Jean-Pierre-lui-moi-scenographie

« Jean-Pierre, Lui, Moi », de Pocket Théâtre, Festival Villeneuve-en-Scène, à Villeneuve-lès-Avignon

Fabuleuses faiblesses

Par Stéphanie Ruffier
Les Trois Coups

Comment trouver la juste distance pour évoquer sur scène le handicap, surtout quand le sujet n’est autre que son grand frère ? Entre performance désopilante, forme documentaire et tendre confidence, Thierry Combe joue avec les codes du théâtre et nous offre un moment d’empathie exceptionnel.

Il entre, goguenard, en sweat à capuche vert, style « éduc spé à la cool » et annonce qu’il est venu nous parler d’un sujet grave : la perception du handicap et son retentissement au sein d’une famille, la sienne. Ce téméraire spectacle, inclassable, présenté comme une « prise de parole théâtrale » exhibe avec générosité sa problématique casse-gueule, ses ficelles, y compris ses doutes.

À quoi tient son charme fou ? À la relation sincère que Thierry Combe, auteur et interprète jurassien, tisse pas à pas avec son public. Les espaces, presque didactiques, sont délimités au sol : ici se trouvent père-mère, à côté le milieu socio-médical. Bien sûr, le handicap occupe la place la plus imposante, au-devant de la scène, tandis que le narrateur cherche un peu la sienne, navigue, orchestre… Très vite, la reconstitution de scènes fondatrices explose dans une habile porosité entre réel et fiction.

Jean-Pierre-Lui-Moi-Combe 2 © Helene Dodet

« Jean-Pierre, lui, moi » de et avec Thierry Combe © Hélène Dodet

Surprises sucrées ou salées

Dans ce cercle de parole à ciel ouvert, délimité par une palissade en bois, le spectateur, comme Thierry avec son sujet, se sent à la fois en confiance et en danger. Cette truculente galerie de portraits qu’il assure seul, avec générosité, à la Caubère, ne nous ménage pas. Les corps inquiets ou dégingandés, les obsessions et les exaspérations de tous y sont travaillés comme une pâte à modeler émouvante. Les tableaux illustrant la condescendance de certains proches et la froideur administrative nous confrontent avec pertinence à nos propres limites et préjugés. Autres trouvailles, de savoureuses mises en situation, à la fois concrètes et métaphoriques : on n’envisagera plus jamais pareil la Compagnie Créole ni les tartelettes aux fruits !

« La dramaturgie, il n’y en a pas », assure le narrateur avec malice. Il passe en effet sans préavis d’un jeu incarné à une conférence gesticulée en passant par une sorte de théâtre-forum. Et pourtant, on sent combien son laboratoire socio-artistique prend soin de tout et de tous, avec précision. On y accouche ensemble du spectacle et d’une grande humanité, sans mièvrerie ni compassion. On s’y sent pleinement présent. Accompagné par la main ou un peu chahuté, on accueille ses personnages bouleversants et de vivifiantes prises de conscience. Bref, on vous recommande chaleureusement ce théâtre astucieux, décomplexé et incisif. Aimant ! 

Stéphanie Ruffier


Jean-Pierre, lui, moi, de Thierry Combe

Pocket théâtre

Auteur et interprète : Thierry Combe

Regards extérieurs : Nathalie Pernette et Patrice Jouffroy

Scénographie : Ben Farey

Création lumière : Caroline Nguyen

Création son : Fred Germain

Durée : entre 90 et 105 minutes

À partir de 12 ans

Dans le cadre du festival Villeneuve en scène • Plaine de l’Abbaye • 30400 Villeneuve-lès-Avignon

Théâtres en itinérance

Du 9 au 21 juillet 2017, à 19h, relâche le 15 juillet.

