« Rock the Ballet © Oliver Fantitsch

« Rock the Ballet », de Rasta Thomas et Adrienne Canterna, Casino de Paris

Quel punch !

Par Anne Cassou‑Noguès
Les Trois Coups

Les Bad Boys of Dance enchaînent des chorégraphies toutes plus spectaculaires les unes que les autres sur les tubes que l’on entend tous les jours à la radio, sur lesquels on s’est tous déhanchés…

Le plateau du Casino de Paris est vide. Rien ne vient encombrer cet espace tout entier dédié aux corps des danseurs. Six jeunes gens et deux jeunes filles, dont la chorégraphe Andrienne Canterna, éblouissante, s’emparent de la scène grâce à leurs sauts, leurs acrobaties, leurs folles pirouettes. Ils ne cèdent pas à la tentation d’images de synthèse, de projections vidéo ou autres béquilles qui pourraient contribuer au spectaculaire et transporter le public. La lumière seule accompagne la performance. Elle dessine des lignes de force, donne le ton par le jeu des couleurs, tantôt rouge comme la passion, bleue comme les larmes.

L’originalité de ce spectacle est de choisir des chansons que tout le monde connaît, soit parce qu’il est inévitable de les entendre à la radio ou dans les parkings, soit parce qu’ils font partie de notre culture, de notre histoire personnelle, faite de Premiers de l’an et de soirées étudiantes. Ainsi, Alicia Keys côtoie Michaël Jackson et Queen. Or, les danseurs s’emparent de ces musiques pour créer des chorégraphies extrêmement techniques, qui n’ont rien en commun avec ce qu’on peut en faire dans son salon. Ils mêlent danse classique, acrobaties, hip‑hop. L’ensemble révèle un savoir-faire remarquable qui rappelle qu’Adrienne Canterna est issue de l’académie du Kirov. Les danses de groupe sont parfaitement synchronisées, chaque pas est une véritable prouesse.

« Rock the Ballet © Oliver Fantitsch

« Rock the Ballet © Oliver Fantitsch

La légèreté de la danse, la lourdeur du jeu

Nous sommes donc emballés par les Bad Boys of Dance et leurs choix musicaux, qui nous donnent envie de nous lever de nos fauteuils et nous font oublier le poids de la routine quotidienne. En revanche, si les acrobates semblent en apesanteur, leur jeu manque parfois de finesse. En effet, le ballet se déroule selon un principe narratif. Une jeune fille vient séduire l’un des membres d’un groupe de garçons – c’est la première partie – puis ils se rendent tous ensemble à une grande soirée dans laquelle chacun essaie de montrer le meilleur de lui-même – c’est la seconde partie. Il y a donc une relation de séduction, de rivalité, de jalousie qui se construit entre les différents personnages. Cela donne lieu à des échanges de regards langoureux, des poses lascives et des coups de menton qui manquent souvent cruellement de second degré.

Rock the Ballet est un beau moment de danse, d’un dynamisme réjouissant, interprété par des artistes à la technique irréprochable, ni plus ni moins. 

Anne Cassou‑Noguès


Rock the Ballet, de Rasta Thomas et Adrienne Canterna

http://www.rock-the-ballet.fr/

Mise en scène et chorégraphie : Adrienne Canterna

Conception : Rasta Thomas et Adrienne Canterna

Avec (en alternance) : Adrienne Canterna, Grace Buckley, Kaitlynn Edgar, Kan Corrigan, Tyler Stewart, Kyle Lucia, Lee Gumbs, Robbie Nicholson, Henry Rivera, Anthony Gabriel, Jourdan Epstein, Ryan Redmond, Adam Moss, Patrick Daniel, Jace Ziemantz, Kevin Tate, Lloyd Boyd

Lumières : Ashley Day et Lutin Tanner

Photos : © Oliver Fantitsch

Casino de Paris • 16, rue de Clichy • 75009 Paris

Réservations : 0 892 69 89 26

Site du théâtre : www.casinodeparis.fr

Lundi 6 mars et mardi 7 mars 2017 à 20 heures puis en tournée

Durée : 2 heures

Tarifs : de 20 € à 67 €

« Priscilla, folle du désert » © Pascal Ito

« Priscilla, folle du désert », de Stephan Elliott et Allan Scott, Casino de Paris

Démesurément bon !

