« la Dernière Saison » répétitions © Antoine Page

« la Dernière Saison » du Cirque Plume

Le Cirque Plume tire sa révérence

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Ce sera sans doute « le » spectacle-phare des Nuits de Fourvière 2017, et c’est Dominique Delorme, le directeur du festival, qui offrira ce cadeau à tous ceux dont le Cirque Plume a façonné l’imaginaire : « la Dernière Saison » sera programmée pour 30 représentations, devant 30 000 spectateurs du 30 juin au 4 août 2017.

Les Nuits sont en effet, avec la Maison de la Danse à Lyon, coproducteurs de ce que Bernard Kudlak annonce sans nostalgie comme leur dernier spectacle. Il y a fort à parier que ce sentiment sera dominant dans le public. Puis le Cirque Plume partira pour une tournée de trois ans qui l’emmènera sur les routes de France avant une grande fête des plumes, sans doute autour de Besançon, leur berceau.

« Nous voulons dire au revoir, confie Bernard Kudlak. Simplement. Avec un dernier spectacle. Tout a un début et une fin, et ce n’est pas triste. La relève est faite, nous avons assuré la transmission, laissé comme la trace du lièvre dans l’herbe de la montagne : les artistes, d’autres artistes sont nés, ils sont là, le désir est là.

« Quand je me retourne sur notre carrière, je pense qu’on a travaillé sur la joie. Cette utopie, nous l’avons mise en forme de poème… D’ailleurs, les poètes nous ont toujours inspirés. Chagall, Chaplin, le vieux saltimbanque de Baudelaire, c’est toute une mythologie qui nous a guidés, depuis le début, de Kantor au Living Theatre…

« Ce spectacle va nous faire traverser les saisons : nous sommes des paysans, des ploucs, des marginaux, des Indiens qui habitent la campagne, qui sont branchés eau, animaux, toutes ces beautés fugaces. Le cirque est un art archaïque qui plonge loin ses racines dans la terre.

« Le cirque, c’est le lieu de l’homme sauvage.

« Nous jouons énormément, environ 110 fois par an, car plus que tout, c’est le lien avec les gens qui nous passionne. Et nous ne sommes qu’une petite équipe de 15 personnes, des acrobates, des musiciens… qui joue sans filet. Aucun d’entre nous n’a de remplaçant. Ce qui fait la beauté d’un spectacle, c’est sa fragilité, le fait qu’il est composé à partir de la valeur unique de chacun des artistes. C’est difficile d’avoir un répertoire, nous ne sommes jamais dans la reproduction, car la personnalité des artistes est centrale. Le danger absolu est donc en quelque sorte consubstantiel au cirque. » 

Trina Mounier


www.cirqueplume.com

Photos de répétitions : © Antoine Page

Tournée :

  • Du 19 mai au 14 juin 2017 sous chapiteau à Casamène (Besançon)
  • Du 30 juin au 4 août 2017 sous chapiteau à Bron (Nuits de Fourvière)
  • Du 14 au 21 octobre 2017 en théâtre à Amiens
  • Du 10 au 16 novembre 2017 en théâtre à Roubaix
  • Du 26 novembre au 3 décembre 2017 en théâtre au Havre
  • Du 11 au 22 décembre 2017 en théâtre à La Rochelle
  • Du 26 janvier au 15 février 2018 en théâtre à Caen
  • Du 2 au 8 mars 2018 en théâtre à Voiron
  • Du 30 mars au 29 avril 2018 sous chapiteau à Rezé
  • Du 18 mai au 2 juin 2018 sous chapiteau à Épinal
  • Du 26 septembre au 30 décembre 2018 à Paris sous chapiteau parc de la Villette
  • Du 1er au 23 mars 2019 en théâtre à Blagnac
  • Du 5 au 13 avril 2019 en théâtre à Brest

2e Biennale internationale des arts du cirque, Marseille‐Provence‐Alpes‐Côte d’Azur, du 21 janvier au 19 février 2017

Marseille, capitale du cirque

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

La 2e édition de la Biennale internationale des arts du cirque se déroule du 21 janvier au 19 février 2017 à Marseille et dans toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Un temps culturel fort et fédérateur qui contribue au rayonnement de cet art en pleine effervescence.

63 spectacles, 260 représentations… Pendant un mois à Marseille et dans 27 villes de la région, le cirque se déploie pour émerveiller, interroger, surprendre. La Biennale internationale des arts du cirque, initiée pendant l’année Capitale européenne de la culture Marseille-Provence 2013, fédère à présent près de 45 partenaires culturels de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, ce qui fait de cette manifestation l’un des plus importants festivals de cirque. Un développement en écosystème qui prouve que l’on peut relever le défi du collaboratif.

La dimension internationale se confirme avec 13 compagnies étrangères, sur les 47 à l’affiche. D’ailleurs, 200 programmateurs de toutes nationalités sont attendus à cette édition (et près de 500 au total). C’est autour de Cirque Ici / Johann le Guillerm, que s’est bâtie la programmation. Un coup de cœur énorme. Idem pour les Colporteurs et de belles découvertes, comme Phasme de Libertivore et Miroir miroir de Happés, théâtre vertical sont également à relever. Mais de nombreux autres spectacles sont dignes d’intérêt, dont quelques-uns des compagnies les plus importantes actuellement, et d’autres émergentes : 20 % du budget est consacré à la création, soit 26 créations en première mondiale.

Une riche palette de création

Les esthétiques les plus variées sont représentées, parmi lesquelles : Bestias de Baro d’Evel, Extension du Cirque Inextrémiste, la Constellation des cigognes de Jérôme Thomas.

