« Miles Davis, les sessions photographiques de Jean-Pierre Leloir », de Philippe Margotin, Glénat

Miles-2-davis-julien-dubois-et-friends-Jean-Pierre-Leloir Miles Davis © Jean-Pierre Leloir

Miles Davis et Jean-Pierre Leloir : complicités artistiques

Par Jean-Fançois Picaut
Les Trois Coups

« Miles Davis, les sessions photographiques de Jean-Pierre Leloir » retrace la vie et l’œuvre de Miles Davis. Cette monographie nous fait aussi toucher du doigt le magnifique compagnonnage de plus de trente ans du trompettiste avec un grand photographe du spectacle vivant. 

C’est à Jean-Pierre Leloir (1931-2010) que l’on doit, notamment, la fameuse photo réunissant Brassens, Brel et Ferrat. L’artiste rencontre Miles Davis (1926-1991) en novembre 1956. À cette époque, la carrière du musicien génial est déjà bien lancée. Il a déjà donné la fameuse chanson Donna Lee à Charlie Parker (1947) (caractéristique du style be-bop, elle a d’ailleurs longtemps été attribuée à Parker) et il a surtout enregistré avec son fameux nonette The Birth of the Cool, entre 1949 et 1950. Nous savons avec exactitude la date de cette rencontre grâce aux agendas que Leloir tenait avec soin, à moins que ce ne soit son épouse qui le secondait au studio et dans les concerts. Le photographe tenait rigoureusement à jour, depuis 1951, des archives très détaillées avec le lieu, la date, le nom de tous les musiciens, y insérant des planches contacts. Quelques-unes, émouvantes, sont également reproduites dans le livre.

La fin des années 50, c’est une période où on voit beaucoup Miles à Paris. Il y a effectué un premier séjour en 1949 (rencontre avec Gréco) mais il vient de plus en plus souvent à partir de 1956. C’est l’époque de son premier grand quintette et d’Ascenseur pour l’échafaud. On trouve donc, logiquement, le plus grand nombre de photos allant de cette période aux années 70. Ensuite, elles se font plus rares. Outre Miles lui-même, nous découvrons des portraits ou des photos de scène des plus fameux compagnons du trompettiste, tous des monstres sacrés : Monk, Coltrane, Max Roach, Paul Chambers, Ron Carter, Herbie Hancock, John McLaughlin, John Scofield, etc.

Miles-davis-kenny-clarke-Jean-Pierre-Leloir
Kenny Clarke et Miles Davis © Jean-Pierre Leloir

Sublime noir et blanc

Les clichés les plus réussis sont en noir et blanc. Leloir, qui a toujours fait ses tirages lui-même, maîtrisait peut-être moins la technique de la couleur, à moins que celle-ci ait mal résisté au temps, ce qui est courant à cette époque.

L’ouvrage nous apprend des choses sur l’homme, Miles Davis, volontiers dandy. Ainsi, au fil des pages, les photos témoignent-elles de son évolution vestimentaire, des stricts costumes cravates du début jusqu’aux tenues décontractées et colorées adoptées de plus en plus souvent à partir des années 1970. On suit aussi l’évolution de sa silhouette, du jeune homme bien droit aux bonnes joues du début, jusqu’à l’homme voûté, en passant par l’homme au corps sec et au visage émacié des dernières années.

Il en ressort une forme d’émotion qui ne provient nullement du texte biographique de Philippe Margotin. En effet, le romancier, chroniqueur et directeur de collections se tient le plus souvent à un énoncé des faits, sans fioritures, exposant les différentes esthétiques du musicien. Miles Davis, les sessions photographiques de Jean-Pierre Leloir n’en demeure pas moins un livre superbe qui montre la complicité qui peut s’établir entre deux artistes. L’œuvre, parue aux Éditions Glénat, comporte également une préface de Marion Leloir, la fille du photographe, et un texte biographique. 

Jean-François Picaut


Miles Davis, les sessions photographiques de Jean-Pierre Leloir, de Philippe Margotin / Glénat / collection « Musique », 2018 / 192 pages / 275 x 328 mm / Relié et cartonné, sous jaquette noire / 39,95 €

Présentation de l’ouvrage par l’éditeur