« Pale Blue Dot », d’Étienne Gaudillère, Théâtre de Villefranche-sur-Saône

« Pale Blue Dot » d’Étienne Gaudillère © Aurélien Serre « Pale Blue Dot » d’Étienne Gaudillère © Aurélien Serre

Acteurs alertes

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Étienne Gaudillère était un inconnu, il y a un an. Et pourtant ce jeune homme figurait au Festival d’Avignon l’été dernier, avec son premier spectacle : « Pale Blue Dot ». De quoi susciter la curiosité et… l’admiration !

Étienne Gaudillère n’est pas sorti du sérail, d’une de ces grandes écoles de théâtre. Il s’est formé au « compagnonnage » au Nouveau Théâtre du 8e arrondissement de Lyon, qui a initié ce dispositif d’emploi-formation destiné aux jeunes comédiens. Le conte de fées – ou le hasard – commence quand Olivier Py, le directeur du Festival d’Avignon, pousse la porte de cette salle et assiste à ce spectacle, qu’il décide de programmer : Pale Blue Dot. Une histoire de WikiLeaks.

Étienne Gaudillère n’a pas froid aux yeux. Il orchestre une plongée dans l’actualité des lanceurs d’alerte, si importants pour nos démocraties, et une fresque foisonnante pour une dizaine de comédiens, recourant au jeu, à la vidéo, à la chanson.

Quand les spectateurs entrent dans la salle, ils sont accueillis par la projection au ralenti de l’effondrement, dans un bruit de tonnerre, du glacier argentin Perito Moreno. Le spectacle finit sur la célèbre photo d’un « point bleu pâle » prise par la sonde Voyager 1 en 1990, l’une des plus lointains clichés de la Terre. Entre ces deux images saisissantes, le spectacle brosse l’histoire d’un monde à l’agonie et d’une terre si délicate et fragile que, de loin, on la remarque à peine. Entre ces deux symboles, Étienne Gaudillère expose ce qui a conduit au scandale de WikiLeaks et qui, malheureusement, résume notre époque.

« Pale Blue Dot » d’Étienne Gaudillère © Aurélien Serre
« Pale Blue Dot » d’Étienne Gaudillère © Aurélien Serre

L’actualité comme un polar

Plusiuers images se mêlent sans véritable nécessité : publicités et musiques des années 2010, images de la Coupe du monde de football en Afrique du Sud, remise du César à Isabelle Adjani, discours d’Hilary Clinton, vidéo témoignant du massacre de civils irakiens, échanges sur Internet entre le soldat Bradley Manning et son confident. Le spectacle aurait mérité un petit époussetage. Ces longueurs et ces confusions, ici et là, brouillent une démonstration, pourtant de haute volée et très pédagogique, un spectacle par ailleurs pétillant, intelligent et vivant.

Étienne Gaudillère montre une grande maturité d’écriture, de mise en scène et de direction d’acteurs. Il parvient à nous faire vivre l’hystérie qui règne dans les bureaux de la Maison Blanche, l’engagement altruiste et naïf des compagnons de la première heure de Julian Assange, à nous expliquer des notions sophistiquées comme l’encodage des informations. Il nous rend plus lucides et plus avertis sur les scandales qui ont immanquablement suivi, en nous invitant à suivre cette affaire comme un polar.

Nicolas Zlatoff campe un Julian Assange à la personnalité distante et troublante. Benoît Charron réalise un numéro dansé et chanté absolument parfait. Tous les autres comédiens, Marion Aeschlimann, Anne de Boissy, Gilles Chabrier, Stéphane Naigeon, Claudius Pan, Rémi Rauzier, Loïc Rescanière, Arthur Vandepoel et Étienne Gaudillère, interprètent avec aisance plusieurs rôles au milieu d’un foisonnement d’informations et de sensations. Ils nous mènent du rire à l’émotion sans jamais nous perdre ni nous lasser. 

Trina Mounier


Pale Blue Dot, d’Étienne Gaudillère

Mise en scène : Étienne Gaudillère

Avec : Marion Aeschlimann, Anne de Boissy, Gilles Chabrier, Benoît Charron, Étienne Gaudillère, Stéphane Naigeon, Claudius Pan, Rémi Rauzier, Loïc Rescanière, Arthur Vandepoel, Nicolas Zlatoff

Durée : 2 h 20

Teaser vidéo

Photo © Aurélien Serre

Les 14 et 15 janvier 2019 à 20 h 30

Théâtre de Villefranche-sur-Saône • Place des Arts • 69400 Villefranche-sur-Saône

De 10 € à 25 €

Réservations : 04 74 68 02 89

Puis les 5, 6 et 7 février 2019 au T.U. de Nantes