« Cadavre exquis », de Feu ! Chatterton, festival Mythos, Cabaret botanique à Rennes

Feu ! Chatterton © D.R. Feu ! Chatterton © D.R.

L’âme des poètes maudits ressuscite

Par Aurore Krol
Les Trois Coups

Délaissant un peu le rôle précurseur qu’il s’était donné en la matière, le festival Mythos a cette année fait la part belle aux têtes d’affiche en ce qui concerne la programmation musicale. Des choix compréhensibles, mais qui indiquent qu’en ces temps de crise, les prises de risques se font désormais au compte-gouttes. Heureusement, sous un joli bandeau « Découverte », Feu ! Chatterton est venu contredire la tiédeur ambiante, dans une proposition resserrée mais prometteuse.

Le groupe faisait partie de ceux qui, triés sur le volet, ont pu bénéficier du chantier des Francos cette année. Ils ont également joui d’un beau succès d’estime lors des derniers Bars en trans – à Rennes, déjà – et se sont vus étiquetés du label « Inrock lab », tremplin aguichant s’il en est. On a donc déjà beaucoup glosé sur leur nom de scène un brin surréaliste et sur les multiples références que ce patronyme romanesque balaye, prenant autant à Bashung ou Gainsbourg qu’à une œuvre méconnue du peintre britannique Henry Wallis.

Pour notre part, on retiendra de ce concert un certain amour du texte en français, un retour en grâce des paroles léchées et lardées de références littéraires, et surtout un goût sensuel pour les sonorités qui dérapent, comme autant d’invitations à un phrasé malicieusement polysémique. Jeux de langue, expressions au charme désuet et sonorités chatoyantes concourent à l’atypisme de cette poignée de titres, certes inégale mais remarquable.

Cette imagerie au romantisme mordant ne serait rien sans la figure pleine d’élégance d’un chanteur dandy à la silhouette savoureusement graphique, à la tessiture soyeuse et à la coquetterie volontairement surjouée. Moustache d’un autre siècle, costume parfaitement ajusté et voix sombre et sirupeuse, le jeune homme offre une prestation légèrement cabotine. On lui pardonnera cependant bien volontiers cette emphase, à mettre sur le compte de sa fougueuse jeunesse. Mieux, elle ferait presque partie du charme de cette prestation, qui jongle entre la grâce et le cynisme, le second degré amer et la politesse presque obséquieuse de ses transitions.

Côté arrangements, le combo guitares-basse-claviers-batterie, classique mais classieux, joue la carte de la valeur sûre et sublime la musicalité des textes. Une formation solide et complice, biberonnée à la new wave, mais qui pourrait pousser plus loin des expérimentations parfois paresseuses. On retiendra surtout la très belle Mort dans la pinède et Bic médium, deux titres qui ressortent d’un set bien maîtrisé.

Ressuscitant l’âme des poètes maudits, Feu ! Chatterton dégaine l’imagerie d’une formation crépusculaire à l’esthétique libertine, puisant sans gêne dans ce que ses aînés lui ont laissé de mieux en héritage. Fort à parier que ces cinq‑là trimballeront bientôt sur un paquet de scènes leurs gueules de bons élèves d’une nouvelle pop française. 

Aurore Krol


Cadavre exquis, de Feu ! Chatterton

https://soundcloud.com/feu-chatterton

Cabaret botanique • jardins du Thabor (entrée Saint‑Melaine) • 35000 Rennes

www.festival-mythos.com

Renseignements : 02 99 79 00 11

Samedi 19 avril 2014, 23 heures

Durée : 40 minutes

Soirée quatre concerts : 28 € | 23 € | 18 € | 15 €

Photo : © D.R.