Par Isabelle Jouve
Les Trois Coups

Quoi de plus difficile que de s’attaquer à un succès cinématographique pour en faire une comédie musicale qui tienne la route ? Le pari est pourtant gagné, haut la main.

À l’origine, Priscilla, folle du désert est un célèbre film australien de Stephan Elliott, qui a fait scandale et sensation à sa sortie, en 1994. L’année suivante, il recevra moult prix dont le prix du Public à Cannes puis l’oscar des meilleurs costumes.

L’histoire est des plus rocambolesques. Mitzi (Laurent Bàn), une drag-queen, n’en peut plus de jouer dans des lieux assez minables de Sydney, en Australie. Il accepte la proposition de son ex‑femme (Corinne Puget) de se produire dans son casino, à Alice Spring, en plein cœur du pays. Sans entrer dans les détails, il réussit à convaincre deux amis de faire le voyage avec lui : Bernadette (David Alexis), un transsexuel plutôt réservé qui vient de perdre son petit ami, et Felicia (Jimmy Bourcereau), une drag-queen exubérante et irritante. Le périple se fera en bus, rebaptisé Priscilla.

Sur le chemin, entre multiples pannes d’autobus et rencontres violentes avec la population locale non habituée à côtoyer ce genre d’énergumènes, Mitzi avouera à ses partenaires qu’il est marié, Bernadette tombera sous le charme d’un garagiste et Felicia se retrouvera à deux doigts de se faire émasculer.

L’intrigue est rythmée par les plus grands tubes disco (Tina Turner, Gloria Gaynor, Aretha Franklin, Madona, Kylie Minogue et d’autres), tous chantés par les artistes eux-mêmes. Je salue la performance de tous les comédiens et danseurs, et plus particulièrement celle des cinq divas, souvent suspendues dans les airs, et celle des protagonistes principaux qui réussissent à rendre leurs personnages vraiment attachants.

On est au bord de la démesure, et c’est spectaculaire

David Alexis (que l’on a vu récemment dans le rôle de Merlin dans la Légende du roi Arthur) est une Bernadette émouvante et pleine de sensibilité. Ses reparties drôles et cinglantes font mouche à chaque fois. Jimmy Bourcereau (initialement danseur de breakdance, a participé à la comédie musicale Flash Dance) est une Felicia moqueuse et énervante au possible et Laurent Bàn, une Mitzi convaincante dont la voix exceptionnelle donne encore plus de puissance à son interprétation. Ce dernier s’est d’ailleurs lui aussi précédemment illustré dans plusieurs spectacles musicaux dont Notre-Dame de Paris (lors de sa reprise au Théâtre Mogador), Zorro et plus récemment Mistinguett, reine des Années folles.

Philippe Hersen, le metteur en scène, a vu grand : sur le plateau, pas moins de trente artistes. Il a néanmoins su conserver toute la poésie du film. Son adaptation n’est pas une caricature, mais un vrai et bon show qui donne envie de danser et de chanter, ce que le public ne se prive pas de faire.

Les cinq cents costumes et deux cents perruques signés Frédéric Olivier apportent toute la folie et l’excentricité nécessaires à l’ambiance survoltée. On est au bord de la démesure, et c’est spectaculaire.

Que dire d’autre, si ce n’est que cette comédie musicale (de 2 h 30 avec entracte) se joue encore jusqu’au 6 mai 2017 ? Si vous voulez en prendre plein les yeux et les oreilles, c’est le moment ! 

