Stéphane Kochoyan

Stéphane Kochoyan quitte Jazz à Vienne et rejoint le festival Marseille Jazz des cinq continents

Un nouveau défi pour le pianiste devenu directeur de festivals

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Après quatre années passées à la tête du festival Jazz à Vienne, Stéphane Kochoyan prendra à partir du 1er mars prochain la direction artistique du festival Marseille Jazz des cinq continents.

Stéphane Kochoyan est devenu directeur de l’Épic (établissement public à caractère industriel et commercial) Jazz à Vienne en novembre 2011, l’année même de sa création. Pendant quatre ans, il a appliqué la formule qu’il nous avait confiée : « La continuité dans le changement ».

Sous la direction de ce pianiste devenu directeur de festivals, Jazz à Vienne a continué de se développer pleinement et son rayonnement s’est accru. En témoigne la 35e édition qui a permis au festival de dépasser pour la première fois les 200 000 spectateurs. Un résultat qu’il faut sans doute relier à la volonté du directeur de « développer une offre qui fasse qu’on se sente dans une ambiance jazz où qu’on se trouve dans la ville, pour que tout Vienne vive en jazz durant quinze jours et partage une passion [qu’il voudrait] universelle ».

Apprécié pour ses qualités humaines, Stéphane Kochoyan a été un directeur chaleureux, inventif et toujours enthousiaste. Sous son impulsion, Jazz à Vienne est devenu, plus que jamais, le festival de tous les jazz et de toutes les générations. On lui doit aussi le soutien maintenu voire accru aux musiciens régionaux. Et c’est sous sa direction que la saison d’hiver, portée par des coproducteurs ou des partenaires du pôle métropolitain (le Théâtre du Vellein à Villefontaine [Isère]), le musée de Saint-Romain-en‑Gal, le Théâtre municipal de Vienne, etc.), a connu son plein essor.

Thierry Kovacs, président de Jazz à Vienne et de ViennAgglo, proposera lors du conseil d’administration le 4 mars prochain de nommer Samuel Riblier ( actuel directeur général adjoint des services de ViennAgglo, fonction qu’il continuera d’exercer) comme directeur de l’Épic Jazz à Vienne. La même réunion devrait voir confiées à Benjamin Tanguy (actuellement programmateur du Club de minuit et de Scènes de Cybèle, chargé de projets à Jazz à Vienne) la responsabilité et la coordination de l’ensemble du domaine artistique. Ce trentenaire, passionné de jazz, pourra compter sur Jean‑Pierre Vignola, Jean‑Paul Boutellier et Reza Ackbaraly (programmateur du Jazzmix) pour continuer à préparer la programmation.

« Un coup de cœur professionnel et personnel »

C’est un nouveau défi pour Stéphane Kochoyan, ce quinquagénaire passionné de musique, membre de l’Académie du jazz, qui succédera à Bernard Souroque emporté par la maladie le 11 octobre dernier. Il arrive dans une ville qui a marqué l’histoire du jazz et dont de nombreux musiciens sont natifs, à la tête d’un festival, fondé il y a seize ans par Roger Luccioni, et qui a fait une ascension fulgurante sous la direction artistique de Bernard Souroque. Il pourra compter sur l’appui d’une équipe jeune, innovante, ambitieuse et, bien entendu, sur le soutien de la ville de Marseille et de son agglomération.

Stéphane Kochoyan aborde avec confiance cette nouvelle aventure professionnelle à la tête d’un festival membre de l’Europe Jazz Network. Elle lui permettra de retrouver ses racines en Provence. C’est sans doute pourquoi il la présente comme « un coup de cœur à la fois professionnel et personnel ». 

Jean-François Picaut


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Entretien avec Stéphane Kochoyan, directeur artistique de Jazz à Vienne 2015

« J’en ai assez des gens qui disent que la culture, ça coûte »

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Jazz à Vienne fêtera son 35e anniversaire du 26 juin au 11 juillet 2015. D’ici là, la saison de Jazz à Vienne (3e édition) poursuivra son chemin. Tour d’horizon avec Stéphane Kochoyan.

