Entretien avec la chanteuse Juliette à l’occasion de son dernier album, « No parano »

Juliette © Éric Vernazobres

Juliette : le verbe entre chant et théâtralité

Par Lise Facchin
Les Trois Coups

On dit souvent de quelqu’un dont la puissance émane et rayonne large : « C’est un personnage ! ». La chanteuse Juliette, rencontrée à l’occasion de la sortie de son dernier opus, « No parano », est encore au-delà : vivante, pleine de gouaille et du charme de l’intelligence hardie ; la scène s’est faite chair…

L’action se passe dans une salle de répétition de Radio France. La lumière est blanche, le mobilier épuré et sommaire : côté jardin, un grand piano à queue noir laqué ; côté cour, un canapé, une table basse en verre et deux fauteuils en cuir noir assez design. Quelques bagages et caisses laissées au hasard attestent le passage de différents musiciens.

Juliette est assise dans le fauteuil le plus proche du mur, vêtue d’un pantalon de cuir et d’une ample chemise blanche, l’air espiègle mais patient, face à la journaliste qui installe son matériel d’enregistrement. Durant toute la scène, on entendra des bruits d’échauffement musical : une audition pour le grand orchestre de Radio France se prépare.

Juliette, pétillante. — … J’adore les gens de théâtre, je m’entends bien avec eux en général. Je suis assez liée à des gens comme François Morel, par exemple.

La journaliste, appuyant à la hâte sur son Dictaphone. — Vous faites un pont, en quelque sorte ?

Juliette. — Oui je fais un pont avec le théâtre, mais aussi avec le milieu des musiciens classiques qui m’aiment beaucoup, ce qui me flatte vraiment. Faire lien, c’est un rôle qui me plaît. Et ce n’est pas vraiment facile d’autant que dans le milieu du classique, il y a une exigence qui n’existe pas systématiquement dans la « variété », au mauvais sens du terme.

La journaliste. — Votre rapport à la scène aussi est particulier : sur scène, vous faites des trucs complètement fous…

Juliette. — C’est vrai.

La journaliste. — … et vous avez l’air d’y prendre plaisir, en plus…

Juliette, croisant les jambes, soudain sérieuse : La première chose à laquelle je pense quand j’écris une chanson, ou ne serait-ce qu’un texte, c’est la valeur théâtrale qu’elle va pouvoir avoir. Qu’est-ce que je vais bien pouvoir en foutre sur scène ? Ce qui conditionne bien sûr le nombre de brouillons qui passent à la poubelle ! Les chansons qui passent à la poubelle sont celles que je ne me sens pas de chanter sur scène à vrai dire. Un temps, puis tout d’un coup. En fait, c’est pas vrai, je ne les mets pas à la poubelle : j’ai des tiroirs avec des tas de cahiers dans lesquels je repêche des idées, parce que, souvent, une idée n’est pas bonne parce qu’elle n’est pas prise sous le bon angle, et il suffira d’avoir un peu de recul dessus pour se dire « Si. Ça peut être utile ça ! Ça peut devenir quelque chose ! ». Mais la première chose que je me demande, c’est si je vais tenir le coup à chanter le texte pendant deux ou trois ans et à quelles conditions scéniques. On ne se pose pas la question quand on monte un spectacle de théâtre, un texte de Brecht, de Molière ou un Shakespeare… Parce que les textes ont déjà fait leurs preuves !

La journaliste, sentencieuse. — Certes, mais certains feraient bien de se poser la question de savoir pourquoi ils les montent…

Juliette, riant : Ah ça, je suis bien d’accord avec vous !

La journaliste, poursuivant sa lancée. — Parfois, monter un Shakespeare a un côté facile parce que c’est connu et reconnu, mais si on n’a rien à dire derrière, si aucun propos…

Juliette, approuvant : Bien sûr, si ce n’est pas pour faire avancer le texte, pour y rajouter quelque chose, un regard un peu neuf, un angle… J’ai travaillé avec un monsieur qui s’appelle Pierre Philippe, et qui m’a laissé un très bel héritage dans une petite phrase qui préside absolument à tous mes travaux d’écriture et qui est : « Toutes les histoires ont déjà été racontées, il faut simplement trouver l’endroit où personne n’a encore pensé mettre une caméra ». Le côté visuel – par où je regarde et ce que je vois – est d’une véritable importance. Si je prends un plan rapproché, un plan américain, un plan serré, je ne raconte pas du tout la même histoire.