Raquel Rache de Andrade et Guy Carrara, codirecteurs de la Biennale, sont confiants sur le succès public, car 12 000 spectateurs étaient déjà présents lors de la soirée d’inauguration, et ils en attendent plus de 100 000 au total (la première édition fut un succès populaire qui draina 85 000 spectateurs dans toute la région). Et ils espèrent bien contribuer à vendre encore davantage de représentations (491 dates en 2015). Une forte contribution à l’économie circassienne internationale.

« Le cirque peut sauver les mondes », s’enthousiasme Raquel. « Il doit le sauver », précise Guy. Le couple, également directeurs d’Archaos, y œuvre depuis les années 1980. Déjà, la labellisation de leur compagnie en Pôle national des arts du cirque, en 2012, a été une reconnaissance méritée et un encouragement à poursuivre leurs actions sur le territoire de Marseille-Provence. Mais après la Biennale, voilà à présent l’occasion de rayonner encore plus, après la nomination comme « Meilleur Producteur », lors de l’Annual International Professional Circus Award, pour l’Entre-deux biennales, dont la première édition a eu lieu en 2016.

La Fondation B.N.P.-Paribas, mécène engagé

Raquel Rache de Andrade et Guy Carrara portent haut les valeurs de solidarité, de mixité sociale, de créativité et d’audace. Des valeurs partagées par le principal mécène des arts du cirque, la Fondation B.N.P.-Paribas, qui cherche à favoriser, depuis de nombreuses années, la diversité et l’expérimentation dans ce domaine. Aide à la création, soutien à la diffusion des spectacles et aux résidences d’artistes sont autant de moyens de favoriser le développement de la création contemporaine, aux côtés des autres partenaires institutionnels.

La Fondation B.N.P.-Paribas accompagne ainsi le parcours d’artistes issus d’horizons culturels et de disciplines multiples, des groupes acrobatiques à la magie nouvelle, en passant par d’autres qui prennent le risque d’innover. Elle porte également une grande attention au développement de leurs publics en France et à l’international, et contribue, ainsi, à la mise en partage d’un cirque à la fois exigeant et accessible. Il était donc logique que l’engagement se pérennise aux côtés de la Biennale internationale des arts du cirque : sur un budget de 1,8 million, l’apport de la Fondation B.N.P.-Paribas représente 120 000 €.

Ces dernières années, plusieurs compagnies programmées ici ont déjà reçu son concours : la Cie Cahin-Caha, CirkVost, Kitsou Dubois, Cirque Ici / Johann Le Guillerm, les Colporteurs. Un engagement qui porte toujours ses fruits aujourd’hui. Quand on voit la qualité de la relation avec chacun, on n’a aucun doute sur la valeur du compagnonnage : écoute, soutien et confiance forment la signature de l’implication. Cette année, la Fondation B.N.P.-Paribas accompagne toujours le danseur-acrobate Yoann Bourgeois (Minuit), le Groupe acrobatique de Tanger (Halka), la funambule Tatiana‑Mosio Bongonga et sa compagnie Basinga. D’excellents choix.

Quel développement depuis la première édition ! Parmi les autres changements : l’installation de l’emblématique Village chapiteaux, non plus au J4, le parvis du Mu.C.E.M. (Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée), mais sur les plages du Prado. En bord de mer, les toiles aux couleurs vives face à l’horizon et les mâts pointés vers le ciel sont une magnifique invitation au voyage. Clé de voûte du festival, le village abrite cinq espaces consacrés à la création et aux rencontres, pour passer de beaux moments en famille ou entre amis, dont trois chapiteaux dédiés aux spectacles, le Magic Mirror, espace convivial où se restaurer et un chapiteau consacré aux activités ou ateliers. Décidément, rien de tel que se laisser surprendre, au cœur de l’hiver, par ces rendez-vous susceptibles d’ouvrir de nouveaux possibles ! 

Léna Martinelli


2e Biennale internationale des arts du cirque

Du 21 janvier au 19 février 2017

Site : http://www.biennale-cirque.com/fr/

Programme : http://www.biennale-cirque.com/fr/programme

Lieux : http://www.biennale-cirque.com/fr/les-lieux#3/-43.45/-90.62

Points informations et réservations :

  • www.biennale-cirque.com
  • Village chapiteaux : ouverture du site 1 heure avant le début du 1er spectacle) • plage du Prado • avenue Pierre‑Mendès‑France • 13008 Marseille
  • l’Office du tourisme de Marseille, du lundi au samedi de 9 heures à 19 heures, le dimanche de 10 heures à 17 heures • 11, la Canebière • 13001 Marseille
    www.marseille-tourisme.com

Certains spectacles sont également disponibles à la réservation sur les réseaux suivants :

Tarifs :

  • De 10 € à 22 €
  • Pass curieux – 3 spectacles : 42 €
  • Pass gourmand – 5 spectacles : 70 €
  • Pass journée – 3 spectacles : 49 €
  • Pass famille – de 48 € à 58 €

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=sMOPkC5jdNY

Photo de une : Village chapiteaux © Sarah Meneghello

Lire aussi Concerto pour deux clowns.

Leeghoofd © Clara Hermans

« la Part du hasard, jouer avec l’inconnu », T.J.P. à Strasbourg

L’art autrement

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Reportage sur « la Part du hasard, jouer avec l’inconnu », temps fort de la saison organisé par le T.J.P. à Strasbourg. De quoi aborder autrement les arts de la marionnette.

