« La Réponse des Hommes » de Tiphaine Raffier © Simon Gosselin

« La Réponse des Hommes », de Tiphaine Raffier, Théâtre du Nord à Lille

Tiphaine Raffier, l’urgence absolue

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Elle aurait dû être présente au Festival d’Avignon. Sa programmation au TNP de Villeurbanne en ce début janvier vient d’être repoussée à la saison prochaine. Il va donc falloir patienter pour découvrir la très jeune et brillantissime Tiphaine Raffier. Elle signe avec « La Réponse des Hommes » un spectacle d’une grande maîtrise, magnifique et bouleversant.

Cette création dure presque trois heures et demie qui passent comme l’éclair. À travers une succession de tableaux disparates qui, au fur et à mesure de leur avancée, laissent apparaître ce qui les relie – thématiques, situations, personnages, péchés, valeurs -, Tiphaine Raffier évoque les fameuses œuvres de miséricorde énoncées dans l’Évangile de Matthieu. Égrenées à l’infinitif sous forme d’injonctions – nourrir les affamés, assister les malades, ensevelir les morts, enseigner les ignorants, etc. –, elles sont au nombre de quinze comme autant de règles de conduite données au croyant.

À la manière d’un Kieslowski, et de son Décalogue dont elle reconnaît s’être inspirée, sous des angles qui ne sont pas sans évoquer Pasolini, elle projette ces paroles sacrées dans notre réalité. Ce faisant, elle crée un engrenage de questions pour mieux en traquer la complexité profondément humaine. Ces choix qui nous déchirent traversent les siècles, comme en témoignent les tableaux du Caravage et la création musicale bourrée de références classiques de Othman Louati. Ces éléments puisent dans une mémoire archaïque et ébranlent étrangement les certitudes auxquelles nous devons faire face.

Ce faisant, Tiphaine Raffier malmène le spectateur, lui fait comprendre ses lâchetés, ses compromissions, ses contradictions. En effet, si nous sommes d’accord avec des idées telles que « défendre l’innocent » et « toute vie a la même valeur », dès qu’elles sont soumises au prisme déformant du monde, à ses contraintes qui nous empêchent de les mettre tranquillement en application, tout se complique. Miroir de nos errements et de notre petitesse.

« La Réponse des Hommes » de Tiphaine Raffier © Simon Gosselin

« La Réponse des Hommes » de Tiphaine Raffier © Simon Gosselin

Toutes les vies se valent-elles ? La morale en questions

Voici donc un spectacle hors du commun qui nous parle de morale sans jamais en dire un mot, en nous confrontant à des situations brutales qui nous renvoient à nous-mêmes. Un spectacle difficile, philosophique, que la metteure en scène aborde par le biais de situations simples, quotidiennes, concrètes, visibles. En questionnant des personnages dont elle nous fait suivre par gros plans interposés le déroulé des émotions qui les submergent. Ce faisant, elle s’appuie sur des acteurs admirables dont chaque ressenti crève l’écran, que ce soit la recherche effrénée de la fuite, l’essai de la duplicité, la haine ou la cupidité.

Ce recours à la caméra se manifeste dès le premier tableau. Une femme souffre, elle crie sa douleur, une main sur le ventre. Est-ce un accouchement ? Mais la douleur n’est pas que dans son corps. Elle lui vrille le cerveau, au propre comme au figuré, l’entraîne dans un rituel barbare et somptueux, puis explose dans une réalité crue : cette femme ne veut pas de l’innocent fragile qu’on lui enjoint d’aimer. Entre elle et la société qui entreprend de la soigner, d’autres strates du pouvoir apparaissent, d’autres responsabilités, d’autres violences. La femme crie, le nourrisson braille à pleins poumons, une ambulance passe, sirènes hurlantes… Plus de certitude, plus de vérité, vertige. « Nous sommes désolés », répète inlassablement la fractale mystérieuse qui semble porter le même énigmatique message de tableau en tableau jusqu’à l’éclairage final en forme d’Apocalypse.

Cette conjugaison d’images et de notes, de ruptures et d’enchaînements, cette exigence, forment d’ores et déjà une esthétique, un style, rares chez un auteur qui n’en est qu’à son quatrième opus. Tiphaine Raffier nous éblouit, nous déstabilise, nous captive en nous laissant libres face à l’immensité des interprétations et des options. On ne peut que lui souhaiter de rencontrer enfin tout le public qu’elle mérite. 

Trina Mounier


La Réponse des Hommes, de Tiphaine Raffier

Écriture et mise en scène : Tiphaine Raffier

Compagnie : Compagnie La femme coupée en deux

Avec : Sharif Andoura, Éric Challier, Teddy Chawa, Pep Garrigues, François Godard, Camille Lucas, Édith Mérieau, Judith Morisseau, Catherine Morlot, Adrien Rouyard

Et les musiciens de l’Ensemble Miroirs Étendus : Guy-Loup Boisneau, Émile Carlioz, Clotilde Lacroix, Romain Nouveau

Composition musicale : Othman Louati

Chorégraphie : Pep Garrigues

Vidéo : Pierre Martin

Durée : 3 h 20 (avec entracte)

Interviews vidéo

Photo : © Simon Gosselin

Théâtre du Nord

Représentation le 16 décembre 2020 pour les professionnels à huis clos
Tournée (pour information, les représentations au Théâtre de Lille et au TNP Villeurbanne sont annulées pour cette saison).

« Fado dans les veines » de Nadège Prugnard © J.-P. Estournet

« Fado dans les veines », de Nadège Prugnard, Théâtre des îlets, Centre Dramatique National, à Montluçon

Messe païenne en rut majeur

Par Stéphanie Ruffier
Les Trois Coups

Fado-blues salé, lamento rock et paroles de morues à la sauce saudade, le nouveau spectacle de Nadège Prugnard grimpe sur la table pour évoquer ses origines portugaises et cracher un « poème parlé-chanté des déracinements ». Servi dans une langue éruptive, incandescente, percussive, il nous colle une sacrée beigne.

No Border, poème uppercut composé dans la Jungle de Calais, nous avait laissé l’image d’une pleureuse grecque contemporaine, « offrant des fleurs à l’exil », perdue, les rangers plantés dans la boue. Voilà que Nadège Prugnard, « fleur pourrie taillée au black métal », ressurgit du terreau de la révolte. Vêtue de cuir et de soie, bottines cloutées, elle arrive sur scène avec un regard noir, déterminé, et, toujours la même question lancinante : « Je suis qui, moi ? ».

Les premiers mots claquent comme un drapeau (noir) : « un cercueil en bois, c’est la forme du Portugal ». Les ombres des chaises renversées se dressent telles des cornes du diable. S’il s’agit bien d’enterrer le père à travers un portrait difracté de l’immigration, l’éloge funèbre paraît émaner d’une pulsion de vie émétique : en effet, une bouillonnante lave aussi anarchique qu’anarchiste est vomie sur scène par les formidables musiciens de Cheval de Trois.

Vous avez dit transgression et chaos ? En effet, les mots ruissèlent, les martèlements rocailleux puissants de Radek Klukowki, le chant des artisans de Jérémy Bonnaud – chapelet de métiers de prolos – se mêlent violemment à des hurlements de femmes, des chants religieux blasphématoires, des images surréalistes à la Buñuel et des réminiscences de Pessoa. On aime puissamment les voix féminines qui renouvellent la tradition du fado ! Du cru, du brut, de l’injonction à jouir, des larmes ! Et la saudade se déverse sur le tout en nappage épais : intraduisible rêverie mélancolique sur l’ailleurs, vide et brûlure d’une distance impossible à combler…

« Fado dans les veines » de Nadège Prugnard © J.-P. Estournet

« Fado dans les veines » de Nadège Prugnard © J.-P. Estournet

Caillots de mots

Des résidences d’écriture ont eu lieu à Lisbonne, mêlant autofiction et enquêtes de terrain pour explorer la quête d’une patrie, les questions des racines et de l’exil, la réalité d’identités effilochées, entravées par la religion et la politique, voire rapiécées. À l’assaut des clichés, Nadège Prugnard crée une langue guerrière et nous offre une odyssée ultra-lyrique et épique sur un bateau ivre aux grands-voiles chargées d’ombres. On chaloupe autour d’une grande tablée républicaine qui se transforme tour à tour en banquet mystique, en orgie, en ring, en promontoire où gueuler sa liberté, à la Hair. Ou en tragédie en cinq actes traversée de protest songs.

