« « Angels in America », de Tony Kushner, mise en scène par Aurélie Van den Daele © Marjolaine Moulin

Reprise de « Angels in America », de Tony Kushner, au Théâtre de l’Aquarium, à Vincennes

Reprise de « Angels      in America » 

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Les Trois Coups

La talentueuse Aurélie Van den Daele reprend la pièce de Tony Kuschner (rendue célèbre par l’épatante mini-série de Mike Nichols, dans les années 2000). La mise en scène, tirée au cordeau, agite avec fièvre des thèmes plus que jamais actuels.

Lire la critique d’Anne Cassou-Noguès (13 novembre 2015) :

Les années 1980, si loin, si proches

Teaser : https://vimeo.com/166777722

Festival Over the Aquarium : un mois queer autour d’Angels in America (rencontres, soirées, performances et ateliers autour du spectacle)


Angels in America, de Tony Kushner

Coécrit avec Agathe L’Huillier, Olivier Martin‑Salvan

Traduction : Gérard Wajcman et Jacqueline Lichtenstein

Mise en scène : Aurélie Van den Daele (artiste associée)

Avec : Antoine Caubet (Roy Cohn), Émilie Cazenave (Harper), Grégory Fernandes (Louis), Julie Le Lagadec (le Rabbin, Hannah, le Médecin, Ethel Rosenberg, le Plus Vieux Bolchévique du monde), Alexandre Le Nours (Prior), Sidney Ali Mehelleb (Belize, M. Lies), Pascal Neyron (Joe), Marie Quiquempois (l’Ange, Emily, Martin, la Femme du Bronx)

Production : DEUG DOEN GROUP

Théâtre de l’Aquarium • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris

Réservations : 01 43 74 99 61

Du 15 novembre au 10 décembre 2017

Durée : 2 h 20 pour la première partie, 2 heures pour la deuxième partie

Intégrales : mercredi 15 novembre à 19 heures, les vendredis à 19 h 30, les samedis et dimanches à 16 heures

Partie 1 : les jeudis 16 et 23 novembre à 20 heures

Partie 2 : les jeudis 30 novembre et 7 décembre à 20 heures

De 10 € à 30 €

Photo : © Marjolaine Moulin

« Loveless », d’après « Une Vie de putain » de Claude Jaget

« Loveless », d’après « Une Vie de putain » de Claude Jaget, La Ferme du Buisson, Scène Nationale de Marne-la-Vallée

Parole de prostituées 

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

Inspiré par le témoignage de prostituées, « Loveless » revient sur le combat de femmes qui protestent contre la répression policière. Cette parole précieuse recueillie par Claude Jaget, alors journaliste à « Libération », peine toutefois à nous parvenir dans la mise en scène d’Anne Buffet et de Yann Dacosta.

Les archives de l’INA nous immergent d’emblée dans l’ambiance désuète des années 1970. Les extraits télévisuels projetés nous rappellent le contexte social de l’époque : malgré Mai 68, la place de la femme reste au foyer et ses velléités d’émancipation sont raillées.

Dans un paysage audiovisuel aussi policé, l’occupation de l’église de Saint-Nizier à Lyon par une centaine de prostituées, en 1975, est perçue comme un OVNI médiatique. Malgré le soutien de militants issus du catholicisme social et de féministes, la mobilisation s’essouffle vite – les prostituées sont expulsées par les forces de l’ordre au bout d’une semaine – mais elle marque un tournant dans l’organisation « des travailleuses du sexe ».

Sur le plateau, les comédiens (un homme et cinq femmes) relaient six témoignages de prostituées. La marchandisation du corps, la domination masculine, la stigmatisation sociale sont autant de thèmes abordés au fil d’interventions qui font souvent l’objet d’une adresse directe au public.

Exercice périlleux

On regrette justement que les textes choisis tiennent davantage de la harangue politico-philosophique que du parcours de vie. La parole reste dans le général, l’abstrait, alors que l’incarnation d’histoires particulières permettrait de faire théâtre et d’humaniser le débat. Les rares récits plus personnels relèvent de l’anecdote scabreuse et nous éclairent peu sur la psychologie des personnages.