Isabelle Jouve


Priscilla, folle du désert, de Stephan Elliott et Allan Scott

Mise en scène : Philippe Hersen

Avec : David Alexis, Laurent Bàn, Jimmy Bourcereau, Jennifer Abad‑Garcia, Kania Allard, Ludovic Alvernhe, Delphine Attal, Pierre‑Antoine Brunet, Cindy Cayrasso, Claude Cormier, Thorian J. de Decker, Fabrice de la Villehervé, Alexia Degremont, Amalya Delepierre, Ana Ka, Stacey King, Alice Lyn, Mehdi Mamine, Mélina Mariale, Sofia Mountassir, Yvonnick Muller, Corinne Puget, Célia Ruiz, Priscilla Villa, Jérôme Zerbi

Adaptation : Philippe Hersen

Chorégraphie : Jaclyn Spencer

Costumes : Frédéric Olivier

Photos : © Pascal Ito

Casino de Paris • 16, rue de Clichy • 75009 Paris

Site du théâtre : www.casinodeparis.fr

Métro : Trinité ou Liège

Du 25 février au 6 mai 2017, du mercredi au samedi à 20 h 30, samedi à 15 h 30 et dimanche à 18 heures

Durée : 2 h 30

69,90 € | 59,90 € | 49,90 € | 39,90 € | 24,90 €

« Marinai, profeti e balene » © Elettra Mallaby

« Marinai, profeti e balene », de Vinicio Capossela, Casino de Paris

Dans l’œil du cyclone

Par Lise Facchin
Les Trois Coups

Il nous avait dit au cours de son entretien qu’il voulait laisser part à l’imaginaire des spectateurs pour accomplir ensemble un voyage en mer. Loin d’être une métaphore, le spectacle-concert que Vinicio Capossela a donné au Casino de Paris est un voyage dans le temps du mythe et dans la chair du marin. À tel point que, sortant de la salle de concert, on éprouve un instant la curieuse nostalgie de la houle.

Lorsque le rideau se lève, la scène est bordée de gigantesques côtes de baleine, comme prise dans l’étau d’une carcasse. On a déjà l’ombre du blanc cétacé d’Herman Melville. Une lumière chaude tombe sur le devant de la scène, et la première chanson, Billy Budd, est un blues empli de la douce désespérance louisianaise, complainte du condamné à mort. L’accompagnement, rythmé par le bruit de chaînes que l’on traîne au sol, évoque immédiatement les files d’esclaves sur les docks qui marchent vers la panse des bateaux. Immédiatement, le chanteur est dans son rôle. Pas de transition au décollage. Dès les premières secondes, on a la certitude que ce qui nous attend sera grand.

Du Cyclope au kraken 1 en passant par Moby Dick, Calypso et Job, tous les personnages de la mer sont évoqués avec une intelligence bouleversante. Passent sur la scène de terribles créatures en ombres chinoises, des boucs ivres de vin, le terrible Léviathan, un cirque de monstres… Et moi qui croyais être résolument à l’abri du chant des sirènes, immunisée tant par ma condition de femme que par la force de mon caractère, j’ai donné dans le panneau du charme gracile, aérien et presque nu de Pryntyl la naïde. L’innocence du regard, l’élégance toute de légèreté de sa démarche, les pas exquis de sa danse abritant ses seins brillant d’écume et une chute de reins à perdre le sens commun derrière deux grands éventails de plumes, ont précipité tout l’auditoire dans la noyade béate.

Le désespoir aux bras vides

Capossela, aussi comédien qu’il est chanteur, distille les émotions de la vie marine : la calme solitude des jours sans vent sous l’écrasant ciel aux étoiles sans nombre, le désespoir aux bras vides, l’ivresse virile des soirs où le rhum abonde, et la faiblesse des hommes toujours à l’épreuve des flots et de ses dangers. Au travers des personnages, c’est l’archétype qui transparaît, le héros toujours humain, et la beauté des failles, des rugosités. Avec des accessoires farfelus et magnifiques et des jeux de voix d’une richesse toujours juste, les chansons se font monde. Capossela, un aède toujours délicat jusque dans la violence.

« Marinai, profeti e balene » © Elettra Mallaby

« Marinai, profeti e balene » © Elettra Mallaby

Que dire alors des musiciens ? Leur contribution à l’érection des mondes de Marinai, profeti e balene est, on s’en doute, indispensable. Ils sont une huitaine, jouent d’instruments innombrables aux sonorités étranges : scie musicale, marimbula, glokenspiel, mellotron, ondes Martenot… Ceux des flots également : la harpe, la flûte, la lyre, et… l’eau ! Cette bande d’ingénieurs de la musique a sorti de son chapeau toutes sortes d’inventions mélodiques extraordinaires, donnant aux sons une consistance et une profondeur toutes charnelles. Et les hommes entrent dans le jeu de la marine, et quand leur capitaine est sur la proue, sur la première rangée de fauteuils d’orchestre… ils sont bel et bien l’équipage d’un rafiot sur la dune des flots.

