Festival Sens interdits, 5e édition, du 19 au 29 octobre 2017, à Lyon

« Martyr », par Oskaras Korsunovas, Théâtre national d’art dramatique de Lituanie © Dmitrij Matvejev

Regarder le monde en face

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Cinquième édition pour ce festival de l’urgence et de la nécessité. Sens interdits, que portent à bout de bras Patrick Penot et une petite équipe de bénévoles passionnés, ouvrira encore une fois des dizaines de fenêtres sur un monde cabossé.

Onze jours durant, des troupes de 17 pays vont se succéder sur les scènes de 13 salles de l’agglomération. Parmi elles, beaucoup viennent de pays en guerre, de régions dévastées par l’éloignement, l’ostracisme, la terreur. Leur regard sera sans concession. L’accueil que leur fait Sens interdits aussi. Mais le festival représente une bouffée d’oxygène, la possibilité d’être entendu, de pouvoir pratiquer librement leur métier d’artiste. Et cela, pour eux, est fondamental.

Qui par exemple pour percevoir la voix du Théâtre Knam, isolé au fond de sa Russie extrême-orientale ? Qui pour se faire l’écho des femmes de ménage immigrées exploitées loin de chez elles ? Qui pour relayer la parole des détenus ? Qui pour prêter main forte à une création libano-syrienne toute neuve ? Et tout cela, non par seul humanisme, mais avec une exigence absolue de qualité artistique et la volonté d’enrichir notre culture commune d’autres regards, d’autres pratiques.

« Mujer vertical », de et par Éric Massé © Éric Massé
« Mujer vertical », de et par Éric Massé © Éric Massé

Cette édition est dédiée fort logiquement au metteur en scène Kirill Serebrennikov, assigné à résidence depuis cet été par le pouvoir russe, emblème donc de toutes les paroles empêchées auxquelles Sens interdits tend un mégaphone.

Le fil rouge qui court le long de la programmation est celui de la violence : fanatisme religieux dans Martyr, terrorisme dans Nord-Est, Trafic d’êtres humains, mais aussi exil, migrations et leur envers, le souvenir, la générosité et le pardon de We call it love ou de Hospitalités… La dénonciation des violences faites aux femmes sont une dimension essentielle dans Mujer vertical, Zig zig, Clean City. Chacun de ces spectacles est un geste de courage.

Les nouveautés

Certaines sont conjoncturelles, comme le focus qui marque l’année croisée France-Colombie. Trois spectacles dont deux créations : l’une d’elles sera signée Éric Massé qui reprend Femme verticale avec trois très grandes actrices colombiennes. 2017 prend en effet une dimension historique avec cet accord de paix signé entre les F.A.R.C. et l’État, après 50 ans de guerre.

D’autres manifestent une volonté de renouveau artistique. Comme la création de l’École éphémère qui accueillera, pour des ateliers, des master class et surtout une immersion dans le festival, une soixantaine d’élèves de grandes écoles d’art d’ici ou d’ailleurs : l’E.N.S.A.T.T., bien sûr, ou l’École de la Comédie de Saint-Étienne, mais aussi celles de Liège, de Tunis et de Ouagadougou. Une édition visiblement tournée vers la transmission.

Le programme est en ligne, il regorge de propositions : théâtre, bien entendu, mais aussi des spectacles de rue, de la danse, du cirque… et des conférences, des tables rondes, des expositions. De quoi mieux comprendre ce monde qui tangue et vacille. 


Sens interdits, festival international de théâtre, 5édition

Métropole de Lyon

Site ici

Du 19 au 29 octobre 2017

Réservation : 04 72 77 40 00 ou sur le site billetterie

Photos : © Dmitrij Matvejev © Éric Massé

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