Au centre, on voit Nadège Prugnard fumer, trinquer et vivre – ce qui fait rudement plaisir en ces temps d’asphyxie collective. Surtout, elle « fait poème », elle expulse le mot. Son leitmotiv consiste à ne jamais renoncer à le traquer, puis, à le déplier en grand, en étendard : « si je ne parlais pas, je mettrais sûrement un terme à ma vie ». Il s’agit de reprendre, recoudre, quitte à broder un peu, panser, mais pas poliment, pas en s’excusant, non. En exhibant toutes les cicatrices, en rajoutant un peu de sel sur les plaies. Sa transformation en sorcière rock star accrochée à son micro comme à une bite d’amarrage (quand ça tangue sévère par excès d’alcool, de désir, de désespoir) est un vrai coup de force !

Un spectacle tout terrain

Ce cantique des quantiques ne se réduit pas à un hymne au Portugal des pères, aux valeurs portugaises (triple F : Fado, Fàtima, Football) mais explore mille lieux déchirés et mille voix brisées par l’exil. Il tire dans tous les coins. Il se joue en salle dans un CDN audacieux. On l’imagine assez en cortège de tête ou dans le nuage de gaz d’une ZAD. Il s’apparente aussi à une grande fête de joie, un concert-poème où le « nous » n’en finit pas de résonner en déflagrations d’images oniriques !

Le spectacle s’est joué à huis clos le 15 décembre, date qui aurait dû marquer la réouverture des théâtres. Le jour-même, à midi, le CDN et ses complices avaient élevé leurs voix dans les rues de Montluçon. Carole Thibault, autrice et directrice du lieu, se félicite de cet acte artistique collectif : « Cela fait du bien au milieu de ce merdier. S’il faut désormais faire des manifs pour que l’art existe, on le fera. On va vraiment entrer en résistance. » Partout, sur les murs de son établissement (jusque dans les toilettes !), la présence de mots entre en résonnance avec ce puissant fado furieusement contestataire.

Stéphanie Ruffier


Fado dans les veines, de Nadège Prugnard

Le texte est édité aux Éditions Moires.

Texte & mise en œuvre : Nadège Prugnard

Magma performing théâtre

Avec : Laura Tejeda en alternance avec Carina Salavado, Charlotte Bouillot, Nadège Prugnard

Création musicale « Cheval des 3 » : Jérémy Bonnaud, Eric Exbrayat, Radoslaw Klukowski

Scénographie : Benjamin Lebreton

Régie générale : Xavier Ferreira de Lima et Olivier Carton en dialogue avec Yoann Tivoli pour la création lumière

Son : Stéphane Morisse

Accompagnement dramaturgique : Christian Giriat

Regard artistique : Jean-Luc Guitton

Costumes : Séverine Yvernault

Durée : 1 h 20

Théâtre des Ilets • Centre dramatique national, espace Boris Vian • 03100 Montluçon

Les 15, 16 et 17 décembre 2020 

Représentations professionnelles à huis clos.


Tournée :

Du 18 au 23 Janvier 2021 Théâtre de l’échangeur à Bagnolet. (93).

Les 4 et 5 février 2021 Théâtre de la Cité à Marseille (13).

Le 12 mars 2021 Théâtre Antoine Vitez – Scène Conventionnée à Ivry-sur-Seine – à confirmer.

Tournée des ATP, Amis du Théâtre Populaire :

Le 12 février 2021 ATP de l’Aude, Théâtre municipal Na Loba à Pennautier (11).

Le 16 mars 2021 ATP de Nîmes, Théâtre Municipal Christian Liger à Nîmes (30).

Le 18 mars 2021 ATP de Lunel, Salle Georges Brassens à Lunel (34).

Le 20 mars 2021 ATP de Villefranche-de-Rouergue, Théâtre Municipal de Villefranche-de-Rouergue (12).

Le 23 mars 2021 ATP de Roanne, Théâtre Municipal de Roanne (12).

Le 25 mars 2021 ATP d’Orléans, Théâtre Municipal Gérard Philippe à Orléans (45).

Le 30 mars 2021 ATP de Dax, Théâtre de l’Atrium à Dax (40).

Le 7 avril 2021 ATP de Poitiers, Théâtre auditorium à Poitiers (86).

Le 13 avril 2021 ATP d’Avignon, Théâtre Benoît XII à Avignon (84).

Le 15 avril 2021 ATP d’Uzès, Salle de l’Ancien Evêché à Uzès (30).

Le 17 avril 2021 ATP de Millau, Théâtre de la Maison du Peuple à Millau (12).

Le 20 avril 2021 ATP des Vosges, Auditorium de la Louvière, à Epinal (88).


À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ Sensationnal platz de Margo Chou, par Stéphanie Ruffier

☛ #culture furax, par Stéphanie Ruffier

 

Appel au soutien du référé – liberté intersyndical, Covid

Pour la réouverture des lieux de spectacle vivant 

Annonce
Les Trois Coups

En désaccord profond avec la décision inéquitable du gouvernement de maintenir les salles de spectacle fermées au public après le 15 décembre, nous, directrices et directeurs de compagnies, de théâtres et de structures culturelles, avons décidé de nous engager dès aujourd’hui dans une démarche collective de recours en référé-liberté.

Cette démarche pour la réouverture des lieux d’art et de culture et leur inscription dans la vie quotidienne de la cité est portée par l’ensemble des syndicats de notre secteur, et nous invitons tou.te.s nos collègues à manifester leur adhésion à cette procédure commune.

Par cet appel, nous invitons également les collectivités territoriales qui le souhaitent, à s’associer à ce recours en référé, en leur qualité de propriétaires des bâtiments concernés par ces fermetures.

