Jean-Philippe Rigaud © D.R.

Entretien avec Jean‑Philippe Rigaud, attaché de presse freelance

Un vrai sacerdoce

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Défendre de jeunes talents, n’est pas une mince affaire. Jean‑Philippe Rigaud a accepté de nous expliquer ses motivations.

Jean-Philippe, quel est le quotidien d’un attaché de presse freelance ?

Mon métier est à l’interface entre les journalistes et les compagnies. Quand une pièce se crée, on m’appelle, car depuis quinze ans que je suis dans le métier, j’ai un bon réseau. J’ai d’ailleurs commencé à Avignon, pour le Off. Donc, j’ai la chance que des metteurs en scène, des auteurs, des acteurs pensent à moi. Le relationnel est très important. Il faut se déplacer, rencontrer les gens, communiquer. Je crois beaucoup à la fidélité.

Mais, j’ai mis au moins cinq ans pour avoir un fichier.

Néanmoins, on ne s’installe jamais dans ce métier. On est tout le temps sur la brèche. Si un spectacle, que je défends, ne plaît pas à un journaliste, alors que j’étais sûr de l’inverse, il peut ne plus revenir ou ne plus répondre à mes sollicitations. Heureusement, cela arrive rarement. Je suis aussi quelques metteurs en scène dont j’apprécie le travail.

Comment choisissez-vous les spectacles que vous allez promouvoir ?

Ce qui donne du sens à mon métier, c’est justement de pouvoir librement choisir les productions que je vais défendre. Ce n’est pas le cas lorsque vous êtes attaché à un théâtre. La majorité du temps, je vois les pièces avant de me décider. J’aime travailler avec de jeunes compagnies et metteurs en scène, être à l’origine d’un vrai début de carrière. Je suis intéressé par les spectacles où je sens qu’il y a une vraie vision du metteur en scène, peu importe le genre. Ou qu’il y a un texte fort, une intention. Même si c’est encore un peu vert.

C’est parfois un sacerdoce, car les jeunes compagnies n’ont pas beaucoup d’argent. De plus, elles ne savent pas réellement comment travaille un attaché de presse. Je fais donc beaucoup de pédagogie. Par exemple, certaines pensent que l’attaché de presse est payé aux résultats. Ce n’est absolument pas le cas. En effet, qui peut prévoir si les journalistes feront un papier ou pas ? Je n’ai pas de baguette magique. Il y a quand même une part de chance.

Vous ne choisissez donc pas la facilité…

C’est vrai. Moins il y a de têtes d’affiche, plus cela est difficile à défendre. Heureusement, il y a encore des journalistes curieux qui se déplacent pour découvrir de nouveaux talents. D’où mon intérêt de travailler avec des auteurs vivants, qui peuvent expliquer leurs intentions, leur parti pris. Par exemple, j’ai travaillé sur Babacar ou l’Antilope de Sidney Ali Mehelleb au Théâtre 13, parce que ce dernier a une écriture à la fois romanesque et violente, sans concession. Quelque chose se passe.

Les jeunes créateurs ont moins de censure. Ils osent, puisqu’ils sont encore dans la construction, dans la découverte. Par exemple, j’ai défendu Juliette Blanche. Elle a écrit et joué Les escargots sans leur coquille font la grimace, une pièce très forte, dans laquelle elle parle de sa vie, de ses parents, de son rapport au corps, à son identité.

Mon but est donc de faire en sorte que les journalistes viennent découvrir ce qui se fera demain, des metteurs en scène et acteurs encore inconnus.

Vous promouvez quel spectacle en ce moment ?

Je travaille avec Emmanuel Besnault qui monte les Fourberies de Scapin au Lucernaire. Certes, cette pièce n’est pas nouvelle, mais Emmanuel a un talent incroyable. En plus, il a plein d’idées et un vrai esprit de troupe. D’ailleurs, j’aimerais vraiment que Colette Nucci, la directrice du Théâtre 13, vienne le voir. Je pense qu’elle appréciera ce qu’il insuffle. C’est tout à fait cohérent avec ce qui l’intéresse. Vous savez, il y a des fois où cela fait tilt. On se dit telle pièce est faite pour Untel.

La critique théâtrale a‑t‑elle toujours un poids ?

