Album « Ballade en guitare », de Raphaël Faÿs

Raphaël Faÿs © Jean-Pierre Verrière

Le principe de plaisir

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Raphaël Faÿs nous surprend avec un nouvel album très éclectique réalisé avec Musiques d’avance, l’orchestre symphonique de Blois. L’occasion de se laisser emporter par le talent du guitariste dans les univers qui l’ont construit.

On avait quitté Raphaël Faÿs en guitar hero d’une aventure flamenca Mi camino con el flamenco. Le voici qui nous revient en compagnie d’un orchestre symphonique, Musiques d’avance, pour un programme mâtiné de musique tsigane et de musique dite classique. Le guitariste revendique cet éclectisme comme une respiration, une balade hors de son chemin principal entre la trilogie flamenca passée et celle qu’il prépare. Jouons donc le jeu avec pour seul guide le principe de plaisir.

Rappel de ses premières amours

L’album s’ouvre par Bouquet de roses (Szep a rôzam) de Mary Ann Harbar, un classique de la musique tsigane comme les Deux Guitares également présent dans ce nouvel opus, sorte de clin d’œil à l’auditeur et rappel de ses premières amours. Le premier morceau met surtout en évidence la virtuosité du guitariste tandis que le second, jusqu’à l’accélération finale, brille davantage par son sens mélodique. Et dans les deux, on admire la sensibilité du violoniste Laurent Zeller.

Au versant tsigane de cette balade, il convient d’ajouter l’Histoire d’un amour (Historia de un amor) de Carlos Almaran, le célèbre boléro adapté par Francis Blanche en français. Raphaël Faÿs y déploie un jeu de guitare qui n’est pas sans rappeler celui que Django avait inventé pour son adaptation du Boléro de Ravel.

Et c’est encore cet univers qu’on retrouve dans la belle version instrumentale du fameux Un jour tu verras de Marcel Mouloudji et de Georges van Parys ou dans la Valse sans retour qui clôt l’album. Cette composition, qui joue sur les mots avec le Val sans retour, est née dans la forêt de Brocéliande, et il y flotte comme un parfum du mystère de la Table ronde.

Virtuosité, musicalité et sensibilité

Cependant, Raphaël Faÿs n’oublie pas que, vers sa douzième année, soucieux de ne pas le voir s’enfermer dans un seul genre, son père lui a fait apprendre la guitare classique. Il rend ici hommage à cet apprentissage, qu’il fit de façon très approfondie, dans deux pièces. Il y a d’abord le fameux Concerto d’Aranjuez de Joaquín Rodrigo, dont il interprète l’incontournable Adagio. Il met ainsi ses pas dans ceux de Regino Sainz de la Maza y Ruiz (1896-1981), le créateur, mais aussi des plus grands guitaristes du xxe siècle tels Narciso Yepes, Andrés Segovia ou… Paco de Lucía, un de ses maîtres. C’est peut-être en pensant à lui ou aux adaptations de Miles Davis et Chick Corea qu’il a décidé de son interprétation au médiator, dont le résultat est surprenant.

Il utilise la même technique dans son Concert de Venise. Cette composition est très classique dans sa forme. Elle comprend trois mouvements, un allegro très enlevé qu’il qualifie de spirituoso et qui pétille d’esprit, en effet, un larghetto ample à souhait et une « Danse villageoise » très enlevée et ponctuée d’arpèges vertigineux de virtuosité. Cet agréable pastiche de la musique baroque met en valeur les qualités d’interprète de Raphaël Faÿs que nous avons déjà relevées dans son précédent album : virtuosité, musicalité et sensibilité.

On se laissera donc emporter par cette Ballade. C’est aussi une balade dans l’univers musical de Raphaël Faÿs, qui déploie ici tout son charme pour conquérir le cœur du public le plus vaste. 

Jean-François Picaut


Ballade en guitare, de Raphaël Faÿs

Un album autoproduit en 2012

Avec : Raphaël Faÿs (guitare solo), Gilles Parodi (guitare rythmique), Claude Mouton (contrebasse), Laurent Zeller (violon), José Palomo (percussions et caisse claire)

Avec Musiques d’avance, orchestre symphonique de Blois, sous la direction de Jean‑Claude Dodin

Photo : © Jean‑Pierre Verrière

Site : www.raphaelfays.com