Entretien avec Jean Varela, directeur du Printemps des Comédiens, à Montpellier

Jean-Varela-Printemps des Comédiens Jean Varela © bvm communication

« Nous avons besoin de faire silence »

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

Il devait accueillir quelques-uns des artistes européens parmi les plus prestigieux : Julien Gosselin, Romeo Castellucci, Ivo van Hove, Krzysztof Warlikowski… Jean Varela, directeur du Printemps des Comédiens, a le triste privilège d’être le premier directeur de festival de théâtre à annuler une édition.

En dehors de l’exceptionnelle qualité des spectacles programmés, le Printemps des Comédiens a une spécificité qui peut aussi représenter un handicap : 30 spectacles sur un mois. C’est dense mais aussi très étalé pour un festivalier plutôt habitué à la surabondance des propositions, non ?

Je suis très attaché à cette longueur qui s’oppose à une consommation outrancière. La longueur sur le mois peut donner un rythme de vie aux habitants de la cité, notre premier public. Ils entrent en festival puis se laissent prendre par des vagues successives de grandes émotions, de déceptions, de découvertes. Ainsi, le rapport qui se crée entre public, artistes, lieux, équipes, est beaucoup plus serein. Depuis deux ou trois ans, grâce aux temps forts, les spectateurs peuvent, sur un grand weekend, assister à plusieurs créations de maîtres mais aussi de compagnies émergentes, d’écoles… Un festival dans le festival.

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Qui a décidé de l’annulation ? 

C’est une décision qui a mûri en moi, au sein de l’équipe. Nous avons réfléchi avec les institutions, les collectivités, les spectateurs aussi. Nous sommes par ailleurs partenaires de Magnificent Culture et d’un acteur important de l’industrie culturelle chinoise, le Poly Théâtre (qui possède 70 salles de spectacle). Nous avons eu des contacts étroits avec eux sur le plan artistique et ils nous ont alertés sur cette épidémie, nous préparant à la manière dont elle allait arriver chez nous en Europe. Nos amis chinois nous ont prévenus de leur difficulté à se rencontrer, à répéter.

Ici à Montpellier, je remplace la présentation du programme par des conversations téléphoniques avec les spectateurs. J’ai senti très vite que la peur de venir commençait à prendre le pas sur la joie d’être au théâtre ensemble.

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Enfin, les équipes programmées ne pouvaient plus répéter, ce qui représente un problème quasi insoluble pour la vingtaine de créations envisagées. Avec nos partenaires, il nous a semblé que le pari n’était pas tenable. Nous ne souhaitions pas non plus faire un festival a minima. Car nous avions construit un ensemble, un tout, et c’est ce tout que nous voulions montrer.

Sur le plan économique, au moment d’engager les dépenses d’hôtellerie, de voyages, il apparaissait de moins en moins sûr que la billetterie serait au rendez-vous. Il existait un vrai risque de mettre la Maison des Comédiens en péril pour des années. Mais la décision était lourde de sens et nous n’étions sûrs de rien.

Qu’allez-vous faire de cette belle programmation ?

2021 ne verra pas une programmation mort-née. Par contre, elle sera marquée par la fidélité à des artistes qui nous caractérise. Il est plus important d’accompagner les artistes que les productions. Mais un danger de thrombose nous guette dans les mois à venir. À trop vouloir reporter, on risque de sauver des représentations qui devaient avoir lieu pour cette édition 2020 en mettant en danger les créations suivantes. Il faut être réactif, faire du cousu main. Certains projets vont muter, d’autres disparaître, certains rester. On ne le sait pas encore.

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Pour l’instant, faut sortir de l’ornière et avancer ensemble. Toutes les coproductions seront assumées et on accompagnera économiquement les équipes que nous avions programmées. La réflexion se poursuit aussi à propos des techniciens. Passer ce cap se fera avec la métropole, les collectivités, l’État, qui sont à nos côtés. C’est très réconfortant.

Vous avez lancé une webradio ?

J’avais depuis longtemps un projet de radio mais, pour de nombreuses raisons, nous ne l’avions pas mis en œuvre. Le projet s’est affiné dès le début du confinement en demandant à des spectateurs de raconter des souvenirs de théâtre, en nous associant à des universitaires pour des gloses de théâtre.

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Radio web PCM 2020 émet deux vignettes une fois par semaine. Les retours que nous avons nous montrent que beaucoup de gens sont très émus de ces retrouvailles avec la voix. C’est un outil que nous envisageons de faire perdurer, car il peut devenir un lieu de ressources, un lien entre tous, tout au long de l’année. 

Avez-vous d’autres projets ?

Pour l’instant, nous avons besoin de faire silence. Il y a eu beaucoup de propositions, mais il faut prendre garde à l’envahissement. Il est prématuré aujourd’hui de penser à l’édition 2021. 

Propos recueillis par
Trina Mounier


Printemps des Comédiens

178, rue de la Carrièrasse • 34097 Montpellier

04 67 63 66 67

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