas de dogmatisme. Pour moi, le théâtre est essentiellement une rencontre, un moyen de rencontrer la sensibilité des autres. Ce qui fonde mon travail, c’est de rechercher comment faire dialoguer la pièce et son auteur avec les spectateurs d’aujourd’hui.

Comment avez-vous donc procédé pour adapter Platonov ?

Platonov est une œuvre de jeunesse. C’est un texte brouillon, inachevé, que Tchekhov a tenu caché. Il manque des pages, il y a des incohérences. Mais son intérêt, justement, c’est sa forme déconstruite, son mouvement. C’est comme un puzzle, un matériau riche qui se prête bien à l’adaptation.
On a fait des coupes : dans le texte original, il y a vingt-quatre personnages et, si on montait la pièce telle quelle, elle durerait six heures. On a enlevé les événements qui faisaient allusion à ce qui précède la Révolution russe, car cela mettrait de la distance entre les spectateurs et la pièce, rendrait impossible l’identification du spectateur. On a donc transposé pour que le spectateur voie des références au monde contemporain. On ne va pas au théâtre pour lire une œuvre, mais pour voir un regard qui s’en empare et qui la creuse. C’est aussi une façon de se découvrir artistiquement. On a aussi fait des ajouts, avec ce qu’ont apporté les comédiens au cours d’improvisations. Des personnages ont fusionné, d’autres ont disparu, ce qui a nécessité de réécrire certaines parties pour garder la cohérence.

Comment la scénographie est-elle arrivée dans le travail ?

La scénographie s’invente au fur et à mesure des répétitions. Au départ, il y a la pièce et les acteurs. Pour autant, concernant l’espace, je recherche toujours la proximité maximale avec les spectateurs, pour qu’ils voient le processus, comment la fiction prend vie, devient réelle. Pour l’Absence de père, le dispositif est quadrifrontal, c’est-à-dire que l’espace de jeu est comme une arène dans laquelle jouent les comédiens. Ils sont entourés, vus de tous côtés.

Absence de père-Platonov-Tchekhov-Lorraine-de-Sagazan  © Pascal Victor

« L’Absence de père » d’après « Platonov » – Mise en scène de Lorraine de Sagazan © Pascal Victor

Pour le reste, l’espace s’organise selon différentes pièces d’une maison. La maison, essentielle chez Tchekhov, représente l’héritage, un héritage qui se dissout. J’ai donc voulu montrer une maison et la faire disparaître au fur et à mesure, comme un glissement, une métaphore du personnage de Platonov.

Vous connaissez bien les comédiens dont vous vous entourez. Que cherchez-vous dans le travail avec eux ?

La distribution est une part importante du travail, voire déjà un parti pris. Je regarde ce que sont les comédiens dans la vie et je réfléchis à ce qu’ils peuvent donner d’eux-mêmes à la pièce. Je veux qu’ils aillent chercher dans leurs ressources personnelles. Nous faisons beaucoup d’improvisations, nous discutons beaucoup, dans une tentative perpétuelle de comprendre la pièce. Ils ont une grande responsabilité dans la création. C’est un travail choral, même si nous ne sommes pas un collectif.

Au cours de votre formation, vous avez fréquenté de près deux très grands metteurs en scène : Thomas Ostermeier et Romeo Castellucci. Puisqu’il est question d’héritage, que pensez-vous avoir reçu d’eux ?

Je fais partie d’une génération ayant vu beaucoup de théâtre importé et cette grande liberté en dehors de la France. J’ai donc appris à faire confiance à mes intuitions, à transgresser les règles. J’ai aussi joué dans d’autres pays, en Afrique notamment. Et là-bas, la relation avec le public est très différente. Il y a une grande proximité avec le spectateur, ses réactions ne sont pas cadrées comme en France. C’est la même chose avec le jeune public, pour lequel j’ai créé une pièce récemment. Il y a une interaction et un échange spontanés. Dans ces conditions, c’est beaucoup plus facile de créer ce moment de rencontre collective à laquelle j’aspire. 