Alors bien sûr, oui, Tom Waits 2. Oui. Mais on est au‑delà. Le rockeur américain est un chercheur d’ambiances, de bruits, de sons toujours nouveaux. Mais il n’est pas faiseur de mondes. La scène n’est pas pour lui un lieu de création particulière : il ne fait que des récitals. Pas Capossela. Capossela, lui, fait surgir de scène des mondes comme le Hollandais volant émerge des flots, vous terrassant d’émotions, d’images et de rêves. 

Lise Facchin

  1. Le kraken est une créature fantastique issue des légendes scandinaves médiévales. Il s’agit d’un monstre de très grande taille et doté de nombreux tentacules. Dans ses rencontres avec l’homme, il est réputé capable de se saisir de la coque d’un navire pour le faire chavirer, faisant ainsi couler ses marins, qui sont parfois dévorés. Sa légende a pour origine l’observation de véritables calmars géants dont la longueur a été estimée à 13‑15 mètres, tentacules compris. Ces créatures vivent normalement à de grandes profondeurs, mais ont été repérées à la surface et auraient « attaqué » les navires.

Il est très probable que ces légendes soient des histoires vraies exagérées, et que le kraken soit en réalité un calmar géant. En effet, ces derniers peuvent mesurer jusqu’à 20 mètres de long, et laissent de grosses cicatrices aux cachalots qui les chassent.

  1. On surnomme Capossela tant qu’on peut et depuis très longtemps le « Tom Waits italien ». Ne serait‑il pas temps de trouver autre chose et d’honorer l’artiste d’un titre qui serait véritablement sien ?

Marinai, profeti e balene, de Vinicio Capossela

www.viniciocapossela.it

Casino de Paris • rue de Clichy • 75009 Paris

01 44 85 40 40

Métro : Trinité (ligne 12) ou Blanche (ligne 2)

Site : www.casinodeparis.fr

Durée : 1 h 30

Tarifs de 45 € à 30 €

Photos : © Elettra Mallaby

Vinicio Capossela © Elettra Mallaby

Entretien avec Vinicio Capossela à l’occasion de « Marinai, profeti e balene » au Casino de Paris le 24 mai 2012

Mal de terre et côtes de baleine

Par Lise Facchin
Les Trois Coups

Célèbre en Italie pour sa musique rocailleuse et sophistiquée, Vinicio Capossela reste méconnu en France. Il se produit pourtant au Casino de Paris à l’occasion de la tournée de son spectacle « Marinai, profeti e balene » (« Marins, prophètes et baleines »). Une petite bavette s’imposait avec ce grand chanteur de théâtre.

On dit de vos concerts qu’ils n’en sont pas et on parle beaucoup de vos scénographies toujours spectaculaires. J’avais justement envie de vous entendre sur ce rapport particulier que vous entretenez avec la scène.

J’ai toujours eu un grand amour pour le théâtre… pour la stupeur en fait. Pour faire une suite de chansons les unes à la suite des autres, il n’y a pas besoin d’un théâtre, d’une scène. Une représentation, c’est aussi et avant tout un lieu, et c’est pour ça que j’ai toujours fait attention à ceux dans lesquels je me produisais : jouer dans un théâtre, ce n’est pas la même chose que de jouer à ciel ouvert. L’ambiance et l’imaginaire qu’ils produisent ne sont jamais anodins, ils ont forcément une influence sur l’écoute des spectateurs. Cela dit, il est vrai aussi que mes chansons se prêtent à l’interprétation, elles en ont besoin pour être abouties. Une chanson comme un spectacle se fait à deux : il y a celui qui crée et celui qui reçoit. Ce n’est jamais qu’au moment où elle est donnée sur scène, et donc destinée à un auditoire et reçue par lui, que ma chanson existe comme telle.

