Entretien avec Patrick Penot, directeur du festival Sens Interdits à Lyon métropole

patrick-Penot-festival-Sens-Interdits  © Andrea Chamblas / Sens Interdits 

« Il faut continuer » 

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Rencontre avec Patrick Penot, directeur bénévole et infatigable d’un festival dont Lyon s’enorgueillit, à juste titre, puisque Sens Interdits, c’est plus de vingt spectacles venus de treize pays, dont une dizaine de créations sur 26 lieux de l’agglomération, du 13 au 30 octobre. À quelques jours de son lancement, l’excitation est à son comble. 

C’est la 7ème édition de ce festival biennal. En sous-titre : « Théâtre de l’urgence ». Comment la définiriez-vous ?

C’est le même fil rouge que nous suivons depuis le début : donner la parole à ceux qui en sont empêchés, faire entendre leurs luttes et leurs colères, leur ouvrir nos salles et faire venir les spectateurs. Nous sommes fiers que Sens Interdits ait trouvé son public. On peut l’expliquer ainsi : il fouille dans des endroits peu explorés, même si, heureusement, au cours du temps, nous avons ouvert des portes. 

Nous étions précurseurs et nous continuons à arpenter des territoires inexploités. Nous apportons une multiplicité de regards, nous marions le proche et le lointain. Mais à bien des égards, cette édition est différente. Parce que cette fidélité à des artistes qui ont besoin de nous comme caisse de résonance est fortement ancrée dans l’actualité. Nous la dédions à l’opposition démocratique biélorusse. Mais cela ne nous fait pas oublier ceux que nous avons dû laisser de côté, à cause des restrictions dues à la pandémie notamment, le Brésil, l’Inde, la Palestine.

Sens-interdits-Trewa © Danilo Espinoza Guerra
« Trewa » de Paula Gonzalez-Seguel © Danilo Espinoza Guerra

Quelles difficultés spécifiques avez-vous rencontrées cette fois-ci ?

Nous vivons une période de grande incertitude et de fermeture aussi. Construire un festival international pendant une pandémie oblige plus que jamais à prendre des risques sans contrepartie. Prenons un exemple : avec le focus sur le Chili, nous accueillons une quarantaine de Chiliens. Ce pays était une zone rouge au début de l’été, ce qui signifiait pays fermé, quarantaines, absence de laisser-passer car leurs vaccins sont chinois, etc… Ce sont des frais très importants et non prévus qu’il faut compter dorénavant (une quarantaine, c’est dix jours supplémentaires d’hôtellerie)… Ajoutez que les répétitions n’ont pu se dérouler normalement car beaucoup de théâtres étaient fermés. Cela a contraint les compagnies à innover. Par exemple, Violeta Gal-Rodriguez, Chilienne qui habite en France est co-autrice de La Mémoire bafouée avec Paula Gonzalez Seguel dont la compagnie est basée à Santiago. Pour travailler, elles ont dû utiliser la visio, c’est une aberration pour des artistes de théâtre. Mais il faut continuer !

Une 7e édition dédiée à l’opposition démocratique biélorusse

Construire un festival international pendant une pandémie relève de la prouesse. Comment y êtes-vous malgré tout parvenu ?

Sens interdits n’a pas de lieu propre. Mais nos partenaires nous font confiance alors même qu’ils ont fait face à tant de difficultés pour construire leurs saisons. Nous sommes contraints à mutualiser. Mais il va falloir rendre le public curieux. Il doit comprendre que les conditions de création ont été plus que hasardeuses, parfois de véritables tours de force. De même que nous avons dû revoir plusieurs fois notre programmation, il y a eu des annulations, mais aussi des hasards heureux : quand Philippe Vincent nous a proposé Immortels, un spectacle avec un acteur burkinabé, par exemple. Nous vivons de solidarités et d’occasions.

Sens-interdits-TRAVERSES © Vincent Arbelet
« Traverses », de Leyla-Claire Rabih © Vincent Arbelet

Quels sont donc les grands axes de cette programmation ?

Le focus sur le Chili avec lequel la France entretient des liens historiques étroits. Et plus particulièrement la place accordée à la culture du peuple Mapuche dont nous verrons – enfin ! – plusieurs spectacles. L’exil et la mémoire constituent toujours des continents qu’il est indispensable d’explorer. Nous le ferons en compagnie de Dieudonné Niangouna, d’Irène Bonnaud, de Tatiana Frolova, de Chrystèle Khodr… Et puis, comme chaque fois, nous invitons une grande figure du théâtre. Cette fois, cela aurait dû être Serebrennikov, avec Outside. Exemple fort dommageable des effets néfastes de la pandémie sur un festival international, ce spectacle est effectivement annulé en raison de la quarantaine imposée aux ressortissants russes et incompatible avec le calendrier de tournée. 

Propos recueillis par
Trina Mounier


Festival Sens interdits

7ème édition, du 13 au 30 octobre 2021

14, rue Basse Combalot •  69007 Lyon

Réservations et renseignements : 09 67 02 00 85

Programmation complète ici

De 9 € à 25 €

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