« The Beggar’s Opera », de Pepusch et Gay, Opéra de Rennes 

« The Beggar’s opera » de  John Gay et Johann Christoph Pepusch – Mise en scène de Robert Carsen © Patrick Berger « The Beggar’s opera » de  John Gay et Johann Christoph Pepusch – Mise en scène de Robert Carsen © Patrick Berger

Pouding vocal

Par Olivier Pansieri
Les Trois Coups 

Les Arts Florissants de William Christie reprennent leur « Beggar’s Opera » dans une mise en scène mollassonne de Robert Carsen. Quelques airs et deux trios réussis vers la fin, pour lesquels il faut endurer deux heures de mauvais théâtre entrelardé de chansons à boire. Racoleur et poussif !

Ne pensant plus aux « gilets jaunes », nous avions opté pour la séance de samedi à 18 heures. Fatale erreur : des cris, des slogans partout, au loin des choses qui brûlaient. Devant l’opéra, des gendarmes mobiles boucliers au poing. On avait presque envie de leur dire : « Oui, contenez ces rebelles vrais, qu’on puisse aller voir ceux pour rire ». On ne savait pas encore que ces derniers seraient drôles comme des feuilles d’impôt.

« The Beggar’s opera » de  John Gay et Johann Christoph Pepusch – Mise en scène de Robert Carsen © Patrick Berger
« The Beggar’s opera » de  John Gay et Johann Christoph Pepusch – Mise en scène de Robert Carsen © Patrick Berger

On le pend, on le dépend, ça dépend

L’argument tient sur un timbre-poste mais va tout de même s’éterniser. Persuadés que le mariage de leur fille Polly avec le vaurien Macheath va nuire à leurs affaires louches, les Peachum décident de le faire pendre. C’est d’autant plus facile que le chef de la police Lockit (« Boucle-ça ») et Peachum sont potes. Or, Lockit a une fille Lucy que l’inconstant Macheath a engrossée. Arrestation du joli cœur que les deux péronnelles vont se disputer jusque dans sa cellule.

À partir de là, tout se répète. On le pend, on le dépend, ça dépend. On n’insistera pas sur les couplets ras des pâquerettes et censément vengeurs, ni sur la grasse misogynie de cette fable à dormir debout, ici dans son fauteuil. Le texte a beau être farci de coups de griffe contre les riches, les gouvernants, Theresa May, on s’ennuie ferme. Et le mur de cartons qui bouchent tout, la gratuité des déplacements, les costumes tartes n’arrangent rien.

« The Beggar’s opera » de  John Gay et Johann Christoph Pepusch – Mise en scène de Robert Carsen © Patrick Berger
« The Beggar’s opera » de  John Gay et Johann Christoph Pepusch – Mise en scène de Robert Carsen © Patrick Berger

À l’unisson, au pied de la potence

Et la musique dans tout ça ? Elle dort aussi, en dépit des efforts de Marie-Ange Petit aux percussions inventives. Reste un son bien faible, qui, en plus, se répète, tant les lignes mélodiques se ressemblent d’un morceau à l’autre. Bon, dans un pub, on serait ravi mais là… Une chance pour Kate Batter (Polly) qui manque de coffre mais excelle dans la ballade. En face, Olivia Brereton (Lucy) a beau jeu de rafler la mise. On sourit tout surpris, autant par ses facéties que d’entendre enfin du vrai chant. Même émerveillement avec Miss Mystery, qui se reconnaîtra.

Robert Burt (Peachum) et Kraig Thornber (Lockit) font ce qu’ils peuvent dans des duos sans grand intérêt, mais Benjamin Purkiss (Macheath) doit attendre les trios de la fin pour vraiment convaincre. Personnellement, j’aurais bien vu Sean Lopeman (Filch/Manuel) dans un plus grand rôle, voire le principal, tant il chante et joue mieux que les autres.

À signaler encore : la scène où Lucy tente d’empoisonner Polly, prétexte à des jolis passages, chantés et à merveille par les deux actrices. Le sommet restant ces trios au pied de la potence où orchestre et chanteurs, cette fois à l’unisson, font enfin comprendre pourquoi William Christie s’est embarqué sur ce frêle esquif. Quelle idée de l’avoir surchargé autant d’importuns remplissages ? 

Olivier Pansieri


The Beggar’s Opera, de  John Gay et Johann Christoph Pepusch
Nouvelle version de Ian Burton et Robert Carsen

Mise en scène : Robert Carsen

Conception musicale : William Christie

Direction musicale et clavecin : Florian Carré

Avec : Olivia Brereton, Kate Batter, Lyndsey Gardiner, Beverley Klein, Robert Burt, Benjamin Purkiss, Kraig Thornber, Sean Lopeman, Gavin Wilkinson, Taite-Elliot Drew, Wayne Fitzsimmons, Dominic Owen, Natasha Leaver, Emily Dunn, Louise Dalton, Jocelyn Prah

Ensemble Les Arts Florissants

Scénographie : James Brandily

Costumes : Petra Reinhardt

Chorégraphie : Rebecca Howell

Lumières : Robert Carsen et Peter van Praet

Dramaturgie : Ian Burton

Collaboration à la mise en scène : Christophe Gayral

Assistant à la mise en scène : Stéphane Ghislain Rousssel

Maquillages, coiffures : Marie Bureau du Colombier

Création son : Léonard Françon

Durée : 1 h 50

Photo  : Patrick Berger

Opéra de Rennes •  Place de la Mairie, 35000 Rennes

Du 16 au 18 janvier à 20 heures et samedi 19 janvier à 18 heures

De 5  € à 52 €  

Réservations : 02 23 62 28 28