Les témoignages restent intéressants, étant donné leur authenticité, mais la mise en scène et l’interprétation peinent à les rendre vivants. Les « coutures » sont perceptibles entre, d’un côté, la parole recueillie par Claude Jaget et, de l’autre, les rajouts de texte issus du travail de plateau. Les rapports entre les six prostituées sont flous et laissent peu de place à la solidarité, si bien qu’on peine à croire à la volonté d’une mobilisation commune. Seules les parties dansées renouent avec l’esprit de liesse des actions collectives et offrent un contraste comique sur fond de décor ecclésial.

Malgré ces réserves, il faut toutefois saluer le travail de reconstitution opéré par la compagnie qui, à l’aide d’une bande-son efficace, d’archives audiovisuelles et de costumes bariolés, recrée l’énergie des années 1970. L’exercice périlleux de l’interprétation de témoignages ne convainc pas forcément, mais on décèle de belles personnalités d’acteurs dont on a envie de suivre le travail. 

Bénédicte Fantin


Loveless, d’après Une Vie de putain de Claude Jaget

Le recueil de témoignages de Claude Jaget est édité aux Éditions Gallimard

Conception, adaptation et mise en scène : Anne Buffet et Yann Dacosta

Assistante mise en scène : Lucile Roullet

Avec : Anne Buffet, Jade Collinet, Rebecca Chaillon, Julien Cussonneau, Marie Petiot, Susanne Schmidt

Chorégraphie : Stéphanie Chêne

Lumières : Jean-François Lelong

Scénographie : Fabien Persil

Costumes : Corinne Lejeune

Production : Compagnie du Chat Foin

Coproductions : CDN de Normandie-Rouen et L’Archipel de Granville

La Compagnie Le Chat Foin est conventionnée par Le Ministère de la Culture et de la Communication / Drac Normandie, la Région Normandie et la Ville de Rouen

Avec l’aide du Département de Seine-Maritime

Durée : 1 h 30

Photo : © Arnaud Bertereau / Agence Mona 

La Ferme du Buisson – Scène nationale de Marne-la-Vallée • Allée de la Ferme • 77186 Noisel

Le 22 novembre 2017 à 20 heures à La Ferme du Buisson – Scène Nationale – Marne-la-Vallée (77)

De 10 € à 17 €

Réservations : 01 64 62 77 77

Puis du 14 au 24 mars 2018 aux Célestins – Théâtre de la Ville de Lyon (69)

De 12 € à 23 €

Réservations : 04 72 77 40 00

 

Achat (François Louis) et Starbuck (Ariane Lacement) dans « Moby Dick » mis en scène par Chantal Melior © DR

Troisième volet de la tétralogie « Moby Dick », d’après Herman Melville, au Théâtre du Voyageur, à Asnières

Nouvel épisode « Moby Dick 3 : Pippin tombe à l’eau »

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Les Trois Coups

Avec une inépuisable ressource d’énergie et d’idées nouvelles, Chantal Melior et son équipage poursuivent leur exploration des abysses : la plus célèbre des baleines refait surface et nous subjugue.

Lire la critique d’Elisabeth Hennebert (2 mai 2017) :

☛ Tout est bon dans le harpon

Moby Dick 2 : baleine à plume, d’après Herman Melville


 Moby Dick, d’après Herman Melville

Mise en scène : Chantal Melior assistée de François Louis

Avec : Nabila Attmane, Sandrine Baumajs, Véronique Blasek, Sophie Bonnet, Olivier Courtemanche, Marc Dumontier, Thibault Duval, Ariane Lacquement, Ariane Lagneau, Carole Lipkind, François Louis, Mathieu Mottet, Fabrice Tanguy

Théâtre du Voyageur • Gare S.N.C.F. / Quai D, 34 bis, rue de la Marne • 92600 Asnières‑sur‑Seine

Du 15 novembre au 10 décembre 2017, du mercredi au vendredi à 20 h 30, samedi à 19 heures et dimanche à 17 heures

De 11 € à 24 €

Réservations : 01 45 35 78 37

« Love, Love, Love » de Mike Bartlett © Pierre Nouvel

« Love, Love, Love », de Mike Bartlett, Théâtre Jean Vilar, Suresnes

Questions de génération 

Par Bénédicte Fantin
Les Trois Coups

Nora Granovsky et sa compagnie BVZK s’emparent de « Love, Love, Love », un texte de Mike Bartlett nouvellement publié en France. Le jeune dramaturge dresse le portrait d’une famille à trois moments charnières de l’histoire britannique. Un grand écart décoiffant entre l’enthousiasme du Swinging London et la crise des valeurs contemporaine. Le tout porté par un irrésistible humour britannique !

