Hikikomori, le refuge © Nicolas Boudier

« Hikikomori, le refuge », de Joris Mathieu, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

Autisme

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

La nouvelle création de Joris Mathieu, et sa première au T.N.G. dont il assume désormais la direction, ne pouvait que susciter la curiosité. D’une part par son thème, mais aussi par le dispositif scénique et le parti pris qui l’accompagne : faire entendre une version différente en fonction de l’âge des spectateurs. Et après ?

Le titre, délibérément japonais, renvoie aux mangas dont les adolescents raffolent, à leur graphisme répétitif et terne, aux stéréotypes qu’ils véhiculent. Il annonce aussi clairement le thème choisi : le repli sur soi, l’enfermement volontaire de certains adolescents qui se coupent du monde, ce qui, bien entendu, inquiète les adultes, au premier rang desquels les parents.

Le spectacle de Joris Mathieu projette à la fois de décrire le phénomène et ses répercussions sur la cellule familiale (réduite en l’espèce, nous sommes au Japon, aux seuls père et mère de Nils, l’enfant) et de nous faire entrer par effraction dans son univers, tout en nous faisant vivre une expérience insolite de spectateur.

Arrêtons-nous un moment sur le dispositif, novateur : en pénétrant dans la salle, chacun se voit remettre un casque audio doté d’une pastille de couleur en fonction de sa version (enfant, adolescent ou adulte). Ce qui a comme premier effet de ralentir considérablement l’entrée et de retarder le début du spectacle d’une petite demi-heure. C’est par ce truchement que nous parviendra une voix qui racontera ses émotions de l’intérieur.

Ce qui, au passage, peut être considéré comme la négation même du théâtre, celui-ci reposant précisément sur les interactions entre des personnages. Qui plus est, l’intérêt majeur du théâtre, comme du cinéma, est de pouvoir échanger ensuite sur ce qu’on a vu et entendu et de découvrir qu’on peut comprendre des choses diverses à partir d’une même réalité. C’est ce qui ouvre à la différence et à l’intelligence.

À la sortie de Hikikomori, chacun enlève son casque et repart dans son coin. Le casque aura eu pour effet principal de l’isoler. En poussant ce dispositif à l’absurde, on peut imaginer la prochaine fois un open space où chacun, comme dans Livre in Room, choisira ce qu’il veut voir comme spectacle.

Expérimental et désincarné

Revenons à ce qui se passe sur le plateau gris sur lequel trône un immense écran gris. Devant lui une sorte de coursive terminée par une porte à cour et une entrée de tunnel à jardin. Nils est dans les coulisses à jardin, nous ne le verrons pas. Son père et sa mère, tout habillés de gris (sauf des collants rouges pour la mère), tout aussi solitaires que lui, passent la majeure partie du spectacle chacun d’un côté. Ils ne se parlent pas et sont manifestement inquiets de ne pouvoir engager une relation avec leur enfant. Ils finissent par avoir une idée et coiffent eux aussi un casque qui va leur permettre de se promener dans l’esprit de leur enfant. Jusqu’au moment où ils vont physiquement y entrer, ce qui leur impose de se faire tout petits.

La vidéo qui donne accès à l’univers de Nils, pour grise qu’elle soit, est plutôt esthétiquement réussie. Elle nous montre un monde étrange, peuplé de totems – l’orignal pour Nils, le loup pour son père, références sans doute au Merveilleux voyage de Nils Olgerson.

Que dire de plus ? Qu’on peut rester extérieur, voire hermétique, à ce spectacle qui fait de l’utilisation des technologies contemporaines un outil de plus de distanciation, qui évacue la vie, ses couleurs, son mouvement, son bruit, ses rires et ses larmes ? Comment s’intéresser à un enfant qu’on ne voit pas ? à des parents qui se déplacent lentement et silencieusement ou restent prostrés, ne se parlent pas plus qu’ils ne s’adressent à nous ? 