La 3e saison Jazz à Vienne connaît un beau succès, m’a-t‑on dit, pouvez-vous, Stéphane Kochoyan, nous parler des mois à venir ?

Le mercredi 28 janvier à 15 heures, nous reprendrons l’Épopée du souffle de Greg Zlap, notre création jeunesse de la dernière édition du festival. Les Auditeurs, sur les traces des pionniers de l’harmonica, seront transportés, le temps du spectacle, dans le Far West américain, puis en Irlande, et enfin dans les méandres du Mississippi. Ce concert s’inscrit aussi dans la saison jeune public de l’Auditorium de Lyon, berceau de l’Orchestre national de Lyon, temple de la musique classique, symphonique surtout. C’est un partenaire important pour nous, et nous l’inviterons pour des créations au cours du festival lui-même. Il faut vous dire qu’un grand nombre d’évènements de la saison d’hiver sont portés par des coproducteurs ou des partenaires du pôle métropolitain. Parmi eux, nous comptons le Théâtre du Vellein à Villefontaine (Isère), le musée de Saint-Romain-en-Gal, le Théâtre municipal de Vienne…

Vous retrouverez, d’ailleurs, l’Auditorium de Lyon les mois suivants…

Oui, nous aimons y aller. C’est un lieu merveilleux. En février, le grand pianiste Chucho Valdés, un fidèle de Jazz à Vienne, y donnera un concert solo. Et en mars, nous y célébrerons les noces de la musique classique et du jazz dans un superbe programme franco-américain. Stefano Bollani, pianiste de jazz, interprétera avec l’Orchestre national de Lyon, sous la direction de Leonard Slatkin, le Concerto pour piano en sol majeur de Ravel qui flirte avec le jazz, Un Américain à Paris de George Gershwin et la Toccata festiva pour orgue et orchestre, op. 36 de Samuel Barber, car ce lieu possède aussi un orgue splendide, entièrement rénové. Puis le Big Band de l’Œuf, formé à Lyon, fera pencher définitivement la balance du côté du jazz avec trois œuvres composées par son cofondateur Pierre Baldy-Moulinier. En avril, nous accueillerons Marcus Miller à Caluire-et-Cuire et à Grenoble, ce sera le premier spectacle de Jazz à Vienne dans cette ville. En mai, nous retrouverons Stacey Kent à L’Isle-d’Abeau…

Et, comme vous aimez décidément beaucoup l’Auditorium, vous y reviendrez !

On ne peut rien vous cacher ! Jan Garbarek (saxophone et flûte) s’y produira le 21 mai, avec Yuri Daniel (basse), Rainer Brüninghaus (piano) et Trilok Gurtu (percussions, batterie). L’Auditorium de Lyon, idéal pour la musique classique et non amplifiée, nous permet d’accueillir dans d’autres conditions des habitués du festival Jazz à Vienne. C’est le cas pour le solo de Chucho Valdés dont nous venons de parler et ça l’a été pour Gilberto Gil, seul avec sa guitare. Garbarek, lui, a des exigences peu compatibles avec le format du festival. Il ne veut pas de première partie et souhaite jouer sans interruption des concerts qui peuvent durer jusqu’à deux heures et demie ! Un festival, ce n’est pas un concert, un festival, ça se vit, et il faut ménager au public des pauses pour la convivialité. Pour le format concert, l’Auditorium est un lieu parfaitement adapté. Nous y terminerons la saison en juin. Un programme appelé tout simplement « Americas ! » réunira les sœurs Marielle et Katia Labèque (piano) pour une alliance des rythmes du sud et du nord du continent. Elles joueront avec Gonzalo Grau, Raphaël Séguinier (percussions) et l’Orchestre national de Lyon, dirigé par Kristjan Järvi, chef invité. Le programme comportera aussi la Création du monde de Darius Milhaud, pour célébrer l’amitié franco-américaine. Ce que je voudrais dire, pour clore cette partie de notre discussion, c’est que cette saison nomade est très importante pour Jazz à Vienne. Notre public (175 000 spectateurs !) est originaire de la région à 80 %. Il vient à nous pour le festival, et nous allons à sa rencontre pendant la saison. Ce lien est vital pour une manifestation comme la nôtre qui est un leader culturel sur son territoire.

