Bilan sur la Route du Sirque, à Nexon

La-Dévorée-Marie-Molliens « La Dévorée », de Marie Molliens © Laure Villain

Ouvrir la route !

Par Laura Plas
Les Trois Coups

« Voilà, c’est fini », comme le dit la chanson. Les chapiteaux sont démontés et les artistes partis. Mais l’édition 2018 de La Route du Sirque aura montré encore une fois la force de renouvellement du festival et ouvert la voie à de futures éditions tout aussi vivifiantes : rendez-vous pris.

Il y a quatre ans Martin Palisse prenait la direction du Pôle cirque de Nexon et de son festival : La Route du Sirque. Il affirmait alors œuvrer pour le renouvellement dans la continuité. Pari tenu ! Lorsqu’on discute avec les vieux « routards » du festival, ceux-ci ont parfois du mal à dater précisément le changement, tant la prise de fonction s’est faite dans la fluidité. Tous confirment que « ça bouge », mais disent reconnaître l’esprit de l’évènement.

Plutôt que de rupture, on parlerait donc d’ouvertures au pluriel. Il y a d’abord, évidemment, l’ouverture sur le ciel et la nature. Le Sirque a essaimé dans le parc du château de Nexon, mais aussi dans la ville entière. On a pu voir des spectacles au gymnase (Souffle ou les Princesses) et au jardin (Horizon ou Météore). En définitive, c’est comme si le village entier vivait au rythme du festival, et le festival au rythme de son environnement naturel.

Petite galaxie dans l’univers circassien, le Sirque accueille, de plus, des étoiles venues de loin. Si, par exemple, Juan Ignacio Tula ou Leonora Gimenez et Vanina Fandino ont parfait leur formation au CNAC et sont des habitués des festivals européens, ils viennent d’Argentine.

Faire feu de tout cirque

Ajoutons que Martin Palisse est jongleur de formation. Or, si l’édition 2014 faisait la part belle à cette discipline, le festival ne s’est pas, pour autant, métamorphosé en rencontre de spécialistes. Au contraire, tous les arts de la piste ont trouvé leur place au fil des différentes éditions. Cette année, les fils et filles de l’air avaient la part belle sur la corde, le trapèze, ou des structures inventées pour les artistes. On songe aux volutes de la Spire, apprivoisées par Chloé Moglia et ses comparses, comme à l’étrange échelle gravie dans Météores, ou aux ingénieuses trajectoires de fils inventées dans Lugar.

Cependant, on se souviendra aussi de la délicieuse et désopilante femme fakir des Princesses (Carine Nunes). On frémira peut-être au souvenir des marionnettes de la Valse des hommelettes, ou à celui du faune-Christ ensanglanté de la Dévorée (Robin Auneau). Il y en avait donc pour tous les goûts.

Enfin, le Sirque s’est ouvert à d’autres arts : art de la parole déployé dans Incultures par Franck Lepage, art du son avec les multiples concerts proposés dans l’édition : Pppunk, Zombie Zombie et ses invités, Rita Macédo et le Parti Collectif. On aurait envie aussi d’évoquer cet art de vivre qui fait que l’on traîne au festival, même quand on n’y voit pas de spectacles, juste pour se délecter d’un plat d’ici ou d’ailleurs. C’est cet art précieux qui explique encore que les enfants sont bien, aussi : à lire dans leur coin lecture, à courir sur la pelouse, à voir des  « pestacles », ou encore à jouer les circassiens en graine lors de stages.

À l’heure où l’Europe devient un bunker, une telle ouverture fait du bien. Et en ces temps où la culture est fragilisée, on souhaite que le Sirque reste ouvert pour très, très, longtemps. 

Laura Plas


La Route du Sirque

Orangerie du Château • 87800 Nexon

Site ici

Du 6 au 25 août 2018

De 8 € à 14 €

Réservations : 05 55 00 98 36


À découvrir sur Les Trois Coups :

la Dévorée, de Marie Molliens, CIRCa, par Léna Martinelli

☛ Reportage à La Route du Sirque à Nexon, par Laura Plas

Souffle de Florence Caillon et Horizon de Chloé Moglia, La Route du Sirque à Nexon, par Laura Plas