Trina Mounier


Hikikomori, le refuge, de Joris Mathieu

Écriture et mise en scène : Joris Mathieu en compagnie de Haut et Court

Avec : Philippe Chareyron, Vincent Hermano, Marion Talotti

Dispositif scénographique : Nicolas Boudier, Joris Mathieu

Création sonore : Nicolas Thévenet

Création lumières : Nicolas Boudier

Création vidéo : Loïc Bontemps, Siegfried Marque

Photo : © Nicolas Boudier

Production : Théâtre Nouvelle Génération

Blog de la création / médiation et suivi des répétitions : Maud Peyrache

Avec la participation de Lelio Wajnsztein

T.N.G. • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Du 8 au 12 janvier 2016

Les 8, 9 et 10 janvier à 20 heures

Séances scolaires les 11 et 12 à 10 heures et 14 h 30

Durée : 1 heure

De 10 € à 18 €

Kairos © Bruno Meyssat

« Kairos », de Bruno Meyssat, Théâtre Nouvelle Génération‐Les Ateliers à Lyon

Retour en Grèce

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Avec ce terme grec, « kairós », mot mythique qui sert à définir une dimension du temps qui échappe à notre vocabulaire, Bruno Meyssat nous plonge d’emblée dans le monde des idées. Et pourtant, c’est dans celui des images qu’il excelle et c’est la réalité grecque d’aujourd’hui qu’il entend dénoncer. Avec force.

Tandis que s’affichent sur le mur noir du fond les paroles à la fois absurdes et scandaleuses des décideurs européens, Jean‑Claude Junker, Angela Merkel, François Hollande, ou des moins grands, technocrates et hauts fonctionnaires, sur le plateau la vie continue.

D’un côté, des exhortations à plus de sacrifices, à plus de rigueur, avec même de cyniques aveux des bénéfices engrangés par la généreuse Europe sur les remboursements de crédits honteusement octroyés, extorqués ; de l’autre, la réalité brute de la misère du peuple à travers une succession d’images particulièrement efficaces. Ainsi, la scène qui ouvre la pièce nous montre une femme devant sa table de cuisine en Formica en train d’éplucher longuement, lentement, un oignon qu’elle coupe en quatre, puis en huit, et qu’elle introduit dans sa bouche pour le manger. Tel quel. Elle mangera tout l’oignon. On discerne la difficulté à mâcher cet aliment indigeste cru, puis à l’avaler, pour en engouffrer un autre morceau. La nécessité est à la hauteur de sa répugnance.

Cette scène, véritablement effrayante, donne à voir la faim, cette figure de proue de la misère. Il y en aura d’autres, comme cet homme condamné à plonger inlassablement dans un canot pneumatique, Sisyphe à l’envers dont on imagine qu’il se blesse à chaque fois ou qui va simplement sauter en rebondissant sur ses orteils repliés. Spectacle de la douleur, d’une douleur retournée contre soi-même, atteinte de la folie. Pratiquement pas de paroles. Mais une explosion d’insolence quand les trois comédiens s’avancent vers le public le poing levé d’où sort finalement un doigt avec lequel ils se livrent à des gestes obscènes dans une danse macabre sur fond de musique de Mozart.

Des scènes très fortes dans un océan de lenteur insondable

Le décor, peu réaliste, évoque pourtant la Grèce grâce à des plaques de tôle ondulée verticales qui ressemblent à s’y méprendre à des colonnes corinthiennes, à un petit tas de sable sur un grand tapis d’un jaune ensoleillé. Mélange de musiques avec de temps à autre des airs typiquement grecs.

S’il réussit à nous parler de la Grèce, en utilisant une sorte de collages qui se renvoient l’un à l’autre leur incohérence mais aussi leur cruauté, si certaines images sont presque insoutenables sans montrer à proprement parler des choses atroces, il faut également distinguer les défauts habituels des œuvres de Bruno Meyssat : une lenteur parfois exaspérante qui conduit inexorablement à l’ennui, un goût immodéré pour les énigmes (des pans entiers du spectacle restent incompréhensibles)… A contrario, reconnaissons-lui un vrai talent de directeur d’acteurs : Yassine Harrada, Julie Moreau et Mayalen Otondo n’ont pas des rôles faciles, avec de longs moments d’immobilité où leur présence et leur regard demeurent intenses. C’est encore une des bizarreries de ce spectacle : il donne l’impression que le temps s’effiloche quand tout à coup il s’accélère. Celui-ci, ce n’est ni chronos, ni aiôn, ni kairos. Ce dernier est peut-être caché dans les occasions qu’ont offertes aux vainqueurs les sacrifices punitifs des vaincus. 

