Fractales-Libertivore © Loic-Nys

« La Nuit du Cirque », une initiative de Territoires de Cirque, 1ère édition en France

Nouveau rendez-vous : La Nuit du Cirque

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Ce vendredi 15 novembre, le cirque de création se déclinera sous toutes ses facettes, à l’occasion de la Nuit du Cirque, sur l’ensemble du territoire national. Une occasion de découvertes et de partages.

Plus de 60 structures sont mobilisées avec les artistes, les habitants, les collectivités locales, les réseaux associatifs, les écoles de cirque de loisirs pour proposer plus de 80 rendez-vous un peu partout en France. Au programme : expositions, projections, colloques, « anthropo-scènes », débats-spectacles, formations, ateliers de pratique artistique, sorties de résidence, spectacles, performances, déambulations, visites clandestines, en salle ou sous chapiteau, dans des lieux inattendus, voire en extérieur.

Opération nationale

Presque 20 ans après l’année des Arts du Cirque et 10 ans après la labellisation des Pôles nationaux Cirque, cette opération organisée à l’initiative de l’association Territoires de Cirque, et en partenariat avec le Ministère de la culture, met en avant l’extrême variété d’un cirque qui se réinvente en permanence. S’il existe déjà de nombreux temps forts (saisons culturelles, festivals, etc.), c’est la première fois que les réseaux de diffusion s’associent afin de fêter cet art résolument populaire et saluer sa vitalité, son exigence, son engagement.

Aujourd’hui, la révolution esthétique des arts du cirque se fonde plus que jamais dans un rapport ouvert au monde, aux questions et aux responsabilités sociétales qui les traversent. Cette ouverture donne lieu à une richesse incroyable d’artistes de cirque qui écrivent partout et pour tous.

Martin Palisse (jongleur, vice-président de Territoires de Cirque, directeur du Sirque, Pôle national Cirque – Nexon) le répète : « Nous actrices et acteurs du Cirque, autrices et auteurs d’aujourd’hui, nous revendiquons haut et fort être les artisans de la rupture. Nous écrivons au présent un Cirque généreux, exigeant, engagé dans les combats de l’égalité des femmes et des hommes, interculturel et intergénérationnel, solidaire, populaire. Venez nous rencontrer, nous voulons continuer à inventer une utopie collective avec vous et pour nous toutes et tous ».

Sélection

Voici quelques suggestions démontrant la diversité des esthétiques et des démarches. Tout d’abord, le cirque est un art protéiforme, sans tabou, comme le démontre Reflets dans un œil d’homme, de la Cie Diable au corps (lire la critique ici), à voir au Monfort (75015). À noter que Artcena y organise et y anime aussi la rencontre « Corps Circassien, corps désirant : esthétiques du corps dans le cirque ».

le-Vide-Fragan-Gehlker-http://lestroiscoups.fr/le-vide-essai-de-cirque-de-fragan-gehlker-alexis-auffray-et-maroussia-diaz-verbeke

« Le Vide » de Fragan Gehlker, Alexis Auffray et Maroussia Diaz Verbeke © D.R.

Le cirque est un art où la dramaturgie compte, du récit à l’abstraction la plus formelle. Un art du vertige. Justement, pour L’Association du Vide, la Nuit du Cirque sera surtout la dernière d’un spectacle : le Vide – essai de cirque, une aventure qui a commencé en 2009 et dont l’écriture s’est achevée en 2013 à l’Académie Fratellini (93) (lire la critique ici). C’est dans ce même lieu que la dernière série est programmée, les 10, 14 et 15 novembre. Ils prendront la nuit entière pour fêter les 10 ans de ce spectacle et clore le chapitre. Pour témoigner de l’éphémère spectacle vivant, mais nourrir la mémoire, le Vide, version livre, fruit d’un travail collectif, a été auto-édité.

Le cirque est un art à haut risque, selon les disciplines sollicitées, mais qui s’appuie souvent sur un travail collectif. Parmi les autres spectacles repérés par la rédaction, ne pas manquer Optraken du Galactik ensemble (lire la critique ici) au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France (93).

