Édito de Lise Facchin

Au théâtre, la mémoire est un corps

L’éternité, c’est la mémoire transmise. Ce n’est pas le culte des monuments ni le passé traumatique enfermé dans l’injonction du devoir de mémoire qui le nous clame, ce sont les mondes vécus incarnés dans les paroles des vivants. Paroles parfois transmises, parfois tues et emmurées dans les corps devenant réceptacles souffrants. Il ne s’agit pas d’affirmer une fois de plus le fossé entre ce que les spécialistes nomment la « petite » histoire et la « grande » histoire, mais, bien au contraire, de retoucher du doigt le lieu de leur naissance conjointe, l’expérience concrète d’une existence.

Le théâtre où le mot est avant tout parole, donc chair, permet peut-être mieux que tout art de percevoir cette union. Quand la mémoire n’est plus un livre d’histoire, ni un monument aux morts, mais un chemin parcouru. Le théâtre seul a le pouvoir de donner à la mémoire les corps dont elle a besoin pour se déployer et vivre à nouveau, puisque le théâtre est transmission autant qu’incarnation.

Lise Facchin