Trina Mounier


Kairos, de Bruno Meyssat

Il s’agit de la première étape d’un travail développé dans sa totalité au mois d’avril 2016 au Théâtre de la Commune-C.D.N. d’Aubervilliers

Théâtres du Shaman

http://www.theatresdushaman.com/

Conception et réalisation : Bruno Meyssat

Avec : Yassine Harrada, Julie Moreau, Mayalen Otondo

Scénographie : Bruno Meyssat et Pierre‑Yves Boutrand

Régie générale : Pierre‑Yves Boutrand

Lumière : Franck Besson

Son : David Moccelin

Assistants à la mise en scène : Élisabeth Doll et Arnaud Chevalier

Assistant stagiaire : Lisiane Durand

Chargée de production : Florence Bourgeon

Administration : Emmanuelle Moreau

Photo : © Bruno Meyssat

Production : Théâtres du Shaman

Coproduction : Théâtre Nouvelle Génération-C.D.N. de Lyon, Théâtre de la Commune-C.D.N. d’Aubervilliers

Théâtre Nouvelle Génération-Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon

04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Du 14 au 18 décembre 2015 à 20 heures

Durée : 45 min

De 10 € à 18 €

Dès 15 ans

Livre In room © Nicolas Boudier

« Livre in room », de Joris Mathieu, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

Lecture T.G.V.

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

C’est une de ces expériences dont le Théâtre Nouvelle Génération a le secret depuis qu’il est codirigé par Joris Mathieu et Céline Le Roux, de ces objets hybrides dont on se demande ce qu’ils font dans un théâtre, non qu’ils ne soient pas intéressants en soi, ni même capables de susciter quelque émoi. Mais il leur manque certaines dimensions qui permettraient de savoir ce que ces objets font là.

Le T.N.G. / Ateliers, donc, convie les jeunes spectateurs (mais pas uniquement) à partir de 10 ans à venir un par un pour une durée d’environ cinq minutes dans un lieu où on leur promet de faire l’expérience de la lecture « augmentée ». Beau et vaste programme.

On entre ainsi dans un cylindre opaque éclairé d’une petite lumière bleue, pour éviter sans doute les épisodes de claustrophobie. Devant soi, une vitre à travers laquelle on voit grâce à un jeu de miroirs un immense puits tapissé de livres. Livres auxquels on n’aura pas accès. L’image est belle, renvoie à un monde suranné, en tout cas à un monde où le temps existe, s’étire, se compte. Quelques étagères portent des livres que nous pourrons, eux, manipuler, et surtout choisir, scanner pour que se vive l’expérience de lecture augmentée. Il y en a une trentaine, même si sur la liste remise à l’entrée, on en dénombre beaucoup plus. Cela va de la Conjuration des imbéciles à Tortilla Flat en passant par la Maison de Claudine. Une fois le livre scanné, un extrait de cinq minutes va nous être lu et scénographié. Cinq minutes, c’est bien peu pour une lecture, même non augmentée !

Ni théâtre ni lecture

Pour ma part, j’ai choisi trois livres qui font chacun l’objet d’une mise en scène différente. Pour la Princesse de Clèves, nous sommes face à un grand tableau représentant le portrait d’une femme en costume, disons, d’époque. Une actrice lit l’extrait dans lequel Mme de Clèves s’interroge sur les sentiments de M. de Nemours. Peu à peu, on s’aperçoit que le portrait est animé, l’actrice (puisque c’en est une, en fait) sourit parfois, cligne des yeux, très légèrement mais sûrement.

Deuxième extrait, le Voleur d’enfants de Supervielle. Là, pas de comédien ni d’images illustrant l’histoire, juste une sorte de neige qui tombe, ponctuée de quelques coups de vent…

Je me suis enfin tournée vers le seul album pour enfants que j’ai pu trouver (après tout, le T.N.G. a encore vocation à s’adresser à eux), Minable le pingouin. Ici, la scénographie est différente, un comédien qui a l’apparence d’un hologramme lit et tourne les pages du livre en tenant les illustrations face à nous, un peu comme un enseignant ferait avec une classe.

Pas convaincue

J’avoue ne pas avoir été convaincue par cette expérience qui a le mérite, il est vrai, de nous mettre en contact avec les livres et même de permettre à ceux qui le désirent de proposer eux-mêmes des scénographies du même genre.

Selon moi, les limites sont de plusieurs ordres : d’une part, ce que j’aime dans la lecture, c’est la durée, le fait d’entrer dans une histoire, d’y cheminer, de ralentir de peur que cela se termine trop vite. Cette tentative express ne me convient pas, pas plus que le fait que l’on choisisse pour moi un extrait. C’est frustrant, rien à voir avec le plaisir qu’on éprouve en feuilletant un livre pour voir si, au hasard de ce qui nous tombe sous les yeux, l’auteur, son écriture, les personnages nous séduisent. Et quand je vais au théâtre, c’est pour être avec d’autres, pas pour me trouver enfermée solitaire devant une image.

