« Figaro ! », de Beaumarchais, les Nuits de Fourvière à Lyon

« Figaro » © Raymond Mallentjer

Beaumarchais épicé à la sauce flamande

Par Trina Mounier
Les Trois Coups

La compagnie Marius, belge, et même flamande comme son nom ne l’indique pas, nous avait enchantés l’an dernier avec deux Pagnol. Ils réitèrent cette fois, toujours en plein air, avec deux pièces de Beaumarchais séparées par une paëlla géante. Un délice à tous les étages.

Comme Jean de Florette et Manon des sources en 2014, le Barbier de Séville et le Mariage de Figaro se suivent chronologiquement. C’était donc une aubaine pour la compagnie belge Marius, qui aime proposer de longues soirées théâtrales sous les étoiles et sous le signe de la convivialité. Ils installent leurs tréteaux à l’extérieur, se mettent aux fourneaux (les repas sont préparés par quelqu’un de la troupe, ici Koen Van Impe, le Comte Amalviva en personne) et jouent, créant dès le départ une grande complicité avec le public. Avec un sens de l’accueil que ne désavouerait pas Ariane Mnouchkine, pour qui le partage se tient aussi dans l’assiette.

Ainsi, ils ont choisi les deux pièces les plus connues de Beaumarchais, les ont mâtinées des airs célèbres de l’opéra de Mozart et, sans orchestre aucun, avec juste leur voix et leur humour pour les évoquer et que chacun se les fredonne ou les reprenne en chœur. Cette conception festive du théâtre est fort éloignée de toute démagogie. Au contraire : il s’agit là d’une sorte de retour aux sources avec le théâtre de tréteaux et l’hommage à Bacchus (très sage, qu’on se rassure ! L’on termine donc autour d’un verre de vin pétillant).

Mais qu’on ne s’y trompe pas : le travail de cette compagnie est exigeant, rigoureux et sa générosité ne doit pas faire oublier sa lecture précise et intelligente des textes. Soulignons d’ailleurs ici l’excellente adaptation de Waas Gramser qui interprète le rôle de Figaro et de Kris Van Trier dans celui du tuteur abusif. Ces gens-là savent tout faire, et leur plaisir à nous donner la comédie est contagieux.

Jubilatoire et généreux

Le Barbier de Séville n’est autre qu’un vieux barbon amoureux de sa pupille, qu’il tient sous clé avec la ferme intention de l’épouser. Intrigue classique dont on connaît la suite : l’enfermement aiguise les désirs de liberté et l’amour a des ruses bien imprévisibles qui déjouent toutes les tentatives des fâcheux. Le Comte Amalviva séduira donc Rosine au terme de quelques péripéties amusantes où Figaro est réduit au rôle de valet plein d’astuce, débrouillard et serviable, toujours prêt à aider les amants.

Tout autre est le Mariage de Figaro. Quelques années séparent les deux pièces et… le Comte de son épouse Rosine. L’amoureux impatient est devenu un Don Juan coureur de jupons, capable d’utiliser son droit de cuissage sur ses servantes, et notamment sur Suzanne, que Figaro doit épouser, s’exposant ainsi à trahir un valet à qui il est pourtant redevable. Le grand seigneur s’est démasqué, le méchant homme a vu le jour. S’ensuivent une série de stratagèmes inventés par Figaro et Suzanne qui vont bien plus loin que l’effet comique. Car ils prennent un tour franchement insolent pour la noblesse du siècle (nous sommes à dix ans de la Révolution française). Droits des femmes, égalité des citoyens, liberté d’expression apparaissent sans fard, comme autant de revendications, sous le ton enjoué et, semble-t-il, bon enfant. Une époque a vécu, une page est tournée, et le Comte se révèle comme un homme du passé dont l’échec amoureux auprès de Suzanne, l’amende honorable qu’il doit faire devant son épouse, sonnent comme des symboles forts.

Cette seconde partie du spectacle est formidable. On y rit beaucoup, conquis par la manière dont les acteurs de cette compagnie illustrent l’esprit gouailleur, insolent et brillant que l’on reconnaît parfois aux Français. Elle surpasse de loin la première partie, démontrant avec éclat qu’un bon texte demeure indispensable au théâtre. Or le Mariage de Figaro est incontestablement une pièce plus aboutie que le Barbier de Séville et l’ingéniosité de ces comédiens hors pair y trouve davantage de matière à nous donner la comédie. 

Trina Mounier


Figaro !, par la compagnie Marius

Texte original : le Barbier de Séville (1775) et le Mariage de Figaro (1778) de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799)

Traduction et adaptation : Waas Gramser, Kris Van Trier

Avec : Evelien Bosmans, Frank Dierens, Waas Gramser, Maaike Neuville, Koen Van Impe, Kris Van Trier

Costumes : Thijsje Strypens, avec Dorothée Catry

Décors : Kris Van Trier, Waas Gramser, Koen Schetske

Cuisine : Koen Roggen

Musique : Gioacchino Rossini, Wolfgang Amadeus Mozart, Jonas Vermeulen

Technique : Stevie Van Haver, Dirk Vanreusel

Production : Jeroen Deceuninck

Administration : Eveline Martens

Photo : © Raymond Mallentjer

En collaboration avec : Middelheimmuseum

En partenariat avec : parcs et jardins de Lacroix-Laval

Cie Marius est subventionnée par la Communauté flamande

Dans le cadre des Nuits de Fourvière 2015

www.nuitsdefourviere.com

  • Mardi 30 juin 2015, 19 heures
  • Mercredi 1er juillet, 19 heures
  • Jeudi 2 juillet, 19 heures
  • Vendredi 3 juillet, 19 heures
  • Samedi 4 juillet, 19 heures
  • Lundi 6 juillet, 19 heures
  • Mardi 7 juillet, 19 heures
  • Jeudi 9 juillet, 19 heures
  • Vendredi 10 juillet, 19 heures
  • Samedi 11 juillet, 19 heures
  • Mardi 14 juillet, 19 heures
  • Mercredi 15 juillet, 19 heures
  • Vendredi 17 juillet, 19 heures
  • Samedi 18 juillet, 19 heures
  • Dimanche 19 juillet, 19 heures
  • Mercredi 22 juillet, 19 heures
  • Jeudi 23 juillet, 19 heures

Du 30 juin au 11 juillet au fort de Bron

Du 14 au 19 juillet au domaine de Lacroix-Laval (Marcy-L’Étoile)

Les 22 et 23 juillet au musée Gallo-Romain (Saint-Romain-en-Gal)

Relâche les dimanches et le 13 juillet 2015

Tournée :

  • Le 31 juillet et jusqu’au 8 août 2015 (relâche le 4) au Theater aan Zee d’Ostende (Belgique)
  • Du 17 au 20 septembre 2015 au palais des Beaux-Arts de Charleroi (Belgique)
  • Les 25, 26 et 27 septembre 2015, Pronomades à Saint-Gaudens (France)
  • Du 1er au 4 octobre 2015 au Parvis (S.N.) de Tarbes