Non, ce reportage n’a pas été fait par hasard ! À la tête du T.J.P. – centre dramatique d’Alsace, depuis 2012 –, Renaud Herbin développe un projet autour de la relation corps-objet-image qui vise à décloisonner les pratiques de la matière et de la marionnette par un lien avec le champ chorégraphique et les arts visuels. D’emblée, une démarche qui nous intéresse.

Dans sa programmation, le T.J.P. a, entre autres, prévu plusieurs temps forts qui ponctuent la saison. Après un premier week-end intitulé « Imaginer demain après “No futur” », voici « la Part du hasard, jouer avec l’inconnu » : « Parce qu’il produit de l’écart, parce qu’il y a du jeu, le hasard comme méthode de création et d’expérimentation est l’occasion d’un décentrement. Il met en échec nos imaginaires de maîtrise et de possession, pour ouvrir la voie à la réjouissante indiscipline du monde ».

Au programme : deux spectacles, dont un jeune public, un atelier rencontre (« L’expérience continue »), la restitution de « Parcours pro », avec Simon Delattre, et une conférence-débat. En tant que « grand témoin », Emma Merabet, membre du comité de rédaction de la revue Corps-Objet-Image 03, a accompagné l’équipe, les participants et le public dans la découverte des pourtours artistiques et physiques du hasard. Les échanges ont été nourris par la présence de Christophe Le Blay et Michael Cros, Marguerite Bordat, Aurélien Bory (artistes proches du projet du T.J.P.).

Soucieux de conserver les traces de ces expérimentations, confrontations et échanges, Renaud Herbin a effectivement créé, avec son équipe, une revue, accessible sur un site de ressources en ligne (http://www.corps-objet-image.com/). Cela répond à la politique de recherche et de production du pôle européen de création artistique pour les arts de la marionnette, dont fait partie le T.J.P. Mais quoi de mieux que de se rendre sur place pour constater le fruit de cet heureux hasard ?

Pratiquer le hasard comme méthode

Parce que le T.J.P. est d’abord un lieu de spectacle, le public a pu assister à deux propositions intéressantes. Le hasard, comme pratique de la surprise, peut s’expérimenter au quotidien. Le personnage de Leeghoofd nous l’a bien prouvé. Ébranlant toute certitude et toute évidence, Tim Spooner s’est, quant à lui, demandé, dans The Voice of Nature, à quoi bon vouloir dompter les forces ingouvernables de la nature.

La conférence a clos le week-end. Dans un contexte où l’on veut tout soumettre à la raison, Emma Miraben y a brillamment démontré l’importance de renouer avec l’irrationnel. Quelle part reste-t‑il au hasard ? s’est‑elle d’abord interrogée, quand les algorithmes devancent le moindre de nos désirs, créent d’innombrables besoins, après l’étude de tous nos faits et gestes : « L’ambition prométhéenne ne se limite pas à prévoir les risques, pour mieux les maîtriser, mais à orienter nos comportements, à influencer nos opinions, à agir sur nos modes de vie », a‑t‑elle précisé. En effet, avec la géolocalisation, même les pratiques relationnelles (à soi, aux autres, à notre environnement) sont paramétrées. Et le profilage ne répond pas à une seule logique commerciale. Les hommes politiques, eux-mêmes, ont recours a de tels procédés pour agir sur les intentions de vote et, par là même, confisquer le débat démocratique.

Après ce constat accablant, la jeune chercheuse a fini par évoquer la capacité de la création à déstabiliser ce cadre prescriptif, à résister à ces tentatives totalitaires en nous déconditionnant. Et pas seulement les démarches qui s’appuient spécifiquement sur le hasard, comme celle des surréalistes, notamment le poète André Breton qui privilégiait « la trouvaille toujours au-delà de toute prévision » !

Éloge de la lenteur, nécessité de l’errance et du tâtonnement, plaisir de la découverte fortuite, goût pour le mystère… « voilà de quoi ouvrir le champ des possibles », a‑t‑elle conclu, car la marche du monde échappe aux prévisions. Et c’est tant mieux. Renouer avec une pensée magique ne permet‑il pas de développer une réceptivité accrue, pour faire ses propres choix, en toute liberté ?

Au cœur de la matière artistique

Le T.J.P. a aussi invité le public à poursuivre l’expérience du sensible par des temps de rencontres, d’échanges et de pratiques. Les chantiers offrent effectivement l’occasion de découvrir et d’explorer l’univers d’un artiste. Rencontrer des passionnés de la scène contemporaine, inventer aux côtés de bidouilleurs d’objets ou rêver avec des poètes du mouvement… autant de moments à vivre entre amis, en solo ou en famille, et qui s’adressent à tous : enfants, ados, adultes, novices ou pas.

Ainsi, dans « L’expérience continue », chacun a tenté d’apprivoiser le hasard au gré de la mécanique fortuite de mobiles élaborés ensemble. Dans cet espace de jeu improvisé, la suspension et l’équilibre ont invité à la surprise, les lois vertigineuses ont précipité les échanges. Les participants ont pu bouger, dialoguer et se donner en représentation autour d’objets permettant de chercher moult points d’équilibre. Les mobiles créés (« systèmes d’évasion construits par de petites équipes ») ont surtout rappelé l’intérêt d’agir et d’inventer collectivement.

Ce week-end fournissait également l’occasion d’assister à la restitution du « Parcours pro ». Proposé en partenariat avec l’Agence culturelle d’Alsace, celui‑ci est accessible aux artistes professionnels de la région Grand Est, quelle que soit leur pratique artistique. L’opportunité d’expérimenter l’univers d’un artiste proche du projet du T.J.P. Et aussi de se rencontrer entre artistes, chercher, tester, se tromper, et cheminer ensemble.