Je pense à l’histoire du vélodrome dans le P’tit Vélo rouillé, par exemple, pour parler de ces nuits d’insomnie, où on se fait un film en faisant tourner un petit vélo. C’est une expression que j’ai depuis longtemps : « Qu’est-ce que t’as fait cette nuit ? — Cette nuit, j’ai mal dormi, j’ai fait du vélo. ». La chanteuse s’agite un peu, on sent le plaisir qu’elle a eu dans l’écriture du texte. Elle est bien cette expression ! « J’ai fait du vélo. J’ai pédalé dans le vide. » Et puis, c’est du bonheur pour une chanson parce que « vélo », ça appelle bien sûr le vélodrome, et les métaphores cyclistes et le cambouis, et puis il y a aussi des mots très durs, les chaînes, les grincements… Il y a tout un champ lexical très intéressant à explorer pour cette chanson qui parle juste de ces nuits où on tourne en rond dans sa tête. En l’occurrence, c’est une histoire d’amour : la personne aimée n’est pas là et le lit est désert. On se dit « Mais qu’est-ce qu’il fout… ? », et il revient. Et le vélo s’en va.

La journaliste, assurée, voire fataliste. — Mais il reviendra.

Juliette, un sourire de malice aux lèvres et une lueur de complicité dans ses yeux noirs : Il revient toujours le vélo… Mais cette chanson, c’est aussi les souvenirs de môme, de tous ces cyclistes à la télé qui courent comme des fous tous en rond. Ça va à toute vitesse… et c’est très bruyant. La bonne idée que j’ai eue, c’est de commencer par le 125e tour et non pas par le premier, et d’y revenir à la fin de la chanson. La boucle est bouclée : c’est le phénix du vélodrome !

Et puis, là, je prépare ma tournée, alors je suis en train de me demander comment je vais la chanter sur scène, si je vais la chanter en vélo, si je vais seulement faire venir un vélo sur scène… Soudain très réflexive. J’ai dans l’idée qu’on va faire une partie des percussions sur un vélo… qu’on va casser un vélo. Peut-être que ce ne sera pas réalisable pour plein de raisons techniques, mais c’est comme ça que je gamberge en ce moment : on va prendre un vélo ! On va le sonoriser et on va faire les percussions dessus ! Et tous les soirs, on va casser un vélo ! Il y a plein de sons à faire sur un vélo : avec les roues qui tournent, par exemple… Quand on était môme, on mettait des cartons pour faire ce petit bruit de frottement très sec… Y’a un vrai truc ludique avec le vélo !

Le passage qui suit, frôlant l’absurde, se situe entre Genet, Ionesco et Beckett : on y rit, mais l’on considère sérieusement les propos tenus.

La journaliste. — C’est un peu méchant comme objet, vous ne trouvez pas ?

Juliette, ne considérant pas du tout la question saugrenue : Ça peut être très méchant, oui !

La journaliste, poursuivant, avec une voix accusatrice et sans appel. — C’est comme les parapluies.

Juliette, vivement : Oh oui, c’est vrai, moi je hais les parapluies !

La journaliste. — Peut-être qu’un jour vous ferez une chanson sur les parapluies…

Juliette. — Ah, mais pourquoi pas ! Je suis plutôt d’accord : je n’ai jamais de parapluie, je suis soit avec un chapeau, soit une capuche, soit tête nue, mais je ne risque pas de marcher sous un parapluie… Ça, jamais ! D’abord, je trouve que le parapluie est un objet éminemment solitaire. Le parapluie, c’est pour une personne seule ! Marcher à deux sous un parapluie, c’est une connerie ! Et puis quand on croise des gens avec des parapluies, on n’existe pas et on se les prend dans l’œil… Deux sous un parapluie, c’est une invention à la con ! Ou alors avec les grands parapluies de berger, mais comme leur nom l’indique, c’est à la campagne et non pas rue de la Paix…

La journaliste, comme heureuse de se soulager d’un poids. — C’est là où je n’ai jamais compris le « petit coin de paradis sous un coin de parapluie » de Georges Brassens : mon œil !