Jeanne-Mordoj-L’Errance-est-Humaine

« L’Errance est humaine », de Jeanne Mordoj © Géraldine Aresteanu

Nous avions aussi beaucoup aimé Landscape(s) #1 de La Migration (lire la critique ici), programmé
 au Centre national des arts du cirque – CNAC de Châlons-en-Champagne (51). Enfin, ne pas manquer, à La Maison des Jonglages, Houdremont, Centre culturel La Courneuve (93) le Bestiaire d’Ichem et le solo forain l’Errance est humaine, de Jeanne Mordoj (Cie Bal), une artiste que nous suivons (lire la critique d’un précédent spectacle). À voir, aussi, Fractales, de la Cie Libertivore (lire la critique d’un précédent spectacle), au Plus petit cirque du monde à Bagneux (92), dont la soirée s’agrémente de la sortie de résidence de la Conf (Cie la Sensitive) et d’une tisane-philo autour de la question d’effondrement / reconstruction, animée par des artistes et des penseurs de demain.

Landscape(s)-La-Migration © Hippolyte Jacquottin

« Landscape(s) », La Cie la Migration © Hippolyte Jacquottin

Le maillage des territoires et l’accès à la culture du plus grand nombre est au cœur du travail quotidien des membres de Territoires de Cirque. Le chapiteau en est souvent un emblème parfait. C’est aussi le cas de 2r2C, qui œuvre jusque dans les marges, aux côtés de tous les citoyens. La coopérative De Rue et De Cirque nous invite sous son chapiteau-dôme installé pelouse de Reuilly, pour une soirée animée. Anna Weber (création), Cie C&C (sortie de résidence) et Cie Azeïn (avant-première) y dévoileront une partie de leurs processus de création. Un rendez-vous, hélas, déjà annoncé complet !

Pour un soutien accru

Le rayonnement du cirque de création est avéré, en témoigne l’ampleur des publics. Constat optimiste. Pourtant, à l’occasion de ce rendez-vous festif, Territoires de Cirque tire une première sonnette d’alarme : « Ne nous leurrons pas, nous ne pouvons continuer ainsi sans agir en profondeur pour accompagner les mutations déjà à l’œuvre. Il en va de l’ambition d’un art en pleine maturité comme d’une politique pour les arts vivants. Celle-ci doit être affirmée et portée par des actes forts ».

Ainsi, une augmentation des crédits serait justifiée par ces missions qui leur sont dévolues : un cirque de création pleinement investi dans les politiques publiques, qui se démarque des enseignes commerciales, notamment les entreprises utilisant des animaux sauvages encagés ; un outil intrinsèquement lié aux territoires plaçant les artistes et tous les publics au centre de ses préoccupations.

Cette soirée, qui célèbre le cirque, la recherche et le plaisir d’être ensemble, soulève donc aussi un certain nombre de questions, dont on aura peut-être des réponses à la 2e édition de La Nuit du Cirque, prévue du 13 au 15 novembre 2020. Une édition se déroulant sur plus d’un week-end et ouverte largement à l’international (avec Circostrada et CircusNext). 

Léna Martinelli


La Nuit du Cirque, une initiative de Territoires de Cirque Avec le soutien du Ministère de la culture

Vendredi 15 novembre 2019

Dans 60 structures sur le territoire national

Avec : Yoann Bourgeois – CCN2, Association du Vide / Fragan Gehlker, Cie Circo Aereo / Jani Nuutinen, Cie Un Loup pour l’Homme, Cie La Migration, Cie XY, Groupe Bekkrell, Cie El Nucleo, Cie Claudio Stellato, Cie Bal / Jeanne Mordoj, Cie Rasposo / Marie Molliens, Cie Anomalie, Cirque Inextrémiste, le GdRa, Cie l’Oublié(e) / Raphaëlle Boitel, Cie Libertivore / Fanny Soriano, l’Envolée Cirque, Cie l’MRG’ée / Marlène Rubinelli-Giordano, June Compagnie, Laura Murphy, Cie Equinote, Cirque sans nom, Cie La Sensitive, Cie L’Attraction, Cie Majordome / Quentin Brevet, Stéphane Riccordel et Olivier Meyrou, Pierre Cartonnet et Julien Lepreux, Cie 32 novembre, Corinne Linder, Cirque sans sommeil, Cie Diable au corps, Chloé Moglia / Cie Rhizome, Johann Le Guillerm, Galactik ensemble…

Programmation détaillée ici

Mule-Hélène-Leveau-Aviva-Rose-Williams © Hélène Alline

Festival La Grande Échelle, Le Monfort à Paris

À la bonne échelle

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Dix-sept propositions payantes ou gratuites, en extérieur ou en salle : ce week-end, le festival La Grande Échelle a battu son plein au théâtre Monfort. L’Adami était la magicienne marraine de cet heureux évènement auquel on souhaite une longue vie.