Signer cet appel ici

Premièr.e.s signataires

Robin Renucci, Les Tréteaux de France
Emilie Capliez, La Comédie de Colmar CDN Grand Est Alsace
Benoît Lambert, Théâtre Dijon Bourgogne
Nathalie Garraud, Théâtre des 13 vents
Joris Mathieu, Théâtre Nouvelle Génération
Chloé Dabert, La Comédie – CDN de Reims
Mathieu Bauer, Nouveau Théâtre de Montreuil
Renaud Herbin, TJP – Centre dramatique national Strasbourg – Grand Est Jean-Paul Angot, MC2 – Grenoble
Liliane Schaus, La Maison CDCN – Uzès Gard Occitanie
Marie Roche, Le Pacifique CDCN de Grenoble
Héla Fattoumi, Viadanse, CCN de Bourgogne Franche-Comté à Belfort Sylvain Groud, CCN Ballet du Nord
Philippe Le Gal, Carré Magique, Pôle national cirque en Bretagne
Wilfried Wendling, La muse en circuit – Centre national de création musicale Anouck Avisse, Grame, CNCM, Lyon
Carole Albanèse, L’Estive Scène nationale de Foix et de L’Ariège
Yvann Alexandre, Théâtre Francine Vasse – Les Laboratoires Vivants Nantes Florence Alibert, La Cité Musicale – Metz
Benoît André, La Filature – Scène nationale de Mulhouse
Philippe Ariagno, Scène nationale de Gap et des Alpes du sud
Olivier Atlan, Maison de la culture de Bourges
Kader Attou, Centre chorégraphique national de la Rochelle
Stéphanie Aubin, Maison des métallos
Eric Audusseau, Scènes de Pays Mauges Communauté
Cécile Backès, La Comédie de Béthune CDN Hauts-de-France Matthieu Banvillet, Le Quartz-scène nationale de Brest
Gilbert Barba, Centre dramatique des Villages du Haut Vaucluse Léonor Baudouin, Théâtre et Compagnie de L’Oiseau-Mouche Farid Bentaïeb, Le Trident Scène nationale de Cherbourg
Yves Beaunesne, Comédie Poitou-Charentes
Franck Becker, La Coursive Scène nationale de La Rochelle – La Coupe d’Or Scène conventionnée de Rochefort
Jean Bellorini, TNP – Villeurbanne
Lucie Berelowitsch, Théâtre du Préau – CDN de Vire
Vincent Berhault, Maison des Jonglages Scène conventionnée La Courneuve
Cécile Bertin, L’arc – Scène nationale Le Creusot
Frédérique Bertineau, Le Canal Pays de Redon
Catherine Bizouarn, La Halle aux grains Scène nationale de Blois
Guillaume Blaise, La Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc
Dominique Bluzet, Théâtre du Gymnase, Marseille
David Bobée, CDN de Normandie – Rouen
Virginie Boccard , Scène nationale Le Mans, Les Quinconces et l’Espal
Gé́rard Bono, Scène nationale d’Aubusson
Serge Borras, La Grainerie, Fabrique des arts du cirque et de l’itinérance
Gérard Boucard, Théâtre Quai des Arts – Pornichet
Bruno Bouché, CCN Ballet de l’Opéra national du Rhin
Serge Boulier, Théâtre à la Coque
Claire Bourdier, Espace Culture André Malraux Le Kremlin Bicêtre
Sébastien Bournac, Théâtre Sorano
Cathy Bouvard, Ateliers Médicis / Clichy-Montfermeil
Rémy Bovis, La coopérative De Rue et De Cirque
Benoît Bradel, Passages Transfestival – Metz
Stéphanie Bulteau, Circa – Pôle National Cirque Auch Gers Occitanie
Laurence Cabrol, Le Sémaphore Scène conventionnée
Amélie Casasole, Théâtre de Villefranche-sur-Saône
Manuel Césaire, Tropiques Atrium – Scène nationale de Martinique
Christine Chalas, Théâtre de Privas
Bernadette Charles, Espace culturel Boris Vian – Les Ulis
Lucie Chataigner, Théâtre des Bergeries
Séverine Chavrier, Centre dramatique national Orléans
Angélique Clairand, Théâtre du Point du Jour
Maria Claverie-Ricard, Théâtres en Dracénie Scène conventionnée d’intérê national Art et Création-Danse
Aurore Claverie, La Métive
Jean-François Clément, TRIO…S – Scène de territoire pour les arts du cirque
Philippe Cogney, DSN-Dieppe Scène Nationale
Valérie Contet, Les Bords de Scènes, Grand-Orly Seine Bièvre
Scène conventionnée d’intérêt national pour l’art et la création
Anne Courel, Espace 600
Xavier Croci, Théâtre du Beauvaisis / Scène nationale
Mathieu Cruciani, La Comédie de Colmar CDN Grand Est Alsace
Philippe Cumer, La Machinerie
Camille D’Angelo, Centre chorégraphique national de Tours
Licinio Da Costa, Théâtre des Quartiers d’Ivry
Rodolphe Dana, Théâtre de Lorient
Romaric Daurier, Le phénix Scène nationale Valenciennes Pôle européen de création
Fabien David, cinéma Le Bourguet, Forcalquier
Gilles Defacque, Le Prato – Lille
Simon Delétang, Théâtre du Peuple-Maurice Pottecher
Stéphane Delhaye, 6MIC
Julie Deliquet, Théâtre Gérard Philipe
Jean Deloche, Acb Scène nationale de Bar le Duc
Sophie Descamps, Théâtre Le Passage – Scène conventionnée de Fécamp
Valérie Deulin, Théâtre d’Arles, scène conventionnée d’intérêt national – Art et création – nouvelles écritures
Marcial Di Fonzo Bo, Comédie de Caen – CDN de Normandie
Iffra Dia, Collectif Fair-e, CCNRB
Marie Didier, La rose des vents Scène nationale Lille Métropole – Villeneuve d’Ascq
Michel Didym, Théâtre de la Manufacture
Isabelle Driguez, Le Champilambart, Espace culturel de la Ville de Vallet
Nicolas Dubourg, Théâtre la vignette – Université Paul Valéry – Montpellier
Christian Duchange, La Minoterie (Dijon) Scène Conventionnée Art Enfance Jeunesse Villevière Eric / directeur conservatoire Hector Berlioz CAPI
Frédéric Esquerré, Le Parvis Scène nationale Tarbes Pyrénées
Gérard Fasoli, CNAC
Daniel Favier, La Briqueterie-CDCN du Val de Marne
Lee Fou Messica, Espace Bernard-Marie Koltès – Metz – scène conventionnée d’intérêt national (en cours d’habilitation)
Marion Fouilland-Bousquet, Théâtre + Cinéma Scène nationale Grand Narbonne
Gilles Bouckaert, Les Salins – Scène nationale de Martigues
Corinne Gaillard, La Place de la danse CDCN Toulouse – Occitanie
Joséfa Gallardo, La RéPAC La Rampe La Ponatière scène conventionnée d’Echirolles
Courtney Geraghty, Théâtre de la Croix Rousse
Stéphane Gombert, Collectif 12 Mantes-la-jolie
Jean-Yves Gourves, Théâtre du Pays de Morlaix
Jean-Marc Grangier, La Comédie Scène nationale de Clermont-Ferrand
Béatrice Hanin, Le Théâtre, Scène nationale de Saint-Nazaire.
François-Xavier Hauville, Scène nationale d’Orléans
Paul-Jacques Hulot, Moulin du Roc – Scène nationale Niort
Daniel Jeanneteau, Théâtre de Gennevilliers
Le joli collectif / Théâtre de Poche, scène de territoire pour le théâtre
Thomas Jolly, Le Quai – CDN Angers
Patricia Kapusta, Le Prato – Lille
Sonia Kéchichian, Théâtre d’Angoulême, Scène nationale
Pierre Kechkeguian, Le Théâtre scène conventionnée intérêt national d’Auxerre
Jean Lacornerie, Théâtre de La Croix-Rousse Lyon
Marc Lainé, La Comédie de Valence
Christian Lalos, Théâtre de Chatillon
Jean Lambert-Wild, Théâtre de l’Union
Eric Lamoureux, Viadanse, CCN de Bourgogne Franche-Comté à Belfort
Gilbert Langlois, TANDEM – Scène nationale Douai Arras
Didier Le Corre, La Garance – Scène nationale de CAvaillon
Xavier Le Jeune, L’Estran
Bernard Le Noac’h, Très Tôt Théâtre Scène conventionnée d intérêt nationale art Enfance jeunesse de Quimper
Maud Le Pladec, Centre chorégraphique national d’Orléans
Jasmine Lebert, 3 bis f, lieu d’arts contemporains à Aix-en-Provence
Thomas Lebrun, Centre chorégraphique national de Tours
Gérard Lecointe, Théâtre de La Renaissance Scène conventionnée d’Intérêt national Martine Legrand, Scène nationale d’Albi
Claude Lemonnier, Théâtre de l’Etincelle
Pierre-Yves Lenoir, Célestins – Théâtre de Lyon
Bruno Lobé, Le Manège, Scène nationale – Reims
Mathieu Maisonneuve, l’Usine – CNAREP
Macha Makeïeff, Théatre National de Marseille – La Criée
Stéphane Malfettes, Les SUBS, Lieu vivant d’expériences artistiques, Lyon
Marie-José Malis, La Commune CDN d’Aubervilliers
Sylviane Manuel, La Verrerie d’Ales
Catherine Marnas, Théâtre National de Bordeaux en Aquitaine
Christophe Marquis, L’échangeur-CDCN Hauts-de-France
Isabelle Martin-Bridot, Les Hivernales CDCN d’Avignon
Yannick Marzin, MA scène nationale – Pays de Montbéliard
Éric Massé, Théâtre du Point du Jour
Lionel Massétat, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, Scène nationale
Romaric Matagne, Théâtre du Briançonnais Scène conventionnée d’intérêt national – Art en territoire
Sylvain Maurice, Théâtre de Sartrouville et des Yvelines
Muriel Mayette-Holtz, Théâtre National de Nice
Valérie Mazouin, Chapelle Saint-Jacques – Centre d’art contemporain
Arnaud Meunier, La Comédie de Saint-Etienne
Isabelle Milliot, ADAO (Association pour le Développement des arts de l’oralité)
Ludovic Moreau, L’Avant Seine / Théâtre de Colombes
Arthur Nauzyciel, Théâtre National de Bretagne
André Neyton, Théâtre de la Méditerranée Toulon
Jacky Ohayon, Théâtre Garonne
Fanny Pagès, L’Astrada – Scène conventionnée d’Intérêt National Marciac
Martin Palisse, Le Sirque, Pôle National Cirque à Nexon
Célie Pauthe, CDN Besançon Franche-Comté
Francis Peduzzi, Le Channel, Scène nationale de Calais
Julie Perrin, Dpt Danse, Université Paris 8 Saint-Denis
Olivier Perry, CCAM Scène nationale de Vandœuvre
Frédéric Pinard, L’Archipel, scène de territoire pour le théâtre, Fouesnant-les Glénan
Jean Piret, Scènes du Jura Scène nationale
Francesca Poloniato, Le ZEF Scène nationale de Marseille
Julien Poncet, Théâtre Comédiee Odéon Lyon
Elodie Presles, Théâtre Durance – Scène conventionnée d’intérêt nationale Château-Arnoux- Saint-Auban
Cécile Provôt, Circus Next
Philippe Quesne, Théâtre Nanterre-Amandiers
Raquel Rache de Andrade, Archaos Pôle National Cirque
Patrick Ranchain, Théâtre du Bois de l’Aune
Christophe Rauck, Théâtre du Nord
Jean-Louis Raynaud, Théâtre de l’Ephémère Scène conventionnée d’intérêt national, art et création, pour les écritures théâtrales contemporaines
Monique Reboul, Le Vellein-Scènes de la CAPI
Natacha Renault, La Maison du Théâtre à Brest
Jean-Luc Revol, La Maison – Nevers scène conventionnée Art en territoire
Gildas Rioualen, Astropolis, Brest
Christian Rizzo, ICI-Centre chorégraphique national Montpelier Occitanie
Emilie Robert, Théâtre Massalia
Ludovic Rogeau, Le Bateau Feu Scène nationale de Dunkerque
Luc Rosello, Centre dramatique national de l’Océan Indien
Nicolas Royer, Scène nationale de L’Espace des Arts, Chalon sur Saône
Olivier Saccomano, Théâtre des 13 vents
Elsa Sarfati, Espace 1789 de Saint-Ouen Scène conventionnée d’intérêt national pour la danse & Cinéma Art et Essai
Philippe Saumont, Théâtre des Tarabates et festival Marionnet’IC
Philippe Saunier Borrell, Pronomade(s) en Haute-Garonne CNAREP
Anne Sauvage, Atelier de Paris CDCN
Frédéric Seguette, Le Dancing CDCN Dijon Bourgogne – Franche-Comté
Borja Sitjà, L’Archipel Scène nationale de Perpignan
Joëlle Smadja, Pole Sud CDCN – Strasbourg
Claudia Stavisky, Célestins – Théâtre de Lyon
Galin Stoev, Théâtre de la Cité – CDN Toulouse Occitanie
Carole Thibaut, Théâtre des Îlets
Janick Tilly, Plages Magnétiques SMAC Brest
Alexandra Tobelaim, NEST – CDN transfrontalier de Thionville
Les Trois-Huit, NTH8 Lyon
Bérangère Vantusso, Studio-Théâtre de Vitry
Guy Varrara, Archaos Pôle National Cirque
Armelle Vernier, Théâtre 71
Catherine Rossi-Batôt, Lux scène nationale de Valence
