« Gasandji », par Gasandji, Jazz à l’Étage 2014, Théâtre Chateaubriand à Saint‑Malo

Gasandji © Jean-François Picaut

Quand Gasandji nous enchante

Par Jean-François Picaut
Les Trois Coups

Avant de chanter, Gasandji était danseuse et chorégraphe. Il aurait été dommage qu’elle s’en tienne là.

Gasandji est une jeune chanteuse originaire de la république démocratique du Congo. Elle a d’abord commencé sur les planches comme danseuse et chorégraphe, auprès de M.C. Solaar et de Princesse Erika, entre autres. Pour le bonheur des publics qu’elle rencontre, elle est devenue chanteuse. C’est elle que le Théâtre Chateaubriand à Saint-Malo accueillait pour la deuxième soirée du festival Jazz à l’Étage, 5e édition.

Le programme qu’elle a choisi pour ce concert est très, très largement emprunté à son premier album commercialisé, Gasandji (Plus loin Music / Abeille Musique, 2013). Ce n’est pas par orgueil ou vanité mal placée que l’artiste a donné son nom à ce premier album, Coup de cœur de l’académie Charles‑Cros (2013), mais bien parce qu’il est l’expression de son cheminement et de sa quête après un projet inabouti. Et, de fait, on ressent fortement l’authenticité de son expression.

Elle entre seule en scène, sa guitare en bandoulière, et attaque Maman ne m’a pas dit. C’est une chanson grave plutôt murmurée qui semble évoquer une mère défunte, avec de soudains éclats. Ses musiciens la rejoignent bientôt et l’entourent pour faire les chœurs. Cette mise en scène soignée (héritage de la chorégraphe ?) est bien caractéristique du perfectionnisme que nous avons observé aux balances. Gasandji surveille tout : le son bien sûr, mais aussi la lumière et les jeux de scène.

De belles qualités d’écriture en français

On poursuit avec Toi, qui ne figure pas sur Gasandji. Là aussi, la mise en scène est efficace et vise directement le public. Mais ce texte comme le Temps, que nous entendrons plus tard, fait surtout la preuve des belles qualités d’écriture en français de Gasandji. Cela devrait lui faire prendre confiance en son expression dans notre langue commune. Sur ce titre, Gasandji nous donne également un aperçu de son talent de danseuse et de chorégraphe. Le jeu de Dramane Dembélé au tambour d’aisselle (tama) est, à proprement parler, prodigieux. Le reste du programme est chanté en lingala, la langue maternelle de Gasandji. Nous en sommes réduits à la traduction du titre pour apprécier le contenu et à juger de la voix comme d’un instrument.

Lobiko (le Pardon) est une belle ballade, entrecoupée de vrais déchaînements du trio instrumental. On y apprécie la virtuosité de Dramane Dembélé à la flûte peule. C’est avec cette même virtuosité qu’il introduit Ebalé (le Fleuve) : on croit l’entendre chanter. La chorégraphie, ici, est époustouflante, entre danse traditionnelle et hip-hop revisité. Telema (Être debout) est présenté par son auteur comme une chanson qui invite à se lever pour marcher vers un autre monde plus tolérant, plus ouvert, plus attentif à l’autre. La voix de Gasandji y donne parfois l’impression d’être un écho de la grande Myriam Makeba, dont c’était aussi le combat. Le public répond à l’invitation d’accompagner la chanteuse. Dans Na lingui yo (Je t’aime), une ballade délicate et sensible, Dramane Dembélé se distingue encore une fois au tama : ce n’est pas une percussion qu’on entend mais un instrument de musique à part entière. On termine le programme avec Susu (la Liberté). Amen Viana y signe un superbe solo de guitare et réalise un intéressant duo vocal avec Gasandji.

Les bravos du public (beaucoup de gens sont debout) conduisent Gasandji à prolonger le concert. Elle chante d’abord Nani (la Famille), qui ne figure pas sur l’album. L’introduction qu’elle chante seule, à la guitare, est une nouvelle démonstration de ses capacités vocales. Le trio entre peu à peu, et ce titre très applaudi en appelle un autre. Ce sera Libéla (l’Éternité), qui introduit très doucement à deux guitares. Sur la sienne, Amen Viana trouve des sonorités proches de la kora. C’est aussi l’occasion de découvrir que Dramane Dembélé possède une belle voix de baryton. Ce deuxième concert de Jazz à l’Étage est aussi à marquer d’une pierre blanche.

On ne saurait clore ce papier sans évoquer la belle complicité qui a uni pendant tout le concert ce groupe de jeunes musiciens aussi enthousiastes que talentueux. On ne saurait non plus oublier de saluer le travail impeccable effectué par le percussionniste Ndiaw Ndiaye, aussi divers que les inspirations de son leader. Quant à Gasandji qui dit volontiers que, pour elle, « la musique, le chant s’adressent d’abord aux pieds », elle s’étonnait un peu de voir un public assis l’écouter avec attention. Nous voudrions la rassurer : sa musique et son chant savent aussi charmer les oreilles et toucher les cœurs. 

Jean-François Picaut


Gasandji, par Gasandji

Un album Plus loin Music / Abeille Musique, 2013

Avec : Gasandji (lead, guitare et chant), Ndiaw Ndiaye (percussions, chant), Amen Viana (guitare, chant) et Dramane Dembélé (flûte peule, tama et chant)

Photos : © Jean‑François Picaut

Théâtre Chateaubriand • 6, rue Grout-de‑Saint‑Georges • 35400 Saint‑Malo

Le 1er mars 2014, à 21 heures

Durée : 1 h 30

15 € | 10 € | 15 €

Jazz à l’Étage, 5e édition, 2014

Du 28 février au 2 mars puis du 21 au 29 mars 2014

À Rennes, dans diverses villes de Rennes-Métropole, à Guer et Saint‑Malo

Festival Jazz à l’Étage

http://jazzaletage.com/