C’est donc, en quelque sorte, le public qui fait l’œuvre…

Oui. Le public a pour moi une grande importance. Il s’agit d’emmener avec soi des gens pour un voyage qu’ils doivent vivre avec ce qu’ils sont, leur caractère, leur histoire, leur sensibilité, leur goût, leurs faiblesses ou leurs petits secrets… Et c’est avec l’imagination que l’on peut parvenir à cela. Vous voyez, je ne veux surtout pas imposer l’interprétation, ou même le voyage, à ceux qui viennent nous écouter. Toute ma démarche est autour de l’idée de suggestion. L’artiste doit savoir s’effacer, laisser la place au monde qu’il porte. Je pourrais tout à fait jouer dans l’obscurité !

Pourtant vos décors, vos costumes sont toujours soigneusement choisis et votre recherche d’esthétisme est palpable…

Ce n’est pas contradictoire. Pour la scénographie de Marinai, profeti e balene, nous sommes partis de l’idée d’une coque de bateau… Mais c’était trop ! On était immédiatement dans des constructions mentales toutes faites, et plus du tout dans une évocation qui laisse la place à l’imagination de chacun. Un spectacle réussi, pour moi, c’est celui qui a fait émerger en chacun des choses qui lui étaient personnelles, et ce n’est pas possible lorsque l’on impose des images. Finalement, pour en revenir au spectacle, nous avons eu cette idée des gigantesques côtes de baleine qui peuvent aussi faire penser à un squelette de bateau ou encore à des algues… et il y a aussi une petite proue, en clin d’œil à Orson Welles dans Moby Dick.

Votre spectacle est inspiré de la littérature de mer, depuis Homère jusque Joseph Conrad, en passant par Herman Melville…

Parfois, je cite carrément des morceaux de texte, on pourrait dire que j’ai eu de bons paroliers ! S’attaquer à la littérature n’est pas une chose si aisée : il faut beaucoup de sincérité lorsque l’on isole les thèmes que l’on souhaite développer. Il faut justifier que l’on veuille ajouter quelque chose de soi à une littérature déjà connue de tous… sans parler de la légitimité à la chanter parce que, Homère excepté, aucun récit n’a été écrit pour la musique ! Ce qui m’intéresse dans ces récits, ce sont les archétypes. On a l’impression que les protagonistes sont des sortes de superhéros, mais en fait, il s’agit de traits humains, universels. Que ce soit Tirésias ou Lord Jim, le fait qu’à un moment donné l’homme se retrouve confronté à sa noirceur est un des exemples de thèmes tout à fait universels à mes yeux, d’ailleurs Conrad le dit clairement : « Nul n’est jamais protégé de sa faiblesse ». Mais il y a également la possession, l’ivresse et bien sûr l’amour ou le sexe.

C’est la mer qui vous a conduit à la littérature ?

Ce qui m’a toujours plu dans les récits de mer, c’est l’invérifiable. Ce qui se passe en mer, personne ne peut le vérifier. Des gens le racontent, et c’est vrai. Le Cyclope et Circé existent. Ce territoire de l’inconnu et le côté gothique romantique m’ont toujours fasciné. Et puis il y autre chose… le langage de l’Odyssée me remet dans l’oreille celui de ma grand‑mère. Cette manière de parler de l’honneur, du retour (ou du non‑retour), la centralité du sentiment d’appartenance ou même le rapport à la nourriture, sont des choses que je reconnais… qui, d’une certaine manière, m’appartiennent et existaient encore en Italie il y a quarante ans.

Ces chansons, vous les avez écrites seul ou bien est‑ce le fruit d’un travail plus collectif comme c’est le cas de la mise en scène ?

Au-delà de l’énorme contribution de personnes comme Dante, Homère ou Conrad, je les ai plutôt composées seul. Mais pour les arrangements et la musique, ce n’est pas le cas.

Une dernière question : ne pensez-vous pas qu’il peut être difficile pour un spectateur ne parlant pas l’italien de vous suivre pour le voyage de Marinai, profeti e balene ?

Vous savez, je crois que ne pas comprendre les mots n’est pas une entrave à l’imaginaire, et puis, ça donne de l’exotisme ! C’est là que réside l’universalité : au‑delà des mots, des signifiants. Et c’est aussi le travail des instruments, ce sont eux aussi qui font voyager. Au pire, il y aura des surtitres ! 

