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« Tumulus », de François Chaignaud et Geoffroy Jourdain, Wiener Festwochen, à Vienne, en Autriche

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Une traversée ethnographique

Par Juliette Nadal
Les Trois Coups

À l’orée d’une traversée mystique, nous voilà embarqués pour d’autres contrées et d’autres âges. François Chaignaud et Geoffroy Jourdain nous invitent à explorer le lien intime et sacré de l’homme face à la mort dans une forme hybride fascinante.

Tumulus n’est ni un concert ni un spectacle de danse, mais bien plutôt une exploration ethnographique de tout ce que l’homme, depuis les âges les plus reculés, oppose fragilement, avec son corps et sa voix, au mystère de la mort. C’est elle qui occupe l’espace, figurée par l’imposante masse verte au cœur de la scène : un tumulus, c’est-à-dire un de ces tombeaux antiques surmontés d’une colline, que l’on prendrait par instant pour une grosse bête endormie. C’est dans tous ses abords et ses replis que va se déployer la farandole des corps chantants, comme une fresque animée déclinant les rituels sacrés de tous horizons.

Téléscopage

Avec des matériaux contemporains, les costumes conçus par Romain Brau recomposent des habits traditionnels évoquant tous les continents et toutes les époques : Japon, Népal, cercle polaire, empire inca, Europe de l’Ancien Régime, préhistoire, tribus africaines ou océaniques. Un large panel des civilisations humaines prend corps sur le plateau. Au-delà de cette apparente disparité, une même recherche : quel contact établir avec la mort ?

Treize silhouettes amassées sous des doudounes sombres se recueillent, silencieuses, au pied d’un tertre. Un rythme éclot, puis un chant polyphonique s’élève, a capella, venu des profondeurs d’une autre époque. Les corps s’agitent, tournoient, s’élancent, viennent buter contre le tertre, repartent, seuls ou en groupes, dans des figures évoquant les danses macabres ou certains bas-reliefs de lieux sacrés. Parfois le silence saisit le plateau et immobilise les corps. Des voix sondent l’abîme : « Responde mihi ! Quid feci tibi ? » (« Réponds-moi ! Que t’ai-je fait ? »)

Échos et permanence

Le répertoire musical choisi par Geoffroy Jourdain, fondateur et directeur artistique des Cris de Paris, est composé d’œuvres sacrées de la Renaissance, du XVIIe et du XXe siècles. Cette fois, elles ne sont pas interprétées par un chœur statique dans la pénombre d’une cathédrale, mais portées par des artistes qui jouent une double partition, musicale et physique. La performance est de taille, et le défi largement relevé.

Il reste de cette traversée un écho persistant, mélange de rythmes scandés, de phrases chorégraphiques et de mélodies célestes. La performance a les effets d’une incantation qui ranime en nous la présence de nos ancêtres et la question face au mystère. Finalement, nous les rejoignons au pied du tumulus, massif, implacable dans son silence d’éternité.  

Juliette Nadal


Tumulus, de François Chaignaud et Geoffroy Jourdain

Conception : François Chaignaud et Geoffroy Jourdain

Chorégraphie : François Chaignaud

Direction musicale : Geoffroy Jourdain

Avec : Simon Bailly, Mario Barrantes, Florence Gengoul, Myriam Jarmache, Evann Loget-Raymond, Marie Picaut, Alan Picol, Antoine Roux-Briffaud, Vivien Simon, Maryfé Singy, Ryan Veillet, Aure Wachter, Daniel Wendler

Durée : 1h 15

Halle E du Museumsquartier, Museum Platz, à Vienne, en Autriche

Du 14 au 16 mai 2022 à 20

Dans le cadre du Wiener Festwochen
Du 13 mai au 18 juin 2022

De 15 € à 45 €

Réservations en ligne

Tournée

À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ « Songs », de l’Ensemble Correspondance et Samuel Achache, par Michel Dieuaide

☛ Fugue, de SamuelAchache, par MichelDieuaide

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