Festival Jazz à Vienne (38), 30e édition, du 25 juin au 9 juillet 2010, chronique no 4

Monty Alexander © Jean-François Picaut

Les Caraïbes font danser Jazz à Vienne

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Ah, la soirée afro-cubaine ! Quel habitué ne l’attend pas avec impatience ? Après les soirées mémorables avec Ibrahim Ferrer (un de ses tout derniers concerts) et Omara Portuondo, Jean‑Paul Boutellier nous propose ce soir d’apprécier Monty Alexander et Chucho Valdés.

Vendredi 2 juillet 2010

Et dire qu’il se trouve encore des gens pour douter que le jazz latin soit du jazz : ceux-là oublient un peu vite les origines populaires du jazz et la cure de jouvence que lui ont apportée les rythmes latins. C’est le mouvement naturel de l’art de sortir du peuple et d’y retourner.

Pour assurer ce passage, qui pourrait être mieux placé que Monty Alexander, cet allègre sexagénaire jamaïcain qui a joué avec Sonny Rollins, Dizzy Gillespie ou Quincy Jones ? Il s’est entouré, pour ce voyage entre jazz et reggae, Harlem Kingston Express, d’un groupe particulièrement étincelant, où l’on retrouve, outre le maître au piano, Lee Archibald (guitare), Santi Debriano (basse), Courtney Panton (basse), Quentin Baxter (percussions), Karl Wright (percussions).

La complicité entre le chef et ses compagnons est grande, comme leur plaisir évident à jouer. Le public est très rapidement sous le charme de ce musicien remarquable qui allie la délicatesse du toucher et la vélocité des arabesques, qui sait faire alterner les déchaînements les plus paroxystiques et le dialogue aérien avec l’un ou l’autre de ses percussionnistes. Monty Alexander a montré une fois de plus, ce soir, qu’il n’est pas seulement un magicien du rythme. Sous ses doigts agiles, un morceau qui démarre comme une chanson, voire une chansonnette (dont le thème est parfois joué au melodica), peut se poursuivre par quelques mesures que ne renierait pas un musicien classique avant de se développer dans un discours musical très construit, mais qui paraît toujours limpide.

Quand, vers la fin du périple, Monty Alexander reprend Running Away de Bob Marley, le public chante le refrain en chœur, sans la moindre sollicitation. Il en sera de même pour No Woman No Cry ou Exodus. Bientôt, les promenoirs du Théâtre Romain sont envahis de spectateurs, des femmes surtout, souvent pieds nus, qui dansent en chantant. Merci à Monty Alexander de nous avoir emmenés dans ce beau voyage avec beaucoup de talent et d’humour.

La seconde partie de la soirée est consacrée à Chucho Valdés et son combo, les Afro Cuban Messengers. Toujours coiffé de son éternelle casquette blanche, le grand Chucho se montre impérial voire impérieux, ce qui n’empêche nullement l’œil de s’allumer très malicieusement pour saluer une réussite ou une surprise.

Le presque septuagénaire, véritable gloire de Cuba comme pianiste, arrangeur et compositeur, est certainement l’un des meilleurs passeurs qui soient entre la tradition musicale cubaine et le jazz. Ce soir, comme toujours, il subjugue le public par sa vélocité, son sens du rythme et sa musicalité. On est toujours surpris de voir les mains de ce géant capables de la plus grande délicatesse.

On a beaucoup apprécié la prestation de Dreiser Durruthy Bombalé au bata et au chant, et même à la danse. La percussion appelée bata rappelle parfois le son des « tambours d’aisselle » de l’Afrique de l’Ouest, et il accompagne ici des chants qui ont l’allure de chants de travail. La voix de Dreiser Durruthy Bombalé a un profil très africain. Le trompettiste Reinaldo Melián Alvarez et le saxophoniste Carlos Manuel Miyares Hernandez méritent également une mention spéciale.

Quant à Mayra Caridad Valdés, la propre sœur de Chucho, sa première apparition vers 23 h 30 avait quelque chose de très spécial. Alourdie par un considérable embonpoint et donc peu mobile, elle avait de surcroît l’air bougon de quelqu’un qu’on vient d’arracher au sommeil. Fort heureusement, sa seconde prestation, en bis, avait bien meilleure allure. On a pu à ce moment-là apprécier sa voix grave et puissante, son aptitude au scat et même sa capacité à bouger et à faire chanter le public, dans une tradition très cubaine.

La soirée se poursuivait au Jazz Mix, sous le chapiteau du Magic Mirror, un nom générique. C’est l’occasion d’un coup de chapeau ironique au génie commercial de celui qui a réussi à vendre à tous les organisateurs de festivals, en France et en Navarre, ce chapiteau ringard et mal commode. En été, comme aujourd’hui, on y étouffe. En hiver, la soufflerie du chauffage vous pollue les oreilles. Et, dans tous les cas, on ne voit rien quand les organisateurs ont la bonne idée, comme ici, de recourir à une scène basse !

La soirée où l’on retrouvait Ibrahim Maalouf et sa trompette à quatre pistons, inventée par son père, qui lui permet ce son très oriental, méritait mieux. Le jeune trompettiste d’origine libanaise avait invité le génial musicien bricoleur André Minvielle, qui, avec sa « bouteille », ses chansons poético-engagées et sa voix si particulière, a enchanté cette première partie de fin de nuit. Maalouf et ses complices habituels, Franck Woeste (Fender Rhodes), Nenad Gajin (guitare), Benjamin Molinaro (basse), Julien Charlet (percussions), sont ensuite revenus à leur univers métissé. 

Jean-François Picaut


Festival Jazz à Vienne (38), 30e édition, du 25 juin au 9 juillet 2010

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