« George Dandin ou le Mari confondu » de Molière, Les Célestins à Lyon

« George Dandin » de Jean-Pierre Vincent © Pascal Victor / ArtComPress « George Dandin » de Jean-Pierre Vincent © Pascal Victor / ArtComPress

On ne badine pas avec Dandin 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Avec l’intelligence des textes qu’on lui connaît et sa science du plateau, Jean-Pierre Vincent met en scène un « George Dandin » dont la noirceur dépasse largement le cadre du domicile conjugal.

Cette pièce n’est au départ rien de plus qu’une farce, l’histoire banale d’un mari trompé, suivant un ressort habituel de la comédie. Mais l’aventure de Monsieur de la Dandinière est représentative d’une société qui voit s’élever les bourgeois aisés et tomber en décrépitude une aristocratie désargentée. Dandin n’est guère sympathique. Il a fort bien réussi, on ne sait trop comment, et ainsi a-t-il pu s’acheter un titre de noblesse en épousant la fille de Monsieur et Madame de Sotenville, Angélique. Cette dernière, bien entendu, n’a pas été consultée sur le troc dont elle a fait l’objet.

La conjonction de la mésalliance, de la différence d’âge et de l’absence de consentement constitue l’assurance d’un mariage malheureux. Parallèlement à ce drame intime, Molière épingle une société inégalitaire, violemment patriarcale. Jean-Pierre Vincent force encore le trait. Il peint l’étroitesse d’esprit et la rancœur accumulée par ces nobliaux de province, contraints de faire profil bas pour survivre et incapables de tout sentiment, ne serait-ce que pour leur fille, une pure monnaie d’échange.

« George Dandin » de Jean-Pierre Vincent © Pascal Victor / ArtComPress
« George Dandin » de Jean-Pierre Vincent © Pascal Victor / ArtComPress

Une proie récalcitrante 

Par trois fois, rapidement convaincu que sa femme se moque de lui, puis le trompe, Dandin va appeler ses beaux-parents à la rescousse, attendant d’eux (quelle illusion !) qu’ils ramènent leur fille à la raison, puis qu’ils acceptent une séparation pour retrouver son honneur. Par trois fois, la jeune femme qui n’a qu’une envie, vivre, va déjouer ses pièges. Par trois fois, les parents vont se contenter de faire bonne figure tout en conservant l’argent. Lorsque la pièce se dénoue, Dandin finit laminé, résigné, à genoux. L’humiliation totale.

Ce n’est pas tant la relation entre Dandin et Angélique qui est au cœur de l’adaptation du metteur en scène que la guerre sournoise, mais cruelle, que se livrent bourgeois et petits nobles, maîtres et serviteurs, hommes et femmes. Olivia Chatain porte avec justesse la revendication d’Angélique, parfaite dans ce rôle de proie récalcitrante qui se débat comme un beau diable pour échapper au piège dont elle est prisonnière. Vincent Garanger, immense acteur, incarne Dandin ; il sait à merveille faire comprendre toutes les étapes qu’il traverse, de la révolte à la soumission, à la fois incroyablement drôle quand il se dandine, mal fagoté dans ses habits de cours et terriblement émouvant. On sent le parvenu ridicule, le paysan roué, le rustre sous l’habit d’emprunt. Il n’est décidément pas à sa place, à l’image de ce cul de vache qui sort du mur de la maison bourgeoise, que personne n’a su camoufler.

Le valet Colin, presque muet, est tout à fait inattendu ; Jean-Pierre Vincent lui donne une épaisseur poétique grâce à Gabriel Durif. Le musicien ponctue à l’accordéon et à la voix (superbe !) ces scènes très noires de ritournelles envoûtantes. Moitié de vache et valet-troubadour complètent un décor signé Jean-Paul Chambas, qui fait la part belle à l’image, à grands coups de pinceau en superposition. Cette sombre histoire a tout d’un cauchemar… 

Trina Mounier


George Dandin ou le Mari confondu de Molière

Mise en scène : Jean-Pierre Vincent

Avec : Olivia Chatain*, Gabriel Durif, Aurélie Édeline*, Vincent Garanger*, Iannis Haillet, Élizabeth Mazev, Anthony Poupard*, Alain Rimoud

* Troupe permanente du Préau

Dramaturgie : Bernard Chartreux

Décor : Jean-Paul Chambas

Costumes : Patrice Cauchetier

Lumières : Benjamin Nesme

Son : Benjamin Furbacco

Maquillage : Suzanne Pisteur

Musique originale : Gabriel Durif d’après les extraits du Grand Divertissement royal de Versailles (Molière-Lully)

Teaser vidéo: interview de jean-Pierre Vincent

Photo © Photo Lot

Les Célestins • 4, rue Charles Dullin • 69002 Lyon

Du 13 au 24 mars 2018, du mardi au samedi à 20 heures, le dimanche à 16 heures

De 9 € à 38 €


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