Cette fois‑ci, c’est Simon Delattre, diplômé de l’Énsam de Charleville-Mézières, qui l’a animé. Inspiré par le cinéma, celui‑ci convoque son langage dans ses propres spectacles, car il considère que le 7e art, comme la marionnette, permet de donner des accents dramaturgiques tranchés. Il a alors proposé aux participants de transposer les diverses figures de styles cinématographiques au plateau, en partant de la fameuse « scène de la douche » (Psychose de Hitchcock). Le résultat fut tellement riche que d’autres séquences de films ont aussi été travaillées : réflexions sur la qualité et le traitement du son et de l’image (les cadrages, les noirs), sur les dialogues, sur l’espace et les déplacements (champ, contrechamp, travelling), le découpage du temps (le montage), le tout en manipulant des objets, bien sûr. Quelle inventivité ! La restitution fut passionnante, car féconde en trouvailles, jusqu’au défaut de mise au point d’une focale rendu par des loupiotes défaillantes.

En s’interrogeant, y compris de façon sensible, sur la manière de jouer avec l’inconnu, publics, amateurs et professionnels ont ainsi pu faire l’expérience du théâtre autrement. Et cela plaît beaucoup au T.J.P., en témoigne les spectateurs, nombreux, venus assister aux différentes propositions : « Il se passe toujours quelque chose ici. Les artistes sont souvent inspirés, les rencontres enrichissantes. De quoi élargir les horizons ! », a déclaré Emmanuelle, fidèle spectatrice… rencontrée par hasard. Forcément ! 

Léna Martinelli


« la Part du hasard, jouer avec l’inconnu »

T.J.P.-C.D.N. d’Alsace • grande scène • 7, rue des Balayeurs • petite scène • 1, rue du Pont‑Saint‑Martin • 67000 Strasbourg

Réservations : 03 88 35 70 10

http://www.tjp-strasbourg.com/

Du 20 au 22 janvier 2017

Programme détaillé : http://www.tjp-strasbourg.com/weekend-jan/

Traces des interactions du week-end sur www.corps-objet-image.com

Photos : © Benoît Schupp et Clara Hermans

« Écrire le bruit du monde »-une

« Écrire le bruit du monde », rencontre et lectures, Maison des métallos à Paris

Un faisceau d’énergies qui porte haut l’écriture dramatique

Par Lorène de Bonnay
Les Trois Coups

En avril 2014, des chercheurs de Paris‑III réunissent des auteurs à l’occasion d’un colloque international organisé par les Écrivains associés du théâtre (É.A.T.). Cinq tables rondes offrent à tous l’opportunité de réfléchir au retentissement du bruit et du silence dans l’écriture dramatique contemporaine. La retranscription minutieuse de ces échanges passionnants, effectuée par des éditeurs engagés, aboutit à la parution d’un livre inestimable, « Écrire le bruit du monde » – présenté avec enthousiasme à la Maison des métallos.

Le Bruit du monde est déjà le nom d’une anthologie de textes dramatiques allant de 1950 à 2000, dirigée par Michel Azama et parue en 2004. Il faut croire que le « réel » caché, épais, continue de nourrir la création artistique, de susciter des commentaires et des formes. Louise Doutreligne, Sylvie Chalaye, Michel Beretti et Michel Azama, instigateurs du colloque, ont donc voulu interroger le lien entre texte et déferlement d’images, entre fureur et silence, entre bruit du monde et petite « phrase intérieure » ¹ musicale, entre le bruit et ses résonances sur le plateau. Questions brûlantes, actuelles. Les 25 auteurs de théâtre, très divers, en pensant ensemble, en racontant des expériences, en s’écoutant, offrent ainsi de riches réflexions, que viennent relayer des lectures de leurs œuvres. Orienté par les hypothèses et questionnements des modérateurs, par les échos entre les discours, chaque intervenant témoigne de la singularité et de la vigueur de l’écriture théâtrale d’aujourd’hui.

La rencontre organisée autour d’Écrire le bruit du monde, au café des Métallos, reflète cette extraordinaire convergence d’énergies qui traversent et caractérisent le livre. Louise Doutreligne et Sylvie Chalaye évoquent d’abord l’origine du projet : le désir de défendre les auteurs, de les faire parler autrement, de se saisir de leurs questionnements. Toutes deux insistent sur l’idée d’avoir du temps – nécessaire à la retranscription des échanges, à leur transmission. L’éditrice Astrid Cathala ajoute avec conviction que « semer, colporter » requiert de la durée. Malgré « la cacophonie ambiante, le rythme des médias, le manque apparent de moyens ».

Hélène Kuntz, Rafaëlle Jolivet‑Pignon et Sylvie Chalaye évoquent ensuite trois des tables rondes : « Tapages des images », « Résonances de plateau » et « Bruits de langue », sur lesquelles nous allons revenir. S’ensuivent alors des lectures de fragments de textes par leurs auteurs : Gerty Dambury et son fils metteur en scène Jalil Leclaire mettent en jeu un très beau dialogue entre une « Ancienne » qui défend le texte, et un « Nouveau », en faveur des arts plastiques et de la danse. Martin Bellemare fait entendre un échange ludique et sensible, extrait de sa pièce l’Oreille de mer (celle-ci évoque des personnages perturbés par des problèmes de son, envoyés chez un spécialiste ; un « bruit » ne cesse d’interrompre leurs relations). Gaël Octavia lit un extrait de Cette guerre que nous n’avons pas faite (paru en 2014) ². Koffi Kwahulé profère un extrait de sa dernière création, Samo, a Tribute to Basquiat ³. Enfin, Dominique Paquet rend un vibrant hommage à Emmanuel Darley – auteur aujourd’hui disparu.