Propos recueillis par
Juliette Nadal


L’Absence de père, d’après Platonov de Tchekhov, mis en scène par Lorraine de Sagazan

La Brèche

Conception et mise en scène : Lorraine de Sagazan

Adaptation : Lorraine de Sagazan et Guillaume Poix

Avec : Lucrèce Carmignac, Romain Cottard, Charlie Fabert, Nina Meurisse, Antonin Meyer-Esquerré, Chloé Oliveres, Mathieu Perotto, Benjamin Tholozan

Lumières : Claire Gondrexon

Création sonore : Lucas Lelièvre

Espace scénographique : Marc Lainé

Durée : 2 h 30

ENSATT • 4, rue Sœur Bouvier • 69005 Lyon

Dans le cadre des Nuits de Fourvière

Du 26 au 29 juin 2019 à 20 heures

De 12 € à 24 €

Réservation : 04 72 32 00 00 et ici

Tournée :


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Démons, suivi de Maison de poupée, de Lorraine de Sagazan, par Trina Mounier

☛ Platonov, de Nicolas Oton, par Delphine Padovani

benoit-lambert © Vincent Arbelet

Entretien avec Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon Bourgogne, à propos de Théâtre en mai, 30e édition

Benoît Lambert : « Théâtre en mai, festival fondé sur l’émergence »

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Temps fort dédié à la jeune création, Théâtre en mai fête cette année sa trentième édition, du 23 mai au 2 juin. Benoît Lambert, directeur du Théâtre Dijon Bourgogne (T.D.B.), nous présente ce rendez-vous essentiel dans le paysage théâtral français.

Théâtre en mai existe depuis 1990. De quoi tire-t-il sa force et sa singularité ?

Benoît Lambert : Il s’agit d’un rendez-vous singulier et précieux, en effet. J’en parle d’autant plus tranquillement que j’en suis l’héritier et pas le créateur. J’y ai présenté un premier spectacle en 1998 et je le dirige depuis six ans maintenant.

C’est un tremplin, mais surtout un lieu de rassemblement, un carrefour de rencontres. Et nombreuses sont les personnalités à être passées par ici : Romeo Castellucci, Christoph Marthaler, Dominique Pitoiset, Olivier Py, Stanislas Nordey, Éric Lacascade, Sylvain Creuzevault, Philippe Quesne, Cyril Teste, Sophie Pérez, Les Chiens de Navarre… Avec le recul, je constate que beaucoup d’artistes, parmi les plus reconnus aujourd’hui, sont venus. Le plus remarquable, c’est que cela s’est produit sans volontarisme !

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« Atomic man, un chant d’amour », de Lucie Rébéré et Julie Rossello-Rochet © Jean-Louis Fernandez

Le festival remplit une fonction de repérage, mais sans l’esprit de compétition, n’est-ce pas ?  

Contrairement aux concours pour les jeunes compagnies, en vogue actuellement, nous permettons à de jeunes artistes de présenter leurs créations sous l’œil bienveillant de leurs aînés. La confrontation existe mais elle me semble plus saine. Pas d’appel à projets, pas de dossiers de candidatures, pas de classement, car notre démarche se veut désintéressée. Nous préférons sauver du sens, plutôt que penser en termes de diffusion-production-communication, donc rentabilité-visibilité.

Comment concevez-vous la programmation (présentation ici) ?

Elle est bâtie autour de centres d’intérêts, d’axes éditoriaux : pas de logique thématique mais un angle politique marqué. Bien que guidé par mon goût affirmé pour la critique sociale d’obédience marxiste, je suis soucieux de la diversité des esthétiques. Et même si ce n’est pas une position de principe, j’accorde de l’importance aux écritures contemporaines.