Alors, force est de dire que je ne comprends pas. Quelle que soit l’admiration que je puisse avoir pour le metteur en scène Joris Mathieu et le respect que je porte à sa curiosité pour les nouvelles formes, je reste extérieure à cette machinerie qui me laisse froide. Faire lire de grands textes par des comédiens est une très vieille expérience, faite au départ pour les malvoyants. Ce cylindre avec scan et hologramme y joint une image. Mais celle-ci n’ajoute pas de sens. Quel dommage ! 

Trina Mounier


Livre in room, de Joris Mathieu

Conception et scénarisation : Cie Haut et Court

Conception du dispositif : Nicolas Boudier, Joris Mathieu

Création vidéo : Siegfried Marque

Création lumière : Nicolas Boudier

Développement : Loïc Bontems

Création sonore : Nicolas Thévenet

Interprètes : Vincent Hermano, Philippe Chareyron, Marion Talotti, Line Wimblé, Rémi Rauzier…

Sélection des textes : François Beaune, Lancelot Hamelin, Lorris Murail, Antoine Volodine

Photos : © Nicolas Boudier et Siegfried Marque

Construction : Unpointrois

Production déléguée : Théâtre Nouvelle Génération

T.N.G. • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

Tél. 04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Jusqu’au 2 décembre 2015, vérifier les horaires sur le site

Spectacle gratuit en accès libre

Dès 10 ans

Durée : cinq minutes

le Jardin du possible © Dominique Vérité

« le Jardin du possible », de Benoît Sicat, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

« C’est quand le spectacle ? »

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

La création de spectacles à destination des tout jeunes spectateurs (moins de deux ans) est chose risquée et même objet polémique… J’en ai pourtant vu quelques-uns par le passé, rares il est vrai, qui étaient de véritables œuvres artistiques. Ce n’est pas le cas de ce « Jardin du possible ».

On entre dans la salle avec une trentaine d’enfants. Pas de siège, tout est à niveau, il n’y a pas à proprement parler de scène. Mais une quinzaine de tas éclairés chacun par un projecteur : tas de brindilles, de galets, de pommes de pin, de gravier, de tailles et de couleurs différentes. Les enfants, à qui l’on a recommandé de surtout ne faire aucun bruit, sont attirés vers le « jardinier », Benoît Sicat en personne. Celui-ci, sans leur parler, est en train de façonner des sortes de cairns avec des morceaux de bois. Progressivement, il va changer d’activité et de tas (par exemple fabriquer une route ou un train en cailloux), allant même jusqu’à faire tomber les constructions et lancer quelques cailloux. Regards amusés des enfants qui commencent à leur tour à se déplacer, puis toucher, puis jouer… pour enfin courir en tous sens, jeter les matériaux en l’air malgré les sourcils froncés des maîtresses et les quelques remontrances ou conseils de prudence (« Attention, tu vas tomber » ou « tu vas faire mal à un camarade »…). Le risque à vrai dire n’est pas bien grand ! Mais l’expérience voulue par Benoît Sicat tourne court, lui qui énonce que « Le possible n’existe que parce qu’il n’y a pas de guide ». Facile ! Ce sont les enseignants responsables des enfants qui font les guides.

Pas de théâtre

Puisqu’il ne fait pas le guide, que fait donc Benoît Sicat ? Il semble jouer lui aussi à des empilements, ou à faire surgir quelques sons de type frottements, chocs, tintements, illustrant probablement que « l’artiste est un grand enfant »… Cependant, on ne peut parler d’interprétation, et c’est là un autre problème : qu’est exactement cet objet ? Pas du théâtre assurément, peut-être une installation d’arts plastiques, ou bien un ou des ateliers de travaux manuels du genre de ceux que peuvent expérimenter les tout-petits à la Cité des sciences… Un art « immersif » ? Ah… j’avoue ne pas être convaincue par le bac à sable (joli au demeurant) élevé au rang d’art !

