Gwenaël Morin invite Yves‑Noël Genod, Théâtre du Point‑du‑Jour à Lyon

Yves-Noël Genod © Perrine Guérin

Théâtre permanent, ça continue !

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Ce début de saison théâtrale a été marqué pour moi par une première surprise : un courriel de Gwenaël Morin en personne proposait de me rencontrer pour me présenter Yves‑Noël Genod qui va investir le Point du jour durant le premier trimestre… Il faut dire que depuis Fourvière 2014, le maître des lieux s’était fait discret !

Je cours sur Google pour en savoir un peu plus sur le personnage et là, deuxième surprise (et honte pour moi), Yves‑Noël Genod est lyonnais, peu connu sur les scènes de la région certes, mais déjà très connu ailleurs, notamment aux Bouffes du Nord ou au Rond-Point. Une référence, donc. Il est grand temps qu’on le découvre. D’autant que son profil s’annonce immédiatement atypique…

Puis, c’est un canular qui m’attend au Point du jour transformé en Scala de Milan. À l’heure matinale où j’arrive, la grande photo de la célèbre salle se reflète dans la vitre de la porte d’entrée et donne l’impression de se trouver face à un théâtre à l’italienne bondé… Pourquoi ce clin d’œil ? Mystère…

Une continuité traversée d’artistes insolites

Me voici maintenant devant Gwenaël Morin, toujours le même, chaleureux, enthousiaste, volubile, et un grand échalas longiligne à la tignasse blond platine, tout de noir vêtu, un trousseau de clés pendu en guise de collier. Ma recherche précédente m’avait prévenue, l’homme est plutôt insaisissable, fou de théâtre, mais aussi et surtout performeur… entre autres.

Le courant a l’air de passer plutôt vite et bien. Gwenaël rappelle pour commencer son « programme, le même depuis le début : expérimenter le théâtre permanent. Programme interrompu prématurément l’an dernier. C’est bien que d’autres continuent l’essai. C’est une tentative délicate, car je tiens à ce qu’il y ait une continuité au Point du jour et, en même temps, il faut que l’autre artiste soit complètement autre avec des propositions radicalement différentes de celles que je peux faire… Yves-Noël est un artiste que j’admire énormément, mais je serais incapable de faire ce qu’il fait…». Yves‑Noël Genod poursuit : « Quand on entre dans un théâtre, on met ses pas dans les pas de quelqu’un, comme un couturier qui arrive dans une grande maison. À la fois, il va faire en sorte qu’on reconnaisse la signature, mais il la réactive aussi, il en invente une nouvelle grammaire ».

Ce ne sera pas la seule fois où Yves‑Noël Genod recourra à des métaphores empruntant à la haute couture, c’est manifestement un monde qui l’impressionne. « C’est très excitant comme aventure. Cette fois-ci l’inspiration, c’est le théâtre permanent, une proposition qui confère une grande liberté.

« La grande inconnue, pour moi, ce sont les textes. Je n’ai presque jamais travaillé sur des textes écrits parce que je travaille très vite, avec peu de répétitions, que ce qui m’intéresse, c’est d’abord la lumière et ce qui se passe chez le spectateur, alors que Gwenaël fait vivre non seulement de grands auteurs, mais surtout des classiques, dans ce théâtre. J’ai donc pris cela comme une contrainte intéressante.

Ready-made, bulles de champagne et Chanel No 5

« J’ai demandé à des comédiens, des chanteurs, peut-être des circassiens ou des danseurs, de revisiter les œuvres du répertoire. Chacun d’entre eux va s’approprier une œuvre, se laisser traverser par elle et en faire quelque chose d’autre, comme un ready-made à la Duchamp. Moi, je redistribue les cartes, je crée des interférences, des bulles de champagne inattendues et éphémères. À la manière des grands couturiers, je fais mes costumes directement sur les mannequins et à partir de ce qu’ils me donnent. C’est évidemment très exigeant pour les comédiens. Mais aussi pour les spectateurs qui doivent être en totale disponibilité, laisser à vif leur intériorité, car la beauté est dans l’œil de celui qui regarde. »

Pour ouvrir dans l’irrationnel, le premier épisode commencera le 22 septembre avec trois avant-premières les 19, 20 et 21, il s’appellera Manuel de liberté, les autres, on ne sait pas, sauf le 5 qui s’appellera No 5 en référence obligée à Chanel, et l’épilogue, Rester vivant.

Pour conclure, laissons la parole à Gwenaël Morin : « Comme dit Brecht, c’est une vraie chance de pouvoir se détourner de soi-même. Ce que recouvre, je crois, l’utopie d’un théâtre au jour le jour. De là naît la nouveauté, non l’ennui… » À suivre… 

Trina Mounier


Leçon de théâtre et de ténèbres, d’Yves‑Noël Genod

Spectacle en 7 épisodes et 1 épilogue

Écriture et mise en scène : Yves-Noël Genod

Photo : © Perrine Guérin

Théâtre du Point-du-Jour • 7, rue des Aqueducs • 69005 Lyon

Tél. 04 72 38 72 50

www.lepointdujour.fr

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