De 8 € à 16 €

Présentation video

Réservations : 04 32 75 15 95

Tournée :

  • Du jeudi 8 au samedi 10 août, au festival L’été de Vaour, à Vaour (81)
  • Les 13 et 14 septembre, au festival Collin’Art, à Sombernon (21)
  • Du 25 au 28 septembre, à Territoire Bresse Haute-Seille (39)
  • Les 2 et 3 novembre, au festival Maynats, à Bagnères de Bigorre (65)
  • Les 6 et 7 novembre, Tournée en Rue Libre, à Jongun (32)
  • Les 9 et 10 novembre, Tournée en Rue Libre, à Verdun-sur-Garonne (82)
  • Du 12 au 16 novembre 2019, ARTO, Tournée en Rue Libre, à Toulouse (31)
  • Les 19 et 20 novembre, Derrière le Hublot, à Capdenac (46)
  • Du 6 au 8 février 2020, au Théâtre du Briançonnais, à Briançon (05)
  • Les 1er et 2 avril, CNAR L’Usine, à Tournefeuille (31)
  • Le 4 avril, En rue libre, à Ax-les-Thermes (09)
  • Le 25 avril, à Reuille-Vergy (21)
  • Les 12 et 13 mai, au Théâtre Onyx, à St-Herblain (44)
  • Les 14 et 15 mai, le Quatrain, à Haute-Poulaine (44)
  • Le 16 mai, centre Mosaïque, à Le Mené (22)
  • Du 29 au 31 mai, à La Passerelle, Scène Nationale, à Gap (05)

À découvrir sur Les Trois Coups :

Tes Tondues, des Arts Oseurs, par Stéphanie Ruffier

Festival-avignon-Off

Festivals de l’été en France

Nos festivals de l’été

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Grands raouts ou micro-festivals, temps fort, saison estivale, rendez-vous incontournables et nouveaux-nés… Comme chaque année, on a l’embarras du choix à cette période de l’année. Voici notre sélection forcément subjective.

Celle-ci donne plutôt la part belle au théâtre, comme l’incontournable Festival d’Avignon, qui mobilise l’équipe depuis belle lurette. Les Trois Coups est déjà sur les routes – nos reportages aux Nuits de Fourvière l’attestent – mais les vacances nous donnent des fourmis dans les jambes.

La France, terre de festivals

Rien que pour le genre le plus représenté (les musiques actuelles), on n’en compte pas moins de 1 500, des plus intimistes aux grosses machines, comme les Vieilles Charrues ou le Festival interceltique de Lorient qui draine le plus grand nombre de festivaliers (750 000 en 2017). Une profusion qui permet de s’en mettre plein les oreilles et les mirettes.

C’est le cas au Festival international d’art lyrique d’Aix-en-Provence, qui fête son soixante-dixième anniversaire et la dernière saison de son directeur, Bernard Foccroulle, auquel succédera le metteur en scène Paul Audi. Notre coup de cœur : la Flûte enchantée, créée en 2014 par Simon McBurney et reprise sous la directeur du chef Raphaël Pichon et de l’orchestre Pygmalion.

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Le Off © Sarah Meneghello

Quant au Festival d’Avignon, il bat son plein. Tandis que le Off remplit toujours les records, avec une offre vraiment pléthorique (près de 1500 spectacles), le In propose près d’une cinquantaine de spectacles, jusqu’au 24 juillet.

De l’autre côté du Rhône, Villeneuve en scène a programmé les arts en itinérance comme on les aime : éclectique, accessible et audacieux. Encore de la qualité, avec la Route du Sirque, durant une grande partie du mois d’août. Ce festival attaque sa quatrième décennie sur les chapeaux de roues : trois semaines ne seront pas de trop pour vivre les arts du cirque dans leur variété, surtout que la création féminine est à l’honneur.

La culture par tous et pour tous

Concernant les arts de la rue, deux rendez-vous incontournables, l’un en juillet, l’autre en août : Chalon dans la rue et le Festival d’Aurillac. Les deux villes ouvrent leurs rues, leurs places, leurs squares à de nombreux spectateurs afin d’offrir une programmation bouillonnante et ouverte sur la création internationale.