1967 : deux frères, Kenneth et Henry, vivent à Londres, le centre névralgique de toute une génération, dont le cœur bat au rythme des tubes des Beatles. Kenneth est l’archétype de l’insouciance et des idéaux de la contre-culture. Il trouve son pendant féminin dans le personnage de Sandra, une jeune fille qui entend profiter pleinement du vent de liberté qui souffle enfin sur la vieille Albion.

1990 : nous retrouvons Kenneth et Sandra à la fin des années Thatcher. Mariés et parents de deux adolescents, le couple s’est installé dans une banlieue cossue. Les chantres de la génération Peace & Love ont finalement cédé aux sirènes du libéralisme. L’alcool coule à flots pour oublier le délitement de la cellule familiale.

2011 : le conflit générationnel éclate, nourri par un sentiment d’injustice qu’exprime Rosie, la fille. À l’approche de la quarantaine, sans compagnon ni enfants, sans situation professionnelle stable ni propriété à son nom, Rosie reproche l’insouciance mâtinée d’irresponsabilité dont ont toujours fait preuve ses baby-boomers de parents.

« Love, Love, Love » de Mike Bartlett © Pierre Nouvel

« Love, Love, Love » de Mike Bartlett © Pierre Nouvel

Les sauts temporels qui structurent la pièce sont habilement mis en scène. La musique sert de vecteur pour les transitions : chaque acte commence alors qu’un personnage est absorbé par un air – rock, new-wave ou électro, selon l’époque –, un motif qui permet à la fois de rythmer la pièce et de dater l’action.

Un écran, en fond de scène, expose la situation plus en détail sans appesantir les dialogues. Autre charme de la pièce : la famille évolue sur plusieurs décennies si bien que les personnages acquièrent une épaisseur inhabituelle. Le jeu des quatre comédiens est largement à la hauteur de l’exercice.

Contrastes hilarants

Aussi à l’aise dans les habits des jeunes idéalistes fumeurs d’herbe que des cadres de la City, Bertrand Poncet et Jeanne Lepers parviennent à conserver la dimension décalée de leur personnage, au fil des époques. Ils excellent dans le rôle de jeunes adultes légers, qui s’enivrent de liberté en plein Summer of Love. Leur jeunesse assumée donne, par la suite, une dimension comique à ces post-soixante-huitards qui se comportent comme d’éternels adolescents.

« Love, Love, Love » de Mike Bartlett © Pierre Nouvel

« Love, Love, Love » de Mike Bartlett © Pierre Nouvel

Jeanne Lepers incarne une Sandra hors normes, toujours dans des états extrêmes, le joint ou l’alcool aidant. La comédienne manie l’art de la rupture comique avec un brio déconcertant. Juliette Savary et Émile Falk sont aussi très convaincants dans leur interprétation, en frère et sœur finalement tout aussi perdus : surdoué inadapté pour l’un et musicienne ratée pour l’autre. Leur souffrance offre un contraste hilarant avec la nonchalance de leurs parents.

Enfin, le texte, d’une grande richesse, offre différents niveaux de lecture : l’épopée familiale devient la caisse de résonance des évolutions sociopolitiques du pays. Grâce à des dialogues savoureux, des personnages attachants et bien construits, Love, Love, Love évite ainsi brillamment l’écueil de la simplification historique.

Bénédicte Fantin


Love, Love Love, de Mike Bartlett

Le texte est édité chez Actes-Sud

Traduction : Blandine Pélissier et Kelly Rivière

Mise en scène : Nora Granovsky

Avec : Émile Falk-Blin, Jeanne Lepers, Bertrand Poncet et Juliette Savary

Création vidéo et scénographie : Pierre Nouvel

Création sonore : Antoine Pesle

Lumières : Fabien Sanchez

Costumes : Nora Granovsky

Régisseur général : Benoît André

Administrateur : Flavien Boisson

Site de la compagnie BVZK

Page Facebook de la compagnie

Durée : 2 h 10

Photo : © Pierre Nouvel

Théâtre Jean Vilar • 16, place Stalingrad • 92150 Suresnes

11 et 12 novembre 2017, à 18 h 30 et 15 heures

De 12 € à 23 €

Réservations : 01 46 97 98 10

Tournée

• Les 23, 24, 28 et 29 novembre 2017, Comédie de Picardie, Amiens (80)

• Les 14 et 15 décembre 2017, Centre culturel de Bruay-la-Buissière (62)

• Les 6 et 7 février 2018, Le Cratère – Scène nationale d’Alès (30)

À découvrir sur Les Trois Coups

Contractions, de Mike Bartlett, par Jean-François Picaut

« Optraken » de et avec le Galactik Ensemble © Marie Fonte

« Optraken », du Galactik Ensemble, le Monfort théâtre à Paris

Sans bavure mais sans frisson ?