Le festival ne se veut pas un ghetto de futures vedettes et ne vise pas à « faire des coups » médiatiques ou autres. En fait, c’est un lieu de socialisation professionnelle. De taille modeste, sur seulement dix jours, ce rendez-vous annuel permet aux artistes de se poser, avant les grands raouts de l’été. Ce calme favorise des échanges de qualité. Ainsi, le choix de la diversité créative, de la découverte et des échanges, positionne Théâtre en mai comme un lieu de ressources. Littéralement, les artistes qui passent ici se ressourcent, se réarment.

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« L’École des femmes », mise en scène de Stéphane Braunschweig © Élizabeth Carecchio

Après François Tanguy, Pierre Debauche, Jean-Pierre Vincent, Alain Françon, Matthias Langhoff et Maguy Marin, le parrain est, cette année, Stéphane Braunschweig, lequel boucle la boucle, en quelque sorte.  

C’est un héritier de l’esprit de ce festival fondé sur l’émergence. Un modèle. Présent lors de la première édition avec Tambours dans la nuit, de Brecht, Stéphane Braunschweig a ensuite été invité par le directeur du T.D.B. de l’époque, François Le Pillouër, à créer Don Juan revient de guerre, puis Ajax et Docteur Faustus ou le manteau du diable.

Depuis, il est devenu un artiste majeur de la scène européenne, toujours attentif aux nouvelles générations. Metteur en scène et scénographe, Stéphane Braunschweig a dirigé les plus grandes institutions, comme le Théâtre national de Strasbourg et le théâtre de La Colline, à Paris. Il dirige maintenant L’Odéon – Théâtre de l’Europe, où il vient de créer l’École des femmes, qu’il présentera ici.

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« Fantaisies, l’idéal féminin n’est plus ce qu’il était », de Carole Thibaut © DR

Cette édition fait justement la part belle aux femmes : Maëlle Poésy, Pauline Bureau, Carole Thibaut, Myriam Marzouki, Élise Vigier, Pauline Laidet, Françoise Dô, Rébecca Chaillon, Céline Champinot, Fanny Descazeaux, Alice Vannier, Lucie Rébéré et Julie Rossello-Rochet, Farzaneh Haschemi, Layla-Claire Rabih !

Absolument, mais on ne s’est pas forcé ! Notre programmatrice, Sophie Chesne, est attentive à la féminisation de programmes. Et moi-même, j’y suis sensible. Force est de constater que, dans le travail de repérage, nous avons rencontré beaucoup de femmes dont le travail nous a intéressés.

Pendant des décennies, les programmations étaient quasi exclusivement masculines. Nous avons bien failli ne choisir que des femmes, cela tout naturellement, et pas par effet de mode. Finalement, nous réalisons que nous sommes depuis longtemps en pointe sur la sélection des metteuses en scène et des autrices.

C’est aussi un lieu de créations ?

Nous accueillerons celles de Pauline Laidet – Héloïse ou la rage du réel – et celle de Maëlle Poésy, qui sera présentée au Festival d’Avignon. Sous d’autres cieux propose une libre adaptation parlée, chantée, dansée de l’Énéide, de Virgile. Quant à Myriam Marzouki, elle revient au T.D.B. avec une création récente [en mars à la MC93] : Que viennent les barbares.

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« Où la chèvre est attachée, il faut qu’elle broute », de Rébecca Chaillon et Céline Champinot © Sophie Madigand

Votre programmation témoigne d’une vive conscience politique !

Ces artistes-là sont combatives, en effet, mais elles se positionnent sur des fronts divers et n’usent pas des mêmes armes. C’est ce qui est passionnant.