Théâtre-du-Peuple

Le Théâtre du Peuple © David Siebert

Dans cette veine humaniste, une nouvelle ère commence pour le Théâtre du Peuple. Au cœur de la forêt vosgienne, à Bussang, celui-ci arbore toujours fièrement sa devise légendaire « Par l’art, pour l’humanité » au fronton, depuis plus d’un siècle. Récemment nommé à sa direction, Simon Delétang initie, à partir du 14 juillet, la nouvelle saison d’été de ce haut lieu de création et de transmission, où il souhaite poursuivre l’utopie du fondateur : inventer un théâtre exigeant, tout en s’adressant au plus grand nombre.

Entre terre et  mer

Autre saison estivale qui retient notre intérêt : pour la 2e année consécutive, La Maison Maria Casarès ouvre grand ses portes pendant un mois, à partir du 17 juillet. Son programme privilégie la rencontre et la convivialité autour de deux spectacles du répertoire de la Cie du Veilleur. Un programme taillé pour toute la famille avec goûter champêtre, atelier de pratique, dîner, exposition et aussi une visite contée, au cours de laquelle les heureux spectateurs auront la primeur d’entendre des extraits de la correspondance amoureuse entre Maria Casarès et Albert Camus, publiée pour la première fois cette année. De multiples façons de découvrir ce site exceptionnel niché au bord de la Charente, de rencontrer l’équipe, les artistes qui le font vivre.

Graine d’utopie semée par Robin Renucci sur les hauteurs de la Corse – terre oubliée de la décentralisation – l’Association des rencontres internationales artistiques (Aria) transmet et partage, elle aussi, et tout au long de l’année. Du 15 juillet au 11 août (le rendez-vous est public du 4 au 11 août), Robin Renucci (son président), Viviane Luck (sa directrice), Serge Nicolaï (son directeur artistique), une vingtaine de metteurs en scène, auteurs, scénographes et quelques 80 stagiaires donnent rendez-vous pour les 21e Rencontres internationales de théâtre en Corse, le temps fort estival de L’Aria. 20 ans et toujours cette même fougue.

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Les Rencontres internationales de théâtre en Corse © L’Aria

Pendant sept jours, fin août, la sublime Abbaye des Prémontrés, en Lorraine, ouvrira ses portes aux auteurs dramatiques, aux metteurs en scène, aux universitaires, aux comédiens et au public pour venir écouter le théâtre d’aujourd’hui dans le cadre de La Mousson d’été.

La musique bercée par le bruit des vagues

Parce que la musique nous touche aussi évidemment beaucoup, autorisons-nous une petite escapade au large de Hyères, avec Jazz à Porquerolles, jusqu’au 11 juillet. Ensuite, pour les amateurs de musiques actuelles, filons à Viens dans mon île, en Vendée, début août, sur la perle de l’Atlantique, L’Île d’Yeu.

Un peu plus au sud, Un violon sur le sable rassemble chaque soir, plus de 50 000 personnes sur vaste scène éphémère : la plage. Mélomanes avertis et qui s’ignorent pourront savourer, face à l’océan, quelques-unes des plus belles pages classiques dans des concerts inoubliables sous les étoiles. Relevons la programmation de Félicien Brut, l’un des accordéonistes français les plus innovants de sa génération. Le festival donne aussi lieu à une multitude d’événements dans d’autres lieux insolites en ville et le pays royannais.

L’Île-de-France n’est pas en reste

Beaucoup de manifestations sont organisées en région, mais les Parisiens seront gâtés avec Paris quartier d’été, devenu Festival Paris l’été. Au menu de cette 29e édition : danse, théâtre, musique, cirque et bien plus encore.

