Entretien avec Stéphane Kochoyan, directeur artistique du festival Jazz à Vienne 2012

Jazz à Vienne 2012 © Bruno Théry

Trente-deux ans et un nouveau départ

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Après le tour de piste un peu court de Christophe Bonin, l’an passé, Jazz à Vienne s’est donné un nouveau directeur en la personne de Stéphane Kochoyan, qui a pris les rênes de l’établissement public en novembre dernier. « Les Trois Coups » ont souhaité rencontrer le nouvel arrivant.

Après le départ en catimini de Christophe Bonin, en juillet dernier, le président Christian Trouiller avait indiqué que Jean‑Paul Boutellier resterait aux commandes jusqu’à ce qu’il juge lui‑même la transition réussie. Vous avez été recruté en novembre. Comment s’organise la programmation entre vous, Boutellier et son complice Vignola, notamment ?

De la façon la plus harmonieuse possible. À Vienne, comme dans les autres festivals dont je m’occupe, par exemple à Orléans, j’ai le souci de partager. À mon arrivée, j’ai donc fait savoir à Jean‑Paul Boutellier que les paroles du président étaient toujours d’actualité. J’ai une très grande admiration pour Jean‑Paul Boutellier : je sais ce que le jazz et Vienne lui doivent. C’est un exceptionnel connaisseur de l’un et de l’autre. Ma démarche s’inscrit dans une dimension de transmission et de réception, je dirais presque de filiation. L’essentiel est que l’Épic (établissement public à caractère industriel et commercial), qui prend la suite de l’association Vienne action culturelle, assure la transition dans la stabilité et la continuité. La création de l’établissement public est une chance pour le festival. C’est le signe que les élus locaux et régionaux ont saisi l’importance touristique, économique, sociale et culturelle du festival. C’est une reconnaissance pour les gens qui ont fait ce festival et pour le jazz en général. Je suis fâché que le jazz ne soit pas plus présent dans les grandes institutions soutenues par l’État. Cette place que nous méritons, nous allons la conquérir.

À votre arrivée, la programmation 2012 avait évidemment déjà commencé. En quoi peut‑on dire néanmoins que la 32e édition porte votre griffe ?

En ceci que Jazz à Vienne 2012, ce sera plus que jamais le festival de tous les jazz et de toutes les générations, de McCoy Tyner à Terri Lyne Carrington, de Tony Bennett à Stéphane Belmondo, d’Aldo Romano à Sandra Nkaké, de Chick Corea à Robert Glasper, Melody Gardot, Aurore Voilqué ou Esperanza Spalding… C’est aussi l’accent mis plus que jamais sur la jeune génération, avec Tigran Hamasyan, notre résident, Gregory Porter ou Erykah Badu. C’est enfin le soutien maintenu, voire accru, aux musiciens régionaux comme Bigre ou Amazing Keystone Big Band, la formation à qui j’ai confié le concert jeune public.

Quelle orientation souhaitez‑vous pour l’avenir ?

La continuité dans le changement ! Par exemple, nous gardons les grandes soirées thématiques. Nous retrouverons le blues (Awek, Keb’Mo, Magic Slim), l’Afrique (Manu Dibango), le piano (McCoy Tyner, Mulgrew Miller et Kenny Baron, Gregory Porter), la guitare (Biréli Lagrène, Al Di Meola), le funk (Fred Wesley), le gospel (Take 6, London Community Gospel Choir), etc. Je vous ai dit aussi que j’aimais le partage. C’est vrai avec Jean‑Paul Boutellier et Jean‑Pierre Vignola, mais je souhaite aussi que Benjamin Tanguy et Reza Ackbaraly apportent leur sensibilité. L’un, comme responsable de Cybèle et du Club de minuit, avec un accent spécifique de veille régionale. L’autre, en tant que programmateur du Jazz’mix : jazz, musiques du monde et nouvelle scène française comme Médéric Collignon.

Il n’y a pas de festival digne de ce nom sans une ou plusieurs découvertes. Qu’en sera‑t‑il cette année à Vienne, selon vous ?

C’est une question difficile… Les surprises peuvent venir des femmes : Terry Line Carrington, Grammy Award cette année, exclusivité de Jazz à Vienne, avec son plateau de musiciennes telles que Dianne Reeves, Tineke Postma, Tia Fuller. Elle peut encore venir de cette jeune contrebassiste catalane, Giulia Valle, qui ne joue que rarement en France, ou de la chanteuse malienne Fatoumata Diawara, à moins que ce ne soit Sandra Nkaké, qui chante le jour de l’ouverture et de la fin… Ce peut être Aurore 4tet, une jeune violoniste qui a étudié avec moi aux Enfants du jazz de Barcelonnette, ou l’étoile du jazz Esperanza Spalding avec son nouvel album… Guillaume Perret va, sans nul doute, faire sensation au Jazz’mix… Je n’oublie pas les retours des Jazz Cruisaders avec Joe Sample, de Tony Bennett, etc. Si j’étais vous, je ne raterais pas ça !

Qu’auriez‑vous envie de dire à l’un de ces milliers de touristes, non amateurs de jazz, qui longent Vienne sur l’autoroute chaque année, sans jamais s’y arrêter, pour le convaincre de passer une soirée à Jazz à Vienne ?

Que Jazz à Vienne est un des dix‑sept plus grands festivals de jazz du monde, membre de l’Ijfo. (International Jazz Festival Organization), aux côtés de Montreux, Northsea Jazz Festival, Montréal… Et qu’on ne peut pas passer comme ça sans s’arrêter dans une ville gallo-romaine. Que le théâtre antique offre un cadre unique avec un coucher de soleil incomparable. Que tous les styles de jazz sont valorisés du local à l’international… J’ajouterais : « Pensez aussi au goût du côte‑rôtie, au condrieu, à la réputation de la tradition culinaire de la région ! Et à une ville qui vit le jazz de midi au petit matin avec trois scènes gratuites pendant quinze jours ! Si cela ne vous suffit pas, je vais me coucher ! ».

Merci, Stéphane Kochoyan, d’avoir donné de votre temps pour éclairer les lecteurs des Trois Coups, à qui nous donnons rendez‑vous à Vienne à partir du 28 juin.

Merci… Souhaitez‑nous du beau temps ! 

Propos recueillis par
Jean-François Picaut


Jazz à Vienne 2012, 32e édition

À Vienne (Isère) du 28 juillet au 13 août 2012

Festival Jazz à Vienne • 21, rue des Célestes • 38200 Vienne

Tél. +33 (0)4 74 78 87 87

Télécopie +33 (0)4 74 78 87 88

Renseignements : www.jazzavienne.com

Billetterie : billetterie@jazzavienne.com

Commandez en ligne : http://www.jazzavienne.com/fr/panier/panier?v=kld#panier

Infoline : 0892 702 007 (0,34 euros/min)

Affiche de Jazz à Vienne 2012 : © Bruno Théry