Est-ce le reflet de la création théâtrale française ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, j’estime que le théâtre français va très bien. Il faut le dire. Quand j’ai commencé, les innovations esthétiques provenaient d’Allemagne, de Belgique. Aujourd’hui, il existe une réelle vivacité, un renouveau certain, de vraies convictions, un engagement époustouflant, compte tenu des difficultés inhérentes au système. Grâce à la qualité de notre enseignement supérieur, nous avons, en France, beaucoup de talents et de l’énergie à revendre. Du côté des publics, il existe des besoins énormes. Les salles sont pleines…

Pourtant, les compagnies vivent la plupart du temps dans la précarité à cause de crispations budgétaires et d’une remise en cause de l’intérêt général. L’imaginaire doit demeurer un bien commun, donc rester dans le domaine public. Il faut vraiment prendre au sérieux les menaces de son appropriation par les marques.

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« La Bible, vaste entreprise de colonisation d’une planète habitable », de Céline-Champinot © Vincent Arbelet

Théâtre en mai clôt en beauté votre saison, témoignage de l’engagement du T.D.B. envers les jeunes générations. 

Notre centre national dramatique se veut une fabrique de théâtre en effervescence et la jeunesse est notre préoccupation centrale. Ouvert et hospitalier, il répond à sa mission de création par le foisonnement et le bouillonnement. Ce temps fort clôt effectivement une saison rythmée par les travaux des artistes associés, qui trouvent ici l’espace et le temps indispensables à l’épanouissement du travail théâtral : Adrien Béal et Fanny Descazeaux, Céline Champinot, Maëlle Poésy, présents dans le festival, et Alexis Forestier.

Le T.D.B. est donc un lieu de création, de production et de coproductions, mais aussi d’insertion professionnelle pour les jeunes comédiens, au travers d’un dispositif pilote. Avec son « Théâtre à jouer partout », il amène les artistes au plus près de la jeunesse. En plus de cette décentralisation, le T.D.B. est un lieu d’éducation artistique, un pôle de ressources.

Comment votre public accueille-t-il le festival ?

Je me réjouis que nos spectateurs soient aussi curieux et audacieux. Malgré la fragilité de certaines propositions, beaucoup d’entre eux partent volontiers à l’aventure, sont ouverts à la découverte, se laissent guider en toute confiance et font preuve de bienveillance.

Cet anniversaire fournit-il aussi l’occasion de renouveler les prochaines éditions ?

Profitons de son succès pour imaginer d’autres défis, comme des débats esthétiques en amont des spectacles, avec des points de vue formalisés sur chaque proposition artistique : quelle grammaire ou vocabulaire ? Quel placement d’acteur ? Quelle dramaturgie ? Quelle forme ? Quel pacte avec la salle ? Quelles méthodes ? Il s’agirait de mieux comprendre les processus de création, de partager doutes et enthousiasmes, au regard des hypothèses de départ. Cela déboucherait sur des échanges nourris, un peu dans l’esprit des séminaires de recherche universitaire, mais dont il nous faut repenser la forme. 

Propos recueillis par
Léna Martinelli


Théâtre en mai, 30édition

Du 23 mai au 2 juin 2019

Théâtre Dijon Bourgogne • Parvis Saint-Jean • rue Danton • 21000 Dijon

7 lieux de représentations : Parvis Saint-Jean • Salle Jacques Fornier • Théâtre des Feuillants • Théâtre Mansart • Le Cèdre • Atheneum • La Minoterie

Toute la programmation ici

Réservations : 03 80 30 12 12

Billetterie en ligne

Tarifs : de 5,5 € à 22 € la place • Pass 3 + : à partir de 45 € les 3 spectacles (soit 15 € la place) • Pass 6 + : à partir de 84 € les 6 spectacles (soit 14 € la place) • Pass 10 + : à partir de 120 € les 10 spectacles (soit 12 € la place) • Carte Tribu en mai : 75 € (5 entrées) ou 150 € (10 entrées)


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Que faire [le retour], de Jean-Charles Massera et Benoît Lambert, critique de Trina Mounier

☛ Interview de Stéphane Braunschweig, propos recueillis par Rodolphe Fouano