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« Italienne scène et orchestre » de Jean-François Sivadier © DR

À noter la reprise exceptionnelle de Ça ira (1) Fin de Louis, de Joël Pommerat, Italienne scène et orchestre de Jean-François Sivadier. De nombreux rendez-vous gratuits sont proposés, comme la performance de Johann Le Guillerm, la Transumante (en ouverture, le 16 juillet en continu de 18 heures à minuit, sur l’esplanade entre le Musée d’art moderne et le Palais de Tokyo), des lectures, ou encore Paris – Lisboa, ensemble de concerts gratuits le 18 juillet, sur la place de l’Hôtel de ville.

Voilà autant de temps forts, d’occasions de suivre ses artistes favoris et d’élargir son horizon, de festoyer. En route ! 

Léna Martinelli


Festival d’Aix-en-Provence, 70édition, du 4 au 24 juillet, à Aix-en-Provence (13)

Festival d’Avignon, 72édition, du 6 au 29 juillet, à Avignon (84)

Le Off d’Avignon, du 6 au 29 juillet, à Avignon (84)

Jazz à Porquerolles, du 7 au 11 juillet, à Porquerolles (83)

Villeneuve en scène, 22édition, du 10 au 22 juillet, Villeneuve-lez-Avignon (30)

Théâtre du Peuple, saison d’été du 14 juillet au 25 août, à Bussang (88)

Festival Paris l’été, du 16 juillet au 4 août, Ile-de-France

La Maison Maria Casarès, saison estivale, du 17 juillet au 17 août, à Alloue (16)

Chalon dans la rue, du 18 au 22 juillet, à Chalon-sur-Saône (71)

Les Vieilles Charrues, du 19 au 22 juillet, à Carhaix (29)

Un violon sur le sable, 31édition, du 20 au 28 juillet, à Royan (17)

Festival interceltique de Lorient, 48édition, année du Pays de Galles, du 3 au 12 août, à Lorient (56)

21e Rencontres internationales de théâtre en Corse, rendez-vous public du 4 au 11 août, à Stazzona (20)

La Route du Sirque, du 6 au 25 août, à Nexon (87)

Viens dans mon île, les 6, 8 et 10 août, à L’Île d’Yeu (85)

Festival d’Aurillac, 32édition, du 22 au 25 août (les Préalables, du 13 au 21 août), à Aurillac (15)

La Mousson d’été, du 23 au 29 août, Pont-à-Mousson (54)

Photos © Aude Kaboré © Sarah Meneghello


À découvrir sur Les Trois Coups

☛ Festival d’Avignon : une 72e  édition ouverte sur le monde et son temps, par Léna Martinelli

☛ La Route du Sirque 2017 : audace et convivialité, par Léna Martinelli

☛ La Maison Maria Casarès au rythme des saisons, Par Léna Martinelli

☛ Viens dans mon île 2015 : ne quatrième édition réussie !, par Léna Martinelli

Cloc © Blandine Soulage

« Cloc », de la compagnie 32 novembre, Villeneuve en scène à Villeneuve‑lès‑Avignon

Le charme discret de la magie

Par Amélie Casasole
Les Trois Coups

La compagnie 32 novembre présente « Cloc », dans le cadre du festival Villeneuve en scène. Une invitation au rêve pleine d’humour et de subtilité.

Deux personnages habillés de manière parfaitement identique : costume gris, cravate, attaché-case à la main, effectuent des va‑et‑vient au-devant de la scène. De manière répétitive, les deux hommes apparaissent et disparaissent à tour de rôle derrière de grands panneaux noirs délimitant l’espace.

L’aspect strict et terne de leurs tenues en dit long sur le manque de fantaisie d’une vie qui s’étire lentement, scandée par leurs pas réguliers. La monotonie de leurs trajectoires figure un quotidien redondant d’individus pris dans le travail, le sérieux, l’obligation…

Soudain, une balle de jonglage tombe au sol, d’où vient-elle ? Les deux personnes ne semblent pas s’en étonner et poursuivent leur ballet, imperturbables. Seulement, quelque chose a changé. Un attaché-case reste suspendu dans les airs, un homme s’allume une cigarette, mais c’est de la bouche du second que sort la fumée.