Juliette, souriant : Oui, mon œil, c’est le cas de le dire !

La journaliste, exaltée. — Et si les deux protagonistes de la chanson ont le malheur de ne pas faire la même taille, hein ? Comment fait-on ? La scène devient ridicule, l’image grotesque ! Se calmant d’un coup. Mais revenons au vélo… Effectivement, c’est scéniquement un objet intéressant. Et les chansons que vous interprétez, mais qui sont écrites par d’autres, vous les choisissez de la même façon ?

Juliette. — C’est l’envie de les chanter, tout simplement. C’est vrai que vingt ans séparent mon premier album de celui-ci, et bien que le premier ait été un album live et que No parano soit un album studio, les deux se ressemblent beaucoup dans la mesure où ils ont tous deux une part égale entre créations personnelles et reprises. Il y a d’ailleurs la chanson-titre de l’album d’il y a vingt ans, « ¿ Que tal ? », qui est répétée avec une version un peu plus symphonique et flamboyante. Tout à coup rigolarde. C’est marrant de chanter une chanson sur la vieillesse quand on a vingt ans, c’est encore plus marrant de la chanter quand on approche des cinquante : j’ai sans doute plus envie que ça dure maintenant qu’à vingt ans. Donc, c’est un petit clin d’œil assez amusant.

Un temps. La journaliste la regarde, mais ne la relance pas.

Juliette. — Et puis c’est mon plaisir de chanter les chansons des autres ! Je trouve qu’elles sont belles, qu’elles existent. Pour les Dessous chics, c’est la première fois que je reprends Gainsbourg, donc c’est une vraie première fois, d’autant que j’ai toujours choisi des chansons du répertoire, mais qui étaient un peu rares et assez anciennes. Ça peut paraître surprenant parce que l’image que je donne et que l’on a de moi n’est pas forcément une image glamour, féminine, La Perla, Chanterelle, et cætera. Mais mon point de vue sur cette chanson est beaucoup plus ambigu. J’ai à la fois un regard sur les dessous chics en tant qu’objets de désir et, en même temps, je suis une femme, donc ça me touche aussi. Je trouve que c’est un texte assez féministe finalement. Qu’est-ce qui oblige les femmes à supporter ces paravents désolants si ce n’est pour attirer le regard de leur compagnon ? Il y a quelque chose de très compliqué là-dedans, qui part dans tous les sens et qui est très immatériel, ambigu. Et puis le texte est très beau… J’envie ça à Gainsbourg, ce peu de mots pour dire tant de choses. Ça s’appelle de la poésie. Je l’entends d’une certaine manière et je sais très bien que d’autres vont l’entendre autrement. La mélodie aussi est magnifique.

Elle sourit soudain, admirative et pétillante. C’était un sacré coco quand même, parce qu’il en a emprunté mais il en a fait de sublimes ! Après, on entend beaucoup que Gainsbourg, c’était formidable au début, quand c’était encore très acoustique, un peu rive gauche, et puis qu’après, c’est de la variété. Lui même a dit : « Ma veste était doublée de vison, donc je l’ai retournée ». Jolie formule… Mais il n’empêche qu’après avoir dit ça, il a écrit une paire de belles choses et notamment la Ballade de Melody Nelson et l’Homme à la tête de chou. Après, je suis moins sensible à l’habillage musical des années 1980. Je trouve que ça a vieilli très vite, que ce n’est pas très beau, ce synthé un peu gnangnan. Sauf l’album reggae qui n’a pas pris une ride, Aux armes, etc. Les Dessous chics est un bon exemple : la version de Jane Birkin est très jolie, elle le chante très bien avec cette fragilité qu’on adore, mais après, musicalement, ce n’est pas ma tasse de thé, franchement. Moi, j’arrive avec mon bagage de création, mon amour des instruments acoustiques : je fais une reprise acoustique. Mais la chanson en elle-même est faite pour ça, et je ne crois ni la dénaturer ni trahir la pensée musicale de Gainsbourg.

