« Hyperterrestres », de Benoît Lachambre et Fabrice Ramalingom, Montpellier Danse 2015

« Hyperterrestres » © Émilie Renck

Corps étrangers

Par Marie Pons
Les Trois Coups

Ces deux-là se côtoient, échangent et collaborent sur le plan chorégraphique depuis plus de vingt ans. Le chorégraphe canadien Benoît Lachambre et Fabrice Ramalingom, enfant de Montpellier héritier du travail de Dominique Bagouet, livrent pour cette première création à deux voix un duo fusionnel, un corps-à-corps qui déborde le terrain de l’humanité pour se frotter au hors-norme, à l’extraterrestre. Une performance teintée d’étrangeté dont on sort perplexe.

Comme dans un incubateur, une figure de vie non identifiable se déploie, à peine éclairée derrière un écran et tombant comme un voile de brume. Un amas formé de deux corps se met en mouvement, et se répand, semblable à un brouillard doux et rose chair. On peut y voir un fœtus, des formes de vie à l’état primitif, amphibiens ou batraciens, quelque chose en tout cas est en train de naître sous nos yeux. Le corps se fait ici matière pure, élastique, en métamorphose perpétuelle.

Le tout est enveloppé par les mélopées et explorations sonores de Hahn Rowe, artiste new-yorkais reconnu qui forme la troisième présence sur les planches, sorte de maître du jeu mystérieux, encapuchonné de noir derrière sa console, qui donne un rythme et un cadre à la performance en malaxant en direct les sons émis sur le plateau. C’est une rencontre du troisième type qui s’engage, d’un genre incertain.

Bêtes à deux têtes

Lachambre et Ramalingom donnent à voir deux corps jumeaux en vase clos, évoluant dans un monde bien à eux. Une fois sortis de leur état larvaire, les deux aliens communiquent par un langage inspiré de sons émis par les dauphins, suite de cris plus ou moins aigus et saccadés. L’ensemble tire vers le film de science-fiction tendance série B. Les deux interprètes à présent vêtus de gris acier de pied en cap, assis sur des meubles en cuir, visages dissimulés, baignent dans une lumière froide. Cette échappée de l’œuf est glaciale, ambiance Matrix ou Minority Report. Tantôt drôle, tantôt agaçant, le manège des borborygmes se poursuit, les deux hurluberlus se métamorphosant tour à tour en insectes, portant des cagoules chair sur lesquelles sont brodées des carapaces de scarabées iridescentes, explorateurs des fonds marins, ou mammifères complices s’accrochant l’un à l’autre.

Le tout place le spectateur comme observateur extérieur de la proposition, presque comme derrière la vitre d’un laboratoire où se déroulent des expérimentations décidément bien étranges.

Au moment où cette mise à distance commence à peser, la mécanique du bizarre s’enraye pour nous ramener les deux pieds bien sur terre : Benoît Lachambre annonce que l’on va faire une pause, on rallume, le chorégraphe nous adresse un discours explicatif comique sur la communication par ondes cérébrales et énergétiques entre êtres vivants. Un essai de rapprochement entre l’entité qu’ils forment tous deux depuis le début et nous, comme pour assurer une connexion chaleureuse qui a effectivement du mal à prendre. La tentative fait sourire un instant, mais ne parvient pas totalement à dissiper l’éloignement instauré par l’hermétisme de la proposition.

Car on ne sait pas sur quel pied danser, pas vraiment convaincu de recevoir les bonnes ondes, mais plutôt rebuté par l’étanchéité de la chose. Restent de belles images composées par ces corps en reconfiguration permanente, mais Hyperterrestres s’inscrit comme un objet froid, une capsule métallique et électro un peu amère à avaler. 

Marie Pons


Hyperterrestres, de Benoît Lachambre et Fabrice Ramalingom

Chorégraphie, interprétation : Benoît Lachambre, Fabrice Ramalingom

Scénographie : Emmanuelle Debeusscher

Composition et performance musicale live : Hahn Rowe

Coach vocal : Su-feh Lee

Lumière : Maryse Gautier

Direction technique : Romain de Lagarde

Costumes : Alexandra Bertaut

Photos du spectacle : © Émilie Renck

Humain trop humain • domaine de Grammont • avenue Albert-Einstein • 34965 Montpellier

Site : www.montpellierdanse.com

Vendredi 3 et samedi 4 juillet 2015 à 22 heures

Durée : 75 minutes

25 € | 20 € | 18 €