« Notre foyer » de Florian Pautasso © Romain Étienne

« Notre foyer » de Florian Pautasso, Les Subsistances à Lyon

Travaux d’élèves 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Dans le cadre d’un de ces weekends ouverts à la jeune création, les Subsistances accueillaient Les Divins Animaux et leur spectacle de sortie de résidence. Ils montrent qu’ils connaissent toutes les astuces du métier, malgré la fragilité du fil censé les conduire.

Les premières minutes du spectacle sont un excellent indicateur : deux jeunes femmes tiennent un conciliabule en fond de scène. On les voit chuchoter, rire, faire des mines, sans savoir ce qu’elles se racontent. Bientôt rejointes par quatre autres personnages, elles poursuivent leur mystérieux ballet.

Malheureusement, il nous faudra attendre pour en savoir davantage. Florian Pautasso, l’auteur du texte et de la mise en scène se montre avare de messages explicites. Ce qui l’intéresse, c’est l’intime, précisément en ce qu’il est difficilement déchiffrable. Il développe pourtant bel et bien un sujet, dont le titre rend compte de manière métonymique.

« Notre foyer » renvoie effectivement au projet de l’une des jeunes filles qui rêve de sa future maison comme une échappatoire à sa mère fusionnelle. La pièce se concentre sur ces projets qui nous portent, nous révèlent et nous constituent. Une seconde jeune femme désire partir. Une troisième chanter. Deux deux garçons vont mettre leurs baskets dans les pas de la seconde.

« Notre foyer » de Florian Pautasso © Romain Étienne

« Notre foyer » de Florian Pautasso © Romain Étienne

Exercices de style

Parler de ses projets, c’est parler de soi. Une occasion d’envolées passionnées, de larmes et de cris. De disputes, aussi, car on n’est jamais au diapason avec personne, ou alors par inadvertance. L’une grimace et exhibe ses talents de contorsionniste, l’autre prouve sa belle voix. Pas de doute : les interprètes savent passer en un instant du rire aux larmes, de la stupeur aux hurlements. Ils nous en présentent tout un éventail, au risque de montrer des numéros et des exercices de style, certes très réussis.

Mais nul besoin de presque deux heures ! Temps nécessaire pour les faire renoncer ? Comme s’ils passaient à l’heure adulte ? L’absence de progression dramatique, de profondeur des relations entre les personnages, de réel intérêt du texte, est malheureux. Ces Divins Animaux ont pourtant de la ressource. À suivre donc. 

Trina Mounier


Notre foyer, de Florian Pautasso

Conception et mise en scène : Florian Pautasso

Avec : Stéphanie Aflalo, Elsa Guedj, Ava Hervier, Eugène Marcuse, Antonin Meyer-Esquerré, Marie-Christine Orry

Création musicale : Sophie Van Everdingen

Création et régie lumière : Philippe Ulysse et Marie-Sol Kim

Scénographie : Philippe Ulysse et Florian Pautasso

Costumes : Caroline Mas

Création et régie son : Claire Nollez

Production : Les Divins Animaux

Création, coproduction et résidence : Les Subsistances – Lyon 17/18

Teaser vidéo: interview Florian Pautasso

Photo © Romain Étienne

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint Vincent • 69001 Lyon

Du 23 au 25 mars 2018, les 23 et 24 à 20 heures, le 25 à 19 h 30

Tarif : 10 €

« Maldoror, chant 6 » © Venkat Damara

« Maldoror / chant 6 » d’après Lautréamont, les Subsistances à Lyon

Entre Rue des boutiques obscures et Boulevard du crime…

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

On ne lit plus beaucoup, aujourd’hui, l’œuvre unique d’Isidore Ducasse, alias comte de Lautréamont, « les Chants de Maldoror ». C’est donc tout à l’honneur de Michel Raskine de nous proposer une version de ce texte magnifique, sulfureux, énigmatique, éminemment poétique, que les surréalistes encensaient.