La journaliste. — Il ne faut pas non plus avoir peur de retourner et de bouger les choses qui existent déjà.

Juliette, avec force : Sûrement pas ! On reprend des chansons sans scrupules d’auteurs qui sont morts depuis longtemps, mais Gainsbourg beaucoup moins, alors que ça fait vingt ans ! Ça veut dire qu’il y a des gens qui sont nés et qui, bien qu’étant presque des adultes, n’ont pas connu Gainsbourg vivant. Pour moi, ça veut dire qu’on a le droit de le faire vivre différemment. L’enregistrement change une donnée là-dedans, c’est évident. Je n’ai pas vu Brel sur scène, mais je sais comment il était parce que je l’ai vu à la télé. Et ce sont des gens qui ont marqué, donc, on se demande si on a le droit de les reprendre. Alors que si on avait eu des films de Chopin et de Mozart, aujourd’hui personne ne jouerait plus de Chopin ni de Mozart, ça serait un peu con quand même ! Tous les interprètes ont quelque chose à y apporter. Ça peut être judicieux pour certains et nul pour d’autres, mais le côté « je suis fan de et je ne veux pas qu’on touche à mon idole », je trouve ça un peu triste. Quand un auteur aussi prolixe que Gainsbourg a lâché une œuvre pareille, si ce n’est pas pour qu’on s’en serve ! C’est comme ça que la chanson est vivante.

La journaliste, reprenant son rôle de professionnel des questions, après un rapide coup d’œil sur son calepin. — Vous disiez que vous ne donniez pas une image « glamour », mais il me semble que c’est une ambiguïté sur laquelle vous avez toujours joué, pas seulement du point de vue de l’image en soi mais aussi des chansons. Je pense au Festin de Juliette, par exemple, une chanson d’une grande sensualité.

Juliette, appréciant la remarque, mais se faisant de plus en plus sérieuse à mesure de sa réplique : C’est vrai qu’il y en a toujours. Pour le coup le Festin de Juliette, c’est très glamour ! Mais j’aime bien ça… On est dans une époque tellement formatée. Pour être belle, il faut être blonde et peser trente-cinq kilos maximum… Pour être honnête, je ne trouve pas ça très joli, les filles trop maigres, comme les hommes trop maigres, d’ailleurs. Ce n’est pas très attirant, pas très excitant, ça ne fait pas envie, quoi… Et ce diktat de la maigreur, c’est affreux, l’anorexie, c’est juste une maladie pas rigolote du tout… Une épouvante totale. Et si on peut vivre autrement, se rendre malade juste pour ressembler à une page de magazine, mon Dieu, mais quelle connerie !

D’un certain point de vue, c’est la leçon des Dessous chics. On entend souvent les filles dire : « Je ne suis pas assez jolie, assez mince. Je ne trouverai jamais de mec… ». Alors que si elles se laissaient aller à ce qu’elles ont, elles en trouveraient à la pelle des mecs, qu’elles soient grosses, maigres, ou borgnes. J’ai été très sensible à la campagne qu’avaient commencé à lancer les Espagnols et les Italiens et qui présentait des images très violentes de filles anorexiques, dont la jeune femme qui est décédée il n’y a pas longtemps. C’était insoutenable comme image, c’est atroce. Et tout ça pour servir de portemanteau…

La journaliste, tentant que canaliser la digression. — Pour revenir à la scène, est-ce que vous pensez que la crise du disque va privilégier les artistes de scène ?