Vous mettez le doigt sur quelque chose, car il y a un vrai paradoxe. Pour vendre leurs spectacles, les compagnies en ont besoin. Mais, en même temps, elles s’en méfient.

Il est important qu’il y ait des critiques, bonnes ou mauvaises. Sinon, c’est de la promotion, tout simplement. Et là, on change de registre. S’il n’y a plus de critiques, il suffira que les compagnies, qui en ont les moyens, achètent un encart dans tel journal, et le tour sera joué. Mon métier, c’est donc aussi de défendre la critique théâtrale, papier ou numérique.

Justement, pour vous, quelle différence majeure entre une critique papier et une critique en ligne ?

Elles n’ont pas la même importance, ni la même fonction. Bien qu’un article en ligne soit vu par beaucoup plus de monde, par sa durée de vie, un papier va aussi aider à vendre le spectacle. Si une compagnie n’a pas d’article dans le Figaro, le Monde, Télérama, Libération ou autre, il lui est plus difficile de le vendre. Internet, seul, ne suffit pas. La presse écrite a encore ce rôle‑là, car il y a de vrais noms, des références qui portent une mémoire, qui ont une plume comme Armelle Héliot ou Jean‑Luc Jeener du Figaro, Fabienne Pascaud ou Sylviane Bernard-Gresh de Télérama, et d’autres.

Toutefois, avec l’importance des réseaux sociaux et des blogs, cela risque de ne plus être le cas dans les années à venir. Il faut donc s’adapter aux nouveaux supports de communication. Ces derniers ouvrent vraiment le champ des possibilités. 

Propos recueillis par
Isabelle Jouve

Salle de spectacle

Entretien avec Audrey Burette et Marie‑Laure Violette, attachées de presse du Théâtre de la Ville à Paris

Un métier en pleine mutation

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Le métier d’attaché de presse est mal connu du grand public. Audrey Burette et Marie‑Laure Violette ont accepté de répondre à quelques questions.

Quelle est la particularité des attachés de presse du Théâtre de la Ville ?

Marie-Laure : Nous avons deux casquettes : une partie presse (nous sommes l’interface entre le théâtre et les journalistes) et une partie communication (les affiches, les programmes de salle, le site internet…). C’est enrichissant car très complémentaire.

Nous ne travaillons jamais sur une seule production à la fois. Quelquefois, il y a cinq ou six représentations le même soir, dans des lieux différents. Cette saison, nous avons 126 projets artistiques. Je suis attachée de presse pour la danse. Par exemple, en janvier, j’ai proposé aux différents médias des spectacles au Centre Pompidou, à la Maison des arts de Créteil et au Théâtre des Abbesses.

Audrey : Pour ma part, je suis attachée de presse pour le théâtre, enfance et jeunesse. Nous voyons les projets en amont, ce qui nous permet de mieux connaître les contenus artistiques pour ensuite les proposer et les défendre auprès des différents médias.

Travaillez-vous avec la presse étrangère ?

Marie‑Laure : Oui, car l’une des ambitions du Théâtre de la Ville est l’accueil de créations étrangères. Nous avons donc une programmation internationale très importante, qui attire la presse étrangère. Par exemple, en début de saison, nous avons mis en place un partenariat avec la Brooklyn Academy of Music de New York (B.A.M.). Des artistes américains sont venus se produire au Théâtre de la Ville et des artistes français, comme Yoann Bourgeois et Wang Ramirez, ont fait le voyage inverse, à New York. On a eu une belle retombée dans la presse new-yorkaise.

Audrey : Des troupes, tel le Berliner Ensemble, se déplacent peu. Comme des liens étroits se sont tissés au fur et à mesure des années, nous sommes les seuls à les accueillir en France. Dans ce métier, le relationnel et la confiance sont la base de tout.

Vous dites que le métier a changé. De quelle manière ?

Marie-Laure : Il y a de moins en moins de journaux papier. Il faut donc trouver de nouveaux contacts, car les blogs, les sites se développent. Moi, j’ai connu l’époque où il y avait, tous les jours, des critiques « danse » dans France-Soir ou le Parisien. On est donc constamment en veille pour connaître les nouveaux influenceurs.

