« Phèdre », de Jean Racine, Théâtre national populaire à Villeurbanne

« Phèdre » de Jean Racine – Mise en scène de Christian Schiaretti © Michel Cavalca « Phèdre » de Jean Racine – Mise en scène de Christian Schiaretti © Michel Cavalca

Racine en clair-obscur

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Alors qu’il s’apprête à quitter le Théâtre national populaire (TNP), Christian Schiaretti revient à ses premières amours : les œuvres du répertoire et le travail sur la langue. « Phèdre » de Racine s’imposait. Il en donne une version magnifique, taillée comme un diamant noir.

Le metteur en scène a imaginé un diptyque : il oppose Hippolyte de Garnier et Phèdre de Racine, deux œuvres qui se révèlent l’une l’autre, cependant inégales. L’une peut donc se voir sans l’autre…

Racine a écrit sa tragédie pour une actrice qu’il aimait, et lui a taillé un rôle à la mesure de son amour : l’histoire d’une princesse abandonnée par un époux parti en conquête. Pour son malheur, elle se prend de passion pour le fils demeuré auprès d’elle, Hippolyte. Cet amour funeste, elle en est la première victime. Elle en revendique pleinement la faute, sinon avec délices.

Sur l’immense plateau noir et nu, presque austère, les acteurs nous font face, engoncés dans des costumes de brocards magnifiques et lourds. Leurs mouvements sont réduits, seules comptent leurs paroles, seul importe l’alexandrin sublime de Racine. Il est dit pour être entendu, dans sa limpidité.

« Phèdre » de Jean Racine – Mise en scène de Christian Schiaretti © Michel Cavalca
« Phèdre » de Jean Racine – Mise en scène de Christian Schiaretti © Michel Cavalca

À Venus attachée

Les comédiens, vieux complices du metteur en scène, sont parfaitement rompus à cet art de la poésie racinienne : Francine Bergé, Marc Zinga, Julien Tiphaine et Louise Chevillotte. Cette dernière éclate dans le rôle-titre, faisant entendre toute sa fureur, et sa douleur aussi, véritable proie de Vénus. Une comédienne en pleine maturité qui ose hurler sa colère, sa honte, son désir pour incarner une très jeune femme débordée par ses émotions. Francine Bergé, dont on regrette la voix un peu trop faible, inaudible par moments, compose avec Œnone, un personnage trouble, tiraillé entre respect de l’ordre et sentiments presque amoureux pour sa maîtresse, entre obéissance et refus. Les deux comédiennes teintent d’une tendresse inattendue ce texte violent, chacune à sa façon. Francine Bergé agenouillée aux pieds de sa maîtresse, cherchant refuge sur ses genoux, Phèdre caressant le visage de Thésée lorsque tout est dit. Moments délicats, gestes suspendus.

Christian Schiaretti offre un spectacle exigeant, précis et d’une esthétique raffinée, au service d’une langue racée et sensuelle. 

Trina Mounier


Phèdre, de Jean Racine

Mise en scène : Christian Schiaretti

Avec : Francine Bergé, Louise Chevillotte, Philippe Dusigne, Juliette Gharbi, Clémence Longhi, Julien Tiphaine, Marc Zinga

Scénographie : Fanny Gamet

Lumières : Julia Grand

Costumes : Mathieu Trappler

Maquillages et perruques : Françoise Chaumayrac

Son : Laurent Dureux

Durée : 2 h 30

Théâtre national populaire • 8, place Lazare Goujon • 69100 Villeurbanne

Du 15 novembre au 1er décembre 2019 à 20 heures, le dimanche à 16 heures, relâche le lundi

De 9 € à 40 €


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