« J’ai bien fait », de Pauline Sales, le Théâtre de la Tempête à Paris

« J’ai bien fait ? » © Tristan Jeanne Valès « J’ai bien fait ? » © Tristan Jeanne Valès

Les quarantenaires rugissants

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Pour la deuxième fois, Pauline Sales met en scène un de ses textes. Servi par une distribution et un travail sonore convaincants, le spectacle « J’ai bien fait ? » monte en puissance pour nous emporter dans un tourbillon tragi-comique. L’évocation du pire serait-elle la meilleure des recettes pour bien faire ?

En 2012, Pauline montait avec succès En travaux, une pièce à dialogues travaillant sur l’opposition de deux personnages : une clandestine et un chef de chantier quelque peu bourru. On retrouve ce goût du ping-pong verbal et du conflit dans J’ai bien fait. Mais cette fois, quatre personnages au bord de la crise de nerfs rugissent leur rage face aux ratages de leur existence et du monde. Mesdames et messieurs, veuillez donc applaudir la femme, son frère, son mari et son élève, c’est-à-dire la professeure, l’artiste, le savant et l’adolescente rebelle.

Cette belle brochette de personnages, créée sur mesure pour les comédiens, paraît assez démonstrative et totalement invraisemblable. Et comme la situation dans laquelle ils sont plongés l’est tout autant, on a dans un premier temps un peu de mal à entrer dans la pièce. Valentine, professeure à bout de forces, lâche un soir ces élèves en plein Paris sous la seule escorte d’un improbable assistant d’allemand. Elle débarque chez son frérot avec qui elle était pourtant fâchée pour y retrouver son élève fétiche (ô coïncidence !) et son mari qui débarque dare-dare pour la ramener sur le droit chemin du foyer… C’est beaucoup, mais ce n’est rien encore. La pièce nous conduira exagérément de surprises en surprises rocambolesques.

L’âge de déraison ?

Paradoxalement, le spectacle trouve son ton et les acteurs leurs plus beaux moments, justement quand ils sont libérés de l’oscillation entre le réalisme et le délire : dégagés de la vraisemblance, ils gagnent en vérité. Ajoutons que les crises des personnages ont une vertu cathartique communicative. Dans les rangs du public, le rire, même s’il est jaune, semble souvent libérateur. Les quatre personnages « l’avaient pas vue comme ça leur vie, tapioca, potage et salsifis ». Ils ont abdiqué leur rêve, renoncé à l’odeur et à la saveur. Dans leur malaise, leur maladroite révolte, on peut se reconnaître et rire de soi.

Le basculement vers la frénésie, le fantastique, est permis par la partition fine de Fred Bühl. Cette dernière tisse les mots avec des sons pour les desceller de leur socle réaliste. Elle nous ferait presque faire un pas de côté vers le théâtre musical. Elle annonce, par ailleurs, les chants des personnages (échappées belles qui relaient des monologues intérieurs romanesques parfois très réussis). En rien illustrative, cette musique est un vrai atout du spectacle, comme la scénographie épurée de Marc Lainé et Stéphan Zimmerli.

En définitive, si la pièce semble résister d’abord au passage de la rampe, la mise en scène qu’en offre Pauline Sales et la qualité de son équipe en assurent la qualité. Et le frottement entre le flux de conscience romanesque et une forme théâtrale plus classique produit de belles étincelles. 

Laura Plas


J’ai bien fait ? de Pauline Sales

Le texte est édité chez Les Solitaires intempestifs

Mise en scène : Pauline Sales

Avec : Gauthier Baillot, Olivier Chatain, Anthony Poupard, Hélène Viviès

Durée : 1 h 45

À partir de 12 ans

Teaser vidéo

Théâtre de la Tempête • Cartoucherie, Route du Champ de Manœuvre • 75012 Paris

Du 16 novembre 2018 au 16 décembre 2018, du mardi au samedi à 20 h 30, le dimanche à 16 h 30, horaire exceptionnel le samedi 17 novembre à 17 h 30, puis tournée

De 10 € à 22 €

Réservations : 01 43 28 36 36


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ En travaux, de Pauline Sales, par Aurore Krol

☛ LeGroenland, de PaulineSales, par TrinaMounier