De ces chants, il a choisi de nous faire entendre le dernier, le sixième, d’abord parce que vouloir les porter à la scène en intégralité relèverait d’un défi aussi illusoire que ridicule. En effet, ils forment un immense poème-fleuve, une sorte de pieuvre tentaculaire capable de se développer dans toutes les directions. Un texte à lire, puis à laisser reposer avant de le reprendre, en commençant, par exemple, par le chant 6. Par exemple. Car l’œuvre entière brûle les doigts.

Michel Raskine avance ensuite un autre motif à ce choix : le sixième chant est, à lui seul, une petite nouvelle. Il y est question de la séduction par lettre interposée d’un adolescent anglais de seize ans, Mervyn. Hors de son territoire familier, le jeune homme succombe à Maldoror, incarnation de l’esprit du Mal, vénéneux, expérimenté, qui lui propose une promenade initiatique et nocturne, secrète, évidemment. Au bout de cette nuit passée à arpenter les rues, dans un Paris de toutes les tentations et de tous les désirs, Mervyn n’aura plus grand-chose à apprendre en matière de transgression ; il rencontrera sa mort.

« Maldoror, chant 6 » © Venkat Damara

« Maldoror, chant 6 » © Venkat Damara

Le goût délicieux de la mort et du Mal

Autant le dire tout de suite : le livre est de ceux qui se refusent. Il nous perd dans les ruelles comme dans tout essai de clarification. Qui sont vraiment ces deux personnages ? Que signifie cette initiation ? Que suppose-t-elle ? Nous n’en saurons pas grand-chose. Les noirceurs de notre âme sont chargées de suppléer à toute description.

Par contre, ce qui est passionnant, c’est ce qu’a su en faire le metteur en scène qui signe là un de ses spectacles les plus aboutis. Il en a fait du théâtre sans jamais trahir l’auteur ni le mystère de cette œuvre.

Sur un plateau noir, trois jeunes gens en costume-cravate, mais les pieds nus, vont nous entraîner dans cette exploration de la capitale, carte en main. Ils nous emmènent de la place Vendôme au Panthéon, en passant par le pont du Carrousel ou la rue Vivienne. Le travail des lumières d’Adèle Grépinet, particulièrement virtuose, met la ville en abyme, en révèle les fantômes, comme les splendeurs. La conversation épistolaire, que tiennent Mervyn et Maldoror, est démultipliée par les trois comédiens en versions différentes, voire contradictoires, qui s’enrichissent mutuellement et, surtout, contribuent à épaissir le manteau de ténèbres qui pèse sur cette relation dangereuse. Ces trois acteurs formidables, Damien Houssier, Thomas Rortais et René Turquois, composent une sorte de ballet élégant et mystérieux, souvent extrêmement drôle. Leurs répliques s’enchaînent et se renvoient comme des balles. Ils sont insolents, provocateurs, et leur interprétation révèle tour à tour chacun des deux personnages.

Bref, grâce à Michel Raskine, dont la dextérité en matière de direction d’acteurs n’est plus à démontrer, qui conjugue à merveille amour de la littérature et maîtrise de la dramaturgie, on trouverait presque le texte limpide. Ce n’est pas le cas, fort heureusement. Ce serait trahir son auteur et lui faire injure. Mais le metteur en scène sait y instiller suffisamment d’humour et de vivacité pour que l’heure passe en un clin d’œil et que l’on garde le souvenir ébloui d’un spectacle brillant et lumineux. 

Trina Mounier


Maldoror / chant 6, d’Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, Les Subsistances à Lyon

Mise en scène : Michel Raskine

À partir de 13 ans

Interprètes : Damien Houssier, Thomas Rortais, René Turquois

Lumière, régies : Adèle Grépinet

Avec la complicité de Marief Guittier

Production : Raskine & Compagnie

Administration de production : Claire Chaize

Remerciements à Sylvestre Mercier, Stéphanie Mathieu

Accueils en résidence de création : Les Subsistances – Lyon, Bateau Feu – Scène nationale de Dunkerque

Les Subsistances • 8 bis quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

04 78 39 10 02

Du 10 au 14 octobre 2017 à 20 heures

Durée : 1 h 05

De 10 € à 14 €

À découvrir sur Les Trois Coups

Au coeur des ténèbres, de Joseph Conrad, par Michel Dieuaide

Il y aura scandale, mais, d’après Radioscopie de Michel Foucault, par Trina Mounier

