« En attendant Godot » © Christophe Raynaud de Lage

« En attendant Godot », de Samuel Beckett, Théâtre de la Croix‐Rousse à Lyon

Le rire est la politesse du malheur

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Une énième lecture d’« En attendant Godot », est-ce bien utile ? Celle de Laurent Fréchuret, qui arrive après quelques autres déjà magistrales, est simplement nécessaire.

D’abord parce que cet artiste connaît bien, sur le bout des doigts, son Beckett avec lequel il a fait ses armes de metteur en scène… Ensuite parce qu’il s’est entouré de comédiens remarquables, au premier rang desquels Jean‑Claude Bolle‑Redat. Enfin et surtout parce que cette œuvre n’en finit pas de se dévoiler et d’ouvrir de nouvelles perspectives. C’est d’autant plus paradoxal que l’auteur fut pointilleux à l’extrême sur le respect absolu dû à la moindre didascalie, à la moindre indication scénique, et que ses héritiers gardent le tombeau du maître avec une méfiance et une exigence soupçonneuses, refusant tout écart ressenti comme une incartade, voire une infraction. Comment dès lors inventer une lecture neuve ? Comment tirer encore un peu de suc d’un texte déjà pressé comme un citron ?

Si c’est le lot des chefs-d’œuvre que de délivrer des messages mutants longtemps après avoir été écrits, celui-ci en est un. À mesure que notre monde se fait plus absurde, Beckett, longtemps classé comme un écrivain de l’absurde, se fait étrangement visionnaire, réaliste et humain. Autant dire éclairant pour nous, indispensable.

Un texte qui n’en finit pas de se dévoiler

Ainsi donc, le décor, toujours le même, est réduit à sa plus simple expression : une surface plane au milieu de laquelle est planté, solitaire, un arbre déplumé, dont les branches trop hautes rendent impossible le projet de se pendre. Une cagette servira de siège unique. Au fond de ce no man’s land, on imagine une route.

Qui sont Vladimir et Estragon, les habitants de ce lieu déshérité ? Des pauvres hères dont le vêtement et le quotidien indiquent le grand dénuement : godasses empruntées qui blessent les pieds, os de poulet devenus gourmandises par la prégnance de la faim, disputes et bouderies permanentes, résignation à se faire frapper nuit après nuit par des brutes sans visage. Mais Laurent Fréchuret teinte tout cela d’une étrange douceur. Attendre Godot, c’est attendre quelque chose, c’est faire quelque chose, penser demain, avoir un avenir. Et se disputer, c’est être deux, solidaires malgré la peur, la couardise… Cela, il le met en scène par les petits gestes de tendresse ou les grandes embrassades dont il émaille le spectacle.

Honneur aux comédiens

Il faut bien entendu rendre ici hommage aux comédiens, David Houri en Vladimir, délicat et responsable Didi pour son compagnon et Jean‑Claude Bolle‑Redat en Estragon, dit Gogo. Quel comédien que ce Jean‑Claude Bolle‑Redat ! Avec sa voix de crécelle inimitable, il excelle à passer d’une émotion à l’autre, geignard, rusé, pleurnicheur, capricieux, prenant parfois des accents à la Raymond Devos qui collent parfaitement au texte. Tour à tour pitre impayable et vieil enfant insupportable, il fait tordre la salle de rire sans jamais tirer la couverture à lui, donnant à la pièce de Beckett une dimension comique jamais si finement atteinte.

Son double inversé, c’est Pozzo, cette caricature de tyran d’un autre âge, qui traîne par une corde accrochée à son cou un esclave, ironiquement appelé Lucky. Là encore, Laurent Fréchuret dirige deux acteurs qui font merveille. Vincent Schmitt impose quand il arrive sur le plateau une puissance et une présence qui le rendent véritablement effrayant, inquiétant et brutal à souhait, la voix cassante et dure, l’homme semblant vidé de toute humanité. Quant à Maxime Dambrin, tout en déséquilibre, toujours à la limite de la chute quand il marche et au contraire rigide comme un objet quand il tombe littéralement de fatigue, absent à lui-même et aux autres quand il est sommé de montrer qu’il pense et qu’il se met à débiter comme un automate. Lunaire avec ses cheveux filasse, longs et blancs, son maquillage de craie, son visage impassible, revenu de tout, que plus rien ne fait sourciller, il est à la fois bouleversant dans son interprétation et impressionnant comme comédien.