Audrey : Pouvoir envoyer en un instant des photos, des communiqués de presse à plusieurs personnes en même temps, a tout révolutionné. On est dans l’instantanéité et la multiplicité de l’information. Aujourd’hui, il y a trop d’informations. Il faut alors apprendre à être percutant, à accrocher les journalistes tout de suite.

Qu’est-ce qui vous intéresse le plus dans votre métier ?

Marie-Laure : J’aime le relationnel, le travail en équipe et faire bouger les lignes. C’est un cadeau que de travailler dans une telle structure, et de voir tout le foisonnement que cela génère.

Audrey : Moi, je dirais arriver à faire découvrir un nouvel artiste à un journaliste qui ne le connaissait pas avant. Ce n’est pas évident, mais cela arrive et c’est extrêmement gratifiant.

Audrey, vous qui avez été attachée de presse freelance, vous voyez une vraie différence avec votre statut d’aujourd’hui ?

Oui, je vois l’image importante dont bénéficie le Théâtre de la Ville auprès des médias. Quand j’étais freelance, mon rapport aux journalistes était différent. Aujourd’hui, quand je leur propose des évènements, je les sens beaucoup plus à l’écoute que lorsque je travaillais pour des lieux moins prestigieux. Le Théâtre de la Ville est une véritable institution culturelle, avec une histoire, un passé. Moi qui travaille pour la jeunesse, il y a peu de journalistes spécialisés. Mon job est donc d’élargir la base de mes contacts pour faire en sorte que de plus en plus de journalistes, non spécialisés dans le jeune public, assistent aux spectacles.

Le Théâtre de la Ville est fermé pour deux ans, mais la programmation continue. Comment continuer à faire venir le public ?

Marie-Laure : C’est l’un de nos grands enjeux, car nous avons une vingtaine de lieux partenaires. Il a fallu que l’on explique clairement notre choix de poursuivre les projets dans ces nouveaux endroits, et le déplacement ponctuel du Théâtre de la Ville vers l’espace Pierre-Cardin. C’est un travail de chaque instant.

Audrey : Notre rôle est de faire en sorte que les journalistes et le public retiennent que c’est le Théâtre de la Ville qui est à l’origine des programmations, et non pas l’un des lieux partenaires. On a d’ailleurs engagé un photographe qui suit le chantier pour faire des reportages.

Le public l’a bien compris ?

Audrey : Complètement. Les abonnés ont suivi, et nous en sommes vraiment très heureux. 

Propos recueillis par
Isabelle Jouve


http://www.theatredelaville-paris.com/

« Priscilla, folle du désert » © Pascal Ito

« Priscilla, folle du désert », de Stephan Elliott et Allan Scott, Casino de Paris

Démesurément bon !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Quoi de plus difficile que de s’attaquer à un succès cinématographique pour en faire une comédie musicale qui tienne la route ? Le pari est pourtant gagné, haut la main.

À l’origine, Priscilla, folle du désert est un célèbre film australien de Stephan Elliott, qui a fait scandale et sensation à sa sortie, en 1994. L’année suivante, il recevra moult prix dont le prix du Public à Cannes puis l’oscar des meilleurs costumes.

L’histoire est des plus rocambolesques. Mitzi (Laurent Bàn), une drag-queen, n’en peut plus de jouer dans des lieux assez minables de Sydney, en Australie. Il accepte la proposition de son ex‑femme (Corinne Puget) de se produire dans son casino, à Alice Spring, en plein cœur du pays. Sans entrer dans les détails, il réussit à convaincre deux amis de faire le voyage avec lui : Bernadette (David Alexis), un transsexuel plutôt réservé qui vient de perdre son petit ami, et Felicia (Jimmy Bourcereau), une drag-queen exubérante et irritante. Le périple se fera en bus, rebaptisé Priscilla.

Sur le chemin, entre multiples pannes d’autobus et rencontres violentes avec la population locale non habituée à côtoyer ce genre d’énergumènes, Mitzi avouera à ses partenaires qu’il est marié, Bernadette tombera sous le charme d’un garagiste et Felicia se retrouvera à deux doigts de se faire émasculer.

L’intrigue est rythmée par les plus grands tubes disco (Tina Turner, Gloria Gaynor, Aretha Franklin, Madona, Kylie Minogue et d’autres), tous chantés par les artistes eux-mêmes. Je salue la performance de tous les comédiens et danseurs, et plus particulièrement celle des cinq divas, souvent suspendues dans les airs, et celle des protagonistes principaux qui réussissent à rendre leurs personnages vraiment attachants.

