AFC

Avignon Festival & Compagnies ‑ le Off | Élections des nouveaux membres du bureau

Communiqué

Les Trois Coups

Le conseil d’administration d’Avignon Festival & Compagnies, réuni ce jour, a procédé au renouvellement partiel du bureau et à l’élection de son nouveau président.

Ont été élus :

  • Pierre Beffeyte ‑ président
  • Patrick Journaut ‑ trésorier adjoint

Ils rejoignent :

  • Bertrand Hurault ‑ vice‑président
  • Nikson Pitaqaj ‑ vice‑président
  • Jacques Hélian Bauduffe ‑ trésorier
  • Antoine Colnot ‑ secrétaire
  • Claire Wilmart ‑ secrétaire adjointe

Raymond Yana a préféré se retirer du C.A. en présentant sa démission.

Le conseil d’administration confirme sa volonté de poursuivre le projet collectif initié sous la présidence de Raymond Yana et axé autour de la professionnalisation du Off, du développement des publics et de la mise en place d’un écofestival.

Les membres du C.A. remercient Raymond Yana pour son investissement et le travail accompli depuis dix ans au sein de l’association.

Les Trois Coups


http://www.avignonleoff.com/le-festival/conseil-d-administration-afc/

Tirésias © Juan Robert

« Tirésias », de Philippe Delaigue, Théâtre Gilgamesh à Avignon

Direction d’acteurs millimétrée

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

En retrouvant le chemin de l’écriture à l’occasion de la création de « Tirésias », Philippe Delaigue, metteur en scène, réussit le double pari de proposer un texte inventif et contemporain et une réalisation scénique passionnante.

Riche de références à Sophocle, Ovide, Shakespeare, le contenu de la pièce trouve son identité dans la façon dont l’auteur actualise sa langue avec malice mais sans jamais tomber dans la démagogie. Il évite ainsi de ne s’adresser qu’à un public de spécialistes des grands récits mythologiques ou classiques. Sur le plateau, avec la complicité de ses comédiens, il parvient à construire un univers mêlant habilement passé et présent, qui cite astucieusement le Cabinet du docteur Caligari ou la fantaisie de Harry Potter.

Dans un grenier poussiéreux, Tirésias, aveugle, vit avec sa fille. Fatigué par l’âge et les incessantes demandes de produire des oracles, il tente de prendre du recul et du repos sur un divan ressemblant fort à celui d’un psychanalyste. Tout autour de lui s’entassent sur des étagères des boîtes de cassettes répertoriées, archives de toutes ses prédictions. Sa jeune héritière le supplie de continuer à répondre aux requêtes qui lui arrivent via les réseaux sociaux où de nombreux jeunes gens voient en lui une sorte de gourou ou de coach.

« L’éternel recommencement de nos erreurs, de nos angoisses, de nos chimères et de nos amours »

Jusqu’à ce qu’un adolescent voulant se suicider réussisse à le convaincre de lui proposer le meilleur moyen d’en finir avec la vie. Tirésias cède non sans colère mais avec humour. Touché par la demande, et par amour pour sa fille, il reprend son travail de voyance pour raconter « l’éternel recommencement de nos erreurs, de nos angoisses, de nos chimères et de nos amours ». À cent lieues de tout didactisme, le texte aborde avec force et subtilité les dimensions tragiques, comiques, poétiques de nos interrogations et déploie magnifiquement l’infini potentiel de nos existences.

Au-delà de la parfaite maîtrise des moyens sobres et rigoureux de la scénographie, de la lumière et de la musique de Philippe Gordiani, ce qui régale dans ce spectacle c’est sa direction d’acteurs millimétrée. Précision, sensibilité, absence d’effets oratoires. Judicieuse manière d’échapper au lyrisme ampoulé accompagnant souvent les histoires anciennes même actualisées. Delaigue cerne au plus près l’humanité de ses personnages qui nous ressemblent comme des pères, des frères et des sœurs. Avons-nous tous besoin de la parole d’un Tirésias pour accéder à plus de liberté et renoncer au désir d’en terminer avec l’étroitesse apparente de nos destinées ? La question est passionnément posée, presque en toute intimité.