L’évènement est donc à l’image du livre : questions, textes, voix et tonalités venues d’ici et d’ailleurs (de plusieurs continents, d’univers professionnels enfin décloisonnés – recherche, journalisme, édition, théâtre et littérature) se mêlent. Des flux de pensée et de création semblent donc se rejoindre, autour de cet état des lieux de l’écriture dramatique contemporaine : le théâtre est notre « patrie commune insoupçonnée », souligne gracieusement l’éditrice. Au final, une idée se dégage, qui semble aimanter l’ensemble des mots échangés ou lus dans ce colloque ou cette rencontre, mais que seul le livre révèle, dans son entièreté : écrire, n’est autre que la tentative, dans le bruissement du monde, de trouver sa propre mélodie, de la faire sonner, résonner, de façon à ce qu’elle fasse vibrer toujours plus de cordes sensibles.

Petite mise en appétit autour de ces cinq « tables », avant la lecture du livre

« Tapages des images »

Comment le théâtre trouve-t‑il sa place dans une surexposition médiatique, une accumulation d’images ne faisant plus sens, des leurres qui masquent et ne donnent rien en partage ? Risque-t‑il de s’apparenter au reportage ? Hélène Kuntz commence par se référer au 11 septembre 2001 de Vinaver, lequel questionne la mimesis : comment « fixer », « réfléchir » un évènement fou ? En inventant une forme, un « objet de parole en explosion », en « implosion », rendant compte du chaos, des décombres, explique l’auteur. Face à ce trop‑plein d’images qui s’annulent, il faut trouver l’image essentielle qui nous aide à vivre, dit Koffi Kwahulé. Puisque tout discours, dès lors qu’il est proféré dans un espace théâtral, se voit conférer une autre dimension, il faudrait créer une forme proposant une vraie expérience au spectateur (une « marge à la vie »). Joseph Danan ajoute qu’il faut trouver un dispositif, pour chaque pièce, qui réponde à la complexité du monde, et l’expérimenter. L’image a beau façonner notre pensée, elle n’est pas l’ennemi : l’auteur doit se confronter aux « flux qui s’interposent » entre le réel, toujours caché, et lui-même. Le seul réel est celui qui advient sur scène. Zanina Mircevska considère, lui, qu’il s’agit de traiter les images, comme une « usine », et de produire les siennes. Matéi Visniec parle à son tour de mastication des images pour parvenir à une « métaphore, une réflexion, une émotion collective, qui fondent le spectacle » – cet « abri anti-images ». Une première table des plus savoureuses.

« Échos du silence »

Face au bruit du monde, au tapage du discours, le silence, qui s’entend physiquement au théâtre, qui « s’épand », se partage, qui fait partie de la parole, dit Arnaud Rykner, est une réponse, un acte de résistance. Les auteurs réunis ici réfléchissent aux traces du silence dans leurs textes : des monologues de femmes évoquant le silence agité de la solitude, un personnage craignant le silence de sa voix intérieure dans ses soliloques et désireux de communiquer avec le monde, chez Carole Fréchette. L’auteur, comédienne et dramaturge Sabine Tamisier, de son côté, veut « faire parler les gens qui ont du mal à dire ». Emmanuel Darley (disparu en janvier 2015) évoque quant à lui l’origine de son écriture (silence, parole empêchée par les proches, souvenirs sonores), puis la quête d’une parole propre, entre « diarrhée macérée et icebergs ». En somme, ces auteurs écrivent pour faire émerger leur voix, pour tenter de communiquer avec l’autre. Une table vibrante.

« Résonances du plateau »

En opposition au silence de l’auteur qui écrit seul dans un premier temps (avant la création scénique), comment se vit l’écriture de plateau (un matériau vivant en relation avec sa représentation) ? Comment « le geste d’écrire prend‑il forme à partir d’expériences, de rencontres et dans une relation au plateau ? », interroge Rafaëlle Jolivet‑Pignon. Cette écriture est une aventure humaine se jouant entre un auteur, son théâtre du quotidien, les corps qui l’entourent, le territoire qu’il habite, et un plateau conçu comme une caisse de résonance du réel, un espace possible de révolte. L’exemple exaltant du collectif d’auteurs les Coq cig gru se trouve alors développé : Karin Serres, Dominique Paquet, Françoise Pillet ont inventé des dispositifs pour parler de l’acte d’écrire (en se demandant pour qui elles écrivaient). Durant cinq ans, elles sont parties une semaine dans un lieu (théâtre, M.J.C., etc.). Le samedi, chacune devait présenter et lire un texte de théâtre, écrit in situ, toujours différent. Elles ont rencontré des classes, invité le public à voir les lieux et dispositifs de l’écriture.

Dominique Paquet évoque aussi d’autres expériences de créations, en proximité avec des habitants et une géographie. Elle rapporte son souci constant de trouver une « forme contemporaine et libre » dans chaque endroit. Elle explique également la nécessité pour elle de s’ouvrir à la mise en scène, aux projets des acteurs, d’échanger, de faire circuler les flux. Karin Serres parle aussi d’une écriture vivante, enrichie par le travail au plateau. L’enthousiasme gagne la table.

