« Hôtel des Deux‐Mondes », d’Éric‐Emmanuel Schmitt, Théâtre des Asphodèles à Lyon

« Hôtel des Deux-Mondes » © D.R.

« La vie, la mort, Dieu, tout ça »

Par Lison Crapanzano
Les Trois Coups

Grand succès d’Éric-Emmanuel Schmitt, l’« Hôtel des Deux-Mondes » a été nommé sept fois dans le cadre des prix de la Nuit des molières 2000. La compagnie des Passagers-du‑Chariot-de‑Thespis la joue à Lyon au Théâtre des Asphodèles pendant ce mois de mai 2010. Puis elle la jouera dans le cadre du festival de théâtre Les Nuits du château de Montmelas à la fin du mois de juillet. La troupe, composée de comédiens amateurs et professionnels bénévoles, s’empare de la pièce avec un certain succès.

Plusieurs coups de théâtre ponctuant la pièce, nous nous limiterons à l’introduire brièvement. Julien, rédacteur en chef âgé de 32 ans, se retrouve dans un lieu inconnu auprès de personnes également inconnues : le président d’un grand groupe financier, un pseudo-mage tireur de cartes et une femme de ménage. Tous attendent le mystérieux Dr S., escorté par deux personnages silencieux et vêtus de blanc. Mais où sont‑ils ? Dans un hôtel ? Dans un hôpital ? Pour le découvrir, chacun à son tour est amené à raconter son histoire, à se raconter lui-même. C’est dans ce no man’s land entre ciel et terre que Julien, séducteur insatiable, remettra en question son existence et ses relations avec les autres, et qu’il fera une rencontre qui le bouleversera dans tout son être…

Une galerie de personnages nous est offerte tout au long du spectacle, de la femme de ménage malheureuse en amour au président qui se préoccupe davantage du cours de la Bourse que de ses propres enfants, en passant par le jeune cadre désabusé. Dans l’ensemble, les acteurs incarnent avec justesse leur personnage, et nous vibrons à leurs côtés. Néanmoins, certains frôlent le surjeu et se transforment en personnage de commedia dell’arte. Cela est d’autant plus dommageable que la variété des registres est présente dans le texte et ne nécessite pas une telle emphase. Mais soulignons que cela n’a pas empêché quelques rires de retentir dans la salle. En outre, l’émotion était palpable au cours de nombreuses scènes.

Concernant l’ambiance sonore, elle est remarquable grâce à une musique originale spécialement composée pour cette représentation. Elle nous fait entrer dans la pièce dès les premières mesures. Quant à la mise en scène, liée au décor, elle est simple : un ascenseur, un canapé, une table basse, un meuble de réception et des sièges constituent l’unique décor. L’ascenseur est le point focal vers lequel convergent tous les regards. En effet, c’est de cet ascenseur que tous les personnages sont arrivés. Et c’est de cet ascenseur aussi qu’ils repartiront. Quand ? Pour aller où ? Nul ne le sait, à l’exception du Dr S.

Nous retrouvons ici le thème dont s’était déjà emparé Sartre dans sa pièce Huis clos, à savoir le problème de ceux qui n’osent pas s’engager dans le monde, ainsi que le fait d’obliger à se rencontrer des personnages très différents dans un lieu clos. Cependant, si chez Sartre « l’enfer, c’est les autres », car les personnages n’assument pas leur liberté et leur responsabilité, chez Schmitt, la remise en question de soi permet la rédemption. 

Lison Crapanzano


Hôtel des Deux-Mondes, d’Éric‑Emmanuel Schmitt

Cie des Passagers-du‑Chariot-de‑Thespis • 75, avenue Félix‑Faure • 69003 Lyon

06 37 13 37 18

http://www.chariotdethespis.net

Mise en scène : Thai‑Son Richardier

Avec : Isabelle Canosi, Aurélie Chamfroy, Lysiane Clément, Arnaud Delattre, Delphine Levesque, Cyril Pouvesle, Thai‑Son Richardier

Musique originale : Olivier Gailly

Photos : © D.R.

Théâtre des Asphodèles • 115, avenue Lacassagne • 69003 Lyon

Réservations : 06 37 13 37 18

Du 3 au 8 mai 2010 à 20 h 30 au Théâtre des Asphodèles

et fin juillet lors du festival de théâtre Les Nuits du château de Montmelas

Durée : 1 h 50

13 € | 9 €