Thomas Poulard tyranniquement intelligent

Pour parvenir à ses fins, Philippe Delaigue devait s’entourer d’interprètes capables de s’immerger dans une fiction à la fois ancienne et moderne. C’est chose faite. Thomas Poulard en Tirésias incarne une sorte de Prospéro, lucide sur lui-même, sagace et tendre, tyranniquement intelligent. Porté par une voix aux modulations virtuoses, s’exprimant parfois au micro pour marquer la distance avec les légendes antiques, il envoûte par sa présence physique, corps usé ou énergie retrouvée. À ses côtés, Héloïse Lecointre, sa fille, émeut par sa grâce naïve et sa volonté farouche de vivre intensément le rapport à son père et celui au jeune Léo venu le consulter. Jimmy Marais, dans le rôle de Léo, convainc par son engagement impétueux à vouloir affronter la mort et bouleverse lorsqu’il découvre le prix de la vie.

Tirésias s’inscrit comme une création à voir absolument et qui a le triple mérite de pouvoir rassembler pour le plaisir du théâtre les érudits de la mythologie, les spectateurs dont la mémoire a besoin d’être rafraîchie et les adolescents de notre temps qui ont soif d’apprendre. 

Michel Dieuaide


Tirésias, de Philippe Delaigue

La Fédération-Cie Philippe‑Delaigue • 7, rue d’Alsace‑Lorraine • 69001 Lyon

www.lafederation.net

Tél. 04 72 07 64 08

Texte et mise en scène : Philippe Delaigue

Création sonore et musicale : Philippe Gordiani

Jeu : Thomas Poulard, Héloïse Lecointre, Jimmy Marais

Scénographie et lumières : Sébastien Marc, aidé de Guillaume Vesin, Marion Gervais et Guillemine Burin des Roziers (accessoires), Gabriel Burnod et Gilles Petit (constructeurs)

Collaboration artistique : Léa Menahem

Avec les voix de : Léa Menahem, Éloïse Hallauer, Éloïse Seluka, Margaux Le Mignan, Pol Tronco

Création costumes : Dominique Fournier

Perruque : Christelle Paillard

Photo : © Juan Robert

Théâtre Gilgamesh • 11, boulevard Raspail • Avignon

Tél. 04 90 89 82 03

http://www.theatregilgamesh.com/cms/fr/programmation-2016

Représentations du 7 au 30 juillet 2016 à 12 h 40

Relâche les 18 et 25 juillet

Durée : 1 h 20

17 €, 12 €, 9 €

À partir de 13 ans

Timeline © D.R.

« Timeline », de Jean‑Christophe Dollé, Théâtre du Girasole à Avignon

Loufoquerie indigeste

Par Marion Le Nevet
Les Trois Coups

La compagnie Fouic Théâtre explore le rapport au temps en cherchant à déconstruire les codes du théâtre. Un spectacle futile et redondant, bien en deçà de ses ambitions.

Avide d’images et d’instantanéité, le public délaisserait le théâtre. C’est en partant de ce constat que Jean‑Christophe Dollé met en évidence l’opposition de forme et de valeur entre le théâtre et la communication moderne. Rivés à nos téléphones, nous perdrions patience, notre temporalité devenant de plus en plus en inadéquation avec celle du théâtre. Le metteur en scène compose alors un spectacle surréaliste, et imagine avec humour les déviances possibles d’un monde qui zappe.

La pièce raconte l’absence de pièce : texte disparu, comédiens hébétés, metteur en scène et auteur qui sortent de coulisses et interpellent le public. On s’arrête, on reprend, on revient en arrière, comme avec la vidéo. Dans cet éclatement des repères, le théâtre lutte pour exister, et surtout ne pas perdre les spectateurs. Cette joyeuse équipe se donne pour objectif de revaloriser le théâtre, montrer qu’il est indispensable. Dénoncer notre rapport consumériste à l’art, qui frôle le divertissement. « On veut pour 25 € de théâtre » clame un faux spectateur. Le cahier des charges du spectacle contemporain est également épinglé : longueur idéale, radicalité, rythme… Un départ assez jouissif et cocasse, déstabilisés que nous sommes par l’attaque franche des habitudes au théâtre, cassant son image sacrée. Ironie piquante, absence de sujet, les comédiens ne savent plus leur texte et peinent à s’exprimer. Nous nous retrouvons face à un Beckett actuel, enrichi de la communication en ligne et de la vidéoprojection.

