Entretien avec Courtney Geraghty, la nouvelle directrice du Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon

Courtney Geraghty © D.R. Courtney Geraghty © D.R.

Sans frontières ni préjugés

Par Michel Dieuaide
Les Trois Coups

En présence mais en respectant tous les gestes barrières, elle a bien voulu nous dévoiler avec prudence et détermination quelques-uns des aspects de son parcours personnel et quelques pistes concernant ses nouvelles responsabilités.

Un tour du monde initiatique

Franco-Américaine, Courtney Geraghty évoque avec plaisir son enfance à Boston et ses premières émotions artistiques. Une fois par an, à l’occasion de son anniversaire, sa mère l’emmène à New York pour découvrir des spectacles, visiter des musées. Elle cite par exemple son enthousiasme pour des comédies musicales telles que Cats ou Starlight express ou des expositions au M.O.M.A. Arrivée en France à l’âge de onze ans, avec la volonté de devenir bilingue, elle s’implique au collège puis au lycée dans des ateliers-théâtre. Elle devient même une militante culturelle pour entraîner ses condisciples à s’abonner au Théâtre de la Colline ou à l’Opéra de Paris.

À son entrée à l’université, elle choisit de s’inscrire en Études théâtrales et obtiendra un diplôme en politique et gestion de la culture. Parallèlement à son parcours d’étudiante, avec la volonté d’associer réflexion et pratique, elle suit au Conservatoire du 9ème arrondissement de Paris l’enseignement dramatique d’Anne Denieul, comédienne. Grâce à cette rencontre déterminante pour son orientation professionnelle, elle découvrira qu’elle est « plus salle que scène ».

La suite de son parcours est celle d’une globe-trotteuse, curieuse de toutes les formes d’arts. De conseillère chargée de la programmation culturelle aux Instituts français de Tokyo, de Santiago du Chili, puis du festival Automne en Normandie, elle devient directrice artistique du F.I.A.F. (French Institute Alliance Française) de New York où, entre autres, elle animait deux festivals : Crossing the Line et Tilt Kids.

Retour en France

Choisie par les pouvoirs de tutelle pour succéder à Jean Lacornerie, elle est depuis le 1er janvier 2021 la nouvelle directrice du Théâtre de la Croix-Rousse. À ses yeux, cette nouvelle responsabilité répond à sa disponibilité, sans empressement de sa part, pour rompre avec la fragilité du système américain de financement privé de la culture. Elle espère du soutien public – marque encore dominante de l’action artistique française – l’opportunité de pouvoir développer des propositions ouvertes à tous les publics : la diversité est une chance pour creuser les différences (âge, origine, sexe, identité) et en même temps pour proposer des œuvres principalement mais pas seulement appuyées sur les cultures du réel (théâtre documentaire, docu-fictions). « Partir des gens », affirme-t-elle, en s’inspirant sans exclusive des nouveaux langages contemporains : arts plastiques, vidéo, performances. « Concilier les contraires », dit-elle aussi.

Entravée comme tant d’autres par les conséquences de la pandémie en cours, elle est impatiente, sans pouvoir encore dévoiler sa première saison de programmation, de concrétiser un projet conjuguant prestige et underground, auteurs et metteurs en scène confirmés et nouveaux talents, créations professionnelles ou en lien avec des pratiques amateurs et associatives. Il faut « travailler en réseau », confie-t-elle pour finir.

Michel Dieuaide