On est au bord de la démesure, et c’est spectaculaire

David Alexis (que l’on a vu récemment dans le rôle de Merlin dans la Légende du roi Arthur) est une Bernadette émouvante et pleine de sensibilité. Ses reparties drôles et cinglantes font mouche à chaque fois. Jimmy Bourcereau (initialement danseur de breakdance, a participé à la comédie musicale Flash Dance) est une Felicia moqueuse et énervante au possible et Laurent Bàn, une Mitzi convaincante dont la voix exceptionnelle donne encore plus de puissance à son interprétation. Ce dernier s’est d’ailleurs lui aussi précédemment illustré dans plusieurs spectacles musicaux dont Notre-Dame de Paris (lors de sa reprise au Théâtre Mogador), Zorro et plus récemment Mistinguett, reine des Années folles.

Philippe Hersen, le metteur en scène, a vu grand : sur le plateau, pas moins de trente artistes. Il a néanmoins su conserver toute la poésie du film. Son adaptation n’est pas une caricature, mais un vrai et bon show qui donne envie de danser et de chanter, ce que le public ne se prive pas de faire.

Les cinq cents costumes et deux cents perruques signés Frédéric Olivier apportent toute la folie et l’excentricité nécessaires à l’ambiance survoltée. On est au bord de la démesure, et c’est spectaculaire.

Que dire d’autre, si ce n’est que cette comédie musicale (de 2 h 30 avec entracte) se joue encore jusqu’au 6 mai 2017 ? Si vous voulez en prendre plein les yeux et les oreilles, c’est le moment ! 

Isabelle Jouve


Priscilla, folle du désert, de Stephan Elliott et Allan Scott

Mise en scène : Philippe Hersen

Avec : David Alexis, Laurent Bàn, Jimmy Bourcereau, Jennifer Abad‑Garcia, Kania Allard, Ludovic Alvernhe, Delphine Attal, Pierre‑Antoine Brunet, Cindy Cayrasso, Claude Cormier, Thorian J. de Decker, Fabrice de la Villehervé, Alexia Degremont, Amalya Delepierre, Ana Ka, Stacey King, Alice Lyn, Mehdi Mamine, Mélina Mariale, Sofia Mountassir, Yvonnick Muller, Corinne Puget, Célia Ruiz, Priscilla Villa, Jérôme Zerbi

Adaptation : Philippe Hersen

Chorégraphie : Jaclyn Spencer

Costumes : Frédéric Olivier

Photos : © Pascal Ito

Casino de Paris • 16, rue de Clichy • 75009 Paris

Site du théâtre : www.casinodeparis.fr

Métro : Trinité ou Liège

Du 25 février au 6 mai 2017, du mercredi au samedi à 20 h 30, samedi à 15 h 30 et dimanche à 18 heures

Durée : 2 h 30

69,90 € | 59,90 € | 49,90 € | 39,90 € | 24,90 €

« C’est Noël tant pis », de Pierre Notte, Comédie des Champs‑Élysées à Paris

Mauvaise note !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Créé en décembre 2014 au Théâtre du Rond-Point, « C’est Noël tant pis » revient à la Comédie des Champs-Élysées. Moi, je ne reviendrai pas.

Aimer ou ne pas aimer un spectacle revêt une part non négligeable de subjectivité. Eh bien, je dois admettre que la pièce que j’ai vue m’a plutôt ennuyée. L’histoire ne m’a pas convaincue. Les comédiens encore moins. Je m’en excuserais presque tant je sais tout le travail que cela représente d’écrire, de monter et de jouer une pièce. Je ne suis peut-être pas venue le bon jour…

L’intrigue en est simple. Nous sommes le soir de Noël. Le père (Bernard Alane) est en train de finir de préparer le sapin. Juché sur un escabeau, il n’est pas très à l’aise. Il demande à sa femme de l’aider à descendre. Cette dernière (Marie‑Christine Orry), proche de la crise de nerfs, lui refuse sa main. Le public entend alors quelques notes des Petits Chanteurs à la croix de bois. Puis, Madame va se précipiter sur la braguette de son mari pour lui offrir une gâterie. Monsieur la repousse. Après quoi elle lui lance : « Déboutonner ton pantalon, quand on sait ce qu’il y a dessous, c’est presque humanitaire ». Cette introduction étrange et comparable au théâtre de l’absurde, tant dans la situation que dans les répliques, donnent le ton.