En parlant de « leader culturel », vous me fournissez une transition aisée vers le thème suivant de cet entretien : l’étude d’impact économique de Jazz à Vienne réalisée par Nova Consulting pour ViennAgglo. Pourquoi les dirigeants de l’agglomération ont-ils souhaité cette enquête ?

Notre premier financeur, c’est notre public. Nous sommes autonomes à 80 %-83 %. Nous en sommes assez fiers ! Pour le reste, notre établissement public est essentiellement financé par ViennAgglo. Or, c’est une petite localité de 70 000 habitants environ, un territoire à la fois rural et industriel. Nous ne sommes ni l’agglomération du grand Lyon, ni celle de Paris, ni Nice-Côte d’Azur. Plus que d’autres peut-être, il est légitime et nécessaire que nous rendions des comptes. Et puis… Vous me permettez une digression ?

Stéphane Kochoyan © Jean-François Picaut

Stéphane Kochoyan © Jean-François Picaut

Je vous en prie.

Jean-François, j’en ai assez des gens qui disent que la culture, ça coûte. J’en ai assez d’entendre que les intermittents sont des improductifs privilégiés, des nantis. On fait ce métier, bien sûr, par engagement, par passion. Mais nous avons aussi une éthique qui est de favoriser l’accès à la culture pour tous. C’est le sens de nos concerts gratuits de midi à trois heures du matin, de notre programme pour enfants, de Cravan’jazz, etc., c’est la raison d’une politique tarifaire que nous essayons de contenir dans des limites acceptables. Par exemple, nos abonnements de Noël permettent pour 160 € (sur http://www.jazzavienne.com/) d’assister à 7 soirées de jazz à Vienne, quelle que soit la notoriété des artistes et à raison de 2 ou 3 concerts par soirée… Notre budget global est de 5 millions d’euros, et c’est sur cette somme que nous sommes autosuffisants à plus de 80 %. Je ne crains pas la comparaison avec d’autres types de manifestations dans d’autres esthétiques, peut-être plus officielles ou prétendues plus prestigieuses. Les valeurs du jazz, ce sont la liberté, inscrite au fronton de nos mairies, et l’innovation, deux caractéristiques de cette musique d’improvisation, c’est l’esprit de résistance, l’esprit de fraternité (encore un mot clef de notre devise républicaine). J’y inclus le refus de toute discrimination et je n’oublie pas que c’est Benny Goodman, un clarinettiste blanc, qui a pris tous les risques pour intégrer dans son orchestre d’abord Teddy Wilson (pianiste), Lionel Hampton (vibraphoniste) puis Charlie Christian (guitariste). À cette époque où sévit la ségrégation raciale, il impose la présence de ces musiciens noirs dans tous les lieux réservés aux Blancs, hôtels, toilettes, bus, etc. Eh bien, je suis ravi, car ce rapport montre à ceux qui placent les chiffres au-dessus de tout que les valeurs impalpables mais nobles du jazz peuvent produire des effets économiques. Mais la passion m’emporte !

Non, non, c’est intéressant. Il fallait que cela fût dit. Cependant, nous pouvons, si vous le voulez, revenir à l’étude d’impact.

