Immersion, l’Onde à Vélizy‑Villacoublay, du 4 au 14 octobre 2016

Audace et ouverture

Par Léna Martinelli
Les Trois Coups

L’Onde présente Immersion du 4 au 14 octobre. Une passionnante ouverture sur la création pluridisciplinaire française et internationale.

C’est avec ce temps fort que Joël Gunzburger, directeur de l’Onde, entame cette nouvelle saison (la première qu’il programme dans ce lieu). Quatre spectacles (théâtre, danse, musique, vidéo) et une exposition (entre mode, textile et art) pour faire dialoguer les genres artistiques.

« Dans ce lieu d’exception qu’est l’Onde, lieu d’expressions mêlées, tout est presque possible », explique Joël Gunzburger, qui a bâti une grande partie de sa carrière entre Strasbourg et Bruxelles. L’ouverture internationale est donc naturelle pour lui. Quant au goût pour les arts plastiques, il le cultive aussi depuis longtemps. Mais ce qui l’excite le plus est de mélanger les arts, comme sa programmation le traduit bien.

Outre la création de Clément Boudu, Immersion offre ainsi l’occasion d’assister à la première française de Sans sang. Avec cette nouvelle d’Alessandro Baricco, Inne Goris porte à la scène une histoire universelle de vengeance et de tentative de réconciliation, après la guerre. Une communauté de destin entre le coupable et sa victime ?

Autre production belge qui mérite toutes les attentions, Tristesses d’Anne‑Cécile Vandalem, qui traite de la montée en puissance des partis d’extrême droite en Europe. Un thriller qui dissèque avec humour ce que celle-ci envisage comme l’une des plus redoutables « armes » de la politique contemporaine : « l’attristement des peuples ». L’histoire de ce village qui résiste et s’organise pour chercher à surmonter l’oppression a d’ailleurs remporté un franc succès au Festival d’Avignon 2016 et vient d’être élue « Meilleur spectacle » aux prix de la Critique en Belgique.

« À mon seul désir » © Danielle Voirin
« À mon seul désir » © Danielle Voirin

Avec À mon seul désir, Gaëlle Bourges se frotte, quant à elle, à l’histoire des représentations du genre féminin dans les arts et le spectacle vivant, en recomposant sur scène les six tentures originales de la Dame à la licorne. De quoi raviver le passé à la lumière du présent !

« Un coup de poing au ventre »

Reçu comme tel par Joël Gunzburger, le projet de Clément Boudu et Jean‑Baptiste Cognet mérite vraiment d’être soutenu. Quel pari fou que celui de ces fondateurs du Memorial, un groupe à géométrie variable constitué autour de la rencontre entre un écrivain et chanteur à la fougue contagieuse et un compositeur au talent trempé dans la même veine ! Nous qui avions perdu le monde est la première partie d’une longue fresque musicale qui raconte le voyage du Jeune Homme aux baskets sales (chants I à IV) et de la Femme rouge (chants V à VIII).

Clément Bondu © D.R.
Clément Bondu © D.R.

Pour dresser un état des lieux des ruines du xxe siècle, Clément Boudu parcourt le vaste monde, du Grand Nord à l’Équateur, depuis le Moyen-Orient jusqu’en Amérique latine, en passant par les Balkans. Entre résurgences des nationalismes et nouvelles formes de « vivre-ensemble », son périple se fait l’écho de conflits ouverts et de révoltes latentes. Six heures de musique et de poésie qui ne peuvent laisser indifférent. À en juger cette première partie, l’odyssée promet effectivement d’être une expérience inoubliable. Entre orchestre rock et ensemble pop de chambre, la partition, jouée sur scène par neuf musiciens talentueux, est parfaitement adaptée à ce récit initiatique, une quête fervente aux envolées lyriques. L’inspiration est de haute volée, l’interprétation débridée et l’énergie contagieuse. Une belle façon de se réapproprier le monde par le langage et la musique qui donne aux utopistes l’envie d’en découdre pour assouvir leur soif de liberté et de paix.

Assurément, ces artistes qui ont en commun d’estomper les frontières entre les pays, les genres et les esthétiques, offrent un panorama inédit et audacieux de la création actuelle. Ils stimulent l’imaginaire et aiguisent l’esprit critique. Une diversité de talents et des œuvres innovantes nourries d’émotions à découvrir. 

Léna Martinelli


Festival Immersion

L’Onde • 8, avenue Louis‑Bréguet • 78140 Vélizy‑Villacoublay

Réservations : 01 74 78 38 60

Site : www.londe.fr

Courriel : labilletterie@londe.fr

30 € | 22 €

Programme détaillé : http://www.londe.fr/sites/default/files/PDF/2_ONDE_BROCH_S1617-immersion.pdf

Nous qui avions perdu le monde : le Jeune Homme aux baskets sales (chants I à IV), de Clément Boudu

Site : http://www.itsmemorial.com

Mardi 4, mercredi 5 et jeudi 6 octobre 2016, à 20 heures

Durée : 3 heures avec entracte

Teaser : https://www.youtube.com/watch?v=rsyru5nqK38

Tristesses, d’Anne‑Cécile Vandalem

Site : http://www.dasfrauleinkompanie.com/df/

Vendredi 7 et samedi 8 octobre 2016, à 20 h 30

Durée : 2 h 10

À mon seul désir, de Gaëlle Bourges

Site : http://www.gaellebourges.com/pieces/a-mon-seul-desir/

Lundi 10 et mardi 11 octobre 2016, à 20 h 30

Durée : 50 min

Teaser : https://vimeo.com/150999657

Sans sang, d’Alessandro Baricco

Site : http://www.lod.be/fr/productions/zonder-bloed

Jeudi 13 et vendredi 14 octobre 2016, à 20 h 30

Durée : 1 h 15

Teaser : https://vimeo.com/164724544

Exposition monographique d’Émilie Faïf

Du 4 octobre au 16 décembre 2016

Photos : Clément Bondu © D.R., « Tristesses » © Phile Deprez, « À mon seul désir » © Danielle Voirin