« Bruits de langue »

Malgré la « cacophonie du monde », comment créer un espace de jeu faisant entendre un « son nouveau », une note intérieure, « inouïe » ou « infinie » ? Comme « faire sonner la langue autrement » ? En passant par le détour animalier ou par d’autres langues, en se créant des impossibilités, des écarts qui font « surgir des bruits, de la musique, des sons » (Sylvie Chalaye). Les auteurs de « l’entre-deux » que sont José Pliya, Gaël Octavia ou Pedro Kadivar en témoignent.

Tout l’enjeu de la littérature est de « migrer à l’intérieur de sa langue », rappelle Kadivar. Mais cette mélodie est unique au théâtre : on y entend autrement le langage. En effet, la langue de plateau crée un écart avec la langue ordinaire, la « met en jeu ». Novarina l’affirme : « On est agi par les mots », qui sont faits de « chair ». Au théâtre, nous voyons ce langage « sortir des corps, frapper l’espace, nous agir ». « Il faut surtout que les acteurs trouvent le lien vivant entre cette partition et la langue orale simple et magnifiquement rythmée, telle qu’on la parle autour de nous ». Cette table a un goût indicible.

« La question de la transmission »

Modérée par Dominique Paquet (qui remplace Michel Azama), cette dernière table ronde se demande comment apprendre, transmettre, enseigner l’écriture dramatique contemporaine. Les intervenants divers soulignent l’importance de l’éditeur (son rôle de « tiers », la relation affective qu’il entretient avec l’auteur), mais aussi celle des ateliers, des tutorats, des cours, au sein d’associations, d’écoles ou d’universités. Ils racontent leurs expériences. Michel Azama, qui rejoint finalement l’assemblée, souligne la nécessité de laboratoires d’écriture, de portes et de vannes qui s’ouvrent !

Cet « ouvrage de référence indémodable et précieux », dixit Astrid Cathala, est bien plus vivant que ces paragraphes qui lui empruntent beaucoup. Les paroles et les textes, de très grande qualité, y vibrent, y crient, y creusent des sources. L’inspiration ne faillit pas. 

Lorène de Bonnay

  1. Proust.
  2. http://lestroiscoups.fr/cette-guerre-que-nous-navons-pas-faite-de-gael-octavia-a-paru-chez-lansman/
  3. Spectacle mis en scène par Laëtitia Guédon en février 2017 à la Comédie de Caen et en mars au Théâtre des Quartiers-d’Ivry.

Écrire le bruit du monde, actes du colloque organisé par les É.A.T. (les 7 et 8 avril 2014), en partenariat avec la S.A.C.D., l’institut d’études théâtrales Sorbonne nouvelle-Paris‑III, le Théâtre 13 / Seine, l’É.S.A.D. et la mairie de Paris

Auteurs : Michel Azama, Pierre Banos, Sergi Belbel, Martin Bellemare, Michel Beretti, Sylvie Chalaye, Michel Cochet, Gerty Dambury, Joseph Danan, Emmanuel Darley, Louise Doutreligne, Carole Fréchette, Rafaëlle Jolivet‑Pignon, Pedro Kadivar, Hélène Kuntz, Koffi Kwahulé, Émile Lansman, Žanina Mircevska, Jan Novák, Valère Novarina, Gaël Octavia, Dominique Paquet, Françoise Pillet, José Pliya, Élie Pressmann, Jean Renault, Arnaud Rykner, Karin Serres, Sabine Tamisier, Carole Thibaut, Matéi Visniec

Texte publié aux éditions l’Œil du souffleur, collection « Mauvais temps », le 15 mars 2016

Avec : Martin Bellemare, Gerty Dambury, Koffi Kwahulé, Gaël Octavia, Louise Doutreligne (auteurs dramatiques), Jalil Leclaire (comédien et metteur en scène), Dominique Paquet (auteur et directrice de la publication), Astrid Cathala (fondatrice des éditions l’Œil du souffleur, comédienne), Philippe Touzet (président des É.A.T.)

et les trois modératrices des tables rondes du colloque Sylvie Chalaye (professeur à l’institut d’études théâtrales Sorbonne nouvelle-Paris‑III), Rafaëlle Jolivet‑Pignon (dramaturge, chargée de cours à l’institut d’études théâtrales Sorbonne nouvelle-Paris‑III), Hélène Kuntz (maître de conférences, directrice adjointe de l’U.F.R. Arts et médias, Sorbonne nouvelle-Paris‑III)

Maison des métallos • 94, rue Jean‑Pierre Timbaud • 75011 Paris

Réservations : 01 42 29 78 64

Site de l’établissement culturel : www.maisondesmetallos.paris

Site des É.A.T. : www.eatheatre.fr

Site de l’Œil du souffleur : www.oeildusouffleur.com

Vendredi 6 janvier 2017 de 19 heures à 20 h 30

Entrée libre

CIRCa 2016 © Rainer Ittner

CIRCa, 29e Festival de cirque actuel à Auch

Auch, capitale du cirque

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Le Festival du cirque actuel organisé par CIRCa, Pôle national des arts du cirque, s’est tenu à Auch du 21 au 29 octobre 2016. Neuf jours de festivités avec une vingtaine de compagnies et la présence d’écoles professionnelles du monde entier. Une belle invitation pour, ensemble, rester curieux et vivants.

Le cirque a rencontré, au milieu des années 70, sa ville : Auch. Une longue histoire qui pense cette discipline comme une grande école de la vie. Après des hivers réchauffés par la présence d’Achille Zavatta, c’est donc tout naturellement que CIRCa naît ici en 1987.

