Entretien avec Stéphanie Bulteau, directrice de Circa, pôle national des arts du cirque à Auch

stéphanie-Bulteau-pôle-national-des-arts-du-cirque-Auch-Gers-Occitanie © Iangrandjean- © IanGrandjean

« Chaque jour passé est précieux »

Par Florence Douroux
Les Trois Coups

À quelques kilomètres de la métro toulousaine, caparaçonnée dans le couvre-feu, le festival CIRCa l’a échappé belle. Il a pu donner son coup d’envoi comme prévu, vendredi 16 octobre. Malgré les turbulences actuelles, Stéphanie Bulteau, nouvellement arrivée à la direction du pôle national des arts du cirque Auch Gers Occitanie, entend montrer à quel point le cirque reste vivant et inventif.

Vous venez de prendre la direction de CIRCa : quelles étaient vos motivations ?

CIRCa est un magnifique outil. Il y a ici tout ce que j’aime : un festival, une saison pluri-disciplinaire, des chapiteaux, des espaces de répétition, un petit théâtre à l’Italienne. On peut tout faire. De plus, je connaissais le festival, puisque j’y viens depuis longtemps. À la Réunion, je dirigeais la scène conventionnée le Séchoir, pôle cirque en préfiguration. Voila donc des années que je travaille avec ce réseau. D’ailleurs, je connais bien l’ancien directeur de CIRCa, Marc Fouilland, en poste pendant 18 ans.

C’est donc une nouvelle page qui s’écrit ?

Oui. Marc Fouilland a tout créé ici. Maintenant que c’est solide, il a considéré qu’il fallait une autre énergie pour faire vivre différemment le festival et le pôle. Il a assuré toute la programmation du festival cette année et de la saison qui suit. En revanche, c’est moi qui vais la faire vivre. C’est clairement une année de transition qui me permettra de reprendre en main l’outil de CIRCa.

Pour le moment, je me suis seulement employée à rendre le festival covid-compatible, ce qui était déjà un gros challenge en quelques semaines. Je n’ai pris mes fonctions que le 14 septembre. Mais dès le début du mois, je me suis employée à obtenir l’accord de la ville et de la préfecture pour maintenir la manifestation. Nous avons eu l’autorisation le 11 septembre. On a donc monté le festival en cinq semaines, alors qu’on commence normalement en juin. Là, rien n’était lancé : pas de programme, pas de communication, pas de billetterie !

On a malheureusement dû annuler les spectacles d’écoles de cirque. On ne peut pas faire converger 150 jeunes de toute l’Europe et 200 jeunes de toute la France. Ils auraient dû venir pour se rencontrer, travailler ensemble, se voir. Mais on diffuse un peu partout des petites capsules vidéo des écoles européennes, les E-Circle. On a un programme de l’AFFEC, du CNAC et de l’école supérieure de Toulouse. C’est tout pour les écoles. En revanche, la programmation des compagnies est restée quasiment intacte.

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© Hervé Abbadie

Et pour l’année prochaine ?

Nous garderons impérativement l’extrême diversité des formes présentées au festival, sans être mono-maniaque sur les chapiteaux, les seuls-en-scène, ou sur quoi que ce soit d’autre. En effet, la variété, l’éclectisme sont représentatifs du cirque d’aujourd’hui. Par exemple, je tiens à garder les projets en extérieur. Comme cette année, Une pelle, d’Olivier Debelhoir, ou Perceptions de la compagnie Bivouac.

Je souhaite par ailleurs me faire accompagner par les artistes pour leur regard sur le festival afin de le repenser avec eux. Je vais donc avoir des compagnons, sur des périodes de 3 ans. Ceux de l’année prochaine sont déjà pressentis, mais ce n’est pas officiel. Une deuxième équipe suivra en 2022, et ils travailleront ensemble pendant deux ans. Nous aurons ainsi une véritable collaboration artistique.

J’adore avoir le point de vue des artistes. Ne serait-ce que repenser toute la scénographie du site, avec les espaces d’accueil notamment et toute cette question du festival dans la ville. Notre regard à nous est verrouillé à certains endroits. Mais eux, auront cet œil extérieur capable d’envisager des possibilités nouvelles. Ils auront cette liberté-là.

Justement, comment les sentez-vous, cette année, les artistes ?

Fragiles. Ils sont extrêmement volontaires, du coup très fragiles. Ils ont tellement envie d’être là, de jouer, alors que les corps ne sont pas très entraînés. Ils n’ont pas fait de bascule ou de trapèze chez eux, on s’en doute. Ils ont repris en juin, juillet et CIRCa est arrivé très vite. Il y a eu des blessures, avant le festival, et hier soir, ici. L’impatience est très forte, et la pression aussi, si l’on pense que ce pourrait être le dernier festival de l’année. La fébrilité est palpable.

Avant-hier, c’était la première date en Europe de Ghost Light, produit par la compagnie Québécoise Machine de Cirque. Un enjeu de dingue pour Maxim Laurin et Ugo Dario. Ils ne savent pas quand ils pourront revenir, et en rentrant chez eux, ils auront droit à la quatorzaine.

CIRCa, coûte que coûte et vaille que vaille ?

Oui. Financièrement, c’est une année catastrophique, puisque nous avons une perte de billetterie de 120 000 euros, avec 40 % des places retirées des ventes. Avec un budget covid conséquent : 6 000 euros de gel, 5 000 euros de masques, une masse salariale en renfort de 15 000 euros. Mais tout est complet. Les programmateurs Français sont tous venus. Une bonne nouvelle.

Les compagnies doivent s’adapter elles aussi : vendredi soir, le cirque Galapiat, dans son spectacle l’Âne et la carotte a donné du pop-corn au public. Mais si on grignote, on ne remet pas son masque ! Donc plus de pop-corn… L’état d’urgence sanitaire rend impossible ces éléments de mise en scène.

Tous les soirs, quand nous devons fermer le site dès 23 h 30, je suis triste. Mais le Préfet, dans son discours d’ouverture, a déclaré que CIRCa était un festival inévitable. Alors, oui, c’est vaille que vaille, et chaque jour passé est précieux. 

Propos recueillis par
Florence Douroux


CIRCa, 33e festival de cirque actuel

Du 16 au 25 octobre 2020

Circ • allée des Arts • 32000 Auch

Programmation détaillée

Réservations : 05 62 61 65 00

Billetterie en ligne

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