Bien sûr. Ce qu’elle indique donc, cette étude, c’est que l’activité culturelle génère de l’activité économique, et dans des proportions qu’on n’imagine pas toujours. Dans notre cas, un euro de subvention rapporte quinze euros de retombées financières pour le territoire. C’est énorme ! Une seule anecdote : un dirigeant local du Crédit mutuel, notre partenaire, me confiait qu’il renfloue ses distributeurs automatiques d’une à trois fois par semaine en temps normal, c’est plusieurs fois par jour pendant le festival. Or, nous avons vendu environ 95 % de nos billets à l’ouverture du festival ! L’étude souligne d’ailleurs l’importance des manifestations gratuites sur cette activité. Toute notre équipe est fière devant ce constat que la musique de jazz, qui manque souvent de considération au plus haut niveau, qu’on range, pour aller vite, bien en dessous de Lully, Debussy, Molière… et qui sur l’échiquier culturel, en matière de subventions, arrive bien après la musique classique, la danse, le théâtre, la littérature sous toutes ses formes, oui, nous sommes fiers que cette musique soit un tel agent économique. C’est que nous, avec notre établissement public, nous avons une gestion rigoureuse et même exemplaire !

Au moins, c’est clair. Pour terminer, voulez-vous bien, pour les lecteurs des Trois Coups, lever un coin du voile sur la programmation de ce 35e anniversaire ?

« Lever un coin du voile » ? Il est un peu trop tôt pour y voir vraiment clair. Ce que je peux dire, c’est que l’équipe a l’envie et la volonté d’intensifier l’aspect purement festif de l’évènement. Nous avons des atouts pour cela. Toutes les manifestations de Jazz à Vienne se déroulent dans des lieux patrimoniaux : le Théâtre Antique, le Théâtre municipal que nous transformons en club de jazz, le temple et le jardin de Cybèle que nous aménageons de façon temporaire, le musée de Saint-Romain-en-Gal, et même le Jazzmix qui se tient sous un modèle de chapiteau hérité des années 1920 à 1930. Nous voulons aller plus loin et développer une offre qui fasse qu’on se sente dans une ambiance jazz où que l’on se trouve dans la ville de Vienne. Il s’agit de poursuivre l’œuvre colossale déjà réalisée par Jean‑Paul Boutellier et avec l’aide de nouveaux partenaires d’arriver à multiplier les activités et les propositions, peut-être un festival off pour que tout Vienne vive en jazz durant quinze jours et partage une passion que je voudrais universelle.

C’est ce qu’on vous souhaite. Merci à vous, Stéphane, de vous être prêté de bonne grâce à ce long entretien. 

Propos recueillis par
Jean-François Picaut


Jazz à Vienne 2015, 35e édition

À Vienne (Isère) du 26 juin au 11 juillet 2015

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

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Photo de Stéphane Kochoyan : © Jean-François Picaut

Jazz à Vienne 2012 © Bruno Théry

Entretien avec Stéphane Kochoyan, directeur artistique du festival Jazz à Vienne 2012

Trente-deux ans et un nouveau départ

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Après le tour de piste un peu court de Christophe Bonin, l’an passé, Jazz à Vienne s’est donné un nouveau directeur en la personne de Stéphane Kochoyan, qui a pris les rênes de l’établissement public en novembre dernier. « Les Trois Coups » ont souhaité rencontrer le nouvel arrivant.

Après le départ en catimini de Christophe Bonin, en juillet dernier, le président Christian Trouiller avait indiqué que Jean‑Paul Boutellier resterait aux commandes jusqu’à ce qu’il juge lui‑même la transition réussie. Vous avez été recruté en novembre. Comment s’organise la programmation entre vous, Boutellier et son complice Vignola, notamment ?

