Entretien avec Arnaud Meunier et Duniemu Bourobou, École de la Comédie de Saint-Étienne

Arnaud-Meunier-École-de-la-Comédie-de-Saint-Étienne@Sonia Barcet Arnaud Meunier dirigeant un atelier à l’École de la Comédie de Saint-Étienne © Sonia Barcet

« Maintenir une continuité pédagogique pour l’ensemble des élèves »

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Arnaud Meunier dirige la Comédie de Saint-Étienne, dotée d’une école depuis 2011. Avec la directrice des études, Duniemu Bourobou, il répond à nos questions sur la poursuite des activités pédagogiques, envers et contre tout. 

Pouvez-vous préciser les caractéristiques de l’École de la Comédie ?

Notre école comprend trois secteurs : l’École supérieure d’Art dramatique, qui concerne deux promotions, l’une qui devrait sortir diplômée en fin de saison et la deuxième année. Dans le cadre de l’égalité des chances, une classe préparatoire intégrée forme une dizaine de jeunes gens aux concours d’entrée dans l’enseignement supérieur. Enfin la formation professionnelle et continue comprend notamment ceux qui sont en validation des acquis de l’expérience (VAE) et qui sont déjà des professionnels. Or, la Comédie est fermée depuis le 16 mars. Maintenir le contact et travailler par visioconférence est devenu la règle dans tous les secteurs, ce qui n’est pas compliqué pour l’enseignement général et le chant, par exemple, mais l’enseignement est évidemment interactif et très individualisé. Si l’activité de l’École est maintenue, elle est donc très digitalisée. Chaque fois, nous faisons du cas par cas.

Il vous a fallu trouver des solutions particulières pour chacun de ces secteurs ?

Par exemple, pour les élèves de la classe préparatoire, il fallait veiller à ce qu’ils ne se démotivent pas, qu’ils restent dans une dynamique. C’est un véritable enjeu, car la grande majorité d’entre eux sont rentrés chez eux et le travail en autonomie est parfois difficile. Comme ils préparent les concours des écoles supérieures d’art dramatique, c’est particulièrement important pour eux de rester mobilisés.

Qu’avez-vous mis en place, concrètement ?

Grâce à une plateforme collaborative, les étudiants doivent rendre quotidiennement un travail sur une thématique précise, qui change chaque semaine et qu’on alimente avec des livres, des films. Cela leur permet de rester actif, de continuer à acquérir des compétences, de muscler leurs outils, à commencer par leur mémoire.

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Répétitions (le 5 mars) de « Tiens ta garde », du Collectif Marthe (des anciens étudiants)

Comment stimuler la créativité ?

Des projets créatifs se mettent en place pour les élèves des deux promotions en cours. Ainsi, en deuxième année, on a gardé des laboratoires avec Magali Bonat et Agathe L’Huillier. Pour conserver l’expérience du direct, on utilise la vidéo et on travaille à partir de monologues. On leur propose aussi du travail d’écriture, notamment à partir des personnages de Britannicus. Quant aux élèves de troisième année, ils mettent en place une bibliothèque numérique avec Mathieu Montanier : chacun choisit un court extrait et le présente en vidéo.

Les travaux déposés sur la plateforme sont accessibles à tous, de façon à pouvoir continuer à travailler ensemble. En ce qui concerne la deuxième année, les répétitions des deux pièces commandées à une jeune auteure, Haïla Hessou, devraient avoir commencé. Avec elle et le parrain de la promotion, Olivier Martin-Salvan, nous leur avons demandé de transformer ces créations en web-séries qui pourront être montrées. Les cours de chant, de danse, de yoga continuent par vidéo, via Whatsapp.

Pour le diplôme d’État, et notamment la VAE, on maintient l’accompagnement collectif par le biais de l’application Zoom. On a réussi à assurer une continuité pédagogique pour l’ensemble des élèves.

Des partenariats existent-ils avec d’autres structures ?

Les deux écoles participent au dispositif mis en place par La Colline, Le Creux de l’oreille [les poissons pilotes de la Colline], qui propose à des comédiens, ayant déjà travaillé dans ses productions, de dire des textes à des spectateurs en les appelant personnellement au téléphone, comme une confidence.

Parmi eux, des comédiens de l’École nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (ENSATT) et de la Comédie de Saint-Étienne. Deux heures par jour et par comédien, cela représente un engagement réel. On pourrait penser que l’opération va concerner très peu de monde, mais elle a pris une ampleur exceptionnelle. À la fin du confinement, plusieurs milliers de personnes auront été touchées. La preuve que le théâtre est toujours bien vivant ! 

Propos recueillis par
Trina Mounier


Comédie de Saint-Étienne 

Place Jean Dasté • 42000 Saint-Étienne

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