Quartett, de Heiner Müller, par Trina Mounier

« Œdipe roi », mise en scène de Gilles Pastor © Michel Cavalca

« Œdipe roi » d’après Sophocle et Pasolini, Théâtre National Populaire à Villeurbanne

Œdipe démultiplié

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Après « Affabulazione », créée en 2014, Gilles Pastor propose une seconde partie au diptyque, « Œdipe Roi » d’après Sophocle, avec quelques œillades du côté de Pasolini. Vertigineux ! 

Sur le même gazon synthétique d’un vert criard, des danseurs de samba ont remplacé les footballeurs et la jet set. La tragédie des origines, dans tous les sens du terme, est cette fois le centre de la pièce, même si les contours spatio-temporels sont floutés ou délibérément éclatés comme dans un kaléidoscope.

Gilles Pastor, qui n’est jamais avare de mises en perspective philosophique, a ses explications sur l’abondance de références. Mais d’autres significations sont plus explicites, comme le fait de faire endosser le rôle-titre par trois comédiens très différents : Emmanuel Héritier (au physique de baigneur), Jean-Philippe Salerio (plus sec, plus sombre) et le magnifique danseur black Sorriso (issu de la compagnie Käfig).

Universalité

C’est que cette réflexion sur l’impossibilité de contrôler un destin moqueur, sur l’inanité de s’enorgueillir de ses origines, est d’abord, et avant tout, universelle. Chaque homme est Œdipe, quelle que soit sa couleur de peau, où qu’il vive, à Thèbes ou à Milan, ou encore à Salvador de Bahia, au Ve siècle av. J.-C. ou aujourd’hui.

Costumes et accessoires renvoient à des moments différents, des lieux opposés, des cultures apparemment éloignées, une religion monothéiste ou des rites sauvages dûs à des dieux cruels. Des chaises de jardin en plastique orange côtoient ainsi une élégante tiare dorée. La samba annonce la Passion selon saint Matthieu. En somme, nous voilà renvoyés à une condition humaine commune à travers les âges et les continents, n’en déplaise aux racistes de tout poil.

« Œdipe roi », mise en scène de Gilles Pastor © Michel Cavalca

« Œdipe roi », mise en scène de Gilles Pastor © Michel Cavalca

Bien entendu, les références à Pasolini sont flagrantes (comme dans la première partie du diptyque), à commencer par le recours à la vidéo. D’ailleurs, certaines images renvoient tout droit aux obsessions christiques du cinéaste : la scène (filmée) où Œdipe, plongé dans l’eau, entouré de femmes sensuelles, semble recevoir le baptême ; ou celle, encore, où il sort de l’eau, un poisson serré contre la poitrine. D’autres sont plus obscures, d’autant que leur superposition peut en rendre la perception, voire la lisibilité, incertaine.

Mises en abyme

À mesure qu’Œdipe, au départ incrédule, découvre l’étendue de la sinistre farce jouée par le destin, le spectacle s’assombrit et s’accélère. Il se concentre aussi. Si l’on peut lui reprocher quelques lenteurs complaisantes au début (surtout que tous les comédiens ne sont pas au diapason), la tension dramatique est sensible dès la révélation de la vérité. 

« Œdipe roi », mise en scène de Gilles Pastor © Michel Cavalca

« Œdipe roi », mise en scène de Gilles Pastor © Michel Cavalca

Quand Gilles Pastor rejette l’ostentation, il choisit l’euphémisme ou la sobriété. Ainsi, la mort de Jocaste se déroule-t-elle en coulisses, de même que la scène de l’aveuglement. C’est le théâtre qui règne à travers le masque sanglant peint sur le visage de Sorriso. Dans une danse désarticulée, celui-ci donne à voir l’effondrement du personnage, ou peut-être son combat intérieur contre les Érinyes. C’est encore lui, lors de cette longue scène, qui nous montre Œdipe, les yeux fermés par des pansements, à l’arrière de la voiture tournant dans Rome, sans réaction, atone, absent à lui-même. Grand moment d’émotion qui se clôt sur Bach, lequel accompagne le personnage dans sa descente aux enfers vers la solitude et l’exclusion de la compagnie des hommes (un rappel du film L’Évangile selon saint Matthieu, du même réalisateur).