Un univers au kitsch presque lynchien

Malheureusement, la mise en scène s’essouffle très vite par le manque de fond de la pièce. Tout est explicité lourdement : les codes visuels, comme la fameuse timeline (ligne qui s’affiche au cours de la lecture d’une vidéo pour signaler la durée restante), sont appuyés d’un surtexte inutile. Pire : en rejetant la modernité, l’auteur défend finalement une vision archaïque du théâtre. Pointant la subordination totale au texte, le comédien figurant le dramaturge semble totalement ignorer les écritures de plateau, improvisations et autres formes théâtrales aujourd’hui entrées dans la norme. Costumes datés et poussiéreux, scénographie faussement technique et pseudo-futuriste – bruits métalliques, lumière violette… Un univers au kitsch presque lynchien, bien loin de la technicité léchée et poétique de Joris Mathieu. Reprochant la perte d’humanité des supports virtuels et nouvelles technologies, le spectacle s’écarte de la vie et de ses contemporains.

On est fatigué par les revirements et fausses pistes dramaturgiques : il ne se passe rien et ne se dit rien, les comédiens ne cessent de râler et crier, mais sont totalement passifs, à la merci de la scénographie. On ne sait pas ce qu’ils veulent, eux ne savent pas pourquoi nous sommes là. Ils paraissent oppressés, et deviennent oppressants. Aucun personnage n’est réellement construit, les comédiens se raccrochent alors à un jeu démonstratif. L’urgence permanente, dans la volonté de rattraper le temps qui file, finit par brasser du vent.

Est-ce une métaphore ? Une parodie ? Les interludes vidéo moralisateurs laissent croire à la première option. Une fable joyeuse en surface, au message pessimiste… Le rapport au temps n’est qu’un prétexte pour en gagner : « On a acheté du temps » dira un des personnages en bout de course. Est-ce du théâtre conceptuel ? L’idée passionnante de rompre l’illusion de la scène et de la fiction est trop rapidement mise de côté, au profit d’un enchaînement de symboles grossiers. Peut-on légitimement reprocher aux spectateurs de se désintéresser du théâtre quand ses acteurs s’avouent vaincus d’avance ? 

Marion Le Nevet


Timeline, de Jean‑Christophe Dollé

Mise en scène : Clotilde Morgiève, Jean‑Christophe Dollé

Avec : Yann de Monterno, Clotilde Morgiève, Juliette Coulon, Félicien Juttner, Erwan Daouphars, Aurélie Vérillon, Élisa Oriol

Conception vidéo : Mathias Delfau

Conception sonore : Michel Bertier

Lumières : L.N.

Scénographie et costumes : Marie Hervé

Chorégraphie : Magali B

Musique : Jean‑Christophe Dollé

Photo : © D.R.

Théâtre du Girasole • 24 bis, rue Guillaume‑Puy • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 82 74 42

Site du théâtre : http://theatredugirasole.fr/

Du 7 au 30 juillet 2016 à 22 h 30

Durée : 1 h 30

22 € | 15 € 

À partir de 11 ans

C’est un peu compliqué d’être l’origine du monde » © Giovanni Cittadini Cesi

« C’est [un peu] compliqué d’être l’origine du monde », des Filles de Simone, la Condition des soies à Avignon

Subtil exutoire

Par Marion Le Nevet
Les Trois Coups

Trois jeunes comédiennes révèlent la face cachée de la maternité, en partageant leur désarroi et leurs désillusions. Un spectacle drôle, honnête et fin.

Avoir la trentaine aujourd’hui, décider d’avoir un enfant, se dire qu’on est enfin prête à conjuguer ce nouveau rôle avec un emploi du temps bien rempli. Et puis réaliser que rien ne se passe comme prévu. Déstabilisées par une réalité qui ne ressemble en rien à ce qu’on nous laisse croire, Tiphaine Gentilleau et Chloé Olivères, jeunes mamans, choisissent de rétablir la vérité. Sans rancune, juste pour remettre les choses à leur place, prendre du recul et déculpabiliser. Car devenir mère, c’est la plupart du temps se sentir disqualifiée sur le plan personnel comme professionnel. L’impression d’être parfois prise au piège entre le devoir de donner naissance dans l’épanouissement, tout en subissant les pressions d’une vie sociale dans laquelle les enfants sont souvent indésirables. Mises sur la touche professionnellement, incomprises par les amis qui n’ont pas d’enfants, débordées par les affres du quotidien dont le père paraît mystérieusement écarté…

À partir de leurs propres expériences, depuis la grossesse jusqu’à leurs premières années de maternité, les deux interprètes semblent créer la pièce sous nos yeux. Alternant fiction, aveux et vrai débat, elles s’interrogent sur ce qui doit être dit ou non sur le sujet. Car il est bien question de déconstruire les idées toutes faites et bien-pensantes.