Jacques Vincey, Théâtre Olympia – CDN de Tours
Emmanuelle Vo-Dinh, Le Phare Centre chorégraphique National du Havre Normandie Géraldine Werner / AY-ROOP, Scène de territoire pour le cirque, Rennes
Céline Agniel, Compagnie tête A ̀corps Aina Alegre, STUDIO FICTIF
Yan Allegret, (&) So Weiter
Fabrice Allex-Billaud, DUSHOW Baptiste Amann, L’Annexe
Arnaud Amat, La Clique Production
Jean-Baptiste André, Association W
Katerina Andreou, Cie BARK
Leïla Anis, Compagnie l’Oeil brun
Yaëlle Antoine, Compagnie d’Elles
Martial Anton, Cie Tro-héol
Frédéric Arsenault, Compagnie Aléas
Marion Aubert, Compagnie Tire pas la Nappe Cadier AudSo, Cie Koolisterik
Roland Auzet, Compagnie Actopus
Marine Bachelot Nguyen, Compagnie Lumière d’oût Delphine Bailleul, Compagnie Mirelaridaine Guillaume Barbot, Compagnie Coup de Poker Delphine Bardot, Cie La Mue/tte
Louis Barreau, Cie danse Louis Barreau
Alain Batis, Cie La Mandarine Blanche
Grégory Beaumont, Cie Corps In Situ
Emmeline Beaussier, Cie Les Décintrés (en costume) Alain Behar, Compagnie Quasi
Raphaëlle Bellencourt, Les Eléments
Yano Benay, Compagnie Dédale de Clown
Claire Bergerault, Hors Laps
Delphine Berthod, Collectif L’Ouvre-Boîtes
Anne Bitran, Compagnie les Rémouleurs
Christofer Bjurström, Compagnie Marmouzic Anne-Lise Blanc, Astrov
Jean Boillot, Théâtre à Spirale
Chiara Boitani, Secteur in.Verso
Nicolas Bonneau, Cie La Volige
Myrtille Bordier, Supernova Compagnie
Philippe Boronad, Artefact-Lab
Aurélien Bory, Compagnie 111
Anna Bouguereau, Compagnie Quatre vingt neuf Gaëlle Bourdin, Diptik
Gaëlle Bourges, association Os
Sébastien Bournac, Compagnie Tabula Rasa
Zelda Bourquin, Instants Libres
Lauren Boyer, Manakin prod
Danielle Bre, Cie In pulverem reverteris
Estelle Brochard, Collectif l’Ouvre-Boîtes
Olivier Broda, Théâtre du Temps Pluriel
Claude Brumachon, Cie Sous la peau
Franck Buzz, Impro Infini
Laurent Cabrol, BÊTES DE FOIRE
Marion Cachan, Aoza production
Guiomar Campos Acosta, CAD Plateforme
Leonor Canales Garcia, Cie A Petit Pas
Morgann Cantin-Kermarrec, Cie Réseau Lilas
Philippe Car, Agence de Voyages Imaginaires Guillaume Carrignon, Cie Farfeloup
Camille Cau, Cie Pourquoi, le chat ? Guillaume Cayet, Cie le désordre des choses Mathilde Chadeau, Secteur in.Verso
Céline Champinot, groupe LA GALERIE Kevin Chappe, Cie Appoggiature
Élise Chatauret, Compagnie Babel Fanny Chériaux, Cie La Volige Romuald Luydlin, Cie La Zampa
Vania Vaneau, Cie Arrangement Provisoire Jérémy Colas, Compagnie Un pas puis l’autre David Coll Povedano, Cie Allégorie
Lou Colombani, Parallèle
Capucine Ducastelle, Compagnie Tire pas la nappe Jean Corrière, Juste R
Raphaël Cottin, La Poétique des Signes
Anne Courel, Cie Ariadne
Julie Coutant, Compagnie La Cavale
Sarah Crépin, La BaZooKa
Alban de la Blanchardière, Compagnie Alban dans la Boîte Geneviève De Buzelet, Cie La Concordance des Temps
Jean de Pange, Astrov
Johanne Débat, Compagnie Modes d’emploi
Philippe Decouflé, Compagnie DCA
Marie Delaite, Cie L’écumerie
Simon Delattre, Compagnie Rodéo Théâtre
Elise Delestré, Association Contre-Courant
Xavier Demerliac, L’Attirail
Elsa Dewiite, BÊTES DE FOIRE
Olivier Dhénin, Winterreise
Herman Diephuis, association ONNO
Penda Diouf, Label Jeunes textes en liberté
Catherine Diverrès, Association d’octobre
Margot Dorléans, Cie Du Vivant Sous Les Plis
DD Dorvillier, association Stanza
Laurent Dréano, Maison de la Culture d’Amiens
Jennifer Dubreuil Houthemann, CAD PLATEFORME
Vincent Dupont, Cie J’y pense souvent (…)
Céline Dupuis, Filigrane111
Laura Enchemin, Cie Fedida
Margaux Eskenazi, Compagnie Nova
Gabriel Fabing, Blah Blah Blah Cie
Stéphanie Farison, Collectif F71
Louise Faure, Cie Avis de Tempête
Véronique Felenbok, Bureau des filles
Adeline Ferrante, cie VICTOIRE CHOSE / label WARRIORECORDS
Joël Fesel, Groupe Merci / Pavillon Mazar
Alexis Fichet, Collectif Lumière d’août, Rennes Lorinne Florange, Bureau Hectores
Marie Fortuit, Compagnie Les Louves à Minuit Madeleine Fournier, Compagnie Odetta
Cécile Fraisse-Bareille, Compagnie Nagananda Laurent Fréchuret, Théâtre de l’Incendie
Maud Galet Lalande, Compagnie Les Heures Paniques Jordi Gali, Cie Arrangement Provisoire
Olivier Garrabé, Ectc
Simon Gauchet, Ecole Parallèle Imaginaire
Etienne Gaudillere, Compagnie Y
Damien Gaumet, Cirque Hirsute
Myriam Gautier, collectif Les Becs Verseurs
Marion Gauvent, LAPAS
Fanny Gayard, Compagnie Sans la nommer
Céleste Germe, Das Plateau
Vincent Goethals, Cie Théâtre en Scène
Jennifer Gohier, Cie Corps In Situ
Godefroy Gordet, Cie Le Barbanchu
Myriam Gourfink, LOLDANSE
Cédric Gourmelon, Compagnie Réseau Lilas
Soizic Gourvil, Aux Deux Chèvres
Elsa Granat, Tout un ciel
Olivia Grandville, Compagnie La spirale de Caroline Agnès Gros, Confluences- rencontres littéraires
Julien Grosvalet, Association Room 12+2 – R14
Loïc Guénin, Le Phare à Lucioles
Abd Hakim Medkour, Cie Les Saty(i)res
Louise Hakim, Cie les Yeux de l’Inconnu
Karim Hammiche, Compagnie l’Oeil brun
Christophe Hanon, Compagnie Rouge Bombyx
Yves Heck, Cie Tête chercheuse
Laurance Henry, Compagnie a k entrepôt
Erik Mennesson, Compagnie a k entrepôt
Lorraine de Sagazan, Compagnie la Brèche
Rémy Héritier, Compagnie GBOD!
Karine Hernandez, Les Lubies
Nigel Hollidge, Cie TRO DIDRO
Sylvain Huc, Compagnie Sylvain Huc
Kaori Ito, Cie Kaori Ito
Kevin Jean, La Fronde
Cécile Jeanson, Bureau Formart
Valérie Joly, Compagnie NOMAD
Nathalie Joly, Compagnie Marche la route
Rebecca Journo, Cie La Pieuvre
Muriel Jugon, Les Productions Libres
Vanasay Khamphommala, Compagnie Lapsus chevelu
Pascal Kirsch, Compagnie Rosebud
Alexandre Koutchevsky, Compagnie Lumière d’août
Ludovic Lagarde, Cie Seconde nature
Charlotte Lagrange, cie La Chair du Monde
Pauline Laidet, Cie La seconde tigre
Chloé Lalanne, Marionnettissimo
Alice Laloy, Cie S’appelle Reviens
Sophie Laloy, Compagnie mon grand I ombre
Marie Lamachère, Cie // Interstices
Benjamin Lamarche, Cie Sous la peau
Maeva Lamolière, Cie Allégorie
Nadine Lapuyade, Les Gomères
Thomas Larbey, Collectif La Capsule
Christine Le Berre, Cie hop !hop !hop !
Catherine Le Flochmoan, Compagnie Marmouzic/Coopérative 109, Brest
Delphine Le Her, Le Maquis
Catherine Le Magueresse, Cie De(s)amorce(s)
Sylvie Le Quéré, Cie Grégoire & Co
Françoise Lebeau, Lebeau & associés – Productions du dehors – FAR WEST- TWENTYTWENTY Gaëlle Lebert, Compagnie Vagu’Only
Anne-Margrit Leclerc, Compagnie du Jarnisy
Bastien Lefèvre, Cie La Grive
Joanne Leighton, WLDN
Vanessa Leprince, Association La Petite Pièce
Mélanie Leray, Cie 2052
Nadja Leriche, Théâtre à Spirale
Yann Lheureux, L’association pratique
Anne-Laure Liégeois, Cie Le Festin
Frédérique Loliée, Compagnie LES LUCIOLES
Guillaume Lopez, CAMOM
Katell Le Brenn, Cie Allégorie
Samantha Lopez, La June Compagnie
Morgane Lory, Cie DDN
Audrey Losque, Collectif Zarmine
Anne-Laurence Loubigniac, LOOPROD
Dominique Lurcel, Cie Passeurs de mémoires
Aurélia Luscher, Cie le désordre des choses
Laurent Maindon, Théâtre du Rictus
Antoine Malfettes, Cie On t’a vu sur la pointe
Jordan Malfoy, Cie racine de deux
Marine Mane, Cie in vitro
Camille Marceau, les fees du son
Elisabeth Marie, Cie scargace ensembe
Fabricia Martins, Association La Médiatrice
Clémentin Maubon, Cie La Grive
Joachim Maudet, Cie les Vagues
Perrine Maurin, Cie les patries imaginaires
Marie-Pierre Mazzarini, Cie Entre les Actes
Leïla Mendez, Cie Mon grand l’ombre
Maxime Mestre, Association Rions noiR
Fanny Meteier, Cie S’appelle Reviens
Alain Michard, Cie LOUMA
Thierry Micouin, TM PROJECT
Thomas Milanese, Cie Mélocoton
Magali Milian, Cie la Zampa
Sonia Millot, Cie Les Lubies
Anne Monfort, Compagnie day-for-night
Magali Montier, Collectif Hund
Roser Montllo Guberna, Cie Toujours Après Minuit
Balkis Moutashar, association Kakemono
Johane Myran, Red Star Orchestra
Basile Narcy, Cie AKORECRO
Laurence Navarro, La Structure Compagnie-Théâtre de l’Atelier Bleu
Lola Naymark, Compagnie l’hôtel du Nord
Fred Nevché, Les dits sont de là / Grand Bonheur
Lucie Nicolas, Cie La Concordance des Temps
Elise Noiraud, Compagnie 28
Sandra Nourry, Compagnie Rouge Bombyx
Théodore Oliver, MégaSuperThéâtre
Cédric Paga, Ludor Citrik
Thissa d’Avila Bensalah, Cie De(s)amorce(s)
Paula Paradiso, Cie Bestia
Lise Pauton, RaieManta Compagnie
Pedro Pauwels, Association PePau
Vincent Pavageau, Instants Libres
Alan Payon, Cie les Enfants Sauvages
Bastien Penvern, Scic Impro Infini / Association Subito / Association Tro-Héol / Association Les Pieds Nus
Guy Périlhou, Cirque d’Audace
Artur Perole, CieF
Mélanie Perrier, compagnie 2minimum
Climène Perrin, Secteur in.Verso
Leslie Perrin, Manakin prod
Alexandre Pierrepont, The Bridge
Sami Piquemal, The Walking Queens
Sandra Poirot Cherif, Collectif la Pisciner
Alain Poisot, Trio LESKOV
Tom Politano, Supernova Compagnie
Manuel Pomar, Lieu-Commun
Morwenna Prigent, Compagnie la Turbulente
Sylvain Prunenec, Association du 48
Thomas Quillardet, Compagnie 8 avril
Jean-Paul Raffit, L’Orchestre de Chambre d’Hôte
Nicolas Ramond, Cie les transformateurs
Michel Raskine, Raskine & Compagnie
Léa Rault, Association PILOT FISHES
Sacha Ribeiro, Cie Courir à la Catastrophe
Philippe Ricard, Compagnie Septembre
Charlotte Rigaut, Cie Cheptel Aleikoum
Antoine Rigot, Les colporteurs
Sandrine Roche, association Perspective Nevski
Elsa Rocher, Cie No Man’s Land
François Roizot, Cahd
Noémie Rosenblatt, Compagnie du Rouhault
Mamadou Sall, Compagnie des 3 Thés
Céline Sant, Collectif L’Ouvre-Boîtes
Louis Sara, Collectif F71
Estelle Savasta, Cie Hippolyte a mal au cœur
Mathilde Sebald, Cirque Hirsute
Gaël Sesboüé, Association Lola Gatt
Marion Siéfert, Zieferte Productions
Bertrand Sinapi, Cie Pardès Rimonim
Frédéric Sonntag, Cie ASANISIMASA
Gilles Sornette, Cie Hösrpiel
Till Sujet, La Chose Publique
Nathalie Tarlet, Cie Vis Comica
Xavier Tchili, Cie Le corps a paroles
Betty Tchomanga, Association Lola Gatt
Régine Terrancle, La Brique rouge productions
Gilles Thiam, association Bouche à Oreille
Anthony Thibault, Compagnie La Nuit te soupire
Aurélia This, Cie Kissankar
Charles Tordjman, Cie Fabbrica
Pauline Tremblay, Association R&D- Cie Pauline Tremblay Amandine Truffy, Cie Pardès Rimonim
Jean-Baptiste Tur, Collectif Le grand cerf bleu
Frédérique Unger, Cie étantdonné
Lucie Valon, Cie la rive ultérieure
Alice Vannier, Cie Courir à la Catastrophe
Bérangère Vantusso, Compagnie trois-6ix-trente Valentina Vapnarsky, Compagnie NOMAD
Valentin Verdure, Cirk la Putyka
Sophie Vernet, Miam ! Prod
Julia Vidit, Compagnie Java Vérité
Elise Vigier, Les Lucioles
Léon Volet, EDO Cirque
Mélissa Von Vépy, Cie Happés
David Wampach, Association Achles
Martine Waniowski, Cie des Bestioles
Laure Wernly, Cie Banoï
Charlie Windelschmidt, Compagnie Dérézo