Alors, tout concourt à faire de ce spectacle un grand spectacle et non une énième mise en scène. C’est au contraire et encore une fois l’occasion de redécouvrir cette œuvre gigogne et tentaculaire. 

Trina Mounier

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En attendant Godot, de Samuel Beckett

Le texte est disponible aux éditions de Minuit

Mise en scène : Laurent Fréchuret

Assistante à la mise en scène : Caroline Michel

Stage : Gautier Marchado

Avec : Jean‑Claude Bolle‑Redat (Estragon), Maxime Dambrin (Lucky), David Houri (Vladimir), Vincent Schmitt (Pozzo) et Antoine Besson (le Jeune Garçon)

Scénographie : Damien Schahmaneche

Lumières : Franck Thévenon

Costumes : Claire Risterucci

Coiffure, maquillage : Françoise Chaumayrac

Régie générale : Nicolas Hénault

Régie générale et lumière : Rosemonde Arrambourg

Régie plateau : Pierre Langlois, Sylvain Tardy

Directeur de production : Slimane Mouhoub

Attachée de production : Cécile Moulin

Stagiaire production : Gaia Giordani

Chargée de presse et diffusion : Sophie Lagrange

Photos : © Christophe Raynaud de Lage

Production : Théâtre de l’Incendie

Coproduction : L’Estival de la Bâtie-d’Urfé, le Grand Angle à Voiron, Théâtre de Villefranche-sur-Saône, avec le soutien du Théâtre des Pénitents à Montbrison, du Théâtre des Halles à Avignon

Le Théâtre de l’Incendie est conventionné par le ministère de la Culture et de la Communication – Direction générale de la création artistique, la région Rhône-Alpes, subventionné par la ville de Saint-Étienne, le conseil général de la Loire

Théâtre de la Croix-Rousse • place Joannès-Ambre • 69001 Lyon

04 72 07 49 49

http://www.croix-rousse.com/

Du 19 au 30 janvier 2016 à 20 heures, sauf le samedi à 19 h 30, relâche dimanche et lundi

Durée : 2 heures

De 5 € à 22 €

À partir de 15 ans

Tournée :

  • Théâtre de Privas, les 4 et 5 février 2016
  • Le Grand Angle, Voiron, les 8 et 9 février 2016
  • Théâtre de Roanne, le 12 février 2016
  • Théâtre de Villefranche-sur-Saône, les 1er, 2 et 3 mars 2016
  • Théâtre des Pénitents, Montbrison, le 5 mars 2016
  • Théâtre du Vellein, Villefontaine, les 10 et 11 mars 2016
  • La Saison culturelle, Firminy, le 17 mars 2016
Laurent Fréchuret © D.R.

Entretien avec Laurent Fréchuret, metteur en scène

« Je suis un obsédé textuel »

Par A. D.
Les Trois Coups

Laurent Fréchuret nous parle de son approche du théâtre à l’occasion du Off d’Avignon, où il met en scène « En attendant Godot » de Samuel Beckett.

Que peuvent encore nous apprendre des auteurs tels que Shakespeare ou Beckett ?

Ce que l’on peut apprendre, c’est à travailler et à faire du théâtre. Une œuvre, qu’elle ait été écrite pas Shakespeare ou par un auteur de vingt‑cinq ans, c’est la même chose. Un texte que l’on trouve génial est une œuvre vivante à chaque fois. En ce sens, Shakespeare est un jeune auteur vivant. Une œuvre est forcément actuelle puisqu’on y travaille au présent. Ce que j’aime chez Beckett, et particulièrement dans En attendant Godot, c’est qu’il y a un message éminemment politique : on ne va pas se pendre, on ne va pas déprimer, on va rêver ensemble d’un autre monde. C’est un peu à l’image de l’auteur : lorsqu’il écrit Godot, en 1948, il est aussi en train d’aider à reconstruire le village de Saint-Lô en Normandie. Au début, je ne voulais pas refaire encore un Beckett, qui est un auteur sur lequel je travaille depuis vingt-cinq ans. Puis je me suis mis à le relire, et j’ai trouvé ça incroyable.

