« Rebibbia », d’après Goliarda Sapienza, Théâtre national populaire à Villeurbanne

« Rebibbia », d’après Goliarda Sapienza © Rémi Blasquez « Rebibbia », d’après Goliarda Sapienza © Rémi Blasquez

Théâtre documentaire sans âme

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

Alison Cosson Cosson, à l’écriture, et Louise Vignaud, à la mise en scène, adaptent « l’Université de Rebibbia » de Goliarda Sapienza : le récit d’une incarcération dans une prison de femmes, à Rome, pendant les années de plomb.

Coincée entre deux monologues, une succession de scènes en de fréquents clairs-obscurs décrivent le quotidien de femmes emprisonnées. Droguée, prostituée, meurtrière, gitane ou militante d’extrême gauche, elles sont confrontées à une voleuse, intellectuelle en quête d’absolu condamnée à une courte peine. Cette dernière, c’est Goliarda Sapienza elle-même. Ouverte et généreuse, elle fait de son enfermement de huit jours une tentative pour vaincre sa déprime et rendre à ses codétenues leur dignité. Démarche humaniste courageuse qui la transforme presqu’en ange au milieu des damnés de la société. Malgré les tensions et les drames qui ponctuent la vie carcérale, Goliarda avance obstinément pour que ces proscrites trouvent des raisons de vivre. Si faire du théâtre avec un tel contenu manifeste un magnifique et légitime engagement, restait à trouver une forme puissante et émouvante, mais c’est là que le bât blesse

Pour raconter cette histoire, Louise Vignaud, la metteuse en scène et Irène Vignaud, la scénographe, ont imaginé une maison d’arrêt en forme de loft aux murs gris que complètent des passerelles et des escaliers métalliques. Les cellules sont fermées par des voiles coulissants d’une blancheur brillante. À jardin, un bloc de lavabos impeccable équipé de porte-savons. Au centre, une vaste cour où le soleil pénètre parfois. À cour, un praticable ouvert sur le public qui permet de jouer quelques scènes d’intérieur. Tout cela est propret ; le gris à la mode dans le design contemporain est coquet et le blanc immaculé des rideaux semble symboliser de façon appuyée la part d’innocence des prisonnières. Tout cela paraît bien lisse et bien sage, loin des violences quotidiennes de l’univers carcéral. Cette colonie, que surveillent des gardiennes bienveillantes, n’a rien de pénitentiaire, malgré quelques duretés de langage. Il résulte de ce dispositif une atmosphère lénifiante qui asphyxie la plupart des émotions qu’on est en droit d’attendre d’un tel sujet et d’un tel lieu. Et ce n’est pas le recours à la vidéo, autre cliché du théâtre contemporain, qui vient donner à la représentation la force et le bouleversement espérés.

Pour se consoler, on quitte le spectacle en se disant que Louise Vignaud est assurément intelligente et cultivée, que les comédiennes font preuve d’un engagement physique et intellectuel indiscutable, que la décision de faire théâtre avec ce texte était une bonne idée, mais que, pour l’instant, le plus urgent est d’aller lire ou relire l’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza, dans l’excellente traduction de Nathalie Castagné, publiée aux éditions Le Tripode.

Michel Dieuaide


Rebibbia, d’après l’Université de Rebibbia de Goliarda Sapienza

Adaptation : Alison Cosson et Louise Vignaud

Écriture : Alison Cosson

Mise en scène : Louise Vignaud

Avec : Prune Beuchat, Magali Bonat, Nine de Montal, Pauline Vaubaillon, Charlotte Villalonga, Réjane Bajard, Anne de Boissy, Djoly Gueye, Julie Guichard, Sarah Kristian, Marilyn Mattei

Durée : 1 h 40

Photos : © Rémi Blasquez

Interview de Louise Vignaud

T.N.P. • 8, place Lazare-Goujon • 69627 Villeurbanne cedex

Réservations : 04 78 03 30 00

Du 14 au 30 novembre 2018 à 20 h 30, sauf le dimanche à 16 heures

De 8 € à 25 €