Alors que nous nous croyions dans un film muet, peut-être à la sortie des bureaux dans les Temps modernes de Charlie Chaplin, nous voici finalement plongés dans un tableau de Magritte, où la réalité de ce qui est représenté est détournée de son sens premier.

Car le surréalisme est présent à tous les étages dans cette pièce malicieuse, exécutée au millimètre par deux artistes usant de la magie pour faire émerger la poésie d’un monde monochrome où tout paraît pourtant figé.

Le temps s’étire, et à la faveur d’un orage qui éclate sous un parapluie, un homme se transforme en mannequin démembré avant d’entamer un vol en apesanteur dans un carton en guise de tapis volant, ou encore on voit des ampoules dont la lumière semble s’échapper sous forme de sable blanc.

Un jeu sur la matière remarquable

Il y a ici un jeu sur la matière remarquable : l’eau, le sable, la lumière, la chair même, qui traverse subtilement les allers-retours dans les mondes parallèles de ces deux personnages lunaires.

Porté par une création sonore originale qui amplifie ou modifie les sons réels, et une lumière mettant en exergue le travail sur le corps (comme l’utilisation d’un stroboscope pour figurer la suspension dans les airs), ce spectacle nous propulse indéniablement dans une dimension onirique.

De ce décalage entre ce que nous percevons de la réalité et ce qui va finalement se jouer au plateau se dégage bien entendu beaucoup de poésie, mais également beaucoup d’humour. Comme lorsqu’un abat-jour devient parapluie ou que cinq cigarettes allumées en même temps se transforment en pipe devant des adultes aussi émerveillés que les enfants.

La magie a ceci de constant et d’intemporel, elle traverse les générations avec la même intensité. Que l’on soit petit (et que l’on se demande si cela est vrai), ou que l’on soit grand (et que l’on sache que ceci n’est pas vrai), l’enchantement et le plaisir demeurent les mêmes.

Ce spectacle est familial, mais ne cède en rien à la facilité. S’il s’appuie sur le ressort de la magie classique (apparition, disparition, envol, démantèlement des corps, de la matière), il n’en reste pas moins subtil et délicat. L’univers singulier des deux personnages, le traitement de la temporalité soulignée par une musique savamment dosée entre bruitages et parties instrumentales nous ouvre les portes d’un monde imaginaire extrêmement riche, et élargit notre perception de la matière qui nous entoure.

Une expérience magique qui nous entraîne à la croisée des chemins du théâtre gestuel, de la jonglerie et du mouvement chorégraphique, à vivre jusqu’au 21 juillet à Villeneuve‑lès‑Avignon et un peu partout en France en tournée ces prochains mois. 

Amélie Casasole


Cloc, de la Cie 32 novembre

Conception et mise en scène : Maxime Delfoges et Jérôme Helfenstein

Scénographie : Jérôme Helfenstein et Maxime Delforges

Regard extérieur : Fabien Palin

Création lumière : Claire Villard

Création sonore et régie son : Marc Arrigoni

Création piano : Julien Kievitch

Confection costumes : Olivia Ledoux et Lison Frantz

Construction machineries : Didier Innocente

Régie générale et lumière : Claire Villard ou Gaspard Mouillot

Diffusion et production : Geneviève Clavelin

Administration et production : Muriel Pierre

Soutiens et coproductions : Bonlieu scène nationale à Annecy – les Subsistances à Lyon – Théâtre Renoir à Cran‑Gevrier – espace culturel Amphibia à Les Deux Alpes – école de cirque du Parmelan à Annecy – service culturel de la ville de Chamonix – Théâtre Saint‑Jean à La Motte‑Servolex

Compagnie soutenue par : Drac Rhône Alpes –  ville d’Annecy – région Rhône‑Alpes – dispositif résidence association / C.G. 74 – Belvédère des Alpes / conseils départementaux

Photo : © Blandine Soulage

Festival Villeneuve‑en‑scène • 2, rue de la République • 30400 Villeneuve‑lès‑Avignon