Quel est l’intérêt de se saisir d’un auteur et d’explorer l’intégralité de son œuvre ?

Je suis un peu un obsédé textuel. Beckett, lorsque j’avais vingt‑cinq ans, a été une explosion nucléaire pour moi. J’ai tout lu. Idem pour Artaud, j’ai lu les vingt‑huit volumes, pour Burroughs les vingt‑quatre romans, et pour Cioran les quatre mille pages. En définitive, je ne connais pas beaucoup de choses, mais celles que je connais, je les ai déjà épuisées. Je suis comme quelqu’un qui mangerait toujours le même plat, mais qui adorerait ça.

Vous prônez les vertus de l’insouciance, et même de l’ignorance, dans votre travail de création et de mise en scène. Après un parcours aussi dense que le vôtre, est-il encore possible d’avancer « à tâtons » ?

Quand on a commencé à avancer « à tâtons », il faut continuer. Il y a dans le théâtre un travail inconscient et intuitif. J’aime dire que je fais des notes « d’intuition », alors que tout le monde parle de note d’intention. Il faut laisser venir le mystère. Parfois, c’est complètement raté, mais je continue, parce que je suis quelqu’un de joyeux qui aime prendre des risques. À l’âge de dix‑huit ans, j’ai rencontré Jean Dasté, à Saint-Étienne, qui en avait quatre‑vingt onze. Je lui ai fait part de mon admiration, et lui ai demandé de me parler de théâtre. Plus tard, il m’offrira un petit livre intitulé le Théâtre et le Risque, qui étaient pour lui deux choses indissociables. Il y a tellement de gens qui estiment avoir la science infuse que j’aime cultiver ce que j’appelle « mon ignorance infuse ». C’est une phrase qui est pour moi comme un manifeste. Je dis cela parce que j’adore l’art brut, et que si l’on réfléchit, les artistes d’art brut au théâtre sont des gens qui savent se mettre en état de naïveté.

Parlez nous de ce que vous appelez les « arts frères » du théâtre, tels que le cinéma ou la musique, notamment chez Beckett.

Beckett disait que le théâtre était une histoire de symbiose, ce qui est une idée intéressante, car le sens premier signifie que deux organismes ont besoin l’un de l’autre pour survivre, et vont devoir trouver un arrangement ensemble. Il y a cela chez Beckett, qui a écrit beaucoup de burlesque, en s’inspirant de Charlie Chaplin ou de Buster Keaton. Il adorait le rythme de la vie. La musique et l’image sont au moins aussi importantes chez lui que la littérature et la poésie.

Votre travail de metteur en scène se fait-il au détriment de votre travail d’écriture ?

Lorsque je dirigeais le Théâtre de Sartrouville, je devais être attentif à tout ce qui passait autour, ainsi que monter des pièces et des projets, ce qui faisait déjà deux postes à temps plein. Le troisième est celui de poète, et un poète a besoin de temps pour rêver, nager, et aller voir ailleurs ce qui se passe. C’est ce que je fais aujourd’hui, à Saint-Étienne, qui est ma base, où je peux imaginer et écrire la suite. Je rêverais d’avoir un petit théâtre, mais pour le moment je suis très heureux d’être nomade à Saint-Étienne.

Le réveil du Théâtre de l’Incendie, après avoir dirigé un centre dramatique national pendant neuf ans, correspond-il à une volonté de terminer un projet laissé en suspens ?

C’est vraiment la suite de ma vie, comme Sartrouville a aussi été une période de ma vie, avec une mission, celle de diriger un outil énorme, avec une cinquantaine de personnes et une population passionnante. Nous avons réalisé non moins de cinquante‑huit créations en neuf ans ! J’ai été à l’origine d’une dizaine de mises en scène, mais les autres ont également demandé beaucoup de travail, puisqu’il a fallu réunir les auteurs, monter, produire et faire tourner les pièces. Au bout de neuf ans, j’ai senti qu’il fallait que je reprenne un risque, plutôt que de devenir un petit notable du théâtre. J’aurai pu postuler à la direction d’un théâtre plus gros, mais j’ai eu besoin de l’écriture, et de me ressourcer.