Avec le soutien de :
Claude Aufort, Maire de Trignac
Patrice Bessac, Maire de Montreuil
Nicolas Daragon, Maire de Valence et Président de Valence Romans Agglo, vice-Président de la Région Auvergne Rhône-Alpes
Grégory Doucet, Maire de Lyon
Jean-Luc Laurent, Maire du Kremlin-Bicêtre
Thierry Noguet, Maire de Montoir de Bretagne
Gaël Perdriau, Maire de Saint Etienne et Président de Saint Etienne Métropole
Dr Pierre Cuny, Maire-Président de la CA Portes de France -Thionville
Eric Piolle, Maire de Grenoble
Arnaud Robinet, Maire de Reims
Anne Vignot, Maire de Besançon
Francis Authie, conseiller municipal de Foix
Marine Bordes, 1ère adjointe au Maire de Foix
Pascale Canal, Maire adjointe ville de Foix Ariège
Aline Chassagne, Adjointe à la culture de Besançon
Catherine Dubuisson, Conseillère municipale Foix
Chantal Dejean Dupebe, Conseillère Départementale du Gers – Présidente de l ADDA du Gers Franck Farez, Maire-Adjoint en charge de la Culture, Lavelanet
Michaël Guihard, Adjoint au Maire du Mans, délégué à la Jeunesse, à la Vie étudiante et à l’Education artistique
Elizabeth Labaye, Conseillère municipale déléguée au patrimoine – Rouen
Alexie Lorca, adjointe au maire de Montreuil, déléguée à la culture et à l’éducation populaire Marie-Andrée Malleville, Adjointe en charge de la culture, du patrimoine, matrimoine et tourisme à la Ville de Rouen
Marie-Françoise Pascal, adjointe au Maire de Valence en charge de la Culture
Nathalie Perrin-Gilbert, Adjointe au Maire de Lyon – déléguée à la Culture
Nicolas Vlerick, Conseiller municipal de Foix 