Des réflexions étayées de celles de mères spirituelles hautement crédibles, bien que contradictoires, que les comédiennes interprètent également. Simone de Beauvoir, bien sûr, l’historienne Yvonne Knibiehler, la psychanalyste Antoinette Fouque, Élisabeth Badinter… telles des bonnes fées ou mauvais génies rôdant dans leur conscience. Entre la théorie et la pratique, le gouffre s’élargit scène après scène. Le public est aussi pris à partie, comme pour s’appuyer sur l’expérience de chacun(e) et obtenir une approbation.

De vrais instants de poésie

Car l’enjeu est de taille, et il ne s’agit pas de se limiter à raconter son épisiotomie. On questionnera par exemple la légitimité féministe de la mère, ou l’aliénation du corps par la procréation. « Elle est la proie de l’espèce » disait ainsi Simone de Beauvoir. En découle un spectacle drôle et dynamique. L’abord personnel nourrit avec intelligence un discours plus intellectuel. Les transitions entre ces différentes images équilibrent parfaitement le spectacle.

Cette adroite jonglerie est intrinsèquement liée à la maîtrise des comédiennes. Un jeu frais, naturel, spontané, presque lyrique pour Chloé Olivères. Tiphaine Gentilleau, auteur du texte, apporte quant à elle de la sensibilité et de la pugnacité. De vrais instants de poésie, comme le petit ballon gonflé à la pompe à air sous le T-shirt. Un burlesque dédramatisant, à l’image du sketch du débordement de lait maternel… La scénographie, légère et multiforme, figure de façon ludique ce parcours du combattant, du gynécologue au psychologue, en passant par l’employeur ou la belle‑mère.

En nous faisant pénétrer dans leur intimité, Les Filles de Simone portent un discours universel. Les femmes se sentent-elles donc si seules face à la loi de la nature pour avoir besoin de partager entre elles cette expérience ? Ou est-ce seulement l’extrême banalité de l’enfantement qui d’habitude fait taire la réalité de cette épreuve ? Un moment qui vous fera réfléchir à deux fois avant de franchir le pas, avec tendresse et compassion. 

Marion Le Nevet


C’est [un peu] compliqué d’être l’origine du monde, des Filles de Simone

Création collective : Claire Fretel, Tiphaine Gentilleau, Chloé Olivères

Texte publié aux éditions Actes Sud‑Papiers

Avec : Tiphaine Gentilleau, Chloé Olivères

Lumières et régie : Mathieu Courtaillier

Photo : © Giovanni Cittadini Cesi

La Condition des soies • 13, rue de la Croix • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 22 48 43

Du 7 au 30 juillet 2016 à 12 h 10

Durée : 1 h 10

16 € | 11 €

« les Ailes du désir » © Philippe Hanula

« les Ailes du désir », d’après Wim Wenders, Peter Handke, Richard Reitinger, Théâtre du Chien‐qui‑Fume à Avignon

L’éternité du désir

Par Lorène de Bonnay
Les Trois Coups

« Les Ailes du désir » de Gérard Vantaggioli transposent le film magistral du cinéaste allemand, dont l’action se situe dans le Berlin de 1987, dans la cité des Papes d’aujourd’hui. Une adaptation lumineuse, onirique, légère, mêlant savamment théâtre, musique et vidéo.

Depuis la nuit des temps, les anges Damiel et Cassiel observent les humains. Ils ressemblent au jacquemart de la tour d’Avignon ¹ qui rythme les heures. Les comédiens Sacha Petronijevic et Nicolas Geny sont les interprètes très inspirés de ces anges éternels, éthérés. Perchés sur un espace de jeu en hauteur, ils dominent deux écrans, un plateau noir et des rideaux sur lesquels sont aussi projetées des vidéos d’Avignon. Nuages, monuments historiques, passants. La scénographie est efficace.