Le public doit pour vous être plus qu’une simple assistance, il doit non seulement imaginer, mais aussi créer, être acteur, à l’instar des chantiers théâtraux lancés au Théâtre de Sartrouville. En quoi le spectateur a-t-il un rôle à jouer ?

Les spectateurs sont des passagers clandestins. Pourquoi sont-ils venus ? On ne sait pas. Il y a un mystère autour de cela, jamais je ne voudrais faire de travail statistique pour connaître davantage le public et pouvoir lui vendre des choses prétendument adaptées à lui. En revanche, j’ai pu lancer des annonces au public afin de rencontrer des gens, dans le but de raconter une histoire. L’obsession est toujours la même, que les gens soient professionnels ou amateurs : travailler et partager la construction d’un ensemble composé de plusieurs corps, de plusieurs âges et de conditions culturelles et sociales différentes, afin de recréer à chaque fois une petite démocratie. Inventer une histoire ensemble et la faire partager avec d’autres gens, c’est une petite pierre apportée à l’édifice du « vivre-ensemble ». 

Propos recueillis par
A. D.

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En attendant Godot, de Samuel Beckett

Théâtre de l’Incendie • 6, rue François Gillet • 42000 Saint-Étienne

http://www.theatredelincendie.fr/

administration@theatredelincendie.fr

04 77 47 83 57

lfrechuret@hotmail.com

06 82 42 27 76

slimane.mouhoub@theatredelincendie.fr

06 82 16 35 49

Mise en scène : Laurent Fréchuret

Avec : Jean-Claude Bolle-Reddat, Maxime Dambrin, David Houri, Vincent Schmitt

Scénographe : Damien Schahmaneche

Créateur lumière : Franck Thevenon

Costumière : Claire Risterucci

Maquillage, coiffure : Françoise Chaumayrac

Assistante à la mise en scène : Caroline Michel

Régie générale et lumière : Rosemonde Arrambourg

Régisseur plateau : Pierre Langlois

Photo : © D.R.

Théâtre des Halles • rue du Roi-René • 84000 Avignon

Salle du Chapitre

Réservations : +33 (0)4 32 76 24 51

Du 5 au 26 juillet 2015 à 19 h 30, relâche le 14 juillet

Durée : 1 h 55

Tarifs : 22 € et 15 €

À partir de 15 ans

« Nos serments » © Élisabeth Carecchio

« Nos serments », d’après « la Maman et la Putain », de Jean Eustache, les Célestins à Lyon

On ne badine pas
avec l’amour

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Ils ont une trentaine d’années et entreprennent de revisiter au théâtre le film mythique (et daté) de Jean Eustache, « la Maman et la Putain ». Surprise : les errements sentimentaux soixante-huitards s’exportent fort bien !

Le film traitait de la question de la liberté sexuelle, des raisons d’être et des limites de cette « philosophie » dont, à contre-courant de son époque, il montrait le leurre à travers les souffrances de cinq personnages, leur difficulté à vivre l’utopie. Alexandre / Jean-Pierre Léaud y interprétait un trentenaire désargenté et oisif, vivant avec (et aux crochets de) trois femmes successives, chacune d’elle ancrée socialement et incarnant une relation à l’amour particulière. Chaque histoire, abordée dans l’enthousiasme des commencements, va se terminer dans les pleurs et la douleur de la passion, sans qu’Alexandre en paraisse vraiment touché… La caméra de Jean Eustache suivait les personnages comme dans la vie, n’éludant (presque) aucun temps mort, mettant en relief au contraire ces moments de vacuité qui font la vérité (et sans doute le sel et le prix) de la vie. Ce rythme lent était interrompu çà et là par des crises, Marie ou Gilberte ou Veronika essayant en vain de faire comprendre à Alexandre qu’elle n’acceptait plus son manque d’engagement, qu’elle ne parvenait pas à se garder de la jalousie et surtout qu’elle souffrait du mal d’amour.

