« Cloc », de la compagnie 32 novembre, Villeneuve en scène à Villeneuve‑lès‑Avignon

Cloc © Blandine Soulage Cloc © Blandine Soulage

Le charme discret de la magie

Par Amélie Casasole
Les Trois Coups

La compagnie 32 novembre présente « Cloc », dans le cadre du festival Villeneuve en scène. Une invitation au rêve pleine d’humour et de subtilité.

Deux personnages habillés de manière parfaitement identique : costume gris, cravate, attaché-case à la main, effectuent des va‑et‑vient au-devant de la scène. De manière répétitive, les deux hommes apparaissent et disparaissent à tour de rôle derrière de grands panneaux noirs délimitant l’espace.

L’aspect strict et terne de leurs tenues en dit long sur le manque de fantaisie d’une vie qui s’étire lentement, scandée par leurs pas réguliers. La monotonie de leurs trajectoires figure un quotidien redondant d’individus pris dans le travail, le sérieux, l’obligation…

Soudain, une balle de jonglage tombe au sol, d’où vient-elle ? Les deux personnes ne semblent pas s’en étonner et poursuivent leur ballet, imperturbables. Seulement, quelque chose a changé. Un attaché-case reste suspendu dans les airs, un homme s’allume une cigarette, mais c’est de la bouche du second que sort la fumée.

Alors que nous nous croyions dans un film muet, peut-être à la sortie des bureaux dans les Temps modernes de Charlie Chaplin, nous voici finalement plongés dans un tableau de Magritte, où la réalité de ce qui est représenté est détournée de son sens premier.

Car le surréalisme est présent à tous les étages dans cette pièce malicieuse, exécutée au millimètre par deux artistes usant de la magie pour faire émerger la poésie d’un monde monochrome où tout paraît pourtant figé.

Le temps s’étire, et à la faveur d’un orage qui éclate sous un parapluie, un homme se transforme en mannequin démembré avant d’entamer un vol en apesanteur dans un carton en guise de tapis volant, ou encore on voit des ampoules dont la lumière semble s’échapper sous forme de sable blanc.

Un jeu sur la matière remarquable

Il y a ici un jeu sur la matière remarquable : l’eau, le sable, la lumière, la chair même, qui traverse subtilement les allers-retours dans les mondes parallèles de ces deux personnages lunaires.

Porté par une création sonore originale qui amplifie ou modifie les sons réels, et une lumière mettant en exergue le travail sur le corps (comme l’utilisation d’un stroboscope pour figurer la suspension dans les airs), ce spectacle nous propulse indéniablement dans une dimension onirique.

De ce décalage entre ce que nous percevons de la réalité et ce qui va finalement se jouer au plateau se dégage bien entendu beaucoup de poésie, mais également beaucoup d’humour. Comme lorsqu’un abat-jour devient parapluie ou que cinq cigarettes allumées en même temps se transforment en pipe devant des adultes aussi émerveillés que les enfants.

La magie a ceci de constant et d’intemporel, elle traverse les générations avec la même intensité. Que l’on soit petit (et que l’on se demande si cela est vrai), ou que l’on soit grand (et que l’on sache que ceci n’est pas vrai), l’enchantement et le plaisir demeurent les mêmes.

Ce spectacle est familial, mais ne cède en rien à la facilité. S’il s’appuie sur le ressort de la magie classique (apparition, disparition, envol, démantèlement des corps, de la matière), il n’en reste pas moins subtil et délicat. L’univers singulier des deux personnages, le traitement de la temporalité soulignée par une musique savamment dosée entre bruitages et parties instrumentales nous ouvre les portes d’un monde imaginaire extrêmement riche, et élargit notre perception de la matière qui nous entoure.

Une expérience magique qui nous entraîne à la croisée des chemins du théâtre gestuel, de la jonglerie et du mouvement chorégraphique, à vivre jusqu’au 21 juillet à Villeneuve‑lès‑Avignon et un peu partout en France en tournée ces prochains mois. 

Amélie Casasole


Cloc, de la Cie 32 novembre

Conception et mise en scène : Maxime Delfoges et Jérôme Helfenstein

Scénographie : Jérôme Helfenstein et Maxime Delforges

Regard extérieur : Fabien Palin

Création lumière : Claire Villard

Création sonore et régie son : Marc Arrigoni

Création piano : Julien Kievitch

Confection costumes : Olivia Ledoux et Lison Frantz

Construction machineries : Didier Innocente

Régie générale et lumière : Claire Villard ou Gaspard Mouillot

Diffusion et production : Geneviève Clavelin

Administration et production : Muriel Pierre

Soutiens et coproductions : Bonlieu scène nationale à Annecy – les Subsistances à Lyon – Théâtre Renoir à Cran‑Gevrier – espace culturel Amphibia à Les Deux Alpes – école de cirque du Parmelan à Annecy – service culturel de la ville de Chamonix – Théâtre Saint‑Jean à La Motte‑Servolex

Compagnie soutenue par : Drac Rhône Alpes –  ville d’Annecy – région Rhône‑Alpes – dispositif résidence association / C.G. 74 – Belvédère des Alpes / conseils départementaux

Photo : © Blandine Soulage

Festival Villeneuve‑en‑scène • 2, rue de la République • 30400 Villeneuve‑lès‑Avignon

Réservations : 04 32 75 15 95

Site : http://www.festivalvilleneuveenscene.com

Du 9 au 21 juillet 2016 à 11 heures, relâche le 15 juillet

Durée : 55 min

Jeune public / public familial à partir de 7 ans

12 € | 9 € | 8 € | 7 €