En 2012, un lieu adapté aux techniques du cirque voit le jour. Baptisé C.I.R.C. (Centre d’innovation et de recherche circassienne), il permet la diffusion de nombreux spectacles de cirque, notamment lors du festival, mais aussi d’autres arts vivants. À côté du bâtiment qui abrite, entre autres, une salle de répétition de 480 m2, le chapiteau permanent (le Dôme de Gascogne) permet d’accueillir près de 700 spectateurs.

CIRCa est le plus ancien festival de cirque en France et sans doute l’un des plus dynamiques. Il est donc devenu Pôle national cirque. Un label bien mérité pour ce que l’on peut considérer comme un des plus importants festivals de ce genre en Europe. En effet, depuis vingt‑neuf ans, la manifestation attire des dizaines de milliers de visiteurs. À chaque édition, spectateurs, bénévoles et professionnels vivent aux côtés de celles et ceux qui font la vitalité de cet art.

Vitrine internationale du cirque actuel

Cette année, on compte 13 lieux, dont 5 chapiteaux au cœur de la ville d’Auch, l’Astrada à Marciac et des bibliothèques. Avec plus de 20 compagnies invitées, cette 29e édition fut donc riche en découvertes. Ainsi Marc Fouilland, directeur artistique, propose quasi exclusivement des créations récentes qui témoignent du renouveau des esthétiques : « Sur les 22 spectacles, 11 ont été créés en 2015 et 8 en 2016, dont de nombreuses sorties de résidence (http://www.circa.auch.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=16&Itemid=182&lang=fr). Les métissages semblent infinis et résistent à toute définition hâtive. En perpétuelle recherche, le cirque actuel est en renouvellement permanent. C’est ce qui fait la singularité de cette discipline, à la croisée de tous les arts », explique-t‑il.

Les configurations, les espaces, les techniques et les langages sont en effet sans limites. Chorégraphie, théâtre, musique, se mêlent pour délivrer une gamme large d’émotions singulières et intenses. Depuis longtemps, le cirque n’est plus seulement prouesses acrobatiques. On y découvre des histoires rocambolesques, des questions sans réponses, des pamphlets. Dans des spectacles souvent non dénués de poésie, les réflexions sur l’homme et sa place dans la société qu’on peut y trouver attestent des préoccupations qui animent les circassiens d’aujourd’hui. Les interprètes doivent aussi désormais développer de multiples talents : performances physiques et jeux d’acteurs, travail de répertoire, approche dramaturgique… Un cirque recomposé, en somme.

Voilà de quoi séduire le plus grand nombre ! Oui, s’il est parfois exigeant, le cirque demeure populaire. Plus de 33 000 places sont proposées pour ces 86 représentations. Lieu de rencontre incontournable pour la grande famille du cirque, les programmateurs ne rateraient d’ailleurs ce rendez-vous pour rien au monde. Ils viennent des quatre coins de la planète. Soit environ 300 professionnels présents cette année. Réunies dans la navette du retour, après plusieurs jours de festival, Mara Serina (consultante artistique pour le festival Teatro a Corte, en Italie), Bianca Schmitz (directrice artistique de Tollwood, à Munich), Kim Cook (directrice artistique du Burning Man Project, aux États-Unis) ont échangé leurs points de vue. Bilan : de belles découvertes, des contacts et déjà l’envie de revenir.

En piste !

Constamment actuel, ce festival est aussi celui de demain : depuis toujours, les écoles professionnelles sont là, comme le Lido, centre des arts du cirque de Toulouse, venu présenter les travaux de sa 22e promotion, ou le Centre national des arts du cirque (C.N.A.C.) qui délivre un nouveau certificat en dramaturgie circassienne.

Cette mise en avant des talents émergents, elle prend encore forme avec le projet CIRCLE qui existe depuis dix ans. Une occasion de les fêter en grand, en partenariat avec la Fédération européenne des écoles de cirque (Fedec). Cette année, ce ne sont donc pas 10 écoles, mais 20 qui se sont présentées en duos pour proposer des formats courts issus d’ateliers de création. Pas moins de 11 pays représentés !

Au-delà du dialogue intrasectoriel sur l’insertion professionnelle des étudiants, CIRCa offre ainsi l’occasion aux amateurs de se confronter au public. Un carrefour pédagogique où se sont croisées les écoles de loisirs présentées lors des Plateaux national et régional des écoles de la Fédération française des écoles de cirque (F.F.É.C.) et du Labo Cirque. Autant d’expériences inoubliables pour ces talents en herbe et certains déjà confirmés. Le moment, aussi, de se faire repérer, car, ici, ces élèves fraîchement sortis d’écoles côtoient les artistes professionnels.

Diversité et convivialité

Quelle ambiance sur l’espace Festival (le CIRC) ! Dans la scène ouverte et partout où c’est possible, on teste un équilibre ou on fait virevolter balles et massues. En effet, quoi de mieux que de passer à la pratique ? Pour les enfants, s’essayer au jonglage, à marcher sur un fil ou aux équilibres reste un moment privilégié.

Des temps d’échanges avec les artistes permettent de rencontrer les compagnies et de comprendre les enjeux de leurs créations. Et aussi, des rendez-vous professionnels, des soirées musicales et festives, des expositions, sont proposés. Enfin, il serait dommage de ne pas goûter aux délicieuses galettes de la crêperie Marianne et aux bons petits plats de « La tente dans les étoiles ». La Cant’auch mérite également le détour sous le joli chapiteau en bois.