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À découvrir sur Les Trois Coups :

☛ La culture à l’épreuve de la Covid, par Léna Martinelli

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Entretien avec Vincent Dheygre, président des Écrivains Associés du Théâtre

« Comment comprendre un traitement aussi inéquitable ? »

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Auteur, metteur en scène, ancien administrateur (Théâtre 95 scène conventionnée aux écritures contemporaines et théâtre-école Le Samovar), Vincent Dheygre est président des Écrivains Associés du Théâtre depuis juin 2019. Voici ses réactions suite au maintien de la fermeture des lieux culturels.

Que vous inspirent les dernières décisions gouvernementales ?

Les musées, les théâtres, les cinémas restent fermés. Un secteur tout entier est à l’arrêt, bien qu’il contribue, pour une part non négligeable, au PIB, mais aussi à la vitalité démocratique et au soft power de la France. Comment comprendre un traitement aussi inéquitable ?

Comment comprendre que repeindre le plafond des toilettes est une activité essentielle, si on en juge par la longueur exceptionnelle des files d’attente en plein confinement dans les grands magasins de bricolage ? Comment comprendre que les lieux de culte peuvent officier dans un pays qui ne comporte qu’un tiers de croyants ? Prier par groupe de trente est-il une activité essentielle ? Comment comprendre que les expositions sont fermées quand la boutique du tatoueur est ouverte ? Comment comprendre que la vente directe de livres en « présentiel » a été interdite ? Comment comprendre que la seule façon de regarder un film est de le faire sur une plate-forme de streaming ? Comment comprendre que l’accès aux grandes œuvres et à l’architecture, à la musique, au spectacle vivant, aux beaux-arts, au cinéma, ne peut se faire qu’individuellement, à distance, et de préférence sous forme numérisée ? Comment comprendre que tous les lieux consacrés au lien entre les hommes, au débat, à l’échange, à la réflexion, à la beauté, à l’humour, à la liberté d’expression, à la curiosité humaine, à l’amour, à la pratique collective (culturelle, sportive, syndicale) soient confinés, bâillonnés, fermés quand tout ce qui relève de la consommation individuelle reste parfaitement accessible ? Comment comprendre que le confinement est levé, et « en même temps » que le couvre-feu est rétabli, l’attestation dérogatoire maintenue, le déplacement autorisé entre régions, mais pas vers les salles de spectacle, que « tout rassemblement sur la voie publique est interdit » ? Comment comprendre que le nombre de victimes de la Covid dans les pays occidentaux est proportionnel au degré de néo-libéralisme dans les politiques nationales des pays concernés ? Comment comprendre que l’enseignement des humanités disparait, tandis que les think-tank prolifèrent ?