La transposition qu’en propose Julie Duclos sonne juste. Le passage du cinéma au théâtre est maîtrisé, ce qui n’était pas gagné au départ : Julie Duclos capte l’écume des jours, ces adolescents attardés qui prennent leur temps pour parler des heures entières d’une question sans vraiment tenter de la résoudre, pour le plaisir de faire bruire des concepts, avec ce petit peu de snobisme des intellos de quartier Latin, ou pour jouer tout simplement comme de jeunes chiens fous qu’ils sont encore (à se réveiller, par exemple, ou à sortir de la pièce du même pas, scènes adorables).

Fragments d’un discours amoureux

Le cinéma s’invite dans le théâtre en suivant les personnages hors de la chambre, qui sert de pièce à vivre. On est sur les talons de François au moment où il fuit Mathilde ou Esther, on regarde son ami Gilles quand, après avoir réconforté Esther, il reste de longues minutes face à son bureau, pensif, tandis que seule dans le studio, elle semble elle aussi bien songeuse… Ces moments de vidéo, forcément plus distanciés, paraissent parfois un peu longs : on a envie de revenir dans cette chambre où le réel, le vrai, se passe. Astuce de la scénographie de Paquita Milville : son décor, très cinématographique, avec son spot en premier plan, comme si la scène à laquelle nous assistons n’attendait que le cameraman, fait la part belle aux éclairages de Jérémie Papin, précis, subtils, qui suivent la course du jour, baignent le lit de soleil ou annoncent la nuit. C’est le décor qui place ces Serments à notre époque, de même que la musique très présente : Joan Baez a remplacé Fréhel, ou les accessoires (le portable au lieu du filaire)… François lit encore, et pas sur tablette mais un vrai livre de papier, signe peut-être qu’il est hors du temps.

Oui, nous sommes pris par les amours d’Esther, Mathilde ou Oliwia, séduits par leur charme, leur féminité : on a envie avec elles de secouer ce dandy de François si exaspérant, de le rendre apte à donner de lui-même. Oui, cette histoire sensible ne nous est à aucun moment étrangère, pas plus que la Recherche du temps perdu ou le Jeu de l’amour et du hasard… Julie Duclos la rend éternelle et universelle, elle n’a pas pris une ride.

Elle y est aidée par de jeunes comédiens engagés et délicats qui nous parlent à l’oreille, si proches de nous. Alix Riemer apporte une intensité et une légèreté merveilleuses à Esther, dont elle parvient à restituer les hésitations et la pudeur. David Houri, quant à lui, explore les facettes de l’égoïsme de François, son immaturité, et réussit même à procurer de l’épaisseur à ce personnage qui n’en veut surtout pas ! Mais tous (Yohann Lopez, Magdalena Malina, Maëlla Gentil) sont formidables de jeunesse, de sensibilité, de justesse. La pièce jamais ne pèse, elle nous fait sourire, voire franchement rire, malgré la tristesse qui envahit à l’idée que oui, décidément, l’utopie reste toujours au placard. Julie Duclos n’en est pas à son premier spectacle, on attend les prochains avec impatience ! 

Trina Mounier


Nos Serments, très librement inspiré de la Maman et la Putain de Jean Eustache

Cette pièce de théâtre, œuvre originale, entend rendre hommage à Jean Eustache et à son chef-d’œuvre, la Maman et la Putain

Par la compagnie L’In-quarto

Texte : Guy-Patrick Sainderichin et Julie Duclos

Mise en scène : Julie Duclos

Avec : Maëlla Gentil, David Houri, Yohan Lopez, Magdalena Malina, Alix Riemer

Collaboration artistique : Calypso Baquey

Scénographie : Paquita Milville

Lumière : Jérémie Papin

Son : Pascal Ribier

Vidéo : Émilie Noblet

Costumes : Lucie ben Bâta, Marie-Cécile Viault

Photos de Nos serments : © Élisabeth Carecchio

Coproduction Théâtre national de la Colline, C.D.N. Orléans-Loiret, Le Mail-scène culturelle de Soissons, MA scène nationale-Pays de Montbéliard, Célestins-théâtre de Lyon, Théâtre de Poche-Genève, Cie L’In-quarto

Production déléguée : C.D.N. Besançon

Les Célestins • 8, place Charles-Dullin • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 00

www.celestins-lyon.org

Du 31 mars au 10 avril 2015 à 20 h 30 sauf le dimanche à 16 h 30, relâche le lundi

Durée : 2 h 40 avec entracte