De la façon la plus harmonieuse possible. À Vienne, comme dans les autres festivals dont je m’occupe, par exemple à Orléans, j’ai le souci de partager. À mon arrivée, j’ai donc fait savoir à Jean‑Paul Boutellier que les paroles du président étaient toujours d’actualité. J’ai une très grande admiration pour Jean‑Paul Boutellier : je sais ce que le jazz et Vienne lui doivent. C’est un exceptionnel connaisseur de l’un et de l’autre. Ma démarche s’inscrit dans une dimension de transmission et de réception, je dirais presque de filiation. L’essentiel est que l’Épic (établissement public à caractère industriel et commercial), qui prend la suite de l’association Vienne action culturelle, assure la transition dans la stabilité et la continuité. La création de l’établissement public est une chance pour le festival. C’est le signe que les élus locaux et régionaux ont saisi l’importance touristique, économique, sociale et culturelle du festival. C’est une reconnaissance pour les gens qui ont fait ce festival et pour le jazz en général. Je suis fâché que le jazz ne soit pas plus présent dans les grandes institutions soutenues par l’État. Cette place que nous méritons, nous allons la conquérir.

À votre arrivée, la programmation 2012 avait évidemment déjà commencé. En quoi peut‑on dire néanmoins que la 32e édition porte votre griffe ?

En ceci que Jazz à Vienne 2012, ce sera plus que jamais le festival de tous les jazz et de toutes les générations, de McCoy Tyner à Terri Lyne Carrington, de Tony Bennett à Stéphane Belmondo, d’Aldo Romano à Sandra Nkaké, de Chick Corea à Robert Glasper, Melody Gardot, Aurore Voilqué ou Esperanza Spalding… C’est aussi l’accent mis plus que jamais sur la jeune génération, avec Tigran Hamasyan, notre résident, Gregory Porter ou Erykah Badu. C’est enfin le soutien maintenu, voire accru, aux musiciens régionaux comme Bigre ou Amazing Keystone Big Band, la formation à qui j’ai confié le concert jeune public.

Quelle orientation souhaitez‑vous pour l’avenir ?

La continuité dans le changement ! Par exemple, nous gardons les grandes soirées thématiques. Nous retrouverons le blues (Awek, Keb’Mo, Magic Slim), l’Afrique (Manu Dibango), le piano (McCoy Tyner, Mulgrew Miller et Kenny Baron, Gregory Porter), la guitare (Biréli Lagrène, Al Di Meola), le funk (Fred Wesley), le gospel (Take 6, London Community Gospel Choir), etc. Je vous ai dit aussi que j’aimais le partage. C’est vrai avec Jean‑Paul Boutellier et Jean‑Pierre Vignola, mais je souhaite aussi que Benjamin Tanguy et Reza Ackbaraly apportent leur sensibilité. L’un, comme responsable de Cybèle et du Club de minuit, avec un accent spécifique de veille régionale. L’autre, en tant que programmateur du Jazz’mix : jazz, musiques du monde et nouvelle scène française comme Médéric Collignon.

Il n’y a pas de festival digne de ce nom sans une ou plusieurs découvertes. Qu’en sera‑t‑il cette année à Vienne, selon vous ?

C’est une question difficile… Les surprises peuvent venir des femmes : Terry Line Carrington, Grammy Award cette année, exclusivité de Jazz à Vienne, avec son plateau de musiciennes telles que Dianne Reeves, Tineke Postma, Tia Fuller. Elle peut encore venir de cette jeune contrebassiste catalane, Giulia Valle, qui ne joue que rarement en France, ou de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, à moins que ce ne soit Sandra Nkaké, qui chante le jour de l’ouverture et de la fin… Ce peut être Aurore 4tet, une jeune violoniste qui a étudié avec moi aux Enfants du jazz de Barcelonnette, ou l’étoile du jazz Esperanza Spalding avec son nouvel album… Guillaume Perret va, sans nul doute, faire sensation au Jazz’mix… Je n’oublie pas les retours des Jazz Cruisaders avec Joe Sample, de Tony Bennett, etc. Si j’étais vous, je ne raterais pas ça !

Qu’auriez‑vous envie de dire à l’un de ces milliers de touristes, non amateurs de jazz, qui longent Vienne sur l’autoroute chaque année, sans jamais s’y arrêter, pour le convaincre de passer une soirée à Jazz à Vienne ?