Réservations : 04 32 75 15 95

Site : http://www.festivalvilleneuveenscene.com

Du 9 au 21 juillet 2016 à 11 heures, relâche le 15 juillet

Durée : 55 min

Jeune public / public familial à partir de 7 ans

12 € | 9 € | 8 € | 7 €

« l’Idéal Club » © Jean-Alexandre Lahocsinszky

« l’Idéal Club », écriture collective sous la direction de Philippe Nicolle, Villeneuve en scène

Franche déconnade

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Les 26 000 couverts présentent « l’Idéal Club » dans le cadre de Villeneuve en scène. Une création burlesque qui a les défauts de ses qualités.

Amateurs d’absurde, les 26 000 couverts ont souhaité proposer un « pur » divertissement, un peu sur le modèle du music-hall : « L’Idéal Club, c’est juste pour se faire du bien. On oublierait de se plaindre et de pleurer le monde. Tout s’écroule ? Rions ! ». Les voilà donc ici, dans leur chaleureux dancing des années 1940, en quête du cabaret idéal, avec un metteur en scène et sa bande qui cherchent, sous nos yeux, les numéros qui composeront leur prochain spectacle. Peu convaincants, les artistes qui jouent leur propre rôle se succèdent donc sous la direction de Philippe Nicolle, lui-même, qui compose un chef de troupe carrément dépassé par les évènements : Raspoutine le ventriloque délateur, mais aussi des cow-boys qui chantent de la flûte à bec, un chef indien tout emplumé… tout cela ne l’amuse pas du tout.

Complètement barrés, ces artistes qui font mine de se prendre au sérieux ! Maniant l’autodérision avec talent, ils ne perdent pas une occasion de se moquer d’eux-mêmes : un trapéziste sans trapèze, un jongleur de rien, un dresseur de chiens morts… les numéros foireux composent les trois quarts du spectacle. Normal pour ces artistes très forts en détournement de situations. Pour permettre au public de laisser reposer ses zygomatiques, les sketches sont rythmés par de très bons intermèdes musicaux. Entre-temps, beaucoup de palabres sur ce qui serait un show parfait, engueulades et surtout commentaires adressés aux spectateurs qui n’auraient pas compris que ces artistes sont là pour « jouer aux cons ».

Too much

Certes, par moments, c’est hilarant : le dresseur de tente Décathlon, la parade amoureuse de cartons, la chanteuse de Fever évincée par un batteur en délire, le concert de bricoleurs, les jongleuses de seins déclenchent des fous rires. C’est potache, mais énergique. Il faut relever la cohésion de la troupe, l’énergie et les multiples talents de chacun. Dommage que certains tableaux s’étirent autant. C’est comme si ces joyeux lurons, en panne de chute – voire d’idées – s’étaient contentés du premier niveau d’improvisation. Du coup, ils en remettent une couche, en ne résistant pas à la tentation de la seconde. Resserré sur 1 h 30, le spectacle aurait cartonné. Au lieu de ça, après l’entracte, ils remettent le couvert, avec des gags réchauffés. Ils se délectent aussi, à plusieurs reprises, en nous piégeant sur le final. Excellent moyen de nourrir les applaudissements jusqu’au dernier tableau, une parodie des comédies musicales actuelles plus kitsch que nature !

« Lourdingue », foutraque, ce « work in progress » patine trop dans la semoule. D’emblée, Philippe Nicolle nous annonçait bien la couleur : « Ce spectacle est con, il dure trop longtemps, il manque un fil rouge, la musique est trop forte… ». Il ne cesse d’égrener un à un tous les défauts du spectacle. Assumés, ces défauts, n’en deviennent pas forcément des qualités, comme par magie ! Bien que le parti pris soit nourri d’une vraie réflexion, on sent, en filigrane, comme une panne d’inspiration à un moment charnière où la compagnie – une des plus inventives du théâtre de rue – craignait peut-être d’être attendue au tournant. En préférant ainsi se faire plaisir avant tout, ne cède-t-elle pas à la facilité ? Reste que, manifestement, ce plaisir est contagieux. En tout cas, le public, ravi, en redemande. Et ça, c’est précieux. 