De quoi parle (quoique muet) ce Jardin du possible ? Quel est son sujet, ou plutôt son objet ? Les enfants eux-mêmes sans doute, fort intéressants à étudier, notamment dans leurs comportements, la découverte de l’humour (au premier lancer de cailloux par Benoît Sicat) ou encore la prise de liberté : comment passent-ils d’une posture d’observateur attentif à la manipulation, puis au jeu ? Parmi les enfants qui est plus moteur, qui est plus contemplatif, comment se constituent les groupes, etc. Tout cela est passionnant pour de jeunes stagiaires enseignants, et l’on pourrait recommander aux inspecteurs en charge de leur formation d’y emmener leurs ouailles. Ils y montreraient aussi comment, sans guide, il est facile de voir déraper une trentaine de petits enfants habituellement fort sages. Sans oublier cette magnifique leçon de la fin : au bout d’une demi-heure, quelques pleurs se font entendre, les enfants sont fatigués, et l’un d’entre eux, suivi par quelques autres, se dirige spontanément vers la porte… Le spectacle n’est pas encore terminé, mais comme il n’a ni queue ni tête, pourquoi pas ? Et l’on entend une petite voix demander : « Maîtresse, c’est quand le spectacle ? »

Quand on vous le disait que le roi était nu ! 

Trina Mounier


le Jardin du possible, de Benoît Sicat

Parcours immersif

À partir de 18 mois

Conception et interprétation : Benoît Sicat

Image : Nicolas Camus

Photo : © Dominique Vérité

Production : Association 16 rue de plaisance (www.16ruedeplaisance.org)

Du 7 au 18 octobre 2015, les mercredis à 15 h 30, 17 heures, les samedis et les dimanches à 10 heures, 11 h 30, 15 h 30, 17 heures

T.N.G. • 23, rue de Bourgogne • 69009 Lyon

Tél. 04 72 53 15 15

www.tng-lyon.fr

Durée : 30 min

Tarif : 6 € pour tous

Inuk © David Moreau

« Inuk », création collective de l’Unijambiste, Théâtre Nouvelle Génération à Lyon

Glacial

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

La compagnie L’Unijambiste présente aux jeunes spectateurs « Inuk », voyage scénique au pays des derniers Inuits, programmé par Théâtre Nouvelle Génération à Lyon.

Le projet de cette création se veut ambitieux. David Gauchard, le metteur en scène et scénographe, vise à « chercher un équilibre entre l’onirisme du Grand Nord et la réalité contemporaine ». Il emploie comme matériau les notes d’un voyage de quinze jours à l’extrême pointe septentrionale du Québec effectué par lui-même et son équipe. C’est donc, comme autant d’instantanés, un livre d’images qu’il déploie sur le plateau. Sans véritable progression dramatique, une à une, les pages sont tournées. Pêche sur la banquise, rencontre entre oiseau et visiteur, chasse à l’orignal, apparitions de l’ours, marche forcée contre le blizzard, jeux traditionnels inuits sur la glace, projection de Nanouk l’Esquimau, de Robert Flaherty, construction d’un igloo… les « diapos » se succèdent. Gauchard utilise pour ce faire les moyens modernes des nouvelles technologies : vidéo, beatbox, laser, artifices et azote liquide. Inuk aligne dans une esthétique glacée – sans jeu de mots – une version actualisée de ce qu’on appelle encore parfois aujourd’hui une conférence Connaissance du monde.

Dramaturgie surgelée

Pour mener à bien son travail dramaturgique, l’équipe artistique s’impose des choix drastiques. Pas de fable, pas de personnages, à peine quelques situations esquissées. Réduits à l’état de types, les protagonistes se contentent d’afficher une série de plans-images, certes très soignés sur le plan formel, mais où les corps et les voix sont au propre comme au figuré presque constamment figés. Quelques brefs mouvements, des interventions vocales amplifiées, des parcours géométriques systématiques dans l’espace bâtissent de façon redondante un univers déshumanisé. Le déroulement du spectacle, c’est le cas de le dire, semble pris dans les glaces. On s’ennuie assez vite aussi à cause de la répétitivité des projections visuelles. Seuls les multiples effets technologiques brisent la lassitude. Ils fascinent momentanément les spectateurs, mais n’apportent pas plus sur le fond qu’un tour de magie réussi.

David Gauchard et ses camarades ont avec Inuk le généreux désir d’alerter les gens sur l’extinction possible du peuple inuit et de sa culture, mais également sur les dangers de l’évolution climatique menaçant la banquise arctique et sa faune terrestre et marine. Message indispensable. Encore faudrait-il avoir trouvé les moyens efficaces de le faire entendre. Diffusé en voix off, accompagné d’un système de surtitrage en langue française ou inuit, ou interprété vocalement avec l’aide d’une boîte à rythmes, ce même message énonce une suite de lieux communs plaqués sur un environnement scénique pauvre en émotions. Il en découle une lourdeur didactique, dont les artistes semblent se méfier. Avant le début de la représentation, une personne est venue expliquer au public que même si l’on ne parvient pas à lire les surtitres, même si l’on ne comprend pas la langue utilisée, cela n’a pas d’importance. Curieuse manière d’assumer le discours, au demeurant très politiquement correct, que véhicule le spectacle.