Que Jazz à Vienne est un des dix‑sept plus grands festivals de jazz du monde, membre de l’Ijfo. (International Jazz Festival Organization), aux côtés de Montreux, Northsea Jazz Festival, Montréal… Et qu’on ne peut pas passer comme ça sans s’arrêter dans une ville gallo-romaine. Que le théâtre antique offre un cadre unique avec un coucher de soleil incomparable. Que tous les styles de jazz sont valorisés du local à l’international… J’ajouterais : « Pensez aussi au goût du côte‑rôtie, au condrieu, à la réputation de la tradition culinaire de la région ! Et à une ville qui vit le jazz de midi au petit matin avec trois scènes gratuites pendant quinze jours ! Si cela ne vous suffit pas, je vais me coucher ! ».

Merci, Stéphane Kochoyan, d’avoir donné de votre temps pour éclairer les lecteurs des Trois Coups, à qui nous donnons rendez‑vous à Vienne à partir du 28 juin.

Merci… Souhaitez‑nous du beau temps ! 

Propos recueillis par
Jean-François Picaut


Jazz à Vienne 2012, 32e édition

À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

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Affiche de Jazz à Vienne 2012 : © Bruno Théry

Al Jarreau © Jean-François Picaut

Festival Jazz à Vienne (Isère), 31e édition du 29 juin au 13 juillet 2011, dernière chronique et bilan

Du jazz jusqu’au bout de la nuit

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Mercredi 13 juillet 2001

Nous voici parvenus au terme de ce festival, l’un des plus longs de France et sans doute du monde : quinze jours dans une même ville ! Comme il est toujours difficile de se quitter, le festival se termine par une nuit entière, All Jazz Night, de 20 h 30 à près de 7 heures du matin.

C’est Sidony Box, un trio nantais vainqueur des tremplins Rézzo et Jazz migrations en 2010 qui, sous un ciel menaçant, ouvre les festivités par un jazz énergique et rageur, fortement frotté aux musiques actuelles.

Al Jarreau © Jean-François Picaut

Al Jarreau © Jean-François Picaut

Al Jarreau, la voix faite musique, rythme et charme

Le public (6 000 spectateurs ont bravé une fraîcheur peu habituelle à Vienne en cette saison) fait ensuite un véritable triomphe au chanteur Al Jarreau. Il faut reconnaître que l’homme a beaucoup de charme et l’artiste un énorme talent dans la plus parfaite décontraction. Le visage et la gestuelle sont très expressifs. La voix au registre impressionnant peut à peu près tout se permettre y compris le scat le plus farfelu. Le rythme est omniprésent. Le public est sollicité avec beaucoup d’humour et de gentillesse, souvent en français, et l’artiste réussit à faire psalmodier « Bonjour », sur tous les tons avec toutes les inflexions imaginables, à tout le théâtre. Merci, M. Al Jarreau.

Gilberto Gil : un concentré de bonne énergie

Ce soir, un Gilberto Gil, qui semble plus en forme que jamais, nous interprète surtout des chansons inspirées de la musique populaire du nord-est de son Brésil natal. Il ne s’interdit pas, cependant, des chansons plus internationales comme No Woman, No Cry. Dans l’un ou l’autre répertoire, ce qui caractérise Gilberto Gil, c’est le tonus, l’énergie ou comme il le dit lui-même « la joie, la lumière, le bonheur ». Sa musique, riche en couleurs, se caractérise par un rythme souvent très dansant. Il ne néglige pas pour autant la complainte et, ce soir, nous en a présenté une très belle, seulement accompagnée par le violon de Nicholas Krassik. Gilberto Gil, qui a eu la courtoisie d’annoncer et de commenter tout son programme en français, a reçu l’accueil triomphal qu’il mérite.

La soirée s’est poursuivie avec Troy Andrews, alias Trombone Shorty, et son groupe Orleans Avenue qui ont eu quelque mal à se hausser au niveau du concert précédent avant d’entraîner dans la danse les plus jeunes des spectateurs et quelques autres.

