« Barockissimo, les Arts florissants en scène », exposition au Centre national du costume de scène à Moulins [Allier]

Costume de Patrice Cauchetier pour le rôle des Parques dans « Hippolyte et Aricie » de Rameau © Florent Giffard Costume de Patrice Cauchetier pour le rôle des Parques dans « Hippolyte et Aricie » de Rameau © Florent Giffard

Vous avez dit baroque ?

Par Marie Lobrichon
Les Trois Coups

Pour les dix ans de sa création, le Centre national du costume de scène à Moulins consacre une exposition évènement à l’univers baroque des Arts florissants, à travers trente ans de costumes. Une découverte passionnante, qui réussit avec brio le pari de concilier démarche muséale et spectacle vivant.

Étrange, de parler d’un genre musical à travers le double prisme de costumes et de musiciens ? Avec les Arts florissants, pas tant que ça. Spécialisé dans le registre baroque, cet orchestre a été à l’initiative d’une production scénique exceptionnelle, où la musique ne se conçoit pas indépendamment d’une dimension scénique – et vice versa. Une posture en elle-même résolument baroque, qui manifeste d’une fidélité profonde à ce courant marqué avant tout par l’audace, le mélange… et le spectaculaire.

Sous cet aspect, l’angle adopté par l’exposition « Barockissimo » est déjà engageant. Et la sélection opérée par les commissaires Martine Kahane et Catherine Massip dans le répertoire des Arts florissants est un véritable régal pour les yeux comme pour les oreilles. Organisé essentiellement autour de productions spécifiques, le parcours invite à plonger dans un univers lumineux, où la jouissance domine, bien loin d’une image poussiéreuse encore véhiculée parfois. Toutes les plus grandes œuvres sont au rendez-vous, du légendaire Atys de Lully, authentique coup de tonnerre dont les spectateurs de 1989 à l’Opéra-Comique se souviennent toujours avec émoi, jusqu’aux Indes galantes de Rameau, en passant par Alcina de Haendel ou le Couronnement de Poppée de Monteverdi… Créés pour les mises en scène de Robert Carsen, Luc Bondy, Jean‑Marie Villégier ou José Montalvo, les magnifiques costumes présentés dans les vitrines ont souvent fait l’objet de recherches assidues auprès des costumiers ou des ateliers de couture des théâtres. S’y lisent tous les aspects de ce renouvellement baroque auquel les Arts florissants ont largement contribué, de l’épure à la démesure et de l’inspiration historique à l’abstraction loufoque.

La situation d’exposition n’est pas sans poser question, pour un matériau lié au spectacle vivant. Ne risque-t-on pas de retomber précisément dans l’écueil du conservatisme, haut mal bien connu de la musique ancienne, en voulant ramener ce vent de renouveau à une démarche muséographique ? Si la question est légitime, le savoir-faire du C.N.C.S. (Centre national du costume de scène) lève toute inquiétude. Enfilés sur des mannequins sur mesure, les costumes sont donnés à voir dans toute leur dimension, semblant même parfois flotter sur des corps invisibles – à mille lieues d’une exposition de vêtements aux Galeries Lafayette. Mais c’est surtout à la confrontation de ces pièces avec les spectacles dont elles sont issues que cette entreprise doit son succès. Diffusés sur des écrans placés comme de grands tableaux en marge des vitrines, des extraits de captation de ces productions montrent les costumes mis en scène et habités par les interprètes, tandis que des cloches sonores permettent une écoute optimale de la musique des Arts florissants. De cette juxtaposition entre témoignages vidéo et réalité matérielle naît une compréhension qui, pour ne pas être comparable à l’expérience de la scène, n’en donne pas moins une idée juste. Et suscite le désir d’en vivre l’émotion.

Dans cette démultiplication des médias et des angles d’approche, la scénographie joue un rôle fondamental. Simon de Tovar et Alain Batifoulier s’acquittent de l’exercice avec intelligence, en créant des espaces où la richesse des informations – chaque salle contenant pas moins de quatre ou cinq grands tableaux explicatifs – n’entrave en rien leur lisibilité. Et si certains « trucs » paraissent d’abord un peu téléphonés – comme le « fil rouge » en forme de portée musicale, ou le cadre doré littéralement brisé qui borde chaque vitrine ou tableau –, force est d’admettre qu’ils ne font qu’habiller au mieux un espace par ailleurs clair et dégagé, où les visiteurs se plaisent à circuler. Même les plus implacables d’entre eux (j’ai bien sûr nommé les enfants) se prennent au jeu. Chaque salle s’accompagne d’une découverte ludique, sous forme de quizz, de morceaux de tissus à toucher… ou de costumes à enfiler. Vraiment, on ne s’ennuie pas une seconde, et on regretterait presque de ne plus avoir huit ans pour pouvoir soi-même se déguiser le temps d’une exposition, courir dans les couloirs et s’émerveiller devant les costumes des Indes galantes comme à son premier opéra, ou à son premier western… 

Marie Lobrichon


Barockissimo : les Arts florissants en scène

Centre national du costume de scène

Commissariat et direction artistique : William Christie, Martine Kahane et Catherine Massip

Scénographie : Simon de Tovar et Alain Batifoulier

Centre national du costume de scène • quartier Villars • route de Montilly • 03000 Moulins

Téléphone : 04 70 20 76 20

Du 9 avril au 19 septembre 2016, tous les jours de 10 heures à 18 heures, jusqu’à 18 h 30 en juillet et août

Plein tarif : 6 €

Tarif réduit : 4 €

Gratuit pour les enfants de moins de 12 ans, les personnes en situation de handicap et accompagnateurs

Photo de une : costume de Patrice Cauchetier pour le rôle des Parques dans Hippolyte et Aricie de Rameau, Opéra national de Paris, 1996 © Florent Giffard