Léna Martinelli


l’Idéal Club, écriture collective sous la direction de Philippe Nicolle

26 000 couverts • 17, rue du 26e-Dragons • 21000 Dijon

06 737 95 731

Site : www.26000couverts.org

Courriel : blabla@26000couverts.org

Mise en scène : Philippe Nicolle

Avec : Kamel Abdessadok, Christophe Arnulf, Sébastien Bacquias, Servane Deschamps, Pierre Dumur, Aymeric Descharrières, Olivier Dureuil, Florence Nicolle, Philippe Nicolle, Daniel Scalliet

Assistante à la mise en scène : Sarah Douhaire

Son : Anthony Dascola

Lumière : Thomas Parizet

Plateau : Arno Liégeon et Laurence Rossignol

Décor : Michel Mugnier, avec l’aide d’Alexandre Diaz et de Noémie Sauve

Costumes : Laurence Rossignol et Sophie Deck, avec l’aide de Camille Perreau

Photo : © Jean-Alexandre Lahocsinszky

Villeneuve en scène • sous chapiteau • Au verger • 2, place Saint‑Marc • 30400 Villeneuve-lès-Avignon

Réservations : 04 32 75 15 95

Courriel de réservation : reservation@villeneuve-en-scene.com

Du 7 au 23 juillet 2014, à 21 h 30

Durée : 2 h 50 avec entracte

19 € | 16 € | 10 €

À partir de 10 ans

Tournée :

  • Les 11 et 12 octobre 2014 : Théâtre Paul-Éluard, Choisy-le-Roi (94)
  • Les 14 et 15 novembre 2014 : centre culturel La Passerelle, Florange (57)
  • Les 28 et 29 novembre 2014 : Théâtre Romain-Rolland, Villejuif (94)
  • Les 16 et 17 janvier 2015 : salle Jacques-Brel, Pantin (93)
  • Les 22 et 23 janvier 2015 : C.D.N. de l’Union, Limoges (87)
  • Les 26 et 27 janvier 2015 : L’Art en scène, une programmation du Moulin du roc, scène nationale de Niort, Aiffres (79)
Spartacus © D.R.

« Spartacus », Villeneuve en scène à Villeneuve‑lès‑Avignon

Vive la révolte !

Par Fatima Miloudi
Les Trois Coups

Sur la colline des Mourgues, au festival de Villeneuve en scène, le Théâtre La Licorne nous convie à un péplum lyrique. Deux chanteurs et trois comédiens vont nous ramener en – 73 avant Jésus-Christ et faire revivre devant nos yeux émerveillés la révolte de Spartacus.

Les arènes en miniature attendent leurs quelque deux cents spectateurs. À qui mieux mieux, ils se serreront pour assister aux jeux du cirque. On nous prend pour le public d’un autre temps. Les chefs romains nous jettent du pain rassis à pleines mains. On nous demande de statuer sur le sort de petits gladiateurs en ferraille. La vie ou la mort, mais c’est toujours le doigt baissé du préteur romain qui l’emporte. Roulements de tambour, grandiloquentes trompes au son pourtant étouffé, prisonnier dans une cage, fouetté par un bras mécanique avant l’entrée des vomitoires. Tout est fait pour nous mettre en condition. Les arènes sont combles, les chefs romains en tenue d’apparat, une couronne de lauriers au feuillage doré sur leur auguste tête. Les esclaves, la machinerie humaine comprend-on, ratisse le sable – homme soutenu à l’horizontale par un autre tandis que le premier tient un râteau. Quoi de mieux, effectivement, pour raconter la révolte des esclaves que d’emprunter à l’art marionnettiste et de faire coïncider l’objet et l’homme qui permet de l’humaniser.