Recueilli par
Lise Facchin


Marinai, profeti e balene, de Vinicio Capossela

Casino de Paris • rue de Clichy • 75009 Paris

01 44 85 40 40

Métro : Trinité (ligne 12) ou Blanche (ligne 2)

Le 24 mai 2012 à 20 heures

Durée : 1 h 30

Tarifs : 45 € | 35 € | 30 €

Photo : © Elettra Mallaby

Véronic DiCaire © D.R.

« la Voix des autres », de et avec Véronic DiCaire, le Casino de Paris

Véronic « l’Incroyable Talent » DiCaire

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Talent exceptionnel, fraîcheur et humour, voilà comment résumer Véronic DiCaire qui offre, avec « la Voix des autres », un show qui réunit les plus grandes chanteuses en une seule voix. Et quelle voix !

« Elle est blonde, elle est belle, elle est sexy, elle chante bien, elle danse bien… elle fait chier. » Voilà comment Anne Roumanoff présenterait Véronic DiCaire, laquelle n’a pas son pareil pour imiter sa gouaille si particulière et son rictus irrésistible. L’humoriste française, pour un coup caricaturée, a de quoi être jalouse, car, en effet, cette femme aux mille et une voix a un incroyable talent.

Véronic DiCaire, qui a commencé à chanter dès l’âge de 15 ans, a un parcours exemplaire : très douée, la jeune Canadienne est vite repérée, fait les premières parties de plusieurs artistes (Lynda Lemay, Robert Charlebois…), remporte de nombreux prix. Véronic DiCaire joue alors dans des comédies musicales, fait de belles rencontres qui lui permettent de montrer ensuite la polyvalence de son talent. Chanteuse, comédienne, danseuse, animatrice, humoriste, imitatrice, elle connaît un succès foudroyant. Avec deux albums à son actif et les tournées, les galas, les émissions qui s’enchaînent, elle impressionne les stars qui l’invitent en première partie de leurs concerts, séduit le producteur René Angelil (fameux manager de Céline Dion), qui donne un sérieux coup de pouce à sa carrière, enthousiasme les publics qui lui réservent des standings ovations.

En 2010, c’est au tour des Français de l’accueillir à bras ouverts : elle est programmée à la Gaîté Montparnasse, puis passe à la Cigale, avant d’afficher complet à l’Olympia. Reconnaissance suprême pour tout artiste francophone. Maintenant, on la connaît bien de ce côté-ci de l’Atlantique, surtout depuis ses prestations, non pas dans « Incroyable talent », mais dans « X Factor », l’émission à succès de M6 où Véronic DiCaire est la coach préférée des jeunes artistes qui s’y produisent et la membre du jury favorite des téléspectateurs pour sa gentillesse et sa bonne humeur communicative.

Belle carrière que celle-ci ! Mais la chanteuse a décidé d’exploiter une autre facette de son talent : l’imitation qu’elle n’avait jusqu’alors exercée « que pour le fun », autrement dit pour amuser ses amis. Car c’est un peu par accident qu’elle découvre ce don extraordinaire : celui d’imiter la voix des chanteuses les plus douées de ces dernières années. Encouragée, elle propose un show qui suscite un tel triomphe au Québec qu’elle en propose une version française, avec un répertoire adapté.

Complètement Gaga

Dans cette performance vocale, Véronic DiCaire imite donc une quarantaine de voix, passant, avec une facilité déconcertante, des stars d’hier à aujourd’hui, des tonalités les plus graves (Patricia Kaas) aux plus aiguës (Mylène Farmer). Elle excelle dans l’imitation de ses compatriotes : les deux Diane, bien sûr (Dufresne et Tell), ou encore Natacha Saint‑Pierre. Mais, parfaitement bilingue, comme tous les artistes canadiens, elle parodie aussi bien des francophones que des Américaines, comme Lady Gaga, qu’elle adore.

D’un point de vue technique, c’est d’une perfection absolue. À tel point qu’on peut fermer les yeux, on s’y croirait. Rien ne semble effrayer Véronic DiCaire. Pas même un duo entre Maurane et Céline Dion sur Quand on n’a que l’amour de Brel. Excusez du peu !

