Entretien avec Patrick Dréhan, directeur artistique du Tourcoing Jazz Festival / Planètes

Patrick Dréhan © Didier Péron

« Une alchimie qui fonctionne »

Par Jean‑François Picaut
Les Trois Coups

Alors que le Tourcoing Jazz Festival / Planètes s’apprête à fêter son trentième anniversaire, son directeur artistique, Patrick Dréhan, a bien voulu se prêter à nos questions.

Pourquoi, Patrick Dréhan, avoir tenu à faire figurer le mot « Planètes » dans le nom du festival dont vous êtes le directeur artistique depuis 1999 ?

Pour indiquer que ce festival est multiple. C’est principalement une manifestation liée au jazz, mais qui s’autorise des détours vers toutes les musiques qui en sont dérivées et que le jazz nourrit et influence.

Trente ans, pour un festival, c’est un bel âge. Qu’est-ce qui explique selon vous cette longévité ?

Nous avons, je crois, respecté les codes d’un festival. Une forte implantation locale avec la reconquête du cœur de ville (un Magic Mirrors y est installé) et une large place laissée, sur de vraies scènes, aux acteurs locaux. Ce festival s’identifie à sa ville qui elle-même l’a complètement intégré. Des temps forts, ou têtes d’affiche, une recherche sur les découvertes, complètent une alchimie qui fonctionne…

Le festival ne se borne pas, je suppose, au seul Magic Mirrors ?

Non, en effet. Le festival opère par cycles. Les 12 h 30 sont consacrés aux groupes régionaux, au Magic Mirrors, les 18 h 30 (la thématique, cette année, ce sont les artistes féminines) se déroulent à l’hospice d’Havré, cet ancien monastère devenu salle de spectacle et d’exposition en plein cœur de Tourcoing. Les grands rendez-vous (20 heures) ont lieu au Théâtre municipal Raymond‑Devos et les fins de soirées festives (à 21 heures) sont au Magic Mirrors. Nous allons également au théâtre de l’Idéal, au Grand’Mix, une salle de musiques actuelles, quand l’occasion est là (pas cette année !), chez nos voisins limitrophes de Mouscron et au Colisée à Roubaix. Bref, nous investissons beaucoup de lieux auxquels nous donnons une personnalité spécifique.

Comment définiriez-vous l’identité du Tourcoing Jazz Festival / Planètes dans l’univers des festivals de jazz en France ?

Ce festival a des identités multiples. C’est aussi sa diversité et son ouverture qui font son succès et son intérêt pour le public. Nous définissons plusieurs lignes thématiques que nous suivons sur la durée de la manifestation. Il me semble que c’est aujourd’hui le plus gros festival au nord de Paris. Il ne lui manque qu’un peu de reconnaissance médiatique au plan national pour s’imposer parmi les manifestations majeures.

La trentième édition du Tourcoing Jazz Festival / Planètes va avoir lieu du 14 au 22 octobre 2016. Que nous avez-vous préparé pour cet anniversaire ?

Oups ! Beaucoup de choses… C’est une édition très féminine (Lisa Simone, Stacey Kent, Airelle Besson, Yael Naim, Mélanie de Biasio…). Il y l’hommage à Chet Baker (Autour de Chet) avec une pléiade d’artistes majeurs, les trois solos du final (Selah Sue, Lianne La Havas, Dom La Nena), les rafraîchissements musicaux de l’accordéoniste Nano (3 concerts dans des lieux très différents et sous des formes décalées), le cycle consacré aux musiciennes (Géraldine Laurent, Hadar Noiberg, Sarah Lenka, Anne Pacéo), la carte blanche à la légende française Henry Texier et la soirée dédiée à la contrebasse avec lui et Kyle Eastwood, le Tourcoing-Jazz-Tour dans quelques villes de la métropole avec Dom La Nena… Bref, il y a beaucoup de (belles) choses dans un programme très dense qui font que Tourcoing est devenue la ville du jazz dans la métropole lilloise et au‑delà dans la région des Hauts‑de‑France.

Quelques questions plus personnelles, pour terminer. Ce n’est pas trop difficile de faire vivre un festival à Tourcoing quand on a pour voisine la ville de Lille qui attire les projecteurs ?

C’était notre inquiétude au début. Un voisin aussi prestigieux crée forcément de l’ombre. Au final, non. Tourcoing a toujours eu l’audace de faire des choix originaux en matière culturelle (le jazz, l’Atelier lyrique, etc.) qui lui ont permis de se créer une identité propre et différente de Lille. Je vois bien aussi que la métropole converge ici pendant la période du festival et qu’il y a un vrai public impatient, nerveux, réceptif.

Vous êtes diplômé de Sciences-Po. Est-ce une bonne préparation pour être le directeur artistique d’un festival de jazz ?

C’est une école de méthode, de synthèse et de diplomatie. Cette formation, très enrichissante, m’a beaucoup aidé tout au long de ma carrière à surmonter les difficultés inévitables que j’ai rencontrées.

Après avoir dirigé pendant trente‑trois ans le Festival de la côte d’Opale, vous venez de rendre votre tablier. Peut-on s’attendre à ce que vous fassiez bientôt de même pour le Tourcoing Jazz Festival / Planètes ?

Non. Je tiens beaucoup au Tourcoing Jazz Festival qui est une très belle aventure artistique et humaine.

Merci, Patrick Dréhan.

Propos recueillis par
Jean‑François Picaut


Photo de Patrick Dréhan : © Didier Péron

Tourcoing Jazz Festival / Planètes 2016, à Tourcoing (Nord)

30e édition

Du 14 au 22 octobre 2016

Contact public : Association culturelle tourquennoise (A.C.T.) • 100, rue de Tournai • 59200 Tourcoing

Tél. 03 59 63 43 63

Courriel : contact@tourcoing-jazz-festival.com

Site : http://tourcoing-jazz-festival.com

Billetterie : +33 (0)3 59 63 43 63 (horaires d’ouverture : lundi, mercredi, jeudi de 13 h 30 à 18 heures et le vendredi de 13 h 30 à 16 h 30)

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