Puis, arrivent les deux fils (Romain Apelbaum, Brice Hillairet) et la belle-fille (Juliette Coulon), épouse du cadet, détestée par sa belle-famille. Les règlements de comptes commencent. Au milieu de ce chaos, la grand-mère disparaît. On la retrouve nue sous la table des festivités. Transportée à l’hôpital, son lit va devenir le réceptacle de toutes les haines et frustrations familiales.

« C’est Noël tant pis » © Giovanni Cittadini Cesi

« C’est Noël tant pis » © Giovanni Cittadini Cesi

Pierre Notte, auteur, metteur en scène et acteur, n’est pas un débutant. Au cours de sa carrière, cet artiste associé du Théâtre du Rond-Point a été nommé à trois reprises dans la catégorie Auteur aux molières. Il a aussi reçu le prix Jeune Talent de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (S.A.C.D.) et le prix Émile‑Augier de l’Académie française. Son écriture est connue pour être décapante. Ses situations banales et ordinaires partent rapidement en vrille et en séquences loufoques. Peut-être trop loufoques à mon goût.

À certains moments, le soufflé retombe

C’est Noël tant pis est un spectacle inégal, qui peine à trouver un rythme. Pourtant, le texte est assez drôle et acide, la plupart du temps. Je dis bien la plupart du temps, car à certains moments, le soufflé retombe. De plus, la fin de la pièce m’a laissée encore plus médusée et déconfite. Je n’ai pas du tout compris le propos de l’auteur.

Le théâtre, c’est une incarnation, des émotions. Là, le jeu de la plupart des comédiens ne m’a pas semblé à la hauteur. Marie‑Christine Orry (qui interprétait la mère ce soir-là) est, certes, une bonne actrice. Toutefois, sa voix au timbre chevrotant m’a empêchée d’apprécier son personnage à l’autorité fantasque à sa juste mesure. Brice Hillairet ne m’a pas convaincu dans ce rôle de fils cadet fragile. Il surjoue en voulant donner de l’intensité et de la violence à son personnage. À l’inverse, Romain Apelbaum et Juliette Coulon ne m’ont paru crédibles que dans les scènes de colère et de hargne.

De son côté, Bernard Alane est l’un des seuls à sortir son épingle du jeu. Tout au long de la pièce, il est dans le juste ton, ni trop ni trop peu, et l’on sent qu’il prend un grand plaisir à interpréter ce père dépassé par les évènements.

La scénographie est astucieuse. L’unique élément de décor est un sapin de Noël transformable qui fait aussi office de table, de voiture et de lit d’hôpital.

Ce spectacle me laisse définitivement frustrée. 

Isabelle Jouve


C’est Noël tant pis, de Pierre Notte

Mise en scène : Pierre Notte

Avec : Bernard Alane, Marie‑Christine Orry, Romain Apelbaum, Brice Hillairet, Juliette Coulon

Lumières : Aron Olah

Scénographie : Natacha Le Guen de Kerneizon

Chansons : Pierre Notte

Costumes : Colombe Lauriot‑Prevost

Comédie des Champs-Élysées • 15, avenue Montaigne • 75008 Paris

Réservations : 01 53 23 99 19

Site du théâtre : www.comediedeschampselysees.com

Métro : Franklin-Roosevelt

Du 26 janvier au 29 juillet 2017, du mardi au samedi à 21 heures

Durée : 1 h 30

36 € | 28 € | 23 € | 18 €

« Bankable » © J. Stey

« Bankable », de Philippe Madral, Théâtre Montparnasse à Paris

Un manque d’audace

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Une pièce de Philippe Madral sur le monde du cinéma qui se laisse regarder sans déplaisir, malgré des longueurs.

Dans le jargon cinématographique, bankable sépare les comédiens en deux catégories : ceux qui rapportent de l’argent ou qui permettent de financer un film sur leur simple nom, et les autres. Les has-been, ceux qui ont été, mais ne sont plus.