Avant l’arrivée du chanteur Jaime Salazar, Samuel Torres et sa Matanga ont failli connaître la même mésaventure. Une interprétation endiablée du Poinçonneur des Lilas, dans un arrangement original de Samuel Torres (un virtuose des percussions), a tout fait rentrer dans l’ordre. Et, remonté par le premier café offert, le public a pu se laisser aller au rythme de la salsa et autres danses sud-américaines.

Après un dernier café, accompagné de croissants (il en a été offert 3 000 !), le public était fin prêt pour accueillir avec le jour naissant les Pink Turtle. Les sept Français déjantés entraînent les courageux qui peuplent encore les gradins du Théâtre Antique dans leur univers où le pastiche (curieux ce chuintement final, non ?) est roi. L’ensemble, servi bien cuivré, est swing et dansant à souhait.

Gilberto Gil © Jean-François Picaut

Gilberto Gil © Jean-François Picaut

Et le bilan ?

Pour le bilan artistique, les dix chroniques régulières publiées par les Trois Coups vous en auront déjà donné un aperçu : comment ne pas s’en réjouir ? C’est ce qu’a fait Jean‑Paul Boutellier lors de la dernière conférence de presse du festival. Il a particulièrement relevé les concerts consacrés à Miles Davis ou accueillant l’un de ceux qui l’ont accompagné, ainsi que la nuit funk, « sans doute l’un des meilleurs plateaux qu’il soit possible d’offrir aujourd’hui pour cette musique ». Il a également cité le concert de Jamie Cullum, insistant sur cette émotion palpable, que nous avions également soulignée, et qu’il attribue à l’histoire du lieu, celle du site mais aussi celle du festival.

Sur le plan de la fréquentation, 2011 est également une bonne année avec plus de 100 000 spectateurs (ce qui en fait également le premier festival de jazz français et l’un des tout premiers au monde), soit 3 % de mieux que l’an passé et 10 % de mieux pour les abonnements. Jean‑Paul Boutellier se félicite de ce dernier chiffre, qui témoigne selon lui du fait que « le public devient un vrai public de festival et non plus un public de concert ».

Reste la question administrative avec le passage du statut associatif à celui d’Établissement public industriel et commercial (Épic). Si la transition, délicate, a pu se faire sans dommage pour le festival grâce à un investissement remarquable de toute l’équipe, elle se termine sur une forme d’échec : le départ volontaire du nouveau directeur, Christophe Bonin, nommé en avril dernier ! La « greffe n’a pas pris » suite à une « erreur de casting », commente sobrement le président de l’Épic, Christian Trouillet.

L’avantage de cette évolution surprenante est que Jean‑Paul Boutellier restera aux commandes jusqu’à ce qu’il estime lui-même la transition réussie. C’est une bonne nouvelle pour tous les amateurs de jazz, qui contribuent aussi au succès du festival ainsi qu’à la renommée de Vienne et qui pouvaient craindre une évolution vers un festival généraliste. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 31e édition

Du 29 juin au 11 juillet 2011

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Photos : © Jean‑François Picaut

Wayne Shorter © Jean-François Picaut

Festival Jazz à Vienne [Isère], 31e édition du 29 juin au 13 juillet 2011, chronique no 10

Et l’esprit de Miles planait sur Vienne

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

La quinzaine de Jazz à Vienne touche à sa fin. L’esprit de Miles Davis aura imprégné toute cette 31e édition, vingt ans après le dernier passage de Miles sur la scène du Théâtre Antique. Cette soirée, la deuxième, lui est consacrée.

