Expositions, lecture, Maison Jean Vilar, Festival Avignon

Maria-Casarès-et-Gérard-Philippe-exposition-Maison-Jean-Vilar © Agnès Varda

À la Maison Jean Vilar : le grand jeu !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Pour célébrer deux flamboyants représentants du TNP, Maria Casarès et Gérard Philipe, la Maison Jean Vilar sort le grand jeu : des expositions et des évènements, le tout dans un écrin magnifique. Il n’y a pas ici de crépuscule pour les idoles. Ne pas manquer non plus la sublime exposition L’Œil présent, qui rassemble quelques-unes des photographies de Christophe Raynaud de Lage, entre autre photographe du In.

La Maison Jean Vilar, sise dans l’hôtel de Crochans, vaut à elle seule le crochet. Vieilles pierres blanchies par un soleil de tragédie, jardin qu’ombragent de grands arbres et où la fontaine arrêtée nous suggère que passent céans les âmes de Jean Vilar et de deux de ces fameux comparses : Maria Casarès et Gérard Philipe. La fontaine serait-elle de jouvence ? Les deux comédiens auraient cette année justement eu cent ans, mais ils paraissent éternellement jeunes.

La photographie a pris en effet le relai de la mémoire pour éloigner la Camarde (que Maria a souvent incarnée, comme elle en riait). Évocation, invocation, la limite s’estompe… À ses débuts, certains croyaient d’ailleurs que l’appareil photo permettait de saisir le halo des revenants. Et, de fait, on a presque l’impression, en parcourant les salles de l’exposition, que Gérard et Maria vont surgir de ses clichés, tant Elle nous regarde avec intensité, tant Il semble, lui, prêt à s’évader en virevoltant.

Maria Casarès dans « Macbeth », mise en scène par Jean Vilar © Agnès Varda

L’exposition est riche. On y retrouvera notamment ces affiches qui ornaient les murs de nos parents, ou de nos grands-parents quand ils étaient jeunes : photographies en noir et blanc où la lumière le dispute à l’ombre pour créer la splendeur. Et en plus, bonheur rare, la scénographie ménage encore dans les recoins de ses cryptes des tête-à-tête avec les idoles. Images saisies par de grands photographes, comme Agnès Varda, ces clichés posés ou amusés sont non seulement les images de deux jeunes gens, mais aussi celles de folles et grandioses aventures : le TNP et le festival d’Avignon.

Des « Enfants terribles » qui jouent et luttent à jamais


Et c’est sans doute là l’élixir de jouvence. Maria Casarès et Gérard Philipe sont vivants d’une passion immense, qui leur a fait se donner corps et âmes, animer les plus grands combats pour défendre un théâtre public et populaire. Cette exigence, cette pureté qui résonnent si fort avec certains combats actuels sont mises en exergue par l’excellent montage de textes réalisé par Johanna Silberstein dans Les Enfants terribles : Maria Casarès et Gérard Philipe. Ses choix font entendre la qualité d’écriture aussi de Maria Casarès et Jean Vilar (talents littéraires que l’on pressent aussi même dans les notules de la petite exposition proposée au premier étage : Ce soir, tous les soirs).

La lecture est interprétée – belle idée – par deux acteurs formidables du Nid de Cendres, programmé dans le In (lire la critique ici). Ces derniers ne cherchant pas à singer ceux qu’ils incarnent, ils leur rendent le plus beau des hommages. Car ils nous ravissent, ces jeunes comédiens embarqués, comme leurs illustres aînés, dans une entreprise collective, démesurée et populaire de théâtre ! Anne Duverneuil, par sa belle voix grave, son humour et sa présence, est la petite sœur de Maria ; Charlie Fabert, roseau frêle et fort à la fois, évoque à sa manière le farfadet Philipe.

Quant à la mise en voix de Matthieu Roy, autre directeur de la Maison Maria Casarès, elle convainc par sa sobriété et sa subtilité. On passe avec fluidité de la biographie à la première personne. Deux micros suffisent à traduire le parallélisme et les divergences entre les trajectoires des deux étoiles. Le simple déplacement d’un acteur racontera, dès lors, l’intimité d’une correspondance ; un changement de tessiture permettra de faire apparaître des figures secondaires, avec humour souvent. La mise en voix ne cherche pas à reconstituer les pièces jouées par les deux comédiens : ce sont des galions hélas engloutis. Mais des profondeurs de la bande son d’un film nous reviennent les voix aimées. Et l’espace soudain s’agrandit aux dimensions de la nature pour rendre compte de l’ampleur que créé la scène, parfois. C’est une telle réussite qu’on espère que la lecture sera reprogrammée ici ou ailleurs.

« L’Œil présent », exposition à la Maison Jean Vilar © Christophe Raynaud de Lage

« L’Œil présent »… (et ébloui) 

Gravissons quelques marches pour faire un bond dans le temps et (re)découvrir la geste incroyable du festival d’Avignon depuis plus de dix-sept ans. L’exposition L’Œil présent rassemble en effet en cinq actes (et un prologue) quelques-unes des éblouissantes photographies que Christophe Raynaud de Lage, photographe du In, mais pas que, a récoltées.

Voilà un trésor inestimable qu’une scénographie intelligente met en valeur. Le 5acte de l’exposition expose sous la forme d’un film les tentatives d’ekphrasis de photographies : belles entreprises sensorielles vouées à l’inachèvement. C’est pourquoi on ne se lancera pas dans l’exercice, préférant vous livrer en bouquet quelques impressions et éblouissements.

Reviennent les souvenirs émus de spectacles vus, et surgit un désir immense de découvrir des œuvres que l’on ne connait pas encore. Il y a les corps des comédiens et aussi ceux des spectateurs, la lumière comme les ombres, la scène et, pour finir, la coulisse : offrande ultime de ce qui est dérobé d’ordinaire à nos regards. L’exposition foisonne d’instants saisis à la volée, frémissants encore et qui nous laissent à la fois étourdis, désireux de revenir, et affamés de théâtre. 🔴

Laura Plas


Focus Maison Jean Vilar

Infiniment, Maria Casarès, Gérard Philipe, Une évocation
Du 5 juillet 2022 au 30 avril 2023

Ce soir, oui, tous les soirs, Jean Vilar Notes de service, TNP 1951 – 1963
Du 7 juillet 2022 au 30 avril 2023

L’Œil présent, photographies, Photographier le festival d’Avignon au risque de l’instant suspendu, Christophe Raynaud de Lage
Du 7 juillet 2022 au 30 avril 2023

Les Enfants terribles, Maria Casarès et Gérard Philipe, de la Compagnie du Veilleur
Mise en voix : Matthieu Roy
Avec : Anne Duverneuil et Charlie Fabert
Dramaturgie : Johanna Silberstein
Le 11 juillet 2022 à 11 heures

Maison Jean Vilar • 8, rue de Mons • 84000 Avignon
De 3 € à 6 €
Réservations : 04 90 86 59 64
Dans le cadre du Festival d’Avignon, du 7 au 26 juillet 2022
Plus d’infos ici

À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Festival d’été 2021, la Maison Maria Casarès, à Alloue, par Laura Plas
☛ Saison estivale 2020, à la Maison Maria Casarès, à Alloue, par Laura Plas

À propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Du coup, vous aimerez aussi...

Pour en découvrir plus
Catégories

contact@lestroiscoups.fr

 © LES TROIS COUPS