L’histoire de la révolte de Spartacus, ce sont des moments clés racontés en quelques tableaux. Les combats dans le cirque romain, la révolte des esclaves, le jugement erroné des chefs romains de Capoue, les défaites des légions romaines tandis que les esclaves, camp de fortune après camp de fortune, séjournent sur le Vésuve jusqu’à la défaite après la trahison des Syriens et la victoire de Rome.

Le corps blanchi et terreux des comédiens, représentants des esclaves, est ceint de fils de fer. La fatigue harassante et la souffrance sont, de cette manière, inscrites à même la peau. Ils manipulent personnages ou objets. C’est quelquefois la partie pour le tout. Ainsi du pied, image de l’esclave mort, récurrent dans l’ensemble du spectacle jusqu’au charnier final des douze mille révoltés massacrés par Rome avec le déversement de monceaux de pieds sur le sable. C’est tout un arsenal de petites machineries qui ouvrent l’imaginaire du spectateur : sabot de cheval au bout d’une canne, bouclier de lances dont le déplacement commandé par un homme illustre l’assaut en nombre des Romains. C’est l’éléphant, réduit à sa gigantesque tête et ses énormes pattes, dirigé à l’arrière par deux comédiens… Voir le jeu et les coulisses du jeu, c’est ce qui permet tous ces instants magiques.

Le ton des scènes est varié et, bien que le thème de la guerre soit le fil conducteur de l’ensemble, le spectateur, comme un enfant, change rapidement d’émotion : presque mélancolique lors d’une halte nocturne quand le veilleur de nuit – si petit – se réchauffe au coin du feu, puis riant lors de la scène des thermes aux références historiques et anachroniques mais toujours cocasses. Vraiment, si tous les moments d’histoire étaient contés de la sorte, je ne connais pas un enfant ou un adulte qui ne perdrait la mémoire des évènements et des dates. 

Fatima Miloudi


Spartacus

Écriture, mise en scène et scénographie : Claire Dancoisne

Avec :

  • comédiens : Gaëlle Fraysse, Gwenaël Przydatek, Maxence Vandevelde
  • chanteurs lyriques : Jean‑Michel Ankaoua (baryton), Julien Veronese (baryton-basse)

Création musicale : Pierre Vasseur

Créations lumières : Hervé Gary

Régie son : Stéphane Zuliani

Régie lumières : Sylvain Liagre

Régie plateau : Frédéric Druaux, Paco Galan

Régie générale de création : Amaury Roussel

Régie générale en tournée : Paco Galan

Conception du gradin « arènes » : Ettore Marchica

Construction des « arènes » : Raymond Blard, Jean‑Marc Delannoy, Alex Herman

Création des objets et machines :

  • plasticiens : Bertrand Boulanger, Grégoire Chombart, Jean‑Baptiste Gaudin, Fred Parison, Olivier Sion
  • constructions : Jean‑Marc Delannoy, Coline Lequenne, Sylvain Liagre, Amaury Roussel, Pierre Pailhes, Ludovic Treny

Création costumes : Claire Dancoisne, Francis Debeyre

Couturières : Annette Six, Charline Deryckere

Ingénieur son : Antoine Pinçon

Avec l’aide technique de Jean‑Michel Douvrin, Benoît Luchier, Pascal Lesage, Johann Pasbecq, Jeanne Smith

Stagiaire construction-décoration : Lolita Barozzi, Caroline Bruniaux, Amélie Feyer, Florence Foix, Manon Mordacque

Collaboration artistique : Serge Bagdassarian, Alex Motte

Photo : © Sylvain Liagre

Production : Théâtre La Licorne

Festival Villeneuve en scène • sur la colline des Mourgues • 30404 Villeneuve‑lès‑Avignon

Réservations : 04 32 75 15 95

Du 3 au 23 juillet 2010 à 22 heures

Durée : 1 h 20

15 € | 12 € | 10 € | 6 €