On quitte Inuk profondément déçu. L’hybridité artistique tant revendiquée par un certain nombre d’artistes fait ici l’impasse du théâtre. Le contenu abordé était-il trop humain pour qu’on le bride dans le carcan attrayant des nouvelles machines ? Malgré un travail esthétique très soigné, une rigueur absolue dans l’exécution des partis pris et une impeccable maîtrise des effets techniques, Inuk est pour le théâtre ce que la cuisine moléculaire est pour la gastronomie : un ersatz séduisant mais glacial. 

Michel Dieuaide


Inuk, création collective de L’Unijambiste

Mise en scène et scénographie : David Gauchard

Avec : Emmanuelle Hiron, Nicolas Petisoff et L.O.S.

Avec la participation de : Julie Lalande

Texte et musique : Arm

Vidéo et graphisme : David Moreau

Lumière : Claire Debar-Capdevielle et Mika Cousin

Son : Klaus Löhmann

Photos : © David Moreau et Dan Ramaën

Direction technique : Christophe Rouffy

Décors : Ateliers du Théâtre de l’Union, C.D.N. du Limousin

Réalisation de l’inukshuk : Raphaël Thébault, Opus décor

Exposition photos : Dan Ramaën

Administration et production : Pierre Ménasché, Maud Renard, Agathe Jeanneau

Diffusion : La Magnanerie, Julie Comte et Victor Leclère

Production : L’Unijambiste

Coproduction : espace Malraux, scène nationale de Chambéry et de la Savoie, espace Jean-Legendre, scène nationale de l’Oise en préfiguration, Théâtre de Villefranche-sur-Saône, Théâtre de l’Union, C.D.N. du Limousin, Festival des Francophonies en Limousin, La Filature, scène nationale de Mulhouse, Maison des arts, scène nationale de Créteil et du Val-de-Marne, Le Grand Bleu à Lille, Théâtre Olympia, centre dramatique régional de Tours

Avec le soutien de l’Institut français et de la région Limousin

Théâtre Nouvelle Génération, 23, rue de Bourgogne • C.P. 518 • 69257 Lyon cedex 09

www.tng-lyon.fr

Courriel : billetterie@tng-lyon.fr

Réservations : 04 72 53 15 15, du lundi au vendredi de 10 h 30 à 12 heures et de 14 heures à 19 heures

Représentations : le 3 octobre 2015 à 20 heures, le 4 octobre 2015 à 16 heures, les 5 et 6 octobre 2015 à 10 heures et 14 h 30, le 7 octobre 2015 à 10 heures et 15 heures

Durée : 1 heure

Tarifs : de 18 € à 7 €

Tournée :

  • 13 octobre 2015, Aubusson scène nationale
  • 16 octobre 2015, Festival Marmaille, Rennes / Le Grand Logis à Bruz
  • 6 et 7 novembre 2015, Théâtre de l’Olivier à Istres
  • 3 et 4 décembre 2015, Le Canal à Redon
  • 6 et 7 décembre 2015, L’Arc à Rezé
  • 10-12 décembre 2015, La Filature à Mulhouse *
  • 16-19 décembre 2015, Le Grand Bleu à Lille *
  • 7 et 8 janvier 2016, espace Jean-Legendre à Compiègne *
  • 11-13 janvier 2016, Théâtres en Dracénie à Draguignan
  • 20-22 janvier 2016, Maison des arts de Créteil *
  • 31 janvier et 1er février 2016, Festival Momix à Kingersheim
  • 4-6 février 2016, MA scène nationale à Montbéliard
  • 11, 12, 15 février 2016, L’Hexagone à Meylan
  • 14-18 mars 2016, espace Malraux à Chambéry *
  • 24 mars 2016, L’ARC, Le Creusot
  • 31 mars et 1er avril 2016, L’Échappé à Sorbiers
  • 7-9 avril 2016, Théâtre de Villefranche *
  • 26-29 avril 2016, Théâtre Olympia, C.D.R. de Tours *
  • 17-22 mai 2016, Am Stram Gram à Genève

(* coproducteurs)