Juliette. — Pour moi, ça a déjà commencé. Par contre, les maisons de disques se sont mises à racheter des boîtes de programmation de spectacles pour chapeauter un peu tout. Ça peut être une très bonne idée, comme une très mauvaise, ça dépend de qui gère quoi. C’est quand même un autre métier de gérer de la scène et du disque. Mais j’imagine difficilement que les gens n’achètent plus de musique à écouter chez eux, qu’elle soit matérielle ou pas. J’ai des amis fous de musique classique qui continuent d’acheter des C.D. parce que le rendu est meilleur que les mp4, quoiqu’il soit encore inférieur au microsillon. Par contre, on a beaucoup trop produit. Tout et n’importe quoi. Il y a un moment où il faut limiter les dégâts : tout le monde ne peut pas vendre un million d’albums. Ce n’est pas possible. Et puis il y a une sorte de consommation rapide, un artiste va faire un tube et faire un million de ventes sur son premier album, et le second fera moins, et tout est remis en cause pour cet artiste-là. C’est une drôle d’affaire, ça. Moi, je suis contente de ne pas vendre un million d’albums : je n’aurai jamais à me poser la question de savoir combien je vais en vendre demain.

La journaliste. — La question était plus du point de vue du public. Le fait que les gens accèdent de plus en plus facilement, rapidement, massivement à la musique et aux morceaux de manière déconstruite – puisque sur les sites de téléchargement légal, vous n’achetez plus un album mais des morceaux à la carte –, est-ce que du coup, ça ne va pas pousser les gens à aller écouter davantage les artistes en concert et les artistes à accorder plus d’importance à leur jeu de scène ?

Juliette. — Justement. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens qui vont voir des spectacles. Et il y a un autre facteur, c’est que depuis 1981 et depuis Jack Lang, on a une véritable politique de spectacles qui s’est mise en place en France, ne serait-ce qu’avec les scènes nationales. Ce n’est plus seulement aux mains des municipalités, pour qui ça pouvait être très lourd. Ça a profondément changé les habitudes du public, et surtout en province. Après, il y a certainement un petit retour en arrière en ce moment, mais espérons qu’il sera de courte durée. Ce qui m’inquiète toujours un peu, c’est les petits lieux de découverte parce que c’est devenu extrêmement compliqué, notamment d’un point de vue fiscal et légal.

Quand j’ai commencé, on jouait dans des petits lieux, on nous filait cinquante balles et on n’en parlait plus, on était super content, on n’était pas déclaré, et il n’était pas question que les A.S.S.E.D.I.C. viennent fourrer leur nez là-dedans. Mais voilà, maintenant, ce n’est plus possible. Il y aurait peut-être une politique à avoir pour ces lieux-là, trouver un terrain d’entente qui permette de déclarer les groupes un minimum, que les choses soient définies et qu’on ne déclare pas de la même manière et au même taux un type qui joue du rock dans un bistrot devant cinquante personnes et celui qui remplit le Palais des sports. Ça me semble d’une logique absolue. Il y a un vrai problème au démarrage maintenant, plus qu’avant. Faire connaître des jeunes gens qui commencent, ça devient vraiment compliqué. Aujourd’hui, ça va avec un vrai engagement, une envie d’autre chose…

La porte s’ouvre, et une femme souriante et énergique passe la tête par la porte.

La femme. — Pardon de vous interrompre, mais le prochain rendez-vous est arrivé.

La journaliste, un peu désarçonnée. — Ah bon, euh… très bien. Alors, euh… merci. Rangeant ses affaires. Je vous tiendrai au courant.

Juliette. — Merci à vous pour cette interview à bâtons rompus et à bientôt.

Elles se serrent la main. Juliette va au piano et commence à jouer tandis que la journaliste quitte le plateau. Noir. On entend juste les accords du piano et la voix de la chanteuse, puissante, grave et palissée d’aspérités, entonner le premier couplet du Petit Vélo :

« Un petit vélo rouillé

Dans un grincement minable

Tourne sur mon oreiller

Une ronde interminable

Il va, le guidon tordu,

Brinquebale les roues voilées

Indifférent et têtu

Sur le point de dérailler. » 

Propos recueillis par
Lise Facchin


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Photos : © Éric Vernazobres