Entretien avec Patrick Penot, directeur artistique du festival Sens interdits à Lyon, du 23 au 30 octobre 2013

« Sans interdits »

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Sous la bannière des Célestins, théâtre de Lyon, et sous la houlette de Patrick Penot, directeur artistique, le festival international de théâtre Sens interdits se déroule à Lyon et dans l’agglomération, du 23 au 30 octobre 2013. Cette troisième édition affiche avec détermination la volonté de proposer des spectacles qui disent « l’incandescence du monde » et « secouent les consciences ». Patrick Penot répond à quelques questions des « Trois Coups » pour donner aux publics le goût de la découverte.

Sens interditsVous dites, Patrick Penot, que la programmation de « Sens interdits » est celle d’un « théâtre de nécessité ». Quelle est pour vous la signification de cette expression ?

Dans un monde turbulent où pour des raisons économiques, culturelles et politiques les frontières ne cessent de bouger, il s’agit d’abord de donner sa place à des théâtres qui restituent tout son sens à la rencontre entre œuvres dramatiques et spectateurs. Sans interdits. Notre festival se veut la marque d’un engagement qui souhaite, au-delà de la simple indignation, montrer des artistes qui se dressent vent debout comme les veilleurs indispensables que les questions de mémoire, d’identité et de résistance passionnent. Quinze spectacles venus de treize pays témoignent de ce théâtre de nécessité : Pologne, Russie, Chili, Argentine, Slovénie, Croatie, France, Allemagne, Espagne, Hongrie, Liban, Égypte et Cambodge.

L’affiche du festival, déclinée pour la troisième fois avec les mêmes Rubalises rouge et blanc de chantier, semble indiquer quelque chose de fort et continu dans votre rapport aux spectateurs. Qu’en pensez-vous ?

En 2011, des mains écartaient les Rubalises de notre affiche. En 2013, un visage apparaît dans l’échancrure. Notre image, à chaque fois simple et questionnante, dit aux publics qu’il faut s’approprier nos propositions, qu’il faut écarter les limites pour s’émouvoir. Ce choix de communication renvoie à la présence importante des jeunes générations fréquentant notre festival. Si 15 % de nos spectateurs sont déjà des habitués du théâtre, 85 % d’entre eux et majoritairement des jeunes de moins de 26 ans découvrent le théâtre à cette occasion. Avec leurs moyens parfois artisanaux, les compagnies que nous invitons attirent la curiosité de jeunes qui ont envie d’une culture ouverte sur le monde, qui ne confondent pas identités et comportements identitaires, qui se passionnent pour les histoires particulières bien souvent noyées par l’histoire officielle, qui ne se satisfont pas des mensonges qu’on leur vend. Cette présence significative des jeunes générations est un gage d’avenir pour notre festival.

Pouvez-vous donner quelques indications sur la façon dont vous construisez la programmation et sur l’esprit qui vous guide pour accompagner les compagnies ?

Comme directeur artistique, je voyage pour choisir les spectacles. La préparation de l’édition 2013 m’a donné l’occasion d’un séjour émouvant et artistiquement intéressant au Chili. Mais il y a également un réseau d’amis fidèles qui me font des propositions. Jean‑Pierre Thibaudat pour la Russie ou Georges Bigot pour le Cambodge. Le menu de Sens interdits résulte donc du mariage entre des découvertes personnelles et des fidélités. Quant à l’accompagnement des compagnies, il s’organise autour de trois axes : produire, coproduire, et faire tourner les spectacles en France et à l’étranger. Sans oublier la mise en place d’un ensemble de débats et de rencontres et le soin extrême apporté aux conditions d’accueil des artistes et techniciens à Lyon, en pensant particulièrement à ceux qui exercent leur art dans des pays où le théâtre survit dans une dangereuse précarité.

Mis à part Les Célestins, théâtre de Lyon, onze autres théâtres de l’agglomération sont partenaires du festival. Quel est l’enjeu principal de cette coopération qui semble vous tenir à cœur ?

Dans une période où les difficultés économiques frappent le théâtre, il est vital d’aller à la rencontre des autres lieux sans hiérarchie. La mutualisation des moyens est indispensable. Procéder par capillarité avec nos collègues est nécessaire à la fois au développement du festival et à la construction d’un élan collectif au moment où se met en place la métropole de Lyon. Renforcer les liens entre théâtres est impératif, comme à titre d’exemples avec Le Radiant de Caluire ou le Théâtre de la Renaissance à Oullins. Ces solidarités nouvelles s’accordent très bien avec les trois mots clés de Sens interdits : mémoires, identités, résistances. 

Propos recueillis par
Michel Dieuaide


Sens interdits 2013 à Lyon (Rhône)

3e édition

Du 23 au 30 octobre 2013

Contact public : Les Célestins • place des Célestins • 69002 Lyon Tél. 04 72 77 40 00

Site : http://www.sensinterdits.org

Réservations en ligne

Billetterie du mardi au samedi de 13 heures à 18 h 45 et tous les jours pendant le festival de 10 h 30 à 14 h 30 et de 18 h 30 à 20 h 30