Alors, quand brutalement le noir s’installe sur le plateau, on reste étreint. Il y a bien quelques réserves (mineures) : une certaine complaisance pour l’outrance, la priorité donnée aux images sur la direction d’acteurs… Toutefois, Gilles Pastor prouve sa maîtrise de la montée dramatique. Son Œdipe Roi ne peut laisser indifférent : il nous touche par son humanité, il nous emporte dans le bruit et la fureur. 

Trina Mounier


Œdipe roi, d’après Œdipe roi de Sophocle, texte français de Jean Grosjean, et Œdipe roi (Edipo re), scénario de Pier Paolo Pasolini,

KastôrAgile

Mise en scène : Gilles Pastor

Avec : Antoine Besson, Alizée Bingöllü, Alex Cretey, Emmanuel Héritier, Kayije Kagame, Jean-Philippe Salerio, Wanderlino Martins Neves dit Sorriso

Assistante à la mise en scène : Catherine Bouchetal

Chorégraphie : Astrid Takche de Toledo

Costumes : Clément Vachelard

Lumière : Nicolas Boudier

Son : Sylvain Rebut-Minotti

Vidéo : Vincent Boujon

Régisseur général : Olivier Higelin

Théâtre National Populaire • 8, place Lazare Goujon • 69100 Villeurbanne

Réservations : 04 78 03 30 00

Du 21 septembre au 1er octobre 2017 à 20 h 30, le dimanche à 16 heures, relâche samedi et lundi

Durée : 1 h 15

De 9 € à 25 €

Turak / “Chaussure(s) à son pied” © Turak

« Parades nuptiales en Turakie » de Michel Laubu et « Chaussure à son pied », d’Emili Hufnagel, Turak, Les Subsistances à Lyon

Parlez-moi d’amour 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Michel Laubu est un familier des Subsistances, à Lyon. Le voici de retour accompagné d’une femme, Emili Hufnagel, pour présenter deux broderies sur l’amour, version garçon et version fille. Un petit régal.

Michel Laubu travaille depuis des années à échafauder un théâtre de bouts de ficelles, de vieux objets cabossés mis au rebut, de souvenirs remisés dans les greniers et les armoires de grands-mères, d’odeurs de jardin après la pluie, de tessons de bouteilles roulés par les flots, de cabanes de notre enfance. Avec ces bribes, ces copeaux, ces débris, ces trucs et ces machins, il sait convoquer la mémoire des petits et des grands, leur murmurer à l’oreille des contes qui ne parlent qu’à eux. C’est un magicien de l’âme, un esthète qui soigne méticuleusement l’apparence de ses personnages, toujours révélateurs d’émotions subtiles.

Turak / Parades nuptiales en Turakie © Eric Massua

Turak / Parades nuptiales en Turakie © Eric Massua

Dans Parades nuptiales en Turakie, il parle d’amour, donnant une suite à Une Carmen en Turakie, une aventure théâtrale en hommage à l’opéra de Bizet. Dans ce court opus, il nous démontre par A + B, ou plutôt par fiche mâle et prise femelle, que l’amour est enfant de Bohême qui n’a jamais, jamais, connu de loi. Pour cela, il convoque le petit dieu aveugle, Cupidon en personne. Mais celui-ci ne saurait arriver en Turakie revêtu de son minois éternellement jeune. Il est donc devenu un vieillard cacochyme qui a quelque peu perdu la main. Ses flèches s’égarent… Mais la cafetière et le fer à repasser amoureux finiront par se retrouver malgré tout.

