Entretien avec Katja Krüger, comédienne dans « PP. Pasolini », d’après Pier Paolo Pasolini, salle Guy-Ropartz à Rennes

Katja Krüger © Jean-François Picaut Katja Krüger © Jean-François Picaut

Une comédienne au triple visage

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Le Théâtre des Opérations reprend, à la salle Ropartz à Rennes, trois petites pièces de Pasolini qu’il avait créées l’an passé à La Paillette (Rennes). « Les Trois Coups » ont rencontré la jeune comédienne d’origine allemande, Katja Krüger, qui en est la principale interprète, pour évoquer le spectacle, son art et la scène rennaise.

Katja, vous jouez le rôle de la femme dans les trois petites pièces de Pasolini (Vif et Conscience, Un petit poisson et Italie magique) que le metteur en scène Éric Houguet reprend à la salle Ropartz à Rennes. Qu’est-ce qui vous a attirée, comme femme, dans ces trois rôles ?

Ce sont trois femmes très différentes dans trois pièces conçues sur des modes théâtraux différents : le monologue, le cabaret et le ballet. C’est très agréable de pouvoir naviguer d’une femme à l’autre. Cela permet d’expérimenter, de traverser plein de facettes et de sentiments dans une soirée. Chaque figure féminine, dans ces pièces, a une densité sentimentale très forte, et c’est un défi d’essayer de les rendre vivantes. Ce qui me plaît beaucoup, c’est que ces pièces sont finalement très politiques. Mais ces femmes ne sont pas porteuses d’une revendication ou d’un message. La question politique est abordée à travers le sensible, l’inconscient, parfois même une histoire presque banale, comme celle de la femme qui pêche le petit poisson. C’est une expérience forte à vivre sur un plateau.

Comment situez-vous les trois pièces qui composent le spectacle P. P. Pasolini dans votre parcours de comédienne ?

C’est pour l’instant le travail d’acteur le plus complexe que j’ai pu rencontrer. Jouer trois femmes différentes, en une soirée, demande une grande concentration. Et puis, j’ai envie de dire : « Enfin, un rôle de femme ! ». C’est drôle, mais, mis à part dans le cabaret Berlin 1930, j’ai joué beaucoup de rôles d’homme ou de jeune fille. C’est pourquoi j’ai été très contente de travailler sur ce projet, il m’a appris beaucoup de choses. De plus, sauter d’un rôle à un autre, en si peu de temps, demande une certaine gymnastique cérébrale. Les espaces imaginaires des trois pièces varient beaucoup, et les énergies de jeu des trois femmes sont également très différentes. Tout cela est très intéressant pour un comédien.

Vous qui êtes d’origine allemande, comment voyez-vous la scène théâtrale rennaise ?

En Allemagne, les théâtres sont dirigés par des artistes. En outre, les comédiens, metteurs en scène, scénographes, créateurs de costumes, de lumière, maquilleuses, habilleuses, etc. sont, pour la plupart, des permanents, employés par les théâtres. Un théâtre de la taille du Théâtre national de Bretagne aurait peut-être jusqu’à 200 permanents. Du coup, les artistes sont beaucoup plus ancrés dans la ville. J’ai grandi à Wuppertal, et un personnage comme Pina Bausch était quelqu’un d’important pour la ville, pas uniquement sur le plan artistique. La preuve ? À peine cinq mois après sa disparition, la ville décide de fermer son théâtre, car l’argent manque. Une équipe permanente permet un vrai travail de fond auprès de la population d’une ville. Ce qui me manque, parfois, à Rennes, c’est de voir jouer le soir au T.N.B. les compagnies dites « locales », toutes celles qui font un vrai travail sur le terrain, qui vont dans les collèges et lycées, qui vont à la rencontre des Rennais. Cela arrive, mais trop rarement à mon goût. 

Propos recueillis par
Jean-François Picaut


P. P. Pasolini, d’après Pier Paolo Pasolini

(Un petit poisson, pièce de 1957 ; Italie magique, pièce de 1964-1965 ; Vif et Conscience, pièce de 1963)

Texte : Pier Paolo Pasolini

Traduction : Hervé Joubert‑Laurencin

Mise en scène : Éric Houguet

Durée 2 h 10

Photo : Jean‑François Picaut

Production : Théâtre des Opérations

– Salle Guy-Ropartz • 35000 Rennes

Jeudi 10 décembre 2009 à 20 h 30 et vendredi 11 décembre 2009 à 20 h 30

– Le Canal, Théâtre du Pays-de-Redon (35)

Vendredi 9 avril 2010 à 20 h 30

12 € | 10 € | 8 €

Carnet de 5 places non nominatives : 50 €

Contacts :

  • Théâtre des Opérations | Ludivine Froissart | 06 61 33 61 06
  • Salle Guy-Ropartz | Coordination-médiation | Riew Van Leemputten | 02 23 62 21 08