Cela n’est-il dû qu’à un manque de concertation ?

Nous avons négocié. Nous avons dialogué. Nous avons toujours privilégié la concertation plutôt que la révolution. Nous avons cherché et trouvé des solutions. Certaines, bien trop peu hélas, ont été mises en œuvre avec succès. Plus, nous avons rencontré des politiques, des hauts fonctionnaires au ministère de la culture compétents et réactifs, malgré le turn-over important au sein des services. Ils ne pèsent rien.

Malgré le travail incessant des organisations professionnelles, des salariés, des bénévoles, des artistes, des techniciens, des structures publiques ou privées, la culture perd la bataille. Elle est systématiquement évacuée des arbitrages.

Quelles seront les conséquences de cette pandémie sur le secteur ? Et plus particulièrement pour les auteurs ?

Les professionnels du secteur ont tous vu leurs revenus considérablement diminuer. Les auteurs ne relèvent pas du régime de l’intermittence. Les plus fragiles ne touchent plus un euro depuis le 15 mars, leur survie ne dépendant que du fonds national de solidarité. Le ministre de l’économie a récemment déclaré que ce fonds disparaîtrait au 31 décembre, sauf pour quelques entreprises.

Et au-delà du secteur culturel ?

L’encre du contrat social s’efface, les Lumières s’éteignent. Tout ce que dit le citoyen peut être retenu contre lui. Le consommateur solitaire est adulé, l’individu prime sur le groupe, la communauté sur la nation, le profit privé sur l’intérêt collectif, la multinationale sur l’État, la force sur le Droit.

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© Écrivains Associés du Théâtre

Quelles actions envisagez-vous ?

Je ne suis pas croyant, je n’adhère pas à un parti politique, je porte un masque quand je sors, je suis partisan des vaccins (même si je vais attendre un peu avant de profiter de l’offre si généreuse de Pfeizer and co…), je m’informe régulièrement par sources multiples et diverses, je me lave les mains au gel, je continue à remplir mes devoirs de citoyen, je donne des cours de théâtre par visio dans la douleur pour préserver le lien avec mes élèves, par soucis d’éducation populaire et du service dû au public (bien que n’étant pas fonctionnaire). J’essaie de m’adapter, de prévoir, et d’agir, résolument mais sans précipitation. Je combats les thèses de l’extrême droite chaque fois que j’en ai l’occasion (t une bonne partie de celles de l’extrême gauche, les deux partageant souvent, sans s’en apercevoir, des théories qui séparent plutôt qu’elles ne rassemblent).

Je suis un modéré. Mais je suis en colère. Nous sommes des centaines de milliers au sein du secteur culturel, des dizaines de millions au dehors. Car la colère monte, la révolte s’organise. Face aux sabres, aux goupillons de toutes confessions et aux injonctions du Black Friday, les plumes s’affutent et les plumes sont des armes. Crions, parlons là où on ne nous attend pas, alertons, ridiculisons les faux dévots, portons l’acier du stylo dans la plaie suppurante de la corruption. Et puisque la liberté est surveillée, l’égalité une option payante et la fraternité un argument mercantile, osons la solidarité et entrons en résistance.

C’est-à-dire ?

Si ce n’est pas suffisant, nous occuperons les théâtres, les rues, les cafés, les squares et les cinémas. Nous organiserons des forums dans les églises, les mosquées, les synagogues, les temples et les hypermarchés. Nous rappellerons aux citoyens l’étendue de leurs droits, déjouerons les pièges creusés pourtant sous nos pieds. Si les lieux où nous parlons restent fermés, indépendamment d’une juste évaluation du risque sanitaire, c’est donc bien la circulation de la parole qui est visée. Alors, nous la prendrons partout. La plume est une arme. Nous allons faire usage de la force. Et nous nous en souviendrons dans les urnes. 

Propos recueillis par
Léna Martinelli


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☛ De midi à minuit, 58 autrices des Écrivains Associés du Théâtre, par Léna Martinelli

 

Pas-essentiel-Olympia-Covid

Édito, confinement culture

La culture à l’épreuve de la Covid

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

Le confinement se prolonge pour le monde de la culture. Beaucoup de professionnels expriment leur incompréhension, voire leur colère. Les lettres ouvertes se multiplient et certaines structures vont saisir le Conseil d’État, en attendant la manifestation, mardi 15 décembre, à l’appel de La CGT Spectacle.

Beaucoup espéraient une reprise, comme l’avait laissé entendre Emmanuel Macron, le 24 novembre, à condition que la France passe sous la barre des 5 000 contaminations quotidiennes au virus. Or le pays a enregistré 14 595 nouveaux cas positifs mercredi, loin de l’objectif fixé. Le couperet est donc tombé : acteurs, musiciens, danseurs, circassiens… tous les interprètes resteront en coulisses. Au même titre, d’ailleurs, que les professionnels œuvrant dans les musées et cinémas, tous renvoyés dans leurs pénates.

Afin de lutter contre une reprise de l’épidémie, le gouvernement vise une réouverture, au mieux le 7 janvier, si la situation sanitaire s’améliore, comme l’a précisé le Premier ministre Jean Castex, lors de sa conférence de presse, jeudi : « Même si tous ces établissements disposent de protocoles sanitaires, la logique que nous devons suivre est d’éviter d’accroître les flux, les concentrations, les brassages de public, à un moment où nous devons continuer de les réduire autant que possible ». L’incertitude reste donc à l’ordre du jour, car ne peut-on craindre un rebond de l’épidémie suite aux fêtes de fin d’année ?

Survie

En attendant, les dispositifs d’accompagnement économiques sont maintenus. La ministre de la culture Roselyne Bachelot a évoqué 35 millions d’euros d’aides supplémentaires pour les cinémas et le monde du spectacle. Cela permet au secteur subventionné de poursuivre certaines de ses missions. Reste à savoir comment seront réparties ces aides. Et quid des petites compagnies, du secteur privé, des prestataires (techniques, communication, production, diffusion, etc.) ?

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© Théâtre Dijon Bourgogne

Et comment se projeter après ces deux confinements, les mesures de couvre-feu et les jauges réduites ? Ces clauses de revoyure sont insoutenables et attestent d’une méconnaissance criante des logiques de fonctionnement. Un théâtre ne s’ouvre – ou ferme – pas comme une boutique ! À plus court terme, les considérables efforts logistiques à nouveau déployés pour cette reprise d’activité tant espérée – efforts anéantis en quelques jours – suscitent un ras-le-bol légitime. Par exemple, au théâtre national de Chaillot à Paris, l’équipe s’activait après avoir reçu le décor du prochain ballet d’Angelin Preljocaj qui, heureusement, ne s’était pas encore déplacé.

Combien d’autres aux reins moins solides ont engagé des frais inutiles ? Des centaines de milliers d’emplois précaires vont basculer dans la pauvreté. Certes, la Rue de Valois a promis un plan de relance de 2 milliards d’euros pour la culture. Toutefois, Nicolas Dubourg, directeur du Théâtre la Vignette, à Montpellier, récemment président du Syndicat national des entreprises artistiques et culturelles (Syndeac), a déjà dû plaider pour un rééquilibrage de ce projet de loi de finances 2021, lequel privilégie en priorité les grands équipements nationaux parisiens. Roselyne Bachelot a finalement accepté un plan de soutien de 50 millions d’euros aux équipes artistiques oubliées. Une goutte dans un océan.

