« Brad Mehldau Trio », Théâtre national de Bretagne à Rennes

Brad Mehldau Trio © Michael Wilson Brad Mehldau Trio © Michael Wilson

Brad l’enchanteur

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Un concert de Brad Mehldau est toujours attendu. C’est peut-être encore plus vrai quand il se produit avec son trio « officiel ». C’est donc très logiquement qu’une foule compacte se pressait au Théâtre national de Bretagne.

C’est un cadeau somptueux que Patrick Aillet, le Monsieur Musique du T.N.B., a fait au public d’une salle Vilar archicomble en invitant Brad Mehldau en trio. Quand les lumières baissent, c’est un silence palpable qui s’étend sur la salle, préambule aux applaudissements nourris qui saluent l’entrée de Brad Mehldau (piano), Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie).

On commence immédiatement avec trois titres de Brad Mehldau lui-même. Spiral nous fait directement entrer dans le vif du sujet. Le piano prélude très délicatement avec un accompagnement discret de la contrebasse et de la batterie jouée aux balais. Peu à peu, le volume enfle, et ce qui n’était que pure mélodie se fait aussi rythme. Le discours de la batterie s’amplifie, plus complexe jusqu’à ce que le piano ne devienne à nouveau prégnant. La contrebasse est la gardienne du tempo.

Seymour Reads the Constitution, une pièce écrite suite à un rêve où Brad Mehldau avait vu l’acteur Philip Seymour Hoffman peu de temps avant sa mort, présente un schéma proche. C’est un duo mélodique contrebasse et piano, tout juste ponctué par les balais de Jeff Ballard qui fait l’ouverture. La contrebasse s’élance ensuite pour une prise de parole affermie, et l’on revient au trio avec piano dominant. Brad Mehldau fait alors chanter son instrument, dans les méandres de la mélodie, jusqu’à donner l’illusion d’entendre les inflexions d’une voix. Avec Ballard’s Balls (le sens me laisse perplexe ! mais c’est un titre provisoire, semble-t-il), c’est la batterie qui ouvre le bal. Ballard joue sur les sonorités et la polyrythmie. Ici, le piano se fait plus volubile volant des aigus légers aux graves en harmonie avec la contrebasse. Un bel exemple de la cohésion du trio.

Un pianiste de l’économie

Brad Mehldau quitte alors son propre répertoire, le temps d’une Valsa brasileira d’Edu Lobo et Chico Buarque : le pianiste précise qu’il ne va pas chanter ! La mélodie circule de la contrebasse au piano et retour, Ballard fait des arabesques avec ses balais : délicatesse et lyrisme du trio. C’est aussi l’atmosphère de Sète Waltz, une pièce composée par Brad Mehldau en hommage au festival sétois, dont il fait l’éloge.

« Nous aimons Paris car c’est une ville qui sait accueillir les musiciens de jazz et tous les artistes. Je vous assure de toute ma compassion après les horreurs du 13 novembre dernier »

En effet, le pianiste se retourne de temps à autre après un morceau et il parle, en français, s’il vous plaît ! C’est ainsi qu’il introduit Si tu vois ma mère de Sidney Bechet en déclarant son amour pour Paris : « Nous aimons Paris car c’est une ville qui sait accueillir les musiciens de jazz et tous les artistes. Je vous assure de toute ma compassion après les horreurs du 13 novembre dernier ». Ici aussi la mélodie circule. Le chant est d’abord assuré par la contrebasse délicatement accompagnée par les balais de Ballard tandis que le piano ponctue très gracieusement le tout et puis ça tourne. L’ensemble est d’une incroyable finesse. Le public enthousiaste, et on le comprend, obtient deux rappels plus décontractés. C’est d’abord le West Coast Blues de Wes Montgomery puis You and the Night and the Music d’Arthur Schwartz.

S’il fallait qualifier le Brad Mehldau de ce soir, je parlerais d’un pianiste de l’économie. Non pas au sens où il s’économiserait, tout le concert prouve le contraire. Mais parce que rien n’est plus éloigné de la gesticulation : l’artiste ne se sert le plus souvent que de la partie médiane du piano à l’exception de la fin de Si tu vois ma mère. Nulle boursouflure dans cette musique. Aucune emphase, même. L’art de Brad Mehldau, et de ses compagnons, c’est celui de la plus grande délicatesse, ce qui n’empêche pas la force mais écarte toute mièvrerie. Il ne reste que l’essentiel. 

Jean-François Picaut


Brad Mehldau Trio

Avec : Brad Mehldau (piano), Larry Grenadier (contrebasse) et Jeff Ballard (batterie)

Photo : © Michael Wilson

Théâtre national de Bretagne • salle Vilar • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

Le 2 décembre 2015 à 20 heures

Durée : 1 h 30

26 € | 17 € | 12,50 €