On ne pouvait rêver mieux que le Monfort pour accueillir dans son tipi architecturé, sa cabane et ses espaces buissonniers un festival de créations jeune public. De surcroît, le lieu s’est paré de ses plus belles guirlandes, il a aménagé des espaces insolites et mis ses salles à l’échelle des enfants. C’est dans ce beau cadre qu’étaient proposés des spectacles de théâtre et de cirque, mais aussi de la danse, de la musique et des ateliers de création pour les enfants. De quoi faire la peau aux dimanches d’ennui, de quoi aussi trouver spectacle à son goût. En voici un tout petit échantillon.

Aux amateurs de belles histoires bien écrites et bien contée, on conseillera sans aucune hésitation Fracasse, ou les enfants des Vermiraux. Rien d’étonnant à ce que la Compagnie des Ô tourne depuis plusieurs années ce spectacle. C’est une histoire fabuleuse qui fait un pied de nez à la misère. Les désastreuses et fabuleuses aventures des orphelins Vermiraux sont narrées par trois conteurs engagés qui mêlent habilement la narration et la discussion. Ils créent une belle complicité avec le public dont la participation n’est pas un effet de manche. Le spectateur est le héros de cette épopée picaresque.

Fracasse-ou-les-enfants-des-Vermiraux-Nicolas-Turon © CC

« Fracasse ou les enfants des Vermiraux », de Nicolas Turon © CC

Quant à la scénographie, elle nous invite à décadenasser notre imagination pour rêver batailles d’édredons, révoltes de cantine, amours magnifiques, sous l’égide du meilleur antidote au malheur : Le Capitaine Fracasse de Théophile Gautier. Une belle démonstration des pouvoirs de l’imagination et du théâtre !

Bizarre, vous avez dit bizarre ?

Les plus grands des enfants, ceux qui n’ont pas froid aux yeux, ou qui aiment l’étrange, apprécieront Wa Wilder Man, un ovni sur la peur de l’autre. Par sa scénographie, et surtout par son impressionnante régie, la pièce nous propose une rencontre du troisième type où nous sommes les envahisseurs. Des créatures informes ont ainsi le culot de nous trouver bizarres, de nous inviter à déguerpir ! Par terreur de notre différence, elles tentent de nous faire peur, à leur tour. Mais derrière les masques de carton-pâte semblent se cacher… des êtres qui nous ressemblent. L’allégorie est bien vue, les interprètes convaincantes. Reste à surmonter la peur de ce qu’on ne connaît pas, comme forme de spectacle aussi.

Enfin, les amateurs de cirque ont pu découvrir Mule, un spectacle acidulé pour deux circassiennes et un paquet de chips. Si cette pièce pourrait être un peu resserrée, elle associe une grande maîtrise des portés et acrobaties à une tonalité burlesque. Opposition des corps, rapport ludique avec l’objet, comique naïf et cruel à la fois, le duo de Mule s’amuse des codes comiques. Et si les prouesses impressionnent les grands, les enfants rient autant qu’ils s’indignent des jeux de pouvoirs et de massacre… Heureusement, tout finit bien !

Le festival proposait, on le voit, un bel éventail de propositions. C’était donc l’occasion de battre en brèche des idées galvaudées sur le spectacle jeune public et d’aiguiser la curiosité des petits pour le spectacle vivant : une réussite. 

Laura Plas


Fracasse ou les enfants des Vermiraux, de Nicolas Turon

Mise en scène : Nicolas Turon

Avec : Fayssal Benbhamed ou Fabrice Houillon ou Jérôme Rousselet, Nicolas Turon, Laura Zauner

Compagnie des Ô

Durée : 1 h 05

À partir de 8 ans

Présentation du spectacle

Le vendredi 11 octobre à 10 heures et 18 heures, et le samedi 12 octobre 2019 à 14 heures

Wa Wilder Man-Bas les masques, de Karolien De Bleser

Mise en scène : Karolien De Bleser

Avec : Liesje De Backer, Amber Goethals et Sarah Vangeel

Compagnie Barbarie

Durée : 55 minutes

À partir de 12 ans

Le samedi 12 octobre à 16 heures et 18 heures

Présentation du spectacle

Mule, d’Hélène Leveau et Aviva Rose-Williams

Avec : Hélène Leveau et Aviva Rose-Williams

Collectif À Sens unique

Durée : 50 minutes

À partir de 6 ans

Présentation du spectacle

Le dimanche 13 octobre à 15 heures

Le Monfort • 106, rue Brancion • 75015 Paris

Dans le cadre du festival La Grande Échelle

Du 11 au 13 octobre 2019

De 10 € à 20 €, avec des spectacles gratuits

Réservations : 01 56 08 33 88