Gâchis

Grâce à l’action de l’Association des centres dramatiques nationaux (l’ACDN) qui a réclamé, le 28 octobre « l’indispensable continuité du travail dans le champ du spectacle vivant », les maisons sont habitées et les ruches s’activent. Le journal de confinement paru sur le site de l’Association des scènes nationales (l’ASN) en témoigne, à travers des exemples d’actions et de projets menés au sein des équipements du réseau. Des résidences d’artistes se poursuivent, des opérations de relations avec les publics sont malgré tout menées. C’était un tour de force de s’adapter à nouveau pour cette reprise, le 15 décembre. Beaucoup de dépenses et d’énergie, mais tout était prêt !

Oui, la pilule a du mal à passer ! Tricoter et détricoter les programmations, monter et démonter des dispositifs, répéter sans pouvoir se confronter aux publics, communiquer en annonçant tout et son contraire, réserver et rembourser, trouver des solutions de reports, d’accompagnement des artistes… Si les équipes sont épuisées, elles restent plus mobilisées que jamais.

Incohérences et mépris

Depuis la réouverture des commerces dits « non essentiels » et des lieux de culte, le monde de la culture pointe donc les incohérences. La décision de fermeture au public n’est pas étayée d’un point de vue scientifique. Aucun cluster n’est à déplorer dans les lieux de spectacles parfaitement rodés aux protocoles sanitaires. En revanche, quid de certains commerces ou transports bondés ? On peut reparler de la gestion des flux dans certains lieux…

Au-delà des conséquences économiques et sociales, nier la culture remet en cause ses enjeux de société : « C’est le désastre absolu pour les artistes et techniciens intermittents du spectacle », martelait (sur France Info) Stanislas Nordey, en réaction à cette annonce : « Il faut absolument que le budget pour lequel se bat la ministre de la Culture soit fléché au maximum sur les plus fragiles, les petits lieux, les compagnies, les jeunes artistes. Cette décision pose une question philosophique qui concerne la société dans son ensemble. Pourquoi rouvrir les magasins et les lieux de culte avant les lieux culturels ? ». Lire aussi son édito sur le site du TNS de Strasbourg, qu’il dirige.

Les acteurs culturels dénoncent un cruel manque de concertation, voire un mépris significatif du peu d’intérêt pour la culture, un secteur qui pèse pourtant plus que celui de l’automobile dans l’économie française. Depuis le début, les maladresses – plutôt des bévues – ne sont pas digérées. Le 10 décembre, à minuit, le slammeur Grand Corps malade sortait son nouveau titre, intitulé « Pas essentiel ». Mais le gouvernement semble aveugle et sourd aux injonctions.

La colère gronde

Alors, Samuel Churin, comédien et porte-parole des intermittents, animateur de la Coordination des intermittents et précaires, a publié une Lettre ouverte aux directeurs de cinémas et de salles de spectacle : « Presque tous les jours, on me demande de signer des pétitions demandant la réouverture des théâtres et des cinémas. Ces demandes sont tout à fait respectables mais elles reposent toujours sur le même mode d’action : la supplication. »

Effectivement, dans un tweet, le Syndéac en appelle avant tout à la raison : « Toujours inscrits dans une démarche volontariste, fondée sur le dialogue, la concertation et la négociation, nous encourageons toutes les démarches qui prennent en compte équitablement les situations des partenaires que sont les lieux de diffusion et les équipes artistiques. » Ensuite, l’ASN a bien lancé un Appel au Président de la République et au Premier Ministre pour la réouverture des théâtres. Quelques 120 festivals de musique, dont les Eurockéennes, les Vieilles Charrues, Europavox et Musilac, tous quatre à l’initiative, ont publié une tribune (lire ici l’article du Monde). Craignant de revivre une année blanche, ils disent « travailler en responsabilité avec les services de l’État aux contours d’événements qui seront adaptés dans leur format au contexte sanitaire. Tous mobilisés pour préserver l’esprit de fête et de partage qui caractérise nos rendez-vous. Nous n’avons pas seulement l’envie d’organiser nos festivals en 2021. Nous en avons la responsabilité. On y croit ! ».

Mais, des discours, on passe progressivement à des actions plus musclées, bien que tout à fait respectueuses du droit. Justement, « on ne peut pas rester les bras croisés, voir les rues, les commerces, les centres commerciaux bourrés de gens. Nous saisissons le Conseil d’État parce que nous sommes lésés ! », s’insurge (sur France Culture) Charles Berling, directeur de la scène nationale Châteauvallon-Liberté à Toulon. Parce que, selon lui, l’atteinte aux libertés fondamentales menace la démocratie. C’est carrément « l’exception culturelle à l’envers », (réitère-t-il sur France Info) notion acquise de haute lutte, au XXe siècle, et fâcheusement piétinée en quelques mois.

Offensive

Dans sa lettre ouverte, Samuel Churin invite les professionnels à exiger l’ouverture des lieux de culture par un moyen juridique exceptionnel : « Arrêtons d’être défensifs et optons pour des stratégies offensives. (…) Le référé-liberté est une procédure qui permet de saisir en urgence le juge lorsqu’on estime que l’administration porte atteinte à une liberté fondamentale. Pourquoi cela devrait-il être gagnant ? Parce que les juges administratifs du conseil d’État sont très attachés à la notion d’équité. Et les conditions d’accueil dans une église sont en tous points comparables à celles d’un cinéma ou salle de spectacle. Chacun est assis, masqué, ne bouge pas et tous regardent dans la même direction ».

Manifestation-2020-Covid-CGT-Spectacle

© CGT Spectacle

Depuis, plusieurs syndicats de tout le secteur culturel ont emboîté le pas : « Cette décision est honteuse et injuste. Elle fragilise profondément les équipes artistiques, en particulier les plus jeunes et les plus précaires. Au-delà de l’économie, elle les atteints aussi par un terrible sentiment de mépris et d’iniquité. (…) On ne peut pas réduire les existences à leur seule dimension religieuse ou commerciale. (…) On peut se passer de théâtre pendant des mois, on ne peut pas se passer de justice », écrit à son tour Adrien le Van, directeur du Théâtre Paris-Villette dans un communiqué. Responsable et déterminé, il rejoint la liste des structures inscrites dans cette démarche. Bien décidées à faire valoir leurs droits, elles attendent la publication du décret pour peaufiner l’argumentaire avec un cabinet d’avocats spécialisés.

À savoir : les professionnels de la restauration et des stations de sports d’hiver l’ont fait et leurs demandes n’ont pas été retenues. Seule l’Église a obtenu gain de cause, obligeant le gouvernement à revoir sa copie sur la limitation à 30 personnes lors des cérémonies religieuses, puisque la jauge doit désormais être calculée en fonction de la superficie.

Pourquoi sacrifier la culture ?

Et si les artistes jouaient dans les lieux de culte ?! Absurde, sans doute, mais à l’image de cette situation ubuesque. D’ailleurs, Samuel Churin s’interroge : « Ironie de l’histoire, lors de la présentation de sa loi sur le séparatisme, Jean Castex n’a cessé de vanter la laïcité à la française. Or, dans les faits, les églises sont ouvertes et les théâtres sont fermés ! J’ai hâte de savoir en quoi le fait d’assister au récit de la naissance d’un homme nommé Jésus serait sans danger, alors que le récit d’un homme nommé Tartuffe serait source de contamination ».

On devrait être fixé le 15 décembre, jour initialement prévu pour la réouverture des spectacles. C’est aussi le jour choisi par la CGT Spectacle pour lancer un Appel à manifester (rendez-vous provisoire place de la Bastille à 12 heures). Le syndicat interpelle les pouvoirs publics et attendent des solutions concrètes de la part de L’Élysée, Bercy comme du ministère du Travail : « N’acceptons plus cette politique du pourrissement et montrons-nous tels que nous sommes : des artistes auteurs, des artistes interprètes et des technicien.ne.s, des personnels administratifs, des enseignant.e.s artistiques qui voulons vivre de nos métiers ! Notre combat est celui de la dignité ! »

C’est sûr, en cette période d’hypothétiques fêtes, nous aurons tous la gueule de bois. Mais pour des raisons bien peu festives. 

Léna Martinelli