Entre clip touristique, cartes postales en noir et blanc et illuminations, la ville du Sud s’anime – solaire, historique, culturelle. Le chœur des anges commente à distance la polyphonie de la cité, les monologues intérieurs fugitifs des passants. Le jeu de Nicolas Geny (qui représente un Cassiel prophétique, sage, doux) se révèle juste et envoûtant.

Les deux personnages évoquent donc la métaphysique, Beckett, le génocide rwandais ; ils observent l’arrivée d’un metteur en scène au Festival et se focalisent sur son histoire. Ce dernier fait répéter son actrice et acrobate, Marion. Dès lors, les quatre comédiens investissent le plateau et la dimension cinématographique passe au second plan.

Ainsi, l’écriture scénique entrelace très habilement sons, images, paroles, jeu et mouvements, ombres et éclats de lumière, espace céleste et lieu terrestre (un théâtre !). Moins mélancolique que l’œuvre de Wenders, ce conte actuel allie poésie, fantastique et banalité. En effet, le poème de Peter Handke scande la pièce, évoquant l’innocence de l’enfant – seul capable de voir les anges (l’adulte étant trop conscient de lui-même et absorbé) : « Lorsque l’enfant était enfant, / Il marchait les bras ballants, / Il voulait que le ruisseau soit rivière / Et la rivière, fleuve, / Que cette flaque soit la mer ». Ces beaux vers proférés comme un refrain par une voix off, un ange ou le Metteur en scène, soulignent la proximité entre le désir de l’enfant et celui de l’artiste.

Ainsi, le dramaturge (campé par Philippe Risler qui convainc peu) voudrait‑il fonder un nouveau théâtre, comme Vilar. La comédienne et acrobate Marion (Stéphanie Lanier), qui peine à incarner le texte et à virevolter sur sa corde, rêve de « jouer une épopée de la paix ». Propos très faciles, mais touchants. Enfin, c’est l’élan amoureux qui vient relayer les rêves artistiques ou l’étonnement enfantin. Cassiel abandonne son éternité par amour : sa chute en musique, suivie d’un coucher de soleil sur Avignon et d’un éveil sous les feux de la rampe constituent le sommet du spectacle. Sacha Petronijevic, passant de l’ange omniscient à l’enfant s’extasiant devant les couleurs du monde, émeut énormément.

La mise en scène, en juxtaposant les scènes, en jouant des espaces (réel, théâtral, filmé) pose autrement le questionnement philosophique sur l’existence, au cœur des Ailes du désir : qu’est‑ce qu’être là ? Faut-il vivre en étant détaché, comme un pur esprit ? Ou dans le présent intact des sensations, dans l’ici et le maintenant, comme l’enfant ou le comédien ? Qu’est-ce qui nous emplit : la sensualité, la spiritualité, la passion, l’art ? La pièce fait définitivement l’éloge du désir amoureux, du corps, de la lumière : la photographie du jacquemart et de son épouse (une rose à la main) qui surplombent la ville en est la métaphore. Si le spectacle perd grandement en gravité, profondeur, radicalité (par rapport au film), il gagne en joie simple, en sourire festif et estival. 

Lorène de Bonnay

  1. L’ancienne tour du couvent qui dominait l’ancien hôtel de ville de style gothique renferme un jacquemart, un soldat en bois sculpté qui frappe sur un marteau pour indiquer les heures, et son épouse, Jacote.

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les Ailes du désir, d’après Wim Wenders, Peter Handke, Richard Reitinger

Mise en scène et adaptation : Gérard Vantaggioli

Avec : Stéphane Lanier, Sacha Petronijevic, Nicolas Geny, Philippe Risler

Musique : Éric Breton

Création lumière : Franck Michallet

Régie vidéo : Jérémy Meysen

Théâtre du Chien‑qui‑Fume • 75, rue des Teinturiers • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 25 87

Site du théâtre : http://www.chienquifume.com/

Du 6 au 30 juillet 2016 à 17 h 45, relâche les 12, 19 et 26 juillet

Durée : 1 h 5

20 € | 14 €