Un regard, une posture, un geste et parfois une perruque ou un accessoire : le portrait est croqué. Quel sens de l’observation ! D’emblée, on reconnaît la mèche rebelle d’Axelle Red, les tics de Lara Fabian, le jeu de jambes de Tina Turner… Par moments, des fulgurances déclenchent de fortes émotions. Imaginez Édith Piaf, à la fin de sa vie, qui vient saluer le public avant que le rideau ne se baisse, en chantant Non, je ne regrette rien ! Heureusement, par petites pirouettes, la facétieuse Véronic finit toujours sur une note positive.

Évidemment, on retrouve les fortes personnalités, comme Véronique Sanson à la voix stroboscopique très prisée des imitateurs, ou Dalida aux roucoulantes intonations. Véronic DiCaire s’attaque aussi aux voix inimitables, comme celle de l’impressionnante Amy Winehouse. Elle en égratigne quelques-unes au passage, comme la reine de France Sarko-Brukonini, mais toujours avec tact et finesse. Douée d’un indéniable talent comique, elle adapte souvent les paroles, comme dans ses télégrammes chantés qui consistent à sonner à la porte des gens pour leur transmettre un message original. Délicieux !

Les tableaux s’enchaînent sans aucun temps mort. Et, pour ne rien gâcher, la performeuse danse divinement. Aucune des bombes américaines n’a de secret pour elle : Cyndie Lauper, Madonna, Britney Spears, Shakira… Elle est tout simplement bluffante. Mais où trouve-t-elle donc toute cette énergie ?

Chanter, danser, faire rire, émouvoir : Véronic DiCaire offre un spectacle de variétés des plus divertissants. Mené tambour battant, où la belle s’en donne à cœur joie. « Sa voix, son regard, son sourire font l’amour à son public », comme elle dit dans une ultime chanson où après avoir imité toutes ces voix des autres, elle donne enfin à entendre la sienne, une voix exceptionnelle. C’est époustouflant, et on en redemande ! Ça tombe bien, elle est en tournée dans toute la France, avant de partir pour la Suisse et la Belgique. 

Léna Martinelli


la Voix des autres, de et avec Véronic DiCaire

www.veronicdicaire.com

http://www.youtube.com/watch?v=wIU9ammInY0

Mise en scène : Josée Fortier

Photo : © D.R.

Le Casino de Paris • 16, rue de Clichy • 75009 Paris

Réservations : 08 926 98 926 (34 cts / min)

Du 7 au 8 et du 14 au 15 octobre 2011 à 20 h 30, les 9 et 16 octobre 2011 à 17 heures

Durée : 2 h 30, dont le musicien Wilfried LeBouthillier en première partie, suivi d’un entracte de 20 minutes

55 € | 45 € | 39 €

Tournée :

  • Le 21 octobre 2011, centre culturel Jacques-Prévert à Villeparisis (93), réservation au 01 64 67 59 60
  • Le 22 octobre 2011, Casino Barrière à Lille (59), réservation au 03 28 14 45 55
  • Le 4 novembre 2011, Ferme du Manet à Montigny-le-Bretonneux (78), réservation au 01 30 12 30 30
  • Le 5 novembre 2011, centre expo Mégacité à Amiens (80), réservation au 03 22 66 09 09
  • Le 6 novembre 2011, Théâtre de Longjumeau (91), réservation au 01 69 09 05 05
  • Le 8 novembre 2011, Zénith de Rouen à Grand-Quevilly (76), réservation au 02 32 91 92 92
  • Le 17 novembre 2011, Théâtre Atrium à Dax (40), réservation au 05 58 90 19 60
  • Le 19 novembre 2011, Théâtre Charles‑Trenet à Chauvigny (86), réservation au 05 49 58 34 78
  • Le 22 novembre 2011, le Liberté à Rennes (35), réservation au 02 99 85 84 84
  • Le 23 novembre 2011, salle la Longère de Beaupuy à Mouilleron-le-Captif (85), réservation au 02 51 09 86 55
  • Le 27 novembre 2011, Élispace à Beauvais (60), réservation au 03 44 10 01 01