Comme à l’accoutumée, Michel Laubu manipule à vue ces objets, il enfile leurs vêtements, se met à leur place et parle tout le temps. Cet incorrigible bavard séduit ainsi son auditoire par une relation d’une grande complicité avec lui. Autant il est bavard, autant Emili Hufnagel semble muette. Voilà pourtant plus de six ans qu’elle partage le destin des Turaks, pour le meilleur et pour… Non, finalement, pas de pire au pays de Turakie, où la légèreté est érigée en art de vivre, l’empathie en système politique et l’humour en philosophie quotidienne. Mais ce soir-là, pour Emili Hufnagel, c’était une grande vraie première : première mise en scène, premier spectacle solo, première présentation devant des spectateurs.

Double plaisir

Elle se distingue par sa manière d’utiliser les objets. Là où lui les transforme, leur donnant de multiples vies, elle s’en sert pour son usage personnel. Ou bien c’est le contraire, les objets lui résistent, comme ces caisses qui se dressent comme des obstacles à son passage, ces pendules qui se détraquent ou ce plancher qui se met à grésiller, comme électrifié, dès qu’elle veut poser le pied dessus. Tout au long du spectacle, elle va explorer, à travers les contes, du Petit Chaperon rouge aux Souliers rouges, les déboires des jeunes filles avec les princes qui, en réalité, ont le plus souvent des gueules et des appétits de loups ! On voit les marionnettes qu’elle manipule – moment hilarant – se tordre pour regarder sous ses jupes ou vouloir la humer de trop près. Emili Hufnagel réussit un coup de maître. À la fois capable de se démarquer complètement tout en offrant un spectacle complémentaire à Parades nuptiales.

Turak / Chaussure(s) à son pied © Turak

Les deux soli, Parades nuptiales en Turakie et Chaussure(s) à son pied, respectivement signés Michel Laubu et Emili Hufnagel, peuvent se voir séparément. Mais l’un à la suite de l’autre, ils n’ont que davantage de saveur, révélant la malice des auteurs-metteurs en scène. Ils poussent le clin d’œil jusqu’à imprimer le premier programme sur papier vert et le second en rose saumon. 

Trina Mounier


Parades nuptiales en Turakie de Michel Laubu et Chaussure(s) à son pied d’Emili Hufnagel

Compagnie Turak Théâtre

Parades nuptiales en Turakie de et par Michel Laubu

En complicité avec Emili Hufnagel

Voix : Jeanne Crousaud

Arrangement, guitares et clarinettes basses : Laurent Vichard

Regard extérieur : Olivia Burton

Construction, accessoires et marionnettes : Michel Laubu, Géraldine Bonneton

Les 13,15 et 17 juin à 19 heures

Durée : 1 heure

Chaussure(s) à son pied, de et par Emili Hufnagel

En complicité avec Michel Laubu

Musique : composition, arrangements (d’après Strozzi, Machaut, Bizet, traditionnels), clarinettes, guitares, programmation : Laurent Vichard

Voix : Jeanne Crousaud

Violoncelle : Noémie Boutin

Dramaturgie : Olivia Burton

Direction d’acteurs : Eléonore Briganti

Construction marionnettes : Michel Laubu, Géraldine Bonneton

Les 14 et 16 juin à 19 heures, le 17 juin à 16 h 30

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon

Réservations : 04 78 39 10 02

À partir de 10 ans

Pass 2 spectacles à 20 €

À découvrir sur Les Trois Coups

Une Carmen en Turakie, par Trina Mounier

Sur les traces du ifto, par Trina Mounier

Les Fenêtres éclairées, par Laura Plas

À notre insu, par Élise Ternat

« Triiio », des Nouveaux Nez, les Subsistances à Lyon

En attendant… la suite

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

De la difficulté de réunir l’émouvante imperfection du jeu clownesque et le choix d’une écriture scénique incertaine.