Une ville cirque

Dans la ville haute, tandis qu’un programme de visites est organisé pour apprécier à sa juste valeur Auch, pays d’art et d’histoire, le cirque s’est animé sur les écrans de Ciné 32 (www.cine32.com). Le festival s’est donc engagé dans toute la cité, y compris dans les vitrines des commerçants, qui ont été invités à participer à un concours avec, à la clé, un accès illimité à tous les spectacles de la saison culturelle.

Implanté sur son territoire, fédérateur, le festival a toujours été porté par des bénévoles. Aujourd’hui, ils sont plus de 200 répartis en 14 commissions (accueil, bar, boutique, radio CIRCa, brigade verte…). Ils prêtent main-forte au staff composé de 16 permanents, d’une équipe de renfort et d’intermittents.

Animés par la passion du cirque ou par la simple envie de donner un peu de leur temps, les bénévoles sont le reflet des valeurs humaines, d’échange et de partage qu’offre le festival. Ainsi, Dany Pasin, chauffeur et responsable du parc automobile, prend ses missions à cœur. Ancien chef de rayon dans le secteur de la grande distribution à la retraite, il place ses compétences de logisticien au service du festival. Enthousiaste et impliqué, il met même des artistes en lien avec les programmateurs qu’il croise régulièrement dans ses navettes. Il a le verbe haut et la bonne humeur contagieuse.

Comme lui, Martine Gallet, une amie qu’il a convertie, y trouve son compte depuis trois ans qu’elle héberge des professionnels dans sa jolie maison et qu’elle travaille à la boutique du festival : « Je fais de bien belles rencontres. Je partage avec des gens que je n’ai pas l’habitude de côtoyer, précise-t‑elle. Au-delà de leurs prouesses, ces artistes nous transmettent des messages sur les rapports humains tellement intéressants. ».

Décidément, cette petite ville de Gascogne vit au rythme du cirque, car les scolaires sont aussi associés à la fête. Cette année, les élèves de l’option Arts du cirque du lycée Le Garros se sont vu proposer un parcours particulier, avec des spectacles, des rencontres spéciales, des ateliers, et les collégiens du Gers ont pu bénéficier d’une journée dédiée. De quoi éveiller la curiosité, voire alimenter les passions ! Oui, CIRCa rayonne au-delà du Gers pendant bien plus qu’une semaine. Et c’est tant mieux. 

Léna Martinelli


CIRCa, 29e festival de cirque actuel

Du 21 au 29 octobre 2016 

Site : http://www.festival-circa.com

CIRC • allée des Arts • 32000 Auch

Réservations : 05 62 61 65 00

Plusieurs formules d’abonnement : Promenade, Grands chemins, la Virée jeune, le Parcours famille

Tarifs spectacles : 19 € | 15 € (voir le site pour les tarifs spécifiques)

Photos : © Rainer Ittner © Christophe Trouilhet

Programmation détaillée : http://www.festival-circa.auch.fr/fr/les-spectacles/programmation-festival-date

Spectacles

  • À corps perdus, Cie Bivouac
  • Alexandrin le Grand, Cie Césure à l’hémistiche
  • Autour du domaine, Collectif Porte 27
  • Bobines, L’Attraction céleste
  • Chute !, Collectif Porte 27
  • Crue, Cie Les Apostrophés
  • Dad Is Dead, Mathieu Ma Fille Foundation
  • Dans les plis du paysage, Collectif Petit Travers
  • (Dis)-cordes, Cie Sens dessus dessous
  • Flux tendu & The Safe Word, L’Éolienne
  • Forever, Happily…, Collectif Malunés
  • Halka, Groupe acrobatique de Tanger
  • Hip 127, la Constellation des cigognes, Armo / Cie Jérôme‑Thomas
  • la Cosa, Claudio Stellato
  • la Dévorée, Cie Rasposo
  • la Femme de trop, Cie Marcel et ses drôles de femmes
  • le Corps utopique ou Il faut tuer le chien !, Cie Pré‑O‑coupé-Nikolaus
  • les Grands Fourneaux / Cie Max et Maurice
  • Mama / Papa Carnaval / Cridacompany
  • Smoke and Mirrors, The Ricochet Project
  • Plan B, C.N.A.C.
  • les Prémisses de la fin, Lido, 22e promotion

CIRCLE (10 ans !), présentations des écoles de la Fedec

Spectacles des écoles F.F.E.C.

Autres :

  • La Scène ouverte : numéros des jeunes des écoles de cirque tous les jours à 15 h 30 à la Maison du festival (accès libre)
  • Concerts : jazz avec les élèves du collège de Marciac le 22 octobre à 17 heures, JUR (Cridacompany) le 23 octobre à 22 h 30, Gwen et Medhi, duo guitare / violon le 24 octobre à 22 h 30, le Groupe acrobatique de Tanger le 26 octobre à 22 h 30
  • Baby-cirque de 3 à 6 ans ; ateliers d’initiation au cirque à partir de 6 ans, du 22 au 29 octobre, sur inscriptions ; atelier de fabrication d’acrobates en papier, atelier parents-enfants, dès 8 ans, le 25 et le 28 octobre ; les Circades, joutes d’équilibre, d’acrobaties et de jonglage accompagnés par les élèves des écoles de cirque, le 27 octobre
  • Rencontres artistiques : temps d’échanges avec les artistes animés par Jean‑Michel Guy, de 18 heures à 19 heures au CIRC

Teaser :

https://www.youtube.com/watch?v=Ux_PddMynFY