Par Laura Plas
Les Trois Coups

Le Monfort accueille le Galactik Ensemble pour une série de représentations d’« Optraken », variation virtuose pour cinq acrobates sur l’épreuve de l’imprévu. On rit, on admire des exécutions réglées comme du papier à musique, mais on peut rester aussi impassibles que les interprètes.

Le nouveau cirque, en son beau miroir, ne cesse d’interroger ce qui fait l’essence de la pratique circassienne : le vide, le risque, la chute… Cela donne en ce début de saison des spectacles aussi différents que Le Corps utopique de Nikolaus Holz et Optraken. D’une part, la déglingue et un côté punk, de l’autre, un travail d’orfèvre à l’esthétique léchée.

En effet, Optraken, tel un beau kaléidoscope, fait se succéder des images parfois saisissantes sur la relation mouvementée entre l’homme et un milieu hostile. Dans un travail chorégraphique, l’image se compose et de décompose avec fluidité. C’est ce qui fait d’ailleurs qu’on ne saurait isoler la performance d’un artiste : la notion de collectif n’est pas un vain mot, on la perçoit à chaque instant. Ajoutons que les acrobates réussissent à être dedans et dehors, à associer le travail de metteurs en scène et d’interprètes : ce qui n’est pas évident.

Cependant, la réussite plastique d’Optraken tient tout autant aux collaborateurs de l’ombre qu’aux cinq garçons qui occupent la scène : la lumière est ciselée, les costumes offrent de beaux camaïeux. Quant à la bande son, elle vaudrait, à elle seule, le déplacement. Nappes de sons perforées par des chocs, création d’une rythmique de la déflagration, perturbation parodique de la musique traditionnelle militaire ou circassienne… On ne peut dénombrer toutes les trouvailles musicales de Denis Marlotte, bien plus fortes que la mignonne tentative de chant a capella des acrobates.

« Optraken » de et avec le Galactik Ensemble © Marie Fonte

« Optraken » de et avec le Galactik Ensemble © Marie Fonte

Cibles peu émouvantes

Le Galactik Ensemble a donc fait le choix (pertinent) d’un cirque d’images. Le travail plastique y est mis en valeur par l’évacuation de la parole explicative, de la narration et du jeu. Les interprètes restent donc mutiques et impassibles, obligeant le spectateur à être aux aguets des sons et des images. Tirs groupés ou isolés, déflagrations en tout genre se succèdent et quand le spectateur ne constate que des cintres, plus aucun danger ne peut surgir, le spectacle s’achève.

Plus exactement, la référence cinématographique semble ici prévaloir, tant Optraken joue sur le travelling, en particulier en fond de scène, avec de belles trouvailles. On retrouve là des techniques spécifiques, comme l’effet Koulechov, quand, par exemple, une plante verte sert à discréditer le plan d’un orateur.

Enfin, le rythme instauré présente quelque chose de burlesque. Le temps est parfois étiré jusqu’à l’ennui pour que surgissent l’imprévu et le rire (celui des enfants surtout). Peut-être… car le spectateur pourrait aussi éprouver l’impression que le risque est totalement maîtrisé (comme dans un film aux cascades enregistrées), ou, tout au moins, qu’il ne le concerne pas. 

Laura Plas


Optraken, du Galactik Ensemble

Galactik Ensemble

De et avec : Mathieu Bleton, Mosi Espinoza, Jonas Julliand, Karim Messaoudi, Cyril Pernot

Durée : 1 h 15

À partir de 9 ans

Teaser vidéo

Photo : © Marie Fonte

Théâtre Monfort• Parc Georges Brassens, 106, rue  Brancion • 75015 Paris

Site du théâtre

Du 7 au 25 novembre 2017, du mardi au samedi à 20 h 30, relâche les dimanches, puis tournée

De 8 € à 25 €

Réservations : 01 56 08 33 88

À découvrir sur Les Trois Coups

Tout est bien, catastrophe et bouleversement, de Nikolaus, par Laura Plas