Bruno (Vincent Winterhalter), acteur sur le retour, est encore dans la première catégorie, mais plus pour très longtemps. Il est parfaitement conscient de cette épée de Damoclès au-dessus de sa tête. Toutefois, malgré cette issue plutôt fatale, il a été engagé pour tenir le premier rôle dans un film. Sa partenaire n’est autre qu’une célèbre actrice américaine, mondialement connue.

À dix jours du début du tournage, le coproducteur américain décide de rajeunir son personnage. Ce dernier ne fera plus de cyclisme, sport à connotation vieillotte et ringarde, mais jouera du tennis. D’autres modifications vont bientôt suivre. Le producteur français (Jérôme Anger), prêt à toutes les rectifications et sacrifices pour satisfaire ses partenaires en affaires, réussit encore une fois à convaincre le scénariste dudit film (Lorànt Deutsch), accessoirement meilleur ami de Bruno, de remanier le scénario. Cet hypocondriaque, au bord de l’explosion, n’en peut plus. Il en est à sa dix‑huitième version et ces changements de dernière minute jouent avec ses nerfs et sa santé.

Toutes ces tractations ont évidemment lieu dans le dos de l’acteur, être immature, trop gâté, mais père de deux enfants en bas âge, assez consciencieux. La suite de la pièce verra apparaître l’épouse du scénariste (Caroline Maillard), femme lucide qui à la tête sur les épaules, et la mère de Bruno (Manoëlle Gaillard), castratrice et mauvaise grand-mère.

« Bankable » © J. Stey

« Bankable » © J. Stey

Je tiens à souligner la très belle performance de Vincent Winterhalter, excellent comédien de théâtre et de télévision. Son numéro d’acteur est riche et complet. Il joue sur toute une panoplie de sentiments contradictoires avec talent. La pièce repose d’ailleurs entièrement sur lui, mais comme il n’est pas bankable

Sa version édulcorée manque de punch et de causticité

Ce spectacle se laisse voir avec intérêt. Néanmoins, cette comédie n’est pas aussi jubilatoire qu’elle aurait pu l’être. Bien que la mise en scène de Daniel Colas ne manque pas de rythme et de légèreté, Philippe Madral nous livre un texte dont le propos n’est pas nouveau et ne sort pas des sentiers battus. Il explique même que « les personnages et les évènements évoqués dans cette pièce sont de pure fiction. Dans la réalité, les producteurs, les vedettes et les scénaristes sont plus pervers, plus vantards, plus ambitieux, plus fornicateurs, plus malhonnêtes, plus lâches, et, d’une façon générale, plus prêts à tout pour assouvir les besoins de leurs ego surdimensionnés ». Eh bien, je trouve justement dommage qu’il ne soit pas allé au bout de l’idée pour écrire un texte plus mordant et corrosif. Sa version édulcorée manque de punch et de causticité. Il me semble qu’il avait tous les ingrédients pour faire de ce spectacle un cocktail explosif.

En outre, le personnage, plutôt caricatural, de la mère autoritaire n’a pas de réelle utilité si ce n’est celui d’appuyer trop fortement sur le côté infantile de Bruno. En effet, l’immaturité de ce dernier aurait pu être traduite de manière plus subtile, sans avoir à ajouter un rôle qui n’apporte, à mon sens, pas grand-chose à l’histoire. Le propos en aurait peut-être été recentré et ainsi plus dense. 

Isabelle Jouve


Bankable, de Philippe Madral

Mise en scène : Daniel Colas

Avec : Lorànt Deutsch, Vincent Winterhalter, Jérôme Anger, Manoëlle Gaillard, Caroline Maillard

Lumières : Pascal Sautelet

Décor : Jean Haas assisté de Juliette Azémar

Son : Sylvain Meyniac

Vidéo : Olivier‑Louis Camille

Costumes : Jean‑Daniel Vuillermoz assisté de Nadia Cherouk

Photos : © J. Stey

Théâtre Montparnasse • 31, rue de la Gaîté • 75014 Paris

Réservations : 01 43 22 77 74

Site du théâtre : www.theatremontparnasse.com

Métro : Gaîté ou Edgar‑Quinet

Du 7 février au 30 avril 2017, du mardi au samedi à 20 h 30, samedi à 17 h 30 et dimanche à 15 h 30

Durée : 1 h 30

55 € | 42 € | 40 €