« From Billie Holiday to Édith Piaf » et « Sixun Live 2009 », deux albums du label [Live in Marciac]

Toute la chaleur de Jazz in Marciac dans votre salon

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Qui, passant par Marciac dans la première quinzaine d’août, n’est pas tombé sous le charme de ce petit village gersois ? Il y a l’atmosphère de kermesse flamande sous le soleil qui envahit la bastide gasconne et ses environs. Il y a son marché en plein air et ses restaurants cosmopolites qui encadrent la fête gratuite du jazz, en continu de 11 heures à 20 heures, sur la place centrale. Et pour les plus fortunés, il y a la fièvre qui, chaque soir, s’empare du grand chapiteau où se succèdent tous ceux qui comptent dans le jazz international et ceux qui compteront demain. C’est cette atmosphère unique que veut perpétuer le jeune label Live in Marciac.

From Billie Holiday to Édith Piaf est le premier opus d’une collection vouée à s’agrandir. Il réunit sous une même jaquette un C.D. et un D.V.D. qui reproduisent le concert mémorable donné à Marciac, le 13 août 2008 par le quintette de Winton Marsalis avec Richard Galliano, dans un hommage croisé aux deux grandes chanteuses de la première moitié du vingtième siècle. Il y avait de la gageure dans l’air à interpréter le blues de Billie à l’accordéon et à confier la valse musette d’Édith à un quintette de jazz ! Mais les deux grands musiciens que sont Marsalis et Galliano n’en sont pas à un défi près, et une préparation de deux ans leur a permis, avec leurs compagnons, de relever celui-là avec une maestria réjouissante.

Grâce à cette nouvelle collection qui associe un C.D. et un D.V.D., vous pourrez donc (re)vivre cette soirée mémorable, en les écoutant dans votre voiture ou dans n’importe quel autre lieu. Et vous pourrez aussi les regarder dans votre salon, bien installé dans votre fauteuil préféré. La complicité des interprètes et leur plaisir à jouer sont réjouissants à contempler dans la Foule, Padam… Padam, l’Homme à la moto, la Vie en rose ou Them There Eyes, What a Little Moonlight Can Do, Sailboat in the Moonlight ou la très belle composition de Galliano, Billie. Cependant, à nos yeux, le moment le plus émouvant – on entendrait une mouche voler – est à l’évidence l’interprétation très dramatique de Strange Fruit. Outre le pathétique propre du morceau, l’implication de chaque musicien, dont on voit ici mieux qu’ailleurs qu’ils ne sont pas de simples sidemen, confère à cette interprétation une dimension exceptionnelle. Le public ne s’est pas trompé en saluant ce concert couronné de trois rappels grandioses par une ovation debout de plusieurs minutes.

Sixun Live 2009
Sixun Live 2009

« Sixun Live 2009 »

Avec Sixun Live 2009, le deuxième volume de la jeune collection, nous restons en compagnie d’enfants chéris de Jazz in Marciac. Vingt‑cinq ans après leurs débuts sous l’égide du C.I.M., cette école qui a formé tant de nos musiciens de jazz, les six complices de Sixun montrent qu’ils n’ont rien perdu de leur alacrité ni de leur joie de jouer. On peut aussi se réjouir de ce que leur virtuosité confirmée n’a en rien étouffé leur sensibilité. Le programme de ce C.D.-D.V.D. reprend la plus grande partie de Palabre, leur album paru en 2008 chez Futur Acoustic, mais avec la magie propre au direct. Comme à l’accoutumée, les morceaux sont signés par les membres du groupe, ici Jean‑Pierre Como, Louis Winsberg, Alain Debiossat, Paco Séry et Michel Alibo.

Leur musique festive s’inscrit toujours dans ce courant qu’on appelle « musiques du monde », ce qui signifie seulement qu’elle ne s’interdit aucune influence. On est néanmoins loin du brouet fadasse que certains marchands de pop vendent sous cette appellation. L’exemple le plus frappant en est sans doute Sanza Univers de Paco Séry. Le batteur ivoirien y propose un extraordinaire duo de sanza (instrument de Centrafrique aussi appelé piano à pouces) et de saxophone soprano avec Alain Debiossat. Mais on aurait pu également citer Essaouira (Louis Winsberg), où le même Debiossat donne une couleur orientale à sa flûte traversière.

Dans cet album, aux influences africaines, au sens large, très présentes, il ne faut pas manquer de saluer la prestation de Stéphane Audouard aux percussions, la couleur générale de cette production lui doit beaucoup. Bref, vous aurez compris que Sixun Live 2009 devrait vous séduire comme il a conquis le public marciacais, un public généreux et qui sait reconnaître et fêter l’authenticité.

Voici donc deux belles occasions de (vous) faire plaisir, pendant ou en dehors des fêtes. Après ces deux premiers coups d’essai réussis, on attend avec impatience et confiance les albums suivants d’autant qu’on annonce Jamal et Fonseca, entre autres. 

Jean-François Picaut


From Billie Holiday to Édith Piaf, de Winton Marsalis et Richard Galliano

Avec : Winton Marsalis (trompette), Richard Galliano (accordéon), Walter Blanding (saxophone), Dan Nimmer (piano), Carlos Henriquez (basse), Ali Jackson (batterie) et Hervé Sellin (piano) en invité sur la Vie en rose

Sixun Live 2009, de Sixun

Avec : Alain Debiossat (saxophone), Jean-Pierre Como (claviers), Louis Winsberg (guitare), Michel Alibo (basse), Paco Séry (batterie) et Stéphane Édouard (percussions)

Deux albums C.D.-D.V.D. produits par [Live in Marciac], distribués par Harmonia Mundi

Contact promotion : Valérie Mauge, valerie.mauge@futur-acoustic.fr

Jazz in Marciac • B.P. 23 • 32230 Marciac

http://www.jazzinmarciac.com/