Mardi 12 juillet 2011

Tribute to Miles : un trio de vedettes et deux jeunes valeureux

Le 12 juillet 1991, Miles Davis se produisait pour la dernière fois sur la scène du Théâtre Antique. C’était quelques semaines avant sa mort. Vingt ans plus tard, vingt ans déjà, son esprit revient hanter les vieilles pierres. On le doit à Marcus Miller, épaulé par Jazz à Vienne et le Festival d’Antibes | Juan-les‑Pins. Pour ce projet, Marcus Miller (basse, contrebasse et clarinette basse) s’est entouré de deux autres légendes du jazz : Wayne Shorter (saxophones) et Herbie Hancock (claviers). Le trio s’est adjoint deux jeunes : Sean Jones (trompette), un nom à retenir, et Sean Reickman (batterie), recruté grâce à Youtube.

Alors, un hommage de plus ? Marcus Miller, la cheville ouvrière du projet s’en défend : « Un hommage, ça regarde en arrière. Miles, lui, regardait toujours en avant, ce serait le trahir ! ». Or, Wayne Shorter et Herbie Hancock ont mis comme conditions à leur participation « qu’on ne fasse pas une anthologie de plus et qu’on ne fasse rien qui aurait déplu à Miles ». Sur cette base, Marcus Miller a accompli un travail extraordinaire. Tous les thèmes retenus sont bien des thèmes de Miles et, mieux encore, ils couvrent à peu près toute sa carrière. Mais le plus intéressant réside sans doute dans l’originalité des arrangements et dans l’agencement même des thèmes. On ne refait pas « du Miles », mais son esprit est partout présent, du grand art. Jean‑Paul Boutellier, le directeur artistique de Jazz à Vienne, dira d’ailleurs que « c’est l’un des meilleurs concerts auxquels il [lui] ait jamais été donné d’assister ».

Il faudrait raconter le concert par le menu ! Disons simplement que Marcus Miller, outre son travail de composition, s’est montré égal à lui-même sur ses trois instruments, alliant sans cesse rythme et mélodie, mais avec une discrétion qui lui fait honneur. Herbie Hancock, souverain aux claviers, nous a régalés avec ses nappes sonores électriques et le raffinement de son jeu au piano. Wayne Shorter s’est montré très inspiré et s’est livré à de belles joutes et de beaux dialogues avec le trompettiste Sean Jones. Celui-ci, un ancien du Lincoln Orchestra de Winton Marsalis, a su n’être pas indigne de Miles, qu’il était chargé d’incarner, en quelque sorte : aigus éclatants, cristallins, graves soyeux, phrasé délicat et vélocité. L’éternel mâcheur de gommes, le batteur Sean Reickman, a produit un jeu inspiré, fiévreux mais non fébrile. Une soirée qu’on ne se résout pas à voir se terminer.

John Scofield © Jean-François Picaut

John Scofield © Jean-François Picaut

John Scofield : swing et courtoisie

Auparavant, nous avions pu entendre et admirer un autre compagnon de Miles au début des années 1980, le guitariste John Scofield. Aujourd’hui, il dit que « l’ombre de Miles plane sur la musique des années 1950 à nos jours. Même si on ne joue pas une pièce de Miles, on joue du Miles. Miles, c’était avant tout un style ». D’avoir été choisi par Miles a contribué à lui donner confiance en lui-même. Pour son propre style, il se revendique plutôt du blues, le Ray Charles de son adolescence et surtout le son des joueurs de guitare comme B.B. King.

Accompagné ce soir de son complice Mulgrew Miller, dont la sonorité au piano est aussi influencée par le blues, Scofield ne jouera pas de blues. Il en avait pourtant interprété un superbe lors de la balance ! Le programme est donc composé de pièces tirées de son dernier album, A Moment’s Peace, et d’autres plus anciennes. On en retiendra I Want to Talk About You, un standard illustré par Coltrane, Simply Put, une douce ballade dont l’introduction n’est accompagnée, délicatement, que par les balais de Bill Stewart et une mélodie lente dédiée… à la bière Guinness.

Élégant, discret ou rageur et inspiré, le style de John Scofield a su séduire le public exigeant du Théâtre Antique, comble ce soir encore. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 31e édition

Du 29 juin au 11 juillet 2011

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

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Photos : © Jean‑François Picaut