Estampillés irrésistibles dès les années 1980 sur l’autel du « nouveau cirque », Les Nouveaux Nez font toujours figure de référence. On y va confiant, accompagné ou non d’enfants, assuré que la poésie l’emportera sur les poncifs du genre clownesque, persuadé que l’imagination sera au rendez-vous. Problème, déjà posé, par exemple, par les formidables Colombaioni, le gène « irrésistible » se transmet-il d’une génération à l’autre ? Pas si sûr…

Pour ce nouvel opus, les coauteurs de Triiio ont pris le risque de présenter un spectacle qui n’en finit pas de renoncer à commencer. D’entrée de jeu, dans une salle éclairée en permanence face à un plateau toujours en pleins feux, trois clowns multiplient physiquement et verbalement les occasions de différer l’entame de la représentation. Des spectateurs qu’on attend puisqu’ils sont sur la liste des réservations. La nécessité de préparer le vin d’honneur qui sera offert à l’issue du spectacle. Le trio d’artistes franco-argentino-allemand, triplette facétieuse et naïve, s’ingénie à confectionner une sorte de bombe à retardement d’un genre inédit, l’arme de destruction massive de tout propos cohérent.

C’est drôle, voire hilarant, du moins pendant un certain temps. Maîtresse filoute en manipulation de la participation du public, la joyeuse petite bande fait assaut de toute sa virtuosité pour faire accepter l’attente qui se prolonge. Déménagements chaotiques, objets détournés de leur utilisation habituelle, bribes textuelles répétitives destinées à faire patienter l’auditoire, intermèdes musicaux pétris d’humour. Félix, Fritz et Piola – leurs noms de personnages – aux allures de fieffés imbéciles réussissent à tromper leur monde. Ils s’ingénient frénétiquement et malicieusement à tout faire pour ne rien faire. L’acmé de leur « escroquerie » dramatique est atteint quand ils revendiquent de souffler un peu. Pathétique et bouleversante image que celle de leurs corps en sueur empilés sur un coffre étroit, moment d’humanité – le seul ? – qui donne le frisson. Désopilante séquence que celle des trois clowns plaqués au sol pour un insensé numéro de haute voltige sans trapèze ni filet.

On sort de Triiio moins enchanté qu’on ne l’aurait voulu, un brin frustré. Mais, rassurez-vous Alain Reynaud, Heinzi Lorenzen, Gabriel Chamé Buendia, on attend votre prochaine création avec impatience. Vous restez ce que vous êtes, de remarquables artistes. 

Michel Dieuaide


Triiio, de la compagnie Les Nouveaux Nez

Les clowns : Alain Reynaud (Félix Tampon), Heinzi Lorenzen (Fritz), Gabriel Chamé Buendia (Piola)

Mise en scène et écriture : Alain Simon, assisté de Gilles Jolly

Responsables artistiques : Alain Reynaud et Heinzi Lorenzen

Jeu et écriture : Alain Reynaud, Heinzi Lorenzen et Gabriel Chamé Buendia

Écriture des numéros clownesques : Ami Hattab

Lumière : Pascal Chassan

Costumes : Patricia de Petiville

Accessoires : Marie-O. Roux, assistée de Margot Van Haelst

Régie : Pascal Chassan

Photos : © Alain Simon

Production : Les Nouveaux Nez, pôle national des arts du cirque Auvergne ‑ Rhône‑Alpes

Administration : Noëlle Vachon

Diffusion : Fadhila Mas

Coproduction : la Cascade, pôle national des arts du cirque Auvergne ‑ Rhône‑Alpes (Bourg‑Saint‑Andéol), Archaos, pôle national des arts du cirque Méditerranée (Marseille), les Subsistances (Lyon), la Maison des arts du Léman (Thonon‑les‑Bains), le Théâtre du Vellein (Villefontaine)

Résidences : Théâtre des Ateliers (Aix‑en‑Provence), les Quinconces (Vals‑les‑Bains), la Cascade, pôle national des arts du cirque (Bourg‑Saint‑Andéol), les Subsistances (Lyon), Festival d’Alba‑la‑Romaine

Les Subsistances • 8 bis, quai Saint‑Vincent • 69001 Lyon

www.les-subs.com

Courriel : contact@les-subs.com

Téléphone : 04 78 39 10 02

Représentations : du 15 au 18 décembre 2016, les jeudi et vendredi à 20 heures, les samedi et dimanche à